00:00Bonjour à tous, ce sera donc vendredi 2 octobre, dans 15 jours exactement, en deux endroits distincts,
00:05la reconstitution du meurtre de Delphine Ossaguel par Cédric Jubilard.
00:10Pour comprendre et analyser ce rendez-vous judiciaire, j'accueille d'abord Laurent Valdiguet, qui est avec moi à mes
00:14côtés.
00:15Bonjour, Pauline.
00:15Bonjour.
00:16Mourad Batik, l'avocat de l'oncle et de la tante de Delphine Ossaguel.
00:19Bonjour.
00:19Et puis Général Daoust, qui est aujourd'hui notre éclaireur.
00:23Bonjour.
00:23Mais avant de plonger dans le dossier Jubilard, le rappel des dernières étapes avec Pierre-Louis Bousset.
00:30C'est entre les murs de la cour d'assises de Toulouse que le procès en appel de Cédric Jubilard
00:34aurait dû s'ouvrir demain.
00:36Il faudra finalement attendre le printemps prochain, car les deux derniers mois sont venus bousculer le calendrier judiciaire.
00:43Le 6 juillet dernier, coup de tonnerre, après 5 ans de dénégation, Cédric Jubilard reconnaît le meurtre de son épouse
00:51Delphine.
00:52Il dit l'avoir étranglé après une dispute conjugale, mais ni avoir eu l'intention de la tuer.
00:57Quand il a réalisé ce qu'il avait fait, il a tout de suite pensé à ses enfants.
01:02Et donc très rapidement, pour ne pas dire immédiatement, il a pris la décision de déplacer le corps de Delphine
01:07avec le véhicule.
01:09Quelques jours plus tard, des ossements sont retrouvés près de ce champ, sur indication de Cédric Jubilard, à 10 minutes
01:15en voiture du domicile familial.
01:17Les expertises sont formelles. Ils appartiennent bien à Delphine Ossaguel.
01:21C'est un soulagement et c'est surtout le paiement d'un dû. On était nombreux à lui avoir réclamé
01:28effectivement ce minimum.
01:30Il s'en acquitte, dont acte, et puis viendra effectivement le temps des questions.
01:35Ces nouveaux développements ont poussé les enquêteurs à organiser une reconstitution, prévue le 2 octobre prochain dans la maison des
01:42Jubilards.
01:42Le peintre plaquiste de 38 ans devra reproduire tous ses faits et gestes le plus fidèlement possible pour faire toute
01:49la lumière sur la nuit du meurtre du 15 au 16 décembre 2020.
01:53Des éléments qui viendront alimenter le procès en appel de Cédric Jubilard, qui doit s'ouvrir le 30 avril.
02:02Alors il faut d'abord reprendre la nouvelle stratégie de défense avec Maître Dubuisson.
02:06Il était invité chez Apolline de Malherbe il y a quelques semaines.
02:09Et il y a une formule qui me revient à l'esprit.
02:11Il disait « bizarre que la préméditation ressurgisse des années après ».
02:15Mais enfin tout a changé.
02:16C'est vrai que tout va changer avec ses aveux.
02:19Parce qu'en réalité le premier procès, la question c'était « est-ce qu'il l'a tué ou
02:22pas ? »
02:23Oui.
02:23D'ailleurs il plaidait qu'il ne l'avait pas tué.
02:25Et puis ses avocats plaidaient que le dossier était vide de preuves contre lui.
02:29Et ils en étaient persuadés.
02:30Et ils en étaient persuadés.
02:31Là maintenant il l'a tué.
02:33Et la question que ça va poser au deuxième procès, c'est quand il a prévu, il a décidé, il
02:39a planifié de la tuer.
02:41Mourad Batik, la préméditation va être au cœur des interrogations dans le procès en appel ?
02:45Évidemment, je le dis depuis le début dans ce dossier.
02:48Moi je suis persuadé que Cédric a commis ce crime, que M. Jubilard a commis ce crime en préméditation.
02:54Qu'il avait prévu, qu'il avait préparé, qu'il avait pensé, qu'il avait réfléchi à comment la tuer,
03:00comment faire disparaître le corps, comment la cacher et comment cacher les preuves.
03:05Et donc évidemment c'est un point qui va être au cœur des débats.
03:09Et évidemment je n'en démordrai pas.
03:11Comme je pensais de manière très ferme que M. Jubilard était impliqué directement dans ce dossier,
03:17je pense aujourd'hui que la préméditation est évidemment acquise.
03:22Ça on peut le dire, vous êtes constant depuis le début, M. Batik.
03:25Alors on va prendre la direction de ce grand écran avec vous, Général Lausse.
03:29On va se projeter sur les lieux de la reconstitution.
03:31On l'a dit, ça aura lieu vendredi 2 octobre, c'est-à-dire dans moins de 15 jours.
03:36La question est simple, qui va y participer en dehors de Cédric Jubilard ?
03:41Combien de personnes et combien de lieux faut-il revisiter ?
03:44Alors il faut savoir que dans le code de procédure pénale, la reconstitution n'existe pas.
03:49C'est l'article 92 du code de procédure pénale qui dit que le juge d'instruction,
03:53pour les besoins d'enquête, peut se transporter en tous lieux avec son greffier.
03:57C'est une condition absolue.
04:00Et il fait ce qu'il veut quand il est sur les lieux.
04:04Alors là il va aller où ?
04:05Exactement. Alors la première chose, il va aller dans la maison que ça se passe.
04:11Au domicile ?
04:12Au domicile.
04:12Et il va regarder au domicile, il va écouter, reprendre les déclarations de Cédric Jubilard,
04:19lui demander de refaire les gestes.
04:21Il faut savoir qu'il peut être aidé et peut faire venir sur place des spécialistes, des experts.
04:27Par exemple, s'il veut un médecin légiste sur place pour voir la cohérence des gestes que Jubilard dit
04:33et de ce qui a été constaté par rapport à ce qu'il mime.
04:38C'est-à-dire la scène d'étranglement.
04:39La scène d'étranglement.
04:41On n'a qu'une version.
04:43Est-ce qu'elle est compatible réellement avec la position qu'il donne, qu'il explique, ce qu'il fait
04:50?
04:50Est-ce qu'elle était debout ? Est-ce qu'elle était couchée sur le divan ?
04:54Ou est-ce qu'il a attrapé par le coup ou par derrière ?
04:57Donc, tout ça, dans la salle, c'est la maison.
05:00Ça, c'est au domicile à 9h ?
05:02C'est à 9h.
05:03Et alors ensuite, il y a le trajet ?
05:04Deuxième chose, avant le trajet, et qui est d'ailleurs le début du trajet,
05:09c'est le transport du corps jusqu'à la voiture.
05:12Où est-ce qu'il a placé ? Dans le coffre ?
05:15Comment ?
05:16Ou en position sur la banquette arrière ?
05:18Donc, c'est aussi intéressant de voir.
05:22Et nous avons...
05:23Troisième temps, si je puis dire, voilà.
05:25Le déplacement est vers le lieu.
05:29Alors, ce déplacement, je rappelle, on est la nuit 15 décembre,
05:34des éclairages urbains sur les routes départementales d'un département, il n'y en a pas.
05:38En plein confinement ?
05:39En plein confinement.
05:41Et il va directement là-bas.
05:43Donc, on n'est pas dans un déplacement au hasard, je cherche un coin pour déposer le corps,
05:49parce que je suis affolé, je ne sais pas quoi faire.
05:52Le temps est très court, c'est là-bas, c'est sous ce tas de fumier,
05:58et il y aura une deuxième, une troisième temps sur le tas du fumier ou autre, c'est comment.
06:08Comment il a enterré, en tout cas enfoui le corps, combien de temps ça a pris, dans quelle tenue il
06:15était, parce que...
06:16Et qu'est-ce qu'il a fait des vêtements ?
06:18Qu'est-ce qu'il a fait des vêtements qu'il avait sur lui ?
06:21Donc, je rappelle, le tas de fumier, l'hiver 15 décembre, il est à moitié gelé.
06:26Quand il affirme qu'il a creusé en mains nues pour mettre un, il y a beaucoup de questions derrière,
06:31on pourrait y revenir dessus.
06:32Merci, Général.
06:33Alors, de jour ou de nuit, est-ce que vous, maître Batik, comme maître Pressec,
06:38vous demandez que ça se déroule dans les mêmes conditions spatio-temporelles,
06:42c'est-à-dire en plein milieu de la nuit et non pas à 9h02, comme le prévoit la convocation
06:47?
06:47Oui, évidemment, ça aurait été extrêmement utile.
06:50Après, comme vient de le dire le Général, on ne reproduira jamais les mêmes conditions,
06:55puisque nous sommes en ce moment avec un temps ensoleillé, on n'est pas en plein mois de décembre.
07:00Le fumier est beaucoup plus maniable qu'il ne peut l'être en plein mois de décembre.
07:06Donc bon, maintenant, il faut composer avec la réalité de ce à quoi on est confronté,
07:10avec des aveux très tardifs.
07:12On aurait pu avoir ces aveux pendant le procès, pendant l'enquête,
07:15pendant les interrogatoires, pendant la garde à vue.
07:17Donc si vous voulez, on doit aussi composer avec le deuil de la famille.
07:21C'est une famille qui est endeuillée maintenant depuis de nombreuses années,
07:23qui n'a jamais pu récupérer le corps et donc procéder à un deuil à peu près normal.
07:30Et donc évidemment, maintenant, il faut clôturer cette étape, il faut clôturer cette histoire.
07:34Alors, cette stratégie de cheminement vers la vérité, Laurent,
07:37est-ce que ça peut être payant aux assises ou est-ce que c'est un jeu dangereux
07:41auquel joue Cédric Jubilard avec sa nouvelle défense ?
07:43C'est toujours un jeu dangereux, parce qu'en fait, la reconstitution,
07:46ça a pour objet de mesurer sa sincérité.
07:48Est-ce que dans ce qu'il a raconté au juge,
07:51quand il était dans le bureau des magistrats pour raconter la version de la mort de sa femme,
07:56est-ce qu'il a menti sur certains points,
07:59comme le disait le général, sur le trajet,
08:01sur la façon dont il a procédé pour l'étrangler ?
08:03Est-ce que c'est une dispute qui a dégénéré ou est-ce qu'il l'avait planifiée ?
08:06Puis comment ça s'est passé sur ce tas de fumier ?
08:08Qu'est-ce qu'il a fait des vêtements ? Est-ce qu'il a menti ?
08:10S'il a menti, la reconstitution permettra de le prendre en défaut.
08:15Et c'est vrai que s'il n'a pas menti,
08:17il espère capitaliser sa sincérité au second procès dans le but,
08:23on le comprend, de diminuer sa peine de première instance qui était de 30 ans.
08:27Il a 39 ans, Cédric Jubilard, il a été condamné en première instance à 30 ans,
08:32il a déjà fait 4 ou 5 ans de prison, il pourrait espérer avoir une vie après la prison,
08:38sauf s'il prenait perpétuité.
08:40Autrement dit, sauf si en appel, non seulement il ne capitaliserait pas ses aveux,
08:46mais au contraire, ça apparaîtrait comme une nouvelle tentative de manipulation de la justice
08:52en ayant omis des choses.
08:53Ça, c'est le grand risque.
08:54C'est la grande phrase de Jean-Alphonse Avinin, Pauline.
08:59Jean-Alphonse Avinin, sur l'échafaud, il a crié « n'avouez jamais ».
09:04N'avouez jamais parce que les policiers, qui n'étaient pas des gendarmes à l'époque,
09:07mais les policiers lui avaient fait croire que s'il avouait,
09:09c'était le boucher de Clichy-la-Garenne, 1867,
09:13savoir que les policiers lui avaient dit « allez, avoue, tu ne seras pas condamné à mort ».
09:18Il a été condamné à mort quand même.
09:20En réalité, cette fameuse phrase « n'avouez jamais »,
09:24elle parcourt, elle hante tous les tribunaux, tous les blocos de garde à vue, tout le monde,
09:28parce qu'en réalité, personne ne sait si les aveux seront payés devant un tribunal.
09:33Ils le sont rarement.
09:35Alors, on l'a dit 30 ans en première instance.
09:37Vous, votre regard métrobatique, est-ce qu'il peut prendre davantage ?
09:42Est-ce qu'il y a un coup de folie ? Est-ce que c'est mûrement préparé ?
09:45Qu'est-ce qu'on gagne en avouant ?
09:46Et est-ce que c'est vraiment des aveux, en fait ?
09:48Est-ce que ce n'est pas des demi-aveux qu'on a là ?
09:50C'est évidemment des demi-aveux.
09:51Depuis le départ, Cédric Jubilard est un manipulateur.
09:54Je le dis et je le répète, c'est un joueur de poker.
09:56C'est un bon joueur de poker.
09:58C'est quelqu'un qui comprend son environnement
10:00et qui sait évoluer dans son environnement
10:02à mesure que cet environnement se transforme.
10:05Et donc, si vous voulez,
10:06il a posé une stratégie depuis le moment de la garde à vue,
10:09depuis le moment de l'enquête,
10:10depuis le procès en première instance.
10:13Il n'a jamais dévié de sa route.
10:16Il n'a jamais dévié de sa route.
10:17Le dossier est vide.
10:18Le dossier est vide.
10:19Un espèce de mantra qu'il a répété
10:21par le biais de ses avocats.
10:23Et il a fallu, souvenez-vous,
10:24que l'on remonte sa pente en expliquant
10:26que le dossier n'était pas vide.
10:27Et dans l'opinion publique,
10:29finalement, on me croisait ici et là
10:32et on me disait, maître, le dossier est vide.
10:33Pourquoi est-ce que ça a un intérêt ?
10:34Parce que ceux qui me croisent,
10:36ce sont eux, les jurés populaires.
10:37Et donc, évidemment,
10:38il y a eu cette espèce de stratégie
10:40qui a diffusé l'opinion publique
10:42de dire, le dossier est vide.
10:43Évidemment, nous avons remonté la pente.
10:45Aujourd'hui, il sait qu'il est confronté
10:47à des preuves tangibles,
10:48à des preuves cartésiennes,
10:49à des preuves mathématiques,
10:51à des éléments qu'il ne peut pas balayer
10:52d'un revers de main.
10:53Et donc, nouvelle stratégie,
10:55joueur de poker,
10:56ma main est peut-être un petit peu faible,
10:58il va falloir que j'évolue
11:00et que je trouve une solution.
11:01Et donc là, on passe à des aveux.
11:03Ce sont, à mon sens,
11:04tout sauf des aveux sincères.
11:06Il n'a pas pensé à ses enfants
11:08à aucun moment.
11:09C'est des aveux égoïstes
11:10où Cédric Jubilard doit encore être
11:13au centre de tout.
11:14Et donc, Cédric Jubilard
11:15ne fait des aveux que pour Cédric Jubilard.
11:17Quelle est la plus grande zone d'ombre,
11:19finalement, Général Daoust,
11:20dans ce dossier qu'il faudra éclaircir ?
11:22Non, objectivement,
11:25quand on regarde les faits,
11:26quand on regarde la constatation,
11:27il n'y a pas de zone d'ombre.
11:29Il a tué son épouse.
11:31Là, on regarde,
11:32est-ce qu'il y a préméditation ou pas
11:34pour voir la volonté de tuer en amont ?
11:38Mais ça ne va rien changer
11:39au quantum de la peine
11:40parce que l'article 221-4
11:43du code pénal...
11:44Alors, Laurent n'est pas d'accord.
11:45Un peu quand même, en général.
11:46Parce que si les débats démontrent,
11:49vous avez paniqué ça depuis longtemps...
11:51Laurent, on est dans les débats.
11:52Là, je parle.
11:53Le quantum de la peine
11:54qui est prévu pour le meurtre sur conjoint,
11:56c'est la perpétuité.
11:57Donc, là, après,
11:59c'est comme disait Maître Batik,
12:00c'est dans le jeu de la défense.
12:03Ça se jouera à l'audience.
12:04Exactement.
12:05Voilà.
12:05C'est vrai que tout ce qui...
12:06Maintenant qu'il a avoué,
12:07tous les petits détails
12:09qui étaient là,
12:10il coupe son téléphone,
12:12les lunettes cassées...
12:14Tout se rééclaire un peu.
12:15Tout se rééclaire.
12:16Voilà.
12:17La carte bleue qu'elle avait supprimée son...
12:20Il n'avait plus la carte.
12:22Tout ça, ça montre...
12:24Et puis surtout,
12:24le repérage de l'endroit.
12:25Parce que cet endroit,
12:26l'air de rien,
12:27c'est un jour de couvre-feu Covid.
12:28Il fait 11 kilomètres
12:30dans la nature de nuit.
12:33Il faut avoir l'idée.
12:34Il faut savoir
12:35où il va aller la mer.
12:37On vous dira qu'en face,
12:38c'est le fruit du hasard.
12:40C'est le fruit du hasard.
12:41Et moi, je vois se dessiner
12:42cette défense
12:44qui, à mon sens,
12:45est une défense
12:46qui n'honore pas
12:47la famille de Delphino Saguel
12:49et qui consisterait à dire
12:50en deux temps
12:51que le corps a été caché
12:54par le fruit du hasard
12:56et que finalement,
12:57si Delphino Saguel est morte
12:59et décédée ce soir-là,
13:01c'est peut-être aussi
13:01parce qu'elle a un peu participé
13:03à une dispute
13:04et à des violences
13:05qui auraient été mutuelles.
13:06Et ça, évidemment,
13:07on s'y opposera fermement.
13:09D'abord, le jour de la reconstitution
13:10et ensuite,
13:11dans le cadre de la cour d'appel,
13:13évidemment,
13:14ça n'est pas une défense
13:15que nous laisserons prospérer.
13:16Dernière question,
13:17que deviennent les enfants jubilards
13:18et quels rôles peuvent-ils jouer
13:20dans ce procès en appel ?
13:21Ils n'ont pas de rôle.
13:22Ils étaient trop petits,
13:23trop enfants.
13:24Et puis, je crois qu'il ne faut pas
13:25les mêler à ce procès odieux
13:29avec un père qui change de version.
13:31Et je crois que ça n'est bon
13:32ni pour eux,
13:33ni pour le procès,
13:34ni pour la manifestation de la vérité.
13:36Merci.
13:36Merci.
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