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  • il y a 8 minutes
Christine Kelly revient, de 11h à 13h, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:02Merci. Pendant que Laurent Alexandre s'en va, on va changer de sujet.
00:06Un commerçant se fait voler, perd des milliers d'euros,
00:11voit son activité menacée, mais s'il diffuse l'image du voleur présumé,
00:15c'est lui qui peut se retrouver en difficulté juridique.
00:18Alors, où placer le curseur entre sécurité et vie privée ?
00:21Faut-il changer la loi ? Jusqu'où peut-on aller ?
00:23Pour protéger ceux qui travaillent, Amorim Bucco,
00:27racontez-nous concrètement ce qui se passe, ce problème avec les commerçants aujourd'hui.
00:31Alors, il se passe qu'avec les réseaux sociaux, il y a un phénomène qui a émergé,
00:35c'est que les commerçants qui sont régulièrement victimes de vols
00:38ont recours aux réseaux sociaux et aux images de vidéosurveillance
00:41pour afficher les voleurs sur les réseaux sociaux,
00:45à la fois pour avertir les autres commerçants et en même temps
00:48pour demander aux voleurs de restituer des objets
00:50sous peine de laisser ces images en ligne.
00:53Donc c'est le fameux name and shame qui est très courant aux Etats-Unis.
00:55Là-dessus a été créé le collectif RALVOL,
00:58qui a donc été fondé par Jérôme Jean,
01:01dont l'objectif est d'aider les commerçants
01:06et de relayer tous ces appels à témoins
01:08qui sont lancés sur les réseaux sociaux.
01:10Alors, ce procédé qui consiste à afficher les voleurs
01:15est interdit par la loi.
01:18On n'a pas le droit, si vous voulez, d'utiliser des images de vidéosurveillance
01:21qui sont plutôt destinées normalement à la police
01:23pour afficher des personnes qui sont présumées innocentes sur les réseaux sociaux.
01:26Mais, jusque-là, la justice, et en particulier les magistrats,
01:30se montraient tolérants, c'est-à-dire qu'il y a très peu de commerçants
01:33qui se retrouvent condamnés pour avoir affiché des voleurs
01:36et qui veulent, au fond, simplement réparer une injustice,
01:39qui ne veulent pas en créer une nouvelle.
01:40Mais, c'était sans compter la CNIL,
01:42la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés,
01:46qui...
01:47Et des quoi ?
01:48De l'Informatique et des Libertés.
01:50Et des quoi ?
01:50Et des Libertés, justement, effectivement,
01:52qui est là pour appliquer le RGPD.
01:54Donc, c'est une réglementation européenne sur la protection des données
01:58et qui a décidé, depuis quelques mois, manifestement,
02:01de se pencher, non seulement sur le collectif RALVOL,
02:06avec une procédure de contrôle, c'est Jérôme Jean qui va nous en parler,
02:10mais aussi à des commerçants qui ont déjà bien affaire
02:13avec leur activité, avec les vols dont ils sont victimes,
02:16en engageant des procédures de contrôle.
02:18Et il faut savoir que la CNIL, elle a un pouvoir de sanction extrêmement élevé,
02:21elle peut mettre de très lourdes amendes.
02:22Et donc, on voit que, finalement, même si la justice est tolérante
02:27puisqu'il y a un phénomène de vol et que les commerçants luttent
02:30comme ils peuvent contre ça,
02:31eh bien, on voit aujourd'hui que la CNIL, donc, a décidé de...
02:35comment dire... de réagir assez durement
02:37en allant contrôler des commerçants
02:39et en s'en prenant au collectif RALVOL.
02:40Amoré Boucou, journaliste, police, justice,
02:43dans le studio d'Europe 1.
02:45Jérôme Jean, merci infiniment d'être avec nous
02:47dans le studio d'Europe 1.
02:48Vous êtes commerçant à Amiens, vous êtes victime de nombreux vols,
02:51vous êtes aussi du collectif RALVOL.
02:53Racontez-nous.
02:55Merci de nous inviter, merci de nous donner la parole.
02:57C'est un plaisir.
02:57Je pense qu'il y a beaucoup de commerçants et d'artisans
03:00qui vont être sensibles à notre sujet ce matin.
03:04C'est clair, c'est devenu insupportable
03:07pour les commerçants et les artisans en France
03:08qui sont victimes chaque jour, tous les jours,
03:11du matin au soir, d'individus seuls
03:13ou parfois de bandes.
03:16C'est ce que nous, on appelle du vol organisé
03:17et malheureusement, c'est très régulier
03:21et tout ça se passe dans l'indifférence la plus générale.
03:24Donc aujourd'hui, les commerçants français sont volés
03:27et abandonnés.
03:28Aujourd'hui, le mot qu'on entend tous les jours,
03:30c'est « nous sommes abandonnés ».
03:32Nous sommes abandonnés.
03:34Et ce sont des petits vols, ici ou là,
03:37à droite, à gauche, et petit à petit.
03:39Et les commerçants, j'ai bien compris,
03:43ils vont porter plainte.
03:44Mais ce sont pour des petits vols, l'un après l'autre.
03:46Et finalement, ils se retrouvent démunis
03:47avec quelques petits euros.
03:50Ça monte avec des milliers d'euros.
03:51Et finalement, au bout du bout,
03:52on se rend compte que c'est celui qui travaille
03:54qui est puni.
03:55On se rend compte que c'est celui
03:56qui se lève le matin qui est puni.
03:58On se rend compte que c'est celui
03:59qui veut avancer dans la vie qui est puni.
04:01Et celui qui vole,
04:02celui qui vient justement voler le travail de l'autre,
04:05lui n'est pas puni par la justice.
04:07C'est là où ça interpelle.
04:08Et c'est là où on se dit
04:09qu'on est dans quel monde aujourd'hui,
04:11dans quelle France aujourd'hui,
04:12dans quel pays on vit aujourd'hui
04:14où celui qui travaille se fait voler
04:16et celui qui vole n'est pas condamné.
04:18On en est là.
04:19Pardon, j'ai l'impression d'être plus énervé que vous.
04:21Non, non.
04:22Jérôme Jean, non, pardon.
04:23Mais j'apprécie, j'essaie d'être calme, moi.
04:25Non, mais...
04:26Si vous vous énervez, je vais faire comme vous.
04:28Non, mais je m'énerve en souriant,
04:29mais je veux dire que...
04:31Est-ce qu'on veut une France du travail
04:32ou bien est-ce qu'on veut une France du vol ?
04:34Moi, je ne suis pas sûr qu'on veuille
04:36une France du travail.
04:37En tous les cas, ce qui est sûr dans ce que vous dites,
04:39c'est que les commerçants qui sont victimes
04:40se retrouvent coupables aujourd'hui.
04:42Ça, c'est inentendable.
04:44C'est pareil en France aujourd'hui,
04:46quand on loue son logement
04:48et puis qu'on veut faire sortir
04:49celui qui ne paye pas et qui le squatte,
04:52voilà, on empêche
04:53et on paralyse les propriétaires.
04:56Vous avez raison, ça veut dire que
04:57ceux qui créent de la valeur ajoutée,
04:58ceux qui proposent de l'emploi,
05:01aujourd'hui, sont découragés.
05:02Si on prend l'exemple des commerçants,
05:04ces vols coûtent, allez,
05:06à peu près 7 milliards d'euros par an.
05:097 milliards d'euros par an.
05:10C'est énorme.
05:12Incroyable.
05:12Vous imaginez le nombre d'emplois
05:14qu'on pourrait créer avec 7 milliards d'euros.
05:16Attention, 7 milliards d'euros
05:18payés par les privés,
05:19payés par les entreprises
05:21qui vous entendent ce matin.
05:22C'est à peu près l'estimation que nous, on a.
05:24C'est toujours difficile de faire une estimation.
05:26Le problème que l'on a,
05:27c'est qu'en France,
05:28quasiment 80% des commerçants
05:30sont victimes au moins une fois
05:33de vols à l'étalage.
05:3580%.
05:35Jérôme Jean, commerçant du collectif RALVOL,
05:40commerçant à Amiens,
05:41victime de nombreux vols
05:42qui est dans le sud de l'Europe.
05:42On remarque une pause.
05:43On revient.
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