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  • il y a 2 heures
Dans « Histoires de la nuit », un thriller sous tension réalisé par Léa Mysius, Benoît Magimel incarne magistralement un voyou qui vient fracasser le quotidien d’une famille et révéler un passé enfoui.
Pour "le Nouvel Obs", il raconte la genèse de ce rôle et le rapport particulier qu'il entretient à la nuit.

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Transcription
00:00Il y a deux endroits où je peux être tranquille, c'est les toilettes, ou la nuit.
00:03Histoire de la nuit est adaptée du roman sombre de Laurent Mauvignier.
00:07Le film a été sélectionné en compétition officielle cette année au Festival de Cannes.
00:11Benoît Magimel incarne un voyou qui vient fracasser le quotidien rangé d'une famille,
00:16isolé en pleine campagne.
00:18Nous avons rencontré Benoît Magimel à Cannes.
00:20Voici son entretien.
00:23Sur la lecture d'abord, la première lecture, je me trouvais un peu incomplet.
00:27Il manquait ses contradictions pour moi.
00:28C'est-à-dire qu'il était tellement brutal dans sa démarche,
00:31que pour moi il me semblait impossible d'avoir la possibilité de récupérer un enfant qui ne vous connaît pas
00:36et de convaincre cet enfant de venir vivre avec vous.
00:39Même de récupérer sa femme, c'est pas en rentrant comme un bulldozer, vous allez m'effrayer.
00:44C'est ces contradictions qui me manquaient, mais pas parce que c'est vicieux, c'est une démarche malveillante.
00:49Non, c'est parce que c'est un homme qui a souffert, c'est un homme qui a été confondément
00:52blessé.
00:53Et ça, ça me manquait.
00:54Ce qui me manquait, c'est aussi de parler de l'enfermement, de parler de la prison,
00:57d'avoir aussi me raconté leur background, leur histoire.
01:00Comment ils se sont aimés, comment elle l'a quitté, de quelle manière.
01:04Il est important que cette histoire soit là en permanence, parce que c'est ça que j'allais raconter.
01:09Et c'est quelqu'un qui, évidemment, est comme son ex-femme, comme le rôle d'Asia,
01:14ils sont nés dans un endroit particulier.
01:18Et donc c'est leur réalité, c'est leur quotidien, c'est une façon d'être.
01:20Je ne vois pas le mal.
01:22C'est un personnage confondément humain quand même.
01:24Mais la violence fait partie aussi peut-être de sa vie,
01:27mais pour autant, c'est quelqu'un qui n'était pas prêt à l'enfermement,
01:29qui n'était pas prêt à aller en prison, comme il le dit.
01:31J'ai rencontré une personne qui m'a influencé,
01:35à qui j'ai demandé, parce que je le voyais, il a fait beaucoup de prison,
01:38et il a été à l'isolement.
01:40Vous savez, l'isolement, c'est terrible.
01:41En quelques semaines, vous pouvez devenir fou.
01:43Je ne parlais à personne.
01:44Il avait vécu plusieurs années.
01:46Je lui ai dit, comment tu arrives encore à avoir un sourire ?
01:48Comment tu traverses ça avec autant de panache ?
01:51Parce que prison, ce n'est pas marrant.
01:52Il me dit, j'étais préparé en fait.
01:54Je savais ce qui m'attendait, je savais par quoi j'allais passer.
01:59Et cet homme, il n'était pas préparé pour autant.
02:02Et puis ça permet de ne pas réagir, il ne faut pas trop être dans l'émotion.
02:05Moi, je suis un taureau, j'ai besoin de réflexion.
02:07Moi, ça rumine beaucoup avant d'agir.
02:09Mais c'est aussi les cauchemars, c'est aussi les peurs.
02:12Ça renvoie à ça, ça renvoie à l'enfance.
02:13Vous pouvez vraiment vous replonger dans des états solides à cette enfance, à des moments où la nuit, en marchant
02:22tout seul, ça travaille les peurs aussi.
02:26Il y a aussi tout ça malgré tout.
02:28Moi, j'aime beaucoup la nuit.
02:30Moi, il y a deux endroits où je peux être tranquille, c'est les toilettes ou la nuit.
02:34Déjà, on est tranquille.
02:35C'est des moments où on peut s'isoler, créer, réfléchir.
02:39C'est des moments en suspension.
02:40Ce n'est pas de manière festive, ce n'est pas ça.
02:43J'aime bien lire la nuit, j'aime bien voir des films, j'aime bien manger, j'aime bien vivre
02:48la nuit, mais jusqu'à une certaine heure, parce qu'évidemment, on ne peut pas faire ça.
02:52Quand on est jeune, c'est plus facile.
02:53Il faut arrêter.
02:54On est face à soi-même la nuit, j'ai l'impression.
02:56C'est comme s'il n'y avait pas de filtre, en fait.
02:59Vous êtes seul vraiment profondément.
03:00La ville est endormie.
03:05Je ne lis pas les adaptations, les livres, parce que pour moi, c'est la partition du scénario, c'est
03:11la partition écrite par le metteur en scène.
03:13C'est là-dessus que je vais travailler.
03:14Ça m'est arrivé de le lire après, mais sinon, je ne vois pas l'intérêt parce que ça donne
03:18plus de liberté.
03:19C'est comme parfois des personnages historiques que tout le monde connaît.
03:21Vous allez essentiellement travailler sur, justement, tous les écrits, tout ce que vous avez pu lire.
03:27Mais à un moment donné, il faut aussi savoir oublier et se laisser libre aussi.
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