00:00On vous souhaite la bienvenue, merci de démarrer votre semaine avec ici Orléans, il est 8h moins le quart.
00:05Canicule à répétition et sécheresse, on n'en finit plus de mesurer l'impact de l'été,
00:10notamment, c'est là où je veux en venir sur les fruits et légumes,
00:13et Marie Dorsey vous évoquez cette situation avec votre invité ce matin,
00:17c'est le vice-président d'Interfell, l'interprofession des fruits et légumes frais,
00:22et il est lui-même producteur à Saint-Denis-en-Val.
00:24Bonjour Jérôme Bou.
00:25Bonjour.
00:25On en entend beaucoup parler, on le voit sur les étals des marchés, des supermarchés aussi,
00:30la situation est-elle si grave que ça pour la production de fruits et légumes, notamment dans le loiret ?
00:34Ah ben elle est problématique, puisqu'en fait on a beaucoup moins de production que d'habitude,
00:38et puis d'un calibre inférieur.
00:40Donc il y a un problème à la fois de quantité et de qualité, expliquez-nous.
00:44Alors la quantité elle est inférieure parce qu'il y a eu du gel cette année par exemple,
00:50et puis on a surtout une baisse de calibre due à la sécheresse et à une canicule.
00:55En 76 on n'avait que la sécheresse, cette année on a une canicule en plus.
00:57Donc on a une baisse de calibre, un fruit qui est beaucoup plus petit, et les légumes pareil,
01:02et c'est un problème parce qu'on n'a plus le tonnage à l'hectare,
01:05et la rémunération du producteur se fait notamment avec le calibre.
01:07Parce que, expliquez-nous concrètement, vous ne vendez pas seulement à la tonne ou au kilo,
01:12vous vendez au type de fruits ou de légumes ?
01:15Chaque produit, par exemple la cerise est vendue au millimètre,
01:19la poire elle est vendue au diamètre, la pomme c'est un pois,
01:23enfin ça c'est une normalisation qui est comme ça.
01:26Ça c'est des accords ?
01:28Ce sont des accords, oui.
01:29Et donc c'est des accords qu'il va falloir revoir ?
01:31Il va falloir les revoir, sinon il n'y aura pas de nourriture pour tout le monde.
01:33Donc il faut que l'on puisse manger des produits plus petits que d'habitude.
01:40Et accepter aussi peut-être de manger des produits, disons-le un peu plus moches.
01:44Qu'ils soient un petit peu plus moches, par exemple des fruits sur de la pomme,
01:47on n'a pas de différence entre la nuit et le jour,
01:50ce qui fait qu'il y a un problème de coloration,
01:52les fruits sont moins colorés que d'habitude.
01:53Mais ils sont tout aussi bons ?
01:54Ah ben ça ne change rien, oui.
01:55C'est l'aspect esthétique.
01:56Il va falloir faire aussi beaucoup de discussions avec les clients pour les habituer,
02:01et ensuite les négociations commerciales.
02:03Ça, ça va être les deux gros chantiers aussi dans les énergies.
02:05Ça va être les deux gros chantiers.
02:06Alors les habitués, j'espère que non.
02:07Parce que j'espère que dans les années futures,
02:08on n'aura pas tous les ans des années comme ça,
02:10qu'on puisse retrouver des produits qui sont comme d'habitude.
02:14Mais on sait que la tendance est à la hausse de température de toute façon.
02:19Et peut-être qu'il va falloir s'habituer à des produits plus petits.
02:22Vous, vous êtes producteur de fraises, de cerises et de poires à Saint-Nianval.
02:26Est-ce que vous arrivez à avoir un bilan chiffré de vos pertes pour cette année ?
02:29Alors pour ce qui est récolté, pour la cerise, ça c'est clair.
02:32Sur le loiré, on a une demi-récolte.
02:34Chez moi, c'est la même chose.
02:35En fraise, ça s'est bien passé jusqu'à mi-mai.
02:39Et à partir de mi-mai, c'est la même chose.
02:40Une demi-récolte avec des fruits beaucoup plus petits.
02:42Sur la poire, là, on a pratiquement fini la récolte.
02:47On a une quantité qui n'est pas trop trop mal.
02:50Par contre, un calibre inférieur.
02:51Et c'est une situation, on imagine, qui sera similaire pour tous les producteurs du loiré.
02:55Alors que finalement, les producteurs leur éteintes s'en sortent, entre guillemets, pas si mal grâce à l'irrigation.
03:02Sans irrigation, pas de production.
03:04Ça c'est clair.
03:05On ne peut pas faire des fruits et légumes sans irrigation.
03:07Et on le voit, par exemple, si j'ai un arroseur qui s'est bouché,
03:12qu'on s'aperçoit un petit peu plus tard, tiens, il a été bouché, on vient de le reboucher.
03:14À la récolte, je vous garantis qu'on le voit.
03:16Le fruit, il est beaucoup plus petit.
03:18Donc, il y a eu cette, entre guillemets, chance-là de pouvoir irriguer, nous, dans le loiré.
03:23C'est une crainte pour l'avenir, de voir les nappes phréatiques baisser à tel point que chez nous ?
03:27Alors, chez nous, pratiquement tous les producteurs, tous mes collègues,
03:31on a, par exemple, des sons de tensiométrique dans les sols
03:33pour voir si on irrigue justement pas assez ou de trop.
03:36Parce que si on n'est pas assez, ça ne va pas jusqu'aux racines.
03:39Donc, en fait, ça s'évapore, ça ne sert à rien.
03:41Si on est trop, ça retourne aux nappes, ça ne sert à rien de pomper.
03:43Et donc, il faut s'arranger à ce que l'eau, elle aille pile dans les racines.
03:47Ça, on a des sondes qui permettent de voir justement si c'est bon ou pas.
03:51Donc, l'eau, on ne la gaspille pas, bien sûr.
03:53On essaie de faire, c'est pas qu'on essaie, on fait en sorte qu'il n'y ait pas
03:57de souci de ce côté-là.
03:59Mais sans irrigation, par exemple, en Bretagne, il n'y a pas d'irrigation.
04:02C'est un gros, gros, gros problème.
04:04Ça veut dire qu'il va falloir adapter les productions, les types de fruits et légumes qu'on fait aussi
04:09en France ?
04:09Alors, ça, on l'entend beaucoup.
04:10On dit, faites des agrumes, il fait très chaud.
04:12Alors, oui, je suis d'accord pour l'été.
04:13Mais l'hiver, il gèle.
04:15Et un agrume, ça gèle.
04:17Donc, ça, c'est un autre souci.
04:19C'est une vision à très long terme.
04:22Il faut voir sur les 20, 30 ans, 40 ans.
04:25Par exemple, un verger de poirier, quand on le plante, il sera productif au bout de 8 ans.
04:28C'est-à-dire que, au départ, on aura quelques fruits.
04:31Et le retour sur investissement, il est plus de 15 ans.
04:33Oui, donc, c'est pas quelque chose.
04:34Ah, c'est pas du jour au lendemain, parce qu'on change.
04:36Non, on ne change pas.
04:37Si on change, on aura une production que dans 8 ans.
04:39À plus court terme, plus d'un milliard d'euros d'aide pour l'agriculture.
04:41C'est ce qu'a annoncé la ministre de l'Agriculture au début du mois.
04:44entre indemnisation, dégrèvement de la taxe foncière, fonderie, armement, etc.
04:48Les syndicats assurent que ce n'est pas assez.
04:50Est-ce que c'est un avis que vous partagez ?
04:52Ah, ben, totalement.
04:53Si on divise la somme par nombre d'agriculteurs, ça fait 600 euros pour chaque agriculteur.
05:00Alors, pour un particulier, 600 euros, je comprends bien que c'est important.
05:03Pour une entreprise, alors là, on est dans le...
05:05Il y a les aides très concrètes qui devraient arriver d'ici le mois prochain,
05:09a dit la ministre de l'Agriculture.
05:10Il y a aussi la prise en charge de la cotisation à la MSA.
05:15Il y a des choses qui sont mises en place, mais ce n'est pas suffisant.
05:18Il faut faire plus.
05:18Non, ce n'est pas suffisant.
05:19Là, on parle des fruits et légumes, mais il n'y a pas que les fruits et légumes.
05:21Il y a l'agriculture en général, il y a l'élevage.
05:24Donc, je vous dis que tout le monde est impacté.
05:28Mais le gouvernement dit qu'il fait ce qu'il peut.
05:29De toute façon, le gouvernement est en dessous.
05:32Ça va être le problème.
05:34Mais le risque, c'est qu'il y ait des exploitations qui...
05:37On arrête là, terminé.
05:38Dans un contexte aussi d'inquiétude concernant le renouvellement des générations,
05:42on aura l'occasion d'en reparler.
05:43Il y a des charges, il faut payer les charges.
05:45Il y a tout ça, effectivement.
05:46La filière fruits et légumes n'est pas que confrontée, évidemment,
05:49aux conséquences de la sécheresse.
05:50Merci beaucoup, Jérôme Bou, d'avoir été notre invité pour en parler.
05:53Bonne journée.
05:53Bonne journée.
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