00:00Bonjour Philippe d'Oustoblazy, vous êtes ancien maire de Toulouse, c'est vous qui étiez en poste quand l'usine
00:05AZF a explosé ce 21 septembre 2001.
00:08Vous aussi qui avez été à l'initiative de cette Oncopole, où ici Occitanie a fait le choix de venir
00:14ce matin, 25 ans après la catastrophe.
00:17Cet institut de recherche contre le cancer, c'est plus qu'un symbole pour vous ?
00:21Oui, merci d'être là, merci de faire cet anniversaire là.
00:25En effet, 10h15, 21 septembre 2001, je m'en souviendrai toute ma vie, je suis dans mon bureau, j'entends
00:31un souffle et un bruit terrible, les fenêtres s'ouvrent.
00:37Je suis persuadé qu'il y a, nous sommes 10 jours après l'attentat de New York, donc je suis
00:42persuadé que se passe quelque chose à la mairie.
00:44En fait non, je pars sur la rocade et je m'aperçois de la catastrophe, 30 morts, des milliers de
00:51blessés, je pense à ces familles encore maintenant.
00:54Aujourd'hui, 25 ans après, vous pensez encore à cette catastrophe régulièrement ?
00:59Oui, parce que quand vous êtes maire et que vous devez gérer 6500 blessés, vous devez transformer le CHU de
01:07Rangueil et de Purpont à un hôpital de guerre,
01:10où ce n'est pas le premier arrivé qui compte, c'est le plus grave qui compte.
01:14Et donc ça, c'est tous ceux qui étaient de garde ce jour-là, vous le diront.
01:18Et puis il y avait toutes ces gens qui étaient au Mirai et ailleurs, qui n'avaient plus de fenêtres
01:23et qui n'avaient plus d'appartements.
01:24Donc il a fallu ouvrir les gymnases.
01:26Tout ça, c'est quand même des choses dans la vie de maire qui comptent.
01:29Et puis, oui, on se dit même qu'il n'y a pas bien pire, en fait, franchement, qui peut
01:33arriver quand on est à la tête d'une grande ville comme Toulouse.
01:35Comment est-ce que vous réagissez justement quand vous commencez à comprendre peu à peu ce qui est en train
01:41de se passer ?
01:41Immédiatement, justement, vous avez joué un rôle très important.
01:44On va à la radio, on explique à tout le monde qu'il ne faut pas quitter la ville parce
01:48que les gens partaient, les péages étaient pleins.
01:50Ils partaient vers les Pyrénées, en fait, ou alors vers Montauban.
01:55Et ensuite, on a pris des psychologues qui ont beaucoup, beaucoup travaillé, remarquablement travaillé par les radios,
02:04en parlant à tous, en disant que c'était terminé, que c'était calme, qu'on va y arriver, qu
02:08'il y aura des assurances, etc.
02:10– La première chose, c'est de ne pas céder à une certaine panique ?
02:13– Voilà, c'est de ne pas céder.
02:14– Alors qu'il y a toutes ces scènes qui sont comparables à des scènes de guerre,
02:18ces blessés sur les routes, sur la rocade, toutes ces images que l'on a pu voir.
02:21– C'était fou, les voitures étaient sur le toit, moi je suis allé avec la voiture de la mairie,
02:26c'était fou.
02:27Eh bien, vous voyez, on n'a pas voulu céder à ceux qui commençaient quelques jours après à se dire
02:31« Ah, mais c'est bien, on va pouvoir faire de la promotion immobilière ».
02:35Non, on n'a pas voulu faire ça, on a voulu faire un lieu d'espoir, là où nous avions
02:40été meurtris.
02:41C'est l'histoire, en réalité, de l'oncopole.
02:43– Là, vous parlez de cette oncopole, oui, justement, que vous avez lancée vous-même en 2004.
02:49Quel est-ce qui vous rend le plus fier aujourd'hui avec cette oncopole, 25 ans après ?
02:53– Quelles sont les plus grandes victoires, selon vous, pour cet oncopole devenu aujourd'hui le deuxième pôle de France,
02:58de la lutte contre le cancer ?
02:59– Oui, c'est un des meilleurs pôles aujourd'hui en Europe. Enfin, c'est surtout une équipe qui doit
03:05être fière.
03:05Moi, je n'ai fait que le début. Le groupe Fabre est venu pour faire la recherche privée.
03:11Il y avait l'INSERM, le CNRS et le CEA pour la recherche publique.
03:15Il y avait le CHU pour la partie hospitalière universitaire.
03:20Il y avait Claudius Regaud.
03:21Tout ça, on s'est mis ensemble. Recherche fondamentale, recherche privée.
03:28Recherche fondamentale, recherche clinique.
03:30Recherche privée, recherche publique.
03:32Et c'est ça, en fait, qui me rend le plus fier.
03:34Parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas compliqué, il y a 15 jours, le professeur Delors et son équipe,
03:40qui dirige l'oncopole,
03:41vient de publier dans Nature un des plus beaux articles qu'on n'aura jamais fait,
03:47c'est-à-dire l'efficacité, très certainement, d'un vaccin thérapeutique contre la récidive de cancer ORL.
03:56Mais ça veut dire que demain, il n'y en aura d'autres.
03:57– Nature, qui est une revue scientifique très prestigieuse.
04:01– C'est pratiquement la première revue scientifique au monde.
04:03– Oui, l'oncopole, deuxième pôle de France dans la lutte contre les cancers de l'utérus,
04:07troisième pour les cancers ORL, troisième également pour les cancers du sein.
04:12– Et probablement le premier pour les cancers du sang, comme le miel-homme.
04:16– Comment est-ce qu'on reconstruit une ville meurtrie par une catastrophe pareille ?
04:21C'est quoi votre priorité, Philippe d'Ouste-Blasi, dans les semaines, les mois et les premières années qui ont
04:26suivi l'explosion ?
04:27– D'abord, il y a eu un choix très compliqué pour moi.
04:30– Parce que la pression était pour que, évidemment, j'attaque immédiatement Total.
04:36Ce qui est tout à fait normal.
04:38– Un propriétaire par sa filiale de l'usine Azédef.
04:40– Oui, c'est ça, de l'Azédef.
04:42– Et puis, je m'étais rendu compte, à l'époque, pour les plus vieux auditeurs et auditrices, ils comprendront,
04:48la Moko Cadix, c'était aussi un cargo qui s'était éventré sur les côtes de Bretagne.
04:57– Marais noire. – Marais noire. Eh bien, ils avaient attaqué.
05:00Sauf que, ces grandes entreprises, ils ont les plus grands avocats au monde.
05:05Et résultat, dix ans après, il n'y avait toujours rien, il y avait toujours des procès, mais il n
05:09'y avait pas de résultat.
05:10– David contre Goliath.
05:11– Vous êtes là, c'est David contre Goliath.
05:13Donc, moi, je n'allais pas rester avec des fenêtres ouvertes et des gens sans logement pendant dix ans.
05:20Et donc, on a dit, voilà, ce n'est pas compliqué.
05:21On va attaquer très, très fort au pénal, y compris sur les personnes, sauf si vous réglez le problème tout
05:26de suite.
05:27Et là, il y a une personne qui est arrivée de chez Total, qui s'appelle Patrick Timbar,
05:31avec lequel je me suis extrêmement bien entendu.
05:34Et on a fait, je crois, l'équivalent de 2 milliards d'euros qui se sont déversés sur l'ensemble
05:41de la région.
05:42Et on en a profité, évidemment, pour dire, écoutez, le stadium a bougé, refaites le stadium, le zénith a bougé,
05:50refaites le zénith, etc.
05:51– Il y a eu des condamnations en justice.
05:53Vous avez rapidement fait part de votre colère envers les assureurs qui n'ont, selon vous, pas fait le job,
05:58dans un premier temps en tout cas.
05:59Ça n'a pas changé encore aujourd'hui ?
06:01– C'est terrible.
06:02– Vous êtes toujours en colère ?
06:03– Je crois que les banquiers et les assureurs, c'est quand même deux pans des professions.
06:10Je ne parle pas de ceux qui travaillent chez eux, mais globalement, au niveau des responsables, je dirais, dans ce
06:19capitalisme financier pur,
06:21je pense qu'il va falloir revoir ça quand même.
06:22Parce qu'on paie suffisamment de cotisations, je pense qu'à un moment donné, lorsque les choses arrivent, il faut
06:28quand même que les gens soient indemnisés.
06:30– Qu'est-ce que vous feriez différemment quand vous y repensez aujourd'hui, si on vous avait donné à
06:34l'époque l'expérience que vous avez aujourd'hui, Philippe Dousta-Blasi ?
06:37– Je crois que je serais peut-être encore plus déterminé à ne m'occuper que de l'urgence.
06:46Parce qu'au fond, le plus important dans ces cas-là, c'est de…
06:51Et puis, les catastrophes, elles touchent toujours les plus faibles.
06:54C'est pas compliqué, c'est passé au Mirail, c'était les ouvriers d'AZF.
07:01C'est souvent comme ça, malheureusement, je ne sais pas pourquoi, mais c'est souvent comme ça.
07:04Et donc, je pense que oui, on aurait pu mieux faire.
07:07Mais après, j'ai organisé, et ça je suis assez content de l'avoir fait,
07:10j'ai organisé un petit groupe de trois, un assureur, un avocat et une infirmière
07:16qui sont allés cache d'escalier par cache d'escalier pour parler avec les gens et pour avoir leurs besoins.
07:24– Vous considérez que Toulouse s'est bien relevé aujourd'hui, 25 ans après ?
07:27– Ah oui, Toulouse, c'est une ville absolument incroyable.
07:30On est passé troisième ville de France.
07:31Je n'y suis pour rien, je ne suis plus maire depuis longtemps.
07:33mais je trouve que quand même, cette ville est assez extraordinaire.
07:38La seule chose que je pense, c'est qu'il faut faire attention
07:40parce que vous avez 20 000 personnes qui rentrent par an,
07:4410 000 qui en sortent, ça fait 10 000 en plus chaque année.
07:48Attention, parce que si ça continue, entre Montauban et Martholosanne,
07:52il ne va y avoir qu'une ville.
07:54Donc moi, je serais d'accord, ce que j'avais fait à l'époque,
07:56d'ailleurs j'avais voulu faire, mais je suis parti entre temps,
07:59c'était de faire une énorme, énorme forêt quelque part
08:02pour qu'il y ait un peu d'espace vert pour nos petits-enfants.
08:04– Que l'on respire à Toulouse.
08:06Philippe Doust-Tobasie, merci beaucoup.
08:07Ancien maire de Toulouse, c'est vous qui étiez donc en poste
08:10il y a maintenant 25 ans,
08:11quand l'usine AZF a explosé,
08:1421 septembre 2001.
08:15Merci monsieur.
08:16– Merci.
08:17– Merci.
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