00:00Avec beaucoup de rebondissements semaine après semaine, un témoignage.
00:03C'est le témoin du jour dans Polyjustice 24h en France.
00:06Bonjour Mohamed Benmedour, merci d'être venu jusqu'à nous de votre belle cité phocéenne avec le soleil.
00:14Vous êtes éducateur spécialisé dans les quartiers nord.
00:17On a voulu vous inviter, on voudrait que vous nous racontiez le terrain, votre engagement, le narcotrafic.
00:24Le narcotrafic, beaucoup en parlent, mais peu savent ce que ça donne quand on est vraiment confronté au quotidien.
00:31Avant de vous faire réagir, pour qu'on comprenne quand même ce que vivent les jeunes, les riverains, je voudrais
00:36vous partager ce reportage.
00:38J'imagine qu'il n'y a pas grand chose là qui va vous surprendre. Regardez.
00:43C'est une scène devenue presque ordinaire dans ce quartier.
00:47Un habitant vient de bloquer un individu à l'intérieur de cette voiture.
00:52L'homme aurait tenté de s'introduire dans le véhicule pour le voler.
00:57Il a cassé la vie d'une voiture, il est en train de voler à l'intérieur.
01:00Je l'enferme en attendant la police dans la voiture qu'il a cassée.
01:03Quinze minutes plus tard, les forces de l'ordre arrivent sur place.
01:07Tu as des trucs dangereux sur toi ?
01:08Il n'y a pas rien.
01:09Seringue ?
01:10Rien.
01:10Non, rien ?
01:11Moi je ne pique pas.
01:12Tu ne piques pas ?
01:13Je m'en fiche, oui.
01:14Tu fumes ?
01:15Oui.
01:15La pipe a craque ?
01:16Oui.
01:17Car ici, dans ce quartier, les consommateurs de drogue ne se cachent plus.
01:21Et pour les habitants, les incivilités se multiplient.
01:25Pas mal de drogue, prostitution.
01:28Les gens ne savent pas où se droguer.
01:30C'est la drogue en bas des immeubles.
01:33Essayer de rentrer dans les immeubles, se cache plus ou moins.
01:35Des habitants qui disent ne plus se sentir en sécurité.
01:38Et certains envisagent même de partir.
01:41Oui, partir d'ici pour que les enfants grandissent dans un endroit sécurisé, c'est idéal.
01:48C'est pour ça que moi je déménage, je vais plus bas vers Réformer.
01:52Parce que c'est plus familial, c'est plus sympa.
01:56Selon les associations, près de 26 points sensibles comme celui-ci sont recensés dans la cité phocéenne.
02:04J'imagine, Mohamed Benmedour, que ça ne vous étonne pas ces images.
02:08Alors là, on voit bien qu'on est au centre-ville de Marseille, vous êtes dans les quartiers nord.
02:12On parle beaucoup de la désaide mafia, on dit.
02:14Elle a pris le pouvoir, c'est fini, dans de nombreux quartiers, font la loi.
02:18Est-ce que c'est vraiment si grave que ça ?
02:23Alors, il y a le mythe, il y a la réalité.
02:26Moi, je suis au contact de ces jeunes qui font partie de la désaide mafia,
02:29qui sont cadres, qui sont charbonneurs, qui sont guetteurs.
02:32Je les côtoie au quotidien.
02:33Ils me contactent aussi parce qu'ils regardent ces news depuis leur cellule.
02:37Ils me contactent, ils me retrouvent sur les réseaux sociaux et ils rentrent en contact avec moi.
02:42La désaide mafia, à l'heure actuelle, elle tient certains quartiers, quelques points de deal.
02:47Elle a été affaiblie suite aux événements depuis 2023, cette fameuse guerre avec Yoda.
02:55D'ailleurs, ils ont anéantisé les Yoda.
02:56Ensuite, ils ont monté en puissance.
02:59Mais dans le milieu, quand on parle beaucoup de vous, et surtout sur ces dernières années,
03:03vous pouvez vite monter comme vous pouvez vite redescendre.
03:06Donc, elle a été affaiblie ces derniers temps, suite aux opérations policières,
03:10de la police judiciaire marseillaise et aussi parisienne.
03:14Donc, à l'heure actuelle, elle tient tout juste ses territoires.
03:17Mais elle a été vraiment, vraiment affaiblie.
03:21Et par contre, certaines activités qui leur étaient liées,
03:25comme le racket, l'extension de fonds, etc., ne sont plus d'actualité aujourd'hui.
03:30Uniquement le trafic de supéfiants.
03:31Et les assassinats ont ramené aussi beaucoup de problèmes à la désaide mafia.
03:38Et donc, c'est un peu la politique de Cosa Nostra avec Provenza.
03:43Non, soyons discrets, on ne tue plus, mais on agit dans l'ombre.
03:46– J'aimerais qu'on parle de vous.
03:49Déjà, pourquoi vous avez décidé de faire ce métier ?
03:51Et comment vous faites ?
03:52Parce que vous êtes au contact de jeunes, vous venez de le dire vous-même,
03:55vous connaissez même les différentes dénominations,
03:58pour les convaincre quand, en face, il y a tellement d'argent en jeu.
04:02Qu'est-ce qu'ils vous disent, en fait, quand vous leur dites que ce n'est pas bien ?
04:06– Déjà, je leur explique un peu mon parcours,
04:08que moi aussi, j'ai grandi dans un quartier,
04:10moi aussi, j'ai des amis qui sont morts,
04:13moi aussi, j'ai connu la précarité, j'ai connu les petits emplois,
04:16j'ai été en période de chômage, j'ai été sans un sou comme eux,
04:19parce que mes parents étaient ouvriers,
04:21et que nous, on préférait aller se lever à 5h du matin
04:24et faire le marché pour décharger des caisses.
04:27À l'époque, c'était 50 francs, donc l'équivalent de 10 euros maintenant.
04:31Et je n'ai pas tellement d'arguments pour, justement, les dissuader,
04:36mais j'ai la sincérité, la sincérité, et j'ai l'envie aussi,
04:40parce que, vous savez, j'ai tellement vu de choses autour de moi, devant moi,
04:47j'ai ramassé aussi une fois avec des jeunes de 11-12 ans,
04:50je l'ai dit sur votre plateau,
04:52un corps d'une femme qui a été calcinée, étranglée, calcinée,
04:55on l'a ramassée avec des jeunes de 11-12 ans,
04:57j'ai aussi, pendant la guerre des Z-Mafia Yoda,
05:00ramassé une jeune qui était, justement,
05:03qui charbonnait pour le clan des Z-Mafia dans la cité des Marronniers,
05:06on lui avait arraché la jambe à la Kalachnikov,
05:08c'était très atroce.
05:09Et le fait aussi de leur rapporter ça,
05:13leur rapporter le témoignage,
05:15leur dire ce que va être la suite des événements,
05:19parce que moi, je la connais, en fait, la suite, c'est simple,
05:21il n'y a pas 50 000 solutions.
05:23Moi, le père d'un ami, à l'époque,
05:25il disait au père Afarid Berhama,
05:27qui était vraiment quelqu'un de très connu dans le milieu,
05:30il lui disait souvent,
05:31tu connais un voyou qui a acheté un château ?
05:34Tout le temps, il lui disait ça.
05:36Et la réalité, c'est qu'ils vont finir en prison,
05:38leurs parents vont faire la queue au parloir
05:40pour attendre pendant des heures,
05:42pour avoir 30 minutes, 40 minutes de consultation,
05:46et au mieux, ça va être ça,
05:48et au pire, ça va être la mort.
05:49Est-ce que vous, puisque vous parlez de la mort,
05:53vous avez eu peur, parfois,
05:54parce qu'on sait qu'il y en a d'autres,
05:55des activistes connus,
05:56qui ont tout perdu, leurs frères,
05:58qui sont eux-mêmes menacés, protégés.
06:00Est-ce qu'on vous a menacé ?
06:02On vous voit comment ?
06:03Est-ce qu'on vous voit, du côté des dealers,
06:06comme quelqu'un qui essaye d'empêcher le business ?
06:08Non, pas du tout, parce qu'ils me connaissent.
06:10Je n'ai jamais eu peur.
06:11Vous n'avez jamais eu peur ?
06:12De l'inquiétude, certes,
06:13mais si demain, j'ai peur, j'arrête tout.
06:16On ne peut pas travailler avec la peur,
06:17ce n'est pas possible.
06:19Et d'ailleurs, après, ça serait fausser le discours.
06:22Quand on a peur, on ne tient pas le même.
06:23Mais vous avez été menacé ou jamais ?
06:25Non, pas du tout,
06:26parce que j'ai toujours été sincère avec eux.
06:28Je leur ai toujours dit les quatre vérités.
06:30Quand ils commettaient des choses,
06:31ils leur disaient,
06:32ça, ça va mal se passer pour toi,
06:35tu vas finir en prison.
06:37Là, ce que vous faites,
06:38vous ne pouvez pas gagner comme ça.
06:40Vous croyez que vous allez défier l'autorité, l'État ?
06:43Ce n'est pas possible.
06:44Et ce discours-là, ils l'entendent.
06:45Après, ils savent que aussi,
06:47je fais preuve de bienveillance
06:48parce que je sors aussi leurs petits frères.
06:51Je sors leurs petits frères de la cité.
06:53Je les amène chaque été
06:54avec le centre loisir jeune de la police nationale
06:56faire des activités en mer.
06:58Et vous savez,
07:00ça reste des êtres humains le soir.
07:03Je vais prendre cet exemple d'hier.
07:05Un cadre de la DZ Mafia qui est en prison
07:08a vu une vidéo que j'ai postée à Marseille.
07:10Il y a eu une polémique sur un loup qui a été vu.
07:13Et en fait, on a retrouvé le propriétaire
07:15et ce n'était pas un loup, c'était un chien.
07:17Et sur la vidéo, le chien hurlait et tout ça.
07:20Et cette personne-là, ce cadre de la DZ Mafia me dit
07:23« Mais Mohamed, franchement, c'est une humaine.
07:26Tu sais que moi, je préfère les animaux que l'être humain. »
07:30Et j'ai dit « Mais je sais, mon petit. »
07:32Ils ont perdu.
07:33L'être humain, c'est la pire race au monde,
07:35si je puis me permettre de parler comme ça.
07:37Parce que l'être humain, il peut te trahir,
07:38il peut te mentir, il peut te tuer.
07:40Et il me dit « Mohamed, j'ai de la peine pour ce chien-là.
07:43Ce chien-là, il n'est pas fait pour rester à l'extérieur.
07:45C'est un chien qui est fait pour rester dans des... »
07:48Et on a des discussions comme ça.
07:51Vous avez continué quand même.
07:52Donc ça veut dire que vous y croyez en l'extrême.
07:54J'y crois, j'y crois.
07:55Si demain, je n'y crois plus, qui va faire ce travail-là ?
07:57Vous avez du succès ?
07:58Il y a des jeunes que vous avez réellement sortis de la panade, comme on dit ?
08:02Heureusement.
08:03Heureusement d'ailleurs.
08:03Sinon, je pense que j'aurais arrêté.
08:05Parce que parfois, ça m'arrive aussi d'être découragé, je vous dis la vérité.
08:08Moi, ce qui m'agace le plus, c'est quand je lève le doigt et je dis « Attention, tel
08:14jeune, il va mal finir. »
08:17Quand on a un jeune, par exemple, j'avais un jeune qui avait 8 ou 10 ans, je l'accompagne.
08:23Et un jour, pendant mon accompagnement, il a une altercation avec un autre jeune.
08:28Il descend de la voiture, il trouve un tesson de bouteille en verre, il va pour l'assainer un coup.
08:33Je me mets au milieu en disant « Attention, ce jeune-là, il imprégné déjà de la violence.
08:37On ne m'écoute pas. »
08:38Et puis, je revois son grand-frère trois ans après.
08:40Il me dit « Mon petit frère, il est au mineur, il a tué quelqu'un à coup de couteau.
08:43»
08:44Ça, c'est l'échec.
08:45Mais c'est ça qui m'énerve, c'est que je ne suis pas assez écouté.
08:48Le jour où il y aura une réelle volonté politique, où on mettra tout le monde autour de la table
08:52et on dit « Ah, il faut qu'on travaille ensemble. »
08:54Lui qui agit avec son égo, il sort de là, là, on aura gagné.
08:58Qu'est-ce que vous dites dans les moments de découragement ?
09:00Vous dites « J'y arrive plus. »
09:03Parce que pour vous aussi, moralement, ça doit porter un coup.
09:05Il y a des jours où vous êtes fatigué.
09:06Vous venez de le dire.
09:07Oui, oui, oui.
09:09Après, la chance que j'ai, c'est que j'ai pratiqué la boxe depuis petit.
09:13Et donc, j'ai l'habitude de prendre des coups.
09:15J'ai l'habitude aussi de remonter sur le ring et de me battre.
09:20Ma tristesse, je la garde pour moi, chez moi, sur mon canapé.
09:25Ça m'est arrivé de, je le dis, je ne me dis pas la première fois que je vais le
09:29dire,
09:29mais de pleurer sur mon canapé, de penser à des moments avec des jeunes
09:34avec lesquels j'ai partagé des instants.
09:36Et ils ne sont plus là.
09:38Et je m'étais battu dur comme fier pour qu'ils puissent s'en sortir.
09:42Et finalement, ils sont six pieds sous terre.
09:44Et là, à ce moment-là, on se dit, mais je me dis, mais à quoi bon, Mohamed ?
09:49À quoi bon ?
09:50Et après...
09:51On se lève et on repart.
09:53On repart, parce que moi, je suis femme de Jean-Paul Belmondo.
09:56Et je m'identifie à beaucoup à Jean-Paul Belmondo dans le marginal, le solitaire.
10:00Je suis un peu comme lui.
10:01Et donc, je repars, je repars.
10:03Et je me dis, mais de toute façon, qu'est-ce que tu as perdu ?
10:05T'as 38 ans, t'es père de famille.
10:07Il regarde des jeunes que tu as connus.
10:08À 14, 15 ans, ils ne sont plus là.
10:10C'est ça, la vie.
10:11Continue, fonce.
10:12Il y en a qui vous disent merci, qui vous revoient.
10:14Il y a ceux qui partent, on a compris, c'est triste.
10:16Mais il y a ceux qui reviennent et qui vous disent, franchement, Mohamed, si tu n'avais pas été là,
10:20j'aurais sombré.
10:22Quand on me le dit, souvent, je ne les reconnais pas, parce que des fois, ils ont grandi entre-temps.
10:26Et c'est là où je me dis que je commence à me faire vieux.
10:29Après, j'ai toujours cette anecdote en tête.
10:32Il y avait un jeune de région parisienne de Sarcelles.
10:34Il était sur mon parking.
10:37J'ai bien compris ce qu'il faisait.
10:39Et je suis allé le voir.
10:40Je lui ai dit, qu'est-ce que tu fais ? Tu prends le soleil et tout.
10:42Il a rigolé.
10:43Est-ce qu'il sait un sourire ?
10:44Il m'a dit, non.
10:45Je lui ai dit, écoute, je sais que tu es là pour guetter, pas que les flics rentrent par là.
10:49Écoute, voilà.
10:49En ce moment, il y a un épisode sanglant.
10:52Il y a de la guerre et tout.
10:53Donc, ne reste pas ici.
10:54Et j'avais donné mes coordonnées.
10:55Et ce jour-là, il m'a recontacté.
10:59Je l'ai mis dans un train.
11:00Il est parti.
11:01Et le jour où la gamine s'est fait, justement, arracher la jambe à la Kalachnikov,
11:04il était tout le temps avec elle.
11:05Et je l'avais extrait.
11:06Et je l'avais mis dans le train.
11:07Et quand il m'a dit merci pour cet acte-là, ça n'a pas de prix.
11:11C'est mieux que mon salaire, mieux que l'argent du monde entier.
11:14Vous allez continuer longtemps, ça se sent.
11:15Merci beaucoup de nous avoir porté votre témoignage.
11:17C'était hyper précieux.
11:18On va marquer une petite pause.
11:19Et puis, on verra pour parler de ces menaces de mort contre les profs qui se multiplient.
11:23On vous montrera aussi l'agression très violente d'une mère de famille pour son collier en pleine gare Saint
11:27-Charles.
11:27On vous raconte toute l'enquête.
11:28A tout de suite.
11:44Quand on remplace votre pare-brise, on recalibre la caméra sur place.
11:53Et ça, pas certain que tout le monde le fasse.
11:54Et ma cliente peut profiter de ses enfants.
11:56Alors, prenez rendez-vous directement sur charglas.fr.
11:59Carglas répare, Carglas remplace.
12:02En plus, en ce moment, Carglas vous offre vos balais d'essuie-glace.
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