00:02Merci. Pendant que Laurent Alexandre s'en va, on va changer de sujet.
00:06Un commerçant se fait voler, perd des milliers d'euros,
00:11voit son activité menacée, mais s'il diffuse l'image du voleur présumé,
00:15c'est lui qui peut se retrouver en difficulté juridique.
00:18Alors, où placer le curseur entre sécurité et vie privée ?
00:21Faut-il changer la loi ? Jusqu'où peut-on aller ?
00:23Pour protéger ceux qui travaillent, Amorim Bucco,
00:27racontez-nous concrètement ce qui se passe, ce problème avec les commerçants aujourd'hui.
00:31Alors, il se passe qu'avec les réseaux sociaux, il y a un phénomène qui a émergé,
00:35c'est que les commerçants qui sont régulièrement victimes de vols
00:38ont recours aux réseaux sociaux et aux images de vidéosurveillance
00:41pour afficher les voleurs sur les réseaux sociaux,
00:45à la fois pour avertir les autres commerçants et en même temps
00:48pour demander aux voleurs de restituer des objets
00:50sous peine de laisser ces images en ligne.
00:53Donc c'est le fameux name and shame qui est très courant aux Etats-Unis.
00:55Là-dessus a été créé le collectif RALVOL,
00:58qui a donc été fondé par Jérôme Jean,
01:01dont l'objectif est d'aider les commerçants
01:06et de relayer tous ces appels à témoins
01:08qui sont lancés sur les réseaux sociaux.
01:10Alors, ce procédé qui consiste à afficher les voleurs
01:15est interdit par la loi.
01:18On n'a pas le droit, si vous voulez, d'utiliser des images de vidéosurveillance
01:21qui sont plutôt destinées normalement à la police
01:23pour afficher des personnes qui sont présumées innocentes sur les réseaux sociaux.
01:26Mais, jusque-là, la justice, et en particulier les magistrats,
01:30se montraient tolérants, c'est-à-dire qu'il y a très peu de commerçants
01:33qui se retrouvent condamnés pour avoir affiché des voleurs
01:36et qui veulent, au fond, simplement réparer une injustice,
01:39qui ne veulent pas en créer une nouvelle.
01:40Mais, c'était sans compter la CNIL,
01:42la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés,
01:46qui...
01:47Et des quoi ?
01:48De l'Informatique et des Libertés.
01:50Et des quoi ?
01:50Et des Libertés, justement, effectivement,
01:52qui est là pour appliquer le RGPD.
01:54Donc, c'est une réglementation européenne sur la protection des données
01:58et qui a décidé, depuis quelques mois, manifestement,
02:01de se pencher, non seulement sur le collectif RALVOL,
02:06avec une procédure de contrôle, c'est Jérôme Jean qui va nous en parler,
02:10mais aussi à des commerçants qui ont déjà bien affaire
02:13avec leur activité, avec les vols dont ils sont victimes,
02:16en engageant des procédures de contrôle.
02:18Et il faut savoir que la CNIL, elle a un pouvoir de sanction extrêmement élevé,
02:21elle peut mettre de très lourdes amendes.
02:22Et donc, on voit que, finalement, même si la justice est tolérante
02:27puisqu'il y a un phénomène de vol et que les commerçants luttent
02:30comme ils peuvent contre ça,
02:31eh bien, on voit aujourd'hui que la CNIL, donc, a décidé de...
02:35comment dire... de réagir assez durement
02:37en allant contrôler des commerçants
02:39et en s'en prenant au collectif RALVOL.
02:40Amoré Boucou, journaliste, police, justice,
02:43dans le studio d'Europe 1.
02:45Jérôme Jean, merci infiniment d'être avec nous
02:47dans le studio d'Europe 1.
02:48Vous êtes commerçant à Amiens, vous êtes victime de nombreux vols,
02:51vous êtes aussi du collectif RALVOL.
02:53Racontez-nous.
02:55Merci de nous inviter, merci de nous donner la parole.
02:57C'est un plaisir.
02:57Je pense qu'il y a beaucoup de commerçants et d'artisans
03:00qui vont être sensibles à notre sujet ce matin.
03:04C'est clair, c'est devenu insupportable
03:07pour les commerçants et les artisans en France
03:08qui sont victimes chaque jour, tous les jours,
03:11du matin au soir, d'individus seuls
03:13ou parfois de bandes.
03:16C'est ce que nous, on appelle du vol organisé
03:17et malheureusement, c'est très régulier
03:21et tout ça se passe dans l'indifférence la plus générale.
03:24Donc aujourd'hui, les commerçants français sont volés
03:27et abandonnés.
03:28Aujourd'hui, le mot qu'on entend tous les jours,
03:30c'est « nous sommes abandonnés ».
03:32Nous sommes abandonnés.
03:34Et ce sont des petits vols, ici ou là,
03:37à droite, à gauche, et petit à petit.
03:39Et les commerçants, j'ai bien compris,
03:43ils vont porter plainte.
03:44Mais ce sont pour des petits vols, l'un après l'autre.
03:46Et finalement, ils se retrouvent démunis
03:47avec quelques petits euros.
03:50Ça monte avec des milliers d'euros.
03:51Et finalement, au bout du bout,
03:52on se rend compte que c'est celui qui travaille
03:54qui est puni.
03:55On se rend compte que c'est celui
03:56qui se lève le matin qui est puni.
03:58On se rend compte que c'est celui
03:59qui veut avancer dans la vie qui est puni.
04:01Et celui qui vole,
04:02celui qui vient justement voler le travail de l'autre,
04:05lui n'est pas puni par la justice.
04:07C'est là où ça interpelle.
04:08Et c'est là où on se dit
04:09qu'on est dans quel monde aujourd'hui,
04:11dans quelle France aujourd'hui,
04:12dans quel pays on vit aujourd'hui
04:14où celui qui travaille se fait voler
04:16et celui qui vole n'est pas condamné.
04:18On en est là.
04:19Pardon, j'ai l'impression d'être plus énervé que vous.
04:21Non, non.
04:22Jérôme Jean, non, pardon.
04:23Mais j'apprécie, j'essaie d'être calme, moi.
04:25Non, mais...
04:26Si vous vous énervez, je vais faire comme vous.
04:28Non, mais je m'énerve en souriant,
04:29mais je veux dire que...
04:31Est-ce qu'on veut une France du travail
04:32ou bien est-ce qu'on veut une France du vol ?
04:34Moi, je ne suis pas sûr qu'on veuille
04:36une France du travail.
04:37En tous les cas, ce qui est sûr dans ce que vous dites,
04:39c'est que les commerçants qui sont victimes
04:40se retrouvent coupables aujourd'hui.
04:42Ça, c'est inentendable.
04:44C'est pareil en France aujourd'hui,
04:46quand on loue son logement
04:48et puis qu'on veut faire sortir
04:49celui qui ne paye pas et qui le squatte,
04:52voilà, on empêche
04:53et on paralyse les propriétaires.
04:56Vous avez raison, ça veut dire que
04:57ceux qui créent de la valeur ajoutée,
04:58ceux qui proposent de l'emploi,
05:01aujourd'hui, sont découragés.
05:02Si on prend l'exemple des commerçants,
05:04ces vols coûtent, allez,
05:06à peu près 7 milliards d'euros par an.
05:097 milliards d'euros par an.
05:10C'est énorme.
05:12Incroyable.
05:12Vous imaginez le nombre d'emplois
05:14qu'on pourrait créer avec 7 milliards d'euros.
05:16Attention, 7 milliards d'euros
05:18payés par les privés,
05:19payés par les entreprises
05:21qui vous entendent ce matin.
05:22C'est à peu près l'estimation que nous, on a.
05:24C'est toujours difficile de faire une estimation.
05:26Le problème que l'on a,
05:27c'est qu'en France,
05:28quasiment 80% des commerçants
05:30sont victimes au moins une fois
05:33de vols à l'étalage.
05:3580%.
05:35Jérôme Jean, commerçant du collectif RALVOL,
05:40commerçant à Amiens,
05:41victime de nombreux vols
05:42qui est dans le sud de l'Europe.
05:42On remarque une pause.
05:43On revient.
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