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Anne Fulda reçoit Gilles Martin-Chauffier pour son livre «Nazanine» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Gilles Martin-Chauffier.
00:02Bonjour.
00:03Bonjour, vous le connaissez bien, vous avez été longtemps journaliste à Paris Match,
00:07aujourd'hui vous écrivez pour service littéraire,
00:10et vous êtes surtout romancier depuis de longues années,
00:13vous avez écrit de nombreux livres, Les Corrompus, Le Roman de Constantinople, Silence en Mans.
00:17Votre dernier livre s'appelle Nazanin, il est paru aux éditions Albain Michel,
00:22et c'est un livre qui mêle petite histoire et grande histoire, fiction et réalité,
00:26une histoire contemporaine qui est racontée, non sans un certain humour féroce,
00:32ce qui vous est assez propre, et alors on va dans des endroits très différents,
00:37on va des bancs de la faculté de Vincennes jusqu'aux rédactions parisiennes des années 70,
00:42du Palace au 16e arrondissement, de Paris à Téhéran, en passant par Daufle le Château.
00:48Oui.
00:49Évidemment, parce que cette histoire commence dans les années 70,
00:56alors que le héros Paul, qui n'est pas sans vous ressembler,
01:01vous avez pas mal de points communs, il est journaliste au Figaro à ses débuts,
01:05avant de passer à l'alerte rédaction que son grand-père compare à un cœur de coco récitant des Ave
01:11Maria,
01:12il est breton, il a fait toute sa scolarité à Saint-Jean-de-Passy,
01:16il connaît le 16e comme sa poche, bon.
01:20En fait, l'histoire...
01:20Déjà sous la ressemblance, mais pardon, j'en suis pas venue à l'échoir encore, mais...
01:23Oui, c'est pas les... c'est l'année... ça se passe en 78.
01:28Oui.
01:28Et en 78, c'est important, parce qu'en fait, au début, c'est une histoire d'amour,
01:32c'est-à-dire, c'est un garçon qui est journaliste,
01:34et il rencontre au palace une fille qui est une étudiante iranienne
01:38qui est venue étudier à Ahmed de Penningen, qui est une école de stylisme.
01:41Et il tombe amoureux, fou, l'un de l'autre, tout de suite.
01:44Et donc, au début, c'est plutôt amusant, décontracté, ils vont au palace, ils sortent...
01:51C'est les années 70, c'est la fin des Trente Glorieuses,
01:54c'est-à-dire, c'est le disco, c'est la fiesta, on écoute Grace Jones,
01:59et leur histoire d'amour va être fracassée,
02:01parce que la grande histoire va s'en mêler et va les séparer.
02:04Voilà, alors, vous commencez néanmoins le livre aussi
02:08par un tableau assez cruel de ce qu'est, à l'époque, la fac de Vincennes,
02:15qui, après 68, était une sorte de faculté expérimentale.
02:18On vous y envoie, pardon, on y envoie le héros Paul pour un reportage,
02:24et c'est vrai que vous décrivez quand même une ambiance pas piquée des hannetons
02:28et qui a à voir avec la suite de l'histoire,
02:30puisque la suite de l'histoire, donc, c'est que Paul tombe amoureux d'une Iranienne,
02:34et à l'époque, la révolution, ce qui n'est pas encore la révolution iranienne,
02:39mais les prémices de la révolution iranienne et l'imam Khomeini
02:42sont vécues avec un regard extrêmement bienveillant,
02:45notamment par des gens qui sont adulés à la fac de Vincennes,
02:48mais dans certaines rédactions parisiennes aussi.
02:50C'est ça qui est intéressant.
02:51C'est exactement le sujet du livre.
02:53Le sujet du livre, c'est une histoire d'amour passionné entre un homme et une femme,
02:56et une histoire de désamour entre journalistes et l'intelligenciaire parisien.
02:59Quand il s'aperçoit, parce que lui, on lui raconte l'Iran de l'intérieur
03:04par les coups de fil de sa belle-mère en permanence,
03:06et il est dans un journal où l'intelligencia parisienne
03:10est ravie d'avoir trouvé une autre façon d'attaquer le capitalisme.
03:14Pendant des années, ça a été le Vietnam, ça a été le communisme,
03:17mais Pol Pot est passé par là, en même temps, en 78, on a oublié,
03:21mais c'est le moment où les boat people arrivent,
03:22et soudain, la population n'est plus prête à croire que la justice communiste
03:28va faire pousser le blé de la justice sur les glaces de Sibérie.
03:30Ça ne marche plus du tout.
03:31Et là, miracle, une révolution arrive,
03:34qui est une révolution passéiste, lumineuse,
03:37ce ne sont pas des slogans, ce sont des sourates et des prières,
03:40ce ne sont pas des militants, ce sont des prêtres et des tapis de prière,
03:42et une partie, en particulier Michel Foucault,
03:45qui est l'un des personnages du livre,
03:48explique qu'on va pouvoir abattre le capitalisme autrement,
03:52et tout ce qui, jusqu'à présent, le choquait,
03:55c'est-à-dire, en fait, c'était des structuralistes,
03:58son structuralisme, c'était de saboter toutes les bases de la société française,
04:02et de la société occidentale, d'ailleurs.
04:04Et là, tout ce qu'il trouvait insupportable en Occident,
04:08il commence à le trouver réjouissant, poétique et prometteur
04:12en Iran, et donc, ce contraste, évidemment,
04:14fait à la fois le sel et la brutalité du livre.
04:18Alors, Foucault, qui prend effectivement quelques scuds,
04:22on peut dire, qui parle à propos de l'Iran,
04:24il n'aime pas parler de révolution,
04:25il parle d'utopie, d'idéal, de lointain lumineux,
04:28et d'ailleurs, il y a une journaliste
04:30qui a encore un peu un semblant d'esprit critique
04:32de la rédaction de...
04:35Comment ça s'appelle ?
04:35L'Alerte.
04:36L'Alerte, qui a...
04:37On ne sait si c'est un rapport avec le nouvel observateur...
04:40Ça ressemble.
04:41Ça ressemble fort, en tout cas.
04:44Alors, cette journaliste,
04:45qui a encore un chouïa d'esprit critique,
04:47note Foucault qui est incohérent
04:49après avoir dénoncé à tort
04:50et à travers l'enfermement psychiatrique et carcéral,
04:53le voici qui s'enflamme pour l'enfermement religieux.
04:56Non, ce qui était fascinant chez Foucault,
04:58ce qui fait que ça passait,
05:00c'était l'intelligence avec laquelle il s'exprimait.
05:03Le brio, les citations, les références,
05:06l'assurance tranquille de quelqu'un
05:08qui a une maîtrise parfaite de la langue.
05:11Et donc, il arrivait à clouer le bac.
05:13En plus, il y avait l'aura des cours
05:15qu'il donnait aux Etats-Unis,
05:16l'aura d'être professeure au collège de France.
05:18Mais tout ça,
05:20tout ce véritable corpus intellectuel fascinant,
05:23cachait en réalité
05:25une frustration énorme chez lui.
05:27C'est-à-dire,
05:27il avait loupé mai 68.
05:31Et tous ces intellectuels français
05:33ont un gros problème,
05:34c'est qu'ils cherchent une guerre d'Espagne,
05:36quelque chose qui va leur permettre
05:37d'occuper l'espace médiatique.
05:40Et donc, là, lui, il avait trouvé la Téhéran.
05:42Mais vous savez, c'est vieux comme le monde.
05:45Déjà, Chateaubriand,
05:46vous savez ce qu'on disait de Chateaubriand ?
05:47On disait,
05:48il a un don extraordinaire
05:50pour s'émouvoir de ce qu'il ne ressent pas.
05:52C'est exactement comme ça.
05:53Eux, ils s'enthousiastent
05:55pour des révolutions lointaines
05:56et défendent des projets au loin
06:00qu'ils trouveraient absolument insupportables chez nous.
06:03Parce que, finalement,
06:04la France n'arrête pas de nous faire
06:06une fatigue depuis 100 ans
06:08sur la séparation de l'Église et de l'État.
06:10Mais là-bas,
06:11elle veut qu'elle se restaure
06:13et qu'elle se marie.
06:14Oui, c'est complètement paradoxal.
06:16Alors, ce n'est pas le seul, Foucault,
06:17dans les intellectuels,
06:18à s'être embrangé.
06:19C'est le plus symbolique,
06:20le plus voyant.
06:21Il y a aussi, cela dit,
06:22eux aussi s'en prennent un peu
06:25quelques grippes.
06:26C'est quelques coups de griffe.
06:27C'est pas mal de journalistes,
06:29notamment de cet hebdomadaire
06:31dans lequel Paul travaille.
06:33Ceux qui vont défiler
06:34à Nofle-le-Château
06:36avaient, pour certains,
06:38peu de distance,
06:39une forme de...
06:40Oui, il y a une scène, effectivement,
06:42le premier jour
06:43quand l'Ayatollah Romini
06:45est arrivé en France,
06:47France 2 a envoyé un reporter
06:51et ce qui est passé
06:52au journal de 20 heures,
06:53c'est simplement un saint homme
06:54qui traversait la rue,
06:55qui se mettait sous un pommier,
06:56avec des apôtres autour.
06:58Mais, en même temps,
07:00aujourd'hui, c'est facile.
07:02Je suis le premier à dire,
07:03c'est ce que font
07:03des tas d'émissions de télé,
07:04ça m'exaspère
07:05quand je me moquais
07:06des confrères.
07:07Mais, si vous croyiez
07:09que c'était facile
07:09pour un journaliste
07:10d'interviewer Romini
07:11quand il arrivait à nous,
07:12c'était impensable.
07:14Mais, quand même,
07:15à travers ça,
07:16il y a cette histoire d'amour.
07:17Parce que Nazanin,
07:18il faut en parler.
07:19Nazanin,
07:20elle n'est pas que belle.
07:21C'est un tempérament,
07:23c'est une révoltée.
07:24C'est un volcan.
07:25C'est un volcan.
07:26Lui, c'est un privilégié
07:27du 16e.
07:28Lui, c'est un privilégié
07:29entre indolence et insolence,
07:31avec ses mots
07:31que c'est...
07:32Avec du charme
07:33qui passe d'une fille
07:33à l'autre, etc.
07:34Qui traîne du palace
07:35au 16e arrondissement.
07:36Mais qui est drôle.
07:37Mais il est vivant.
07:39Mais lui,
07:40il a de l'eau de Vichy
07:40dans les veines.
07:41Et elle,
07:41elle a de l'eau de vie.
07:42Et donc,
07:42elle va exploser.
07:43Elle va exploser
07:44contre lui.
07:45Parce qu'un jour,
07:46il va se permettre
07:46de coucher avec sa meilleure amie.
07:48Elle va très, très mal le prendre.
07:50Ça va déclencher
07:51toute une bagarre.
07:52Ensuite,
07:53elle va exploser
07:53face à Michel Foucault.
07:56Et le comble du comble,
07:58c'est que finalement,
07:59quand on va devoir
08:00la sortir d'Iran
08:01parce qu'elle y est allée,
08:02toute une partie du livre,
08:03c'est comment on trouve
08:04un passeport
08:04pour qu'elle revienne.
08:05Et quand elle revient,
08:06elle revient
08:07avec toute une armée
08:09de journalistes
08:09qui pourraient être
08:10des filles comme vous.
08:11C'est toutes les stars
08:12de l'intelligence de la Parisienne.
08:15Les journalistes,
08:16les rédactrices en chef,
08:17les animatrices de radio,
08:18etc.
08:19avaient toutes voulu
08:19faire le voyage
08:20pour défendre
08:21les femmes en Iran.
08:23Et elles avaient même
08:24rencontré l'Ayatollah Romény,
08:25c'est vrai.
08:26Et quand elles reviennent
08:28à l'aéroport d'Orly,
08:29Nazanin fait exploser
08:31la comédie
08:32en racontant
08:33exactement ce qu'il en est.
08:34et justement,
08:35le délire
08:36de ces intellectuels français
08:37qui ont toujours besoin
08:38d'aller chercher
08:39des révolutions lointaines
08:41pour écrire
08:41quelques scènes
08:42de la comédie française
08:43habituelle.
08:44Oui,
08:44alors c'est ça
08:44qui est
08:46coutillant
08:47et savoureux.
08:48On a cette confrontation
08:49entre
08:50les journalistes
08:52et une intelligentsia
08:54éloignée
08:54et puis
08:55Nazanin
08:55qui vit
08:56avec son frère
08:57la réalité
08:57à travers sa famille.
08:59Son père
09:00va être
09:02emprisonné
09:02exécuté
09:04peu de temps
09:05après
09:06le premier ministre
09:08le dernier
09:09premier ministre
09:10du chat.
09:11Le dernier
09:11c'est Chapour Bactère
09:12mais lui
09:13il va s'en sortir.
09:15Non,
09:16Oveïda
09:16qui avait été
09:17pendant 15 ans
09:19le premier ministre
09:19du chat
09:20et qui avait été
09:20abattu quelques jours
09:21avant le père
09:21de Nazanin.
09:22En tout cas
09:23je vous conseille
09:24vraiment de lire
09:25ce livre
09:25parce qu'il y a
09:26cette belle histoire
09:26d'amour
09:27il y a aussi
09:27cette plongée
09:28dans ces années
09:29pas si lointaines
09:32de 78-79
09:34et c'est vrai
09:34qu'on a oublié
09:34le contexte de l'époque.
09:3578 c'est l'année
09:36c'est la fin
09:37des années palaces
09:38des années disco
09:39c'est le début du sida
09:41et c'est en même temps
09:42la fin de la guerre
09:43est-ouest
09:44et on découvre
09:46avec l'arrivée
09:46que la prochaine guerre
09:48ça va être nord-sud.
09:48C'est vraiment
09:49une année clé 78.
09:50Là on le raconte
09:52en fiesta
09:53en danse
09:53En fiesta
09:54mais il y a de la fiesta
09:56il y a de la politique
09:56il y a de l'amour
09:57donc c'est vraiment
09:58savoureux à lire
09:59je vous le conseille
10:00Nazanin
10:00c'est paru aux éditions
10:01Albin Michel
10:02merci beaucoup
10:03Gilles Martin-Chauffier
10:03Merci Anne
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