00:00On va revenir sur ce qui s'est passé à Carcassonne. On est fin juin, c'est précisément le soir
00:05de la fête de la musique.
00:06C'est la police nationale et la police municipale qui sont appelées pour une intervention.
00:11On est dans une espèce de zone un peu squattée et voilà ce qui se passe.
00:27– Alors le SDF, parce que c'est un SDF dont il s'agit, bonsoir Alexandra González, est jeté à
00:32terre par un officier de la police nationale, il faut le préciser.
00:37– Oui, il est jeté au sol. À ce moment-là, les policiers sont en train d'intervenir parce qu
00:41'une riveraine a contacté les forces de l'ordre
00:44pour des nuisances sonores. Précisons quand même qu'on est le jour de la fête de la musique.
00:48Donc c'est quand même un jour où, de fait, il y a de la musique dans les rues et
00:53à ce moment-là, il est 19h,
00:56donc il n'est pas non plus une heure avancée dans la nuit.
00:59Lorsque les policiers municipaux arrivent, les tensions commencent un petit peu à monter avec le groupe qui est là sur
01:06place
01:06et donc ils appellent la police nationale en renfort et c'est ce policier ensuite que l'on va voir
01:12sur cette vidéo.
01:13Il arrive derrière l'un des jeunes hommes qui est autour de l'enceinte, il y a une enceinte de
01:18musique en fait
01:19qu'on ne voit pas forcément là sur les images. Il s'approche par derrière, il le saisit par le
01:24col
01:24et il le jette très violemment à terre. La tête de ce jeune homme heurte le sol.
01:30Ce jeune homme, il avait 29 ans et je parle de lui au passé parce qu'il est décédé depuis.
01:36– 13 jours après.
01:38– Après cette séquence, il décède. Le parquet de Carcassonne a communiqué à la mi-journée sur cet homme.
01:45Le parquet a expliqué qu'une autopsie avait été réalisée en recherche des causes de la mort
01:52et qu'elle avait conclu qu'en l'état des investigations, il n'y avait pas de lien entre la
01:58chute et le décès de ce jeune homme.
02:01– Il est mort de quoi alors ?
02:02– Alors il souffrait de polytoxicomanie et il vivait depuis l'âge de 16 ans de façon marginale,
02:09sans avoir un domicile fixe et lorsqu'il a été retrouvé mort, il était dans un campement,
02:15il est retrouvé décédé d'une crise cardiaque. Pour autant, même s'il n'y a pas de lien à
02:21ce stade
02:21dans l'état des investigations, voilà, entre la chute et le décès de ce jeune homme,
02:27le parquet de Carcassonne a décidé aujourd'hui, à la vue de ces images,
02:30d'ouvrir une enquête pour violences volontaires.
02:33– Alors c'est le geste policier qui arrive derrière et qui balance au sol.
02:38– Oui, ce sont des violences policières. La question est maintenant pour la justice
02:43de déterminer si elles étaient légitimes à ce moment-là, proportionnées ou disproportionnées
02:48par rapport au contexte et ce qui est en train de se passer.
02:50– Alors nous sommes à Carcassonne, c'est important de le préciser.
02:52Camille Polony, bonsoir, vous êtes journaliste à Mediapart,
02:55parce que parmi les policiers qui se trouvaient sur place,
02:59il y a le fameux policier municipal qui a été filmé, enfin plutôt enregistré à son insu,
03:08tenant des propos racistes, on en a beaucoup parlé la semaine dernière,
03:11dans les rues de Carcassonne alors qu'il patrouillait.
03:13Il se trouve là donc, car la police municipale était sur place en premier,
03:17si je comprends bien, et c'est ensuite la police nationale qui est arrivée.
03:21– Oui tout à fait, en fait il y a un équipage de police municipale
03:24qui intervient en premier lieu pour faire cesser la musique,
03:28faire cesser le trouble qui a été rapporté par des voisins,
03:32et donc c'est d'abord un équipage de police municipale qui se présente
03:34et qui par la suite appelle un équipage de police nationale,
03:37sachant que les deux forces n'ont évidemment pas les mêmes pouvoirs
03:40et les mêmes prérogatives, donc se sentant en difficulté pour intervenir,
03:44les municipaux ont appelé la police nationale.
03:47– Vous avez pu entrer en contact avec la famille de la victime aussi ?
03:51– Oui absolument, en fait cette vidéo elle a circulé depuis le début du week-end
03:56sur les réseaux sociaux, sans d'ailleurs qu'on sache au départ
03:58qui en était l'auteur, dans quelles conditions elle avait été filmée
04:02et puis à quelle date s'était produite cette scène.
04:05Donc ce qu'on a cherché en fait tout le week-end à faire,
04:08c'est à vérifier cette information et à retrouver soit l'auteur de la vidéo,
04:12soit la personne victime, soit ses proches.
04:15On s'est rendu compte au bout d'un moment que la personne victime
04:18était décédée depuis, en revanche on a pu entrer en contact
04:21avec ses frères et sœurs, qui sont des adultes évidemment,
04:24avec qui on a pu parler un petit peu de la vie de cet homme qui est décédé
04:28et du contexte qui leur avait été raconté par leur frère avant son décès.
04:33– Pourquoi cette vidéo sort maintenant ?
04:37– Alors cette vidéo sort maintenant parce que son auteur,
04:40qu'on a pu joindre aussi pour publier cet article sur Mediapart,
04:43son auteur avait décidé de ne pas diffuser ces images auparavant
04:47par respect pour la famille de son ami qui était décédé
04:50et au vu du scandale de la police municipale de Carcassonne
04:54qui a éclaté la semaine dernière, reconnaissant évidemment
04:56l'un des protagonistes de cette vidéo diffusée la semaine dernière
04:59sur ses propres images, il a décidé de les diffuser
05:03vendredi soir.
05:04– Mais là, qu'on comprenne bien, l'homme qui est auteur du geste,
05:09enfin qui tire par l'arrière le jeune homme et le balance au sol,
05:11c'est un policier national.
05:13Alors il y a la police municipale qui est là aussi,
05:16mais celui qui fait le geste, c'est un policier national.
05:18– C'est un policier national qui est désormais visé par l'enquête
05:21de l'IGPN ouverte par le parquet de Carcassonne, oui tout à fait.
05:24– On sait s'il a été suspendu ou pas ?
05:25– À ma connaissance, non, l'enquête administrative est menée d'un côté
05:31par le pôle d'éontologie du commissariat, de son propre commissariat,
05:34et l'enquête judiciaire est menée par l'antenne marseillaise de l'IGPN,
05:38mais pour l'instant il n'y a eu aucune communication du parquet
05:41ou de la police qui parlerait d'une suspension.
05:43– Restez avec nous Camille, nous sommes avec Bruno Partochetti
05:47qui est secrétaire nationale zone sud du syndicat de police unité.
05:51Bonsoir, merci d'être avec nous.
05:52Ce geste qui semble quand même particulièrement violent
05:55de ce policier qui jette à terre ce SDF, c'est normal ?
06:01C'est dans les consignes, c'est dans les procédures ?
06:03– Oui, bonsoir.
06:06Moi à travers ce geste, je regarde les raisons pour lesquelles il a eu ce geste.
06:13Il a eu ce geste parce que la personne qui a été mise à terre
06:16se dirigeait vers une de ses collègues féminines qui se sentaient en danger.
06:21Lui, il a considéré qu'elle était en danger
06:23et donc il est venu sous une forme de protection.
06:26Et comme vous l'avez souligné, si la police municipale a demandé
06:28le renfort de la police nationale, c'est que la situation à cet endroit
06:32bien précis était particulièrement tendue.
06:34Je relève également qu'on ne peut pas faire, mais vous ne l'avez pas fait,
06:37mais on ne peut pas faire de comparaison entre bien sûr la vidéo
06:40de la police municipale il y a quelques jours.
06:43Et cette vidéo qui aujourd'hui est retenue pour justement faire la lune des journaux.
06:51– Le point commun, c'est que ça se passe dans la même ville, Carcassonne,
06:54que le policier municipal qui a été épinglé la semaine dernière
06:58se trouve également sur place.
06:59Est-ce qu'il y a un climat particulier au sein de la police
07:02à la fois municipale et nationale à Carcassonne,
07:04où on se croirait un peu tout permis ?
07:06– Non, c'est le seul point en commun qu'on peut relever,
07:10c'est que deux faits bien différents ont eu lieu à Carcassonne,
07:13mais on ne peut faire aucun lien sur ces deux vidéos.
07:15Et j'insiste sur le fait que nous soutenons, nous pour unité en tout cas,
07:19nous soutenons à fond ce policier parce que nous le connaissons,
07:21nous sommes convaincus et nous savons que ce n'est pas un policier violent.
07:27Nous ne prenons pas la violence.
07:29En revanche, quand on a un policier qui veut protéger sa collègue,
07:32et c'est pour cette raison qu'il est allé vers cet individu,
07:34eh bien, notre rôle est de soutenir ce policier.
07:37Ça a été relevé également…
07:38– C'est un geste d'énervement ?
07:39Pardon, mais c'est un geste d'énervement
07:42parce qu'il voit cet homme qui s'en prendrait donc sa collègue.
07:45S'il arrive, il est de dos quand même, le SDF.
07:49– Oui, le SDF tourne le dos au policier,
07:53mais en tout cas, il fait face à ma collègue policier
07:56qui, elle, se retrouvait en danger dans l'esprit de mon collègue.
08:00Donc, il n'y a pas un geste d'énervement,
08:01il y a un geste d'eau protection spontanée pour pouvoir la protéger.
08:06Et c'est le regard que j'ai.
08:07Vous savez, c'est l'enquête qui va déterminer ce qui s'est réellement passé
08:10parce que 4 secondes de vidéo ne peuvent pas résumer une situation sensible
08:16comme on l'a eue ce soir-là à Carcassonne.
08:19– Mais je voudrais reposer une question à Camille Polony,
08:23la journaliste à Mediapart qui est avec nous.
08:25C'est une vidéo qui est donnée par Thomas Porte, qui est député insoumis.
08:28Mais c'est vrai qu'on n'a pas tout le contexte de la vidéo.
08:30On ne sait pas précisément si les policiers, juste avant,
08:35étaient en tension avec ce groupe ou pas.
08:38Donc, il manque quelques éléments, Camille Polony.
08:41– Alors, la vidéo telle que vous la diffusez,
08:43effectivement, c'est celle qui a été publiée sur le compte de Thomas Porte.
08:46Ce n'est pas là qu'on l'a vue.
08:46C'est-à-dire que la vidéo, elle a tourné tout le week-end.
08:50Et elle a été diffusée par son auteur en premier lieu.
08:52Elle dure une minute et quelques.
08:54Comme le disait M. le syndicaliste policier,
08:56effectivement, on ne peut pas résumer une situation à 4 secondes.
08:59On ne peut pas non plus résumer l'avis de quelqu'un à 4 secondes.
09:01Et je voudrais juste rappeler pour le contexte
09:03que la famille de Youssef, l'homme qui est décédé quelques jours
09:06après cette vidéo, a été à découvert, en même temps que tout le monde,
09:09sur les réseaux sociaux, la vidéo de son proche
09:11qui a été jeté par terre par ce policier national.
09:14– On ne sait pas s'il y avait une tension particulière à ce moment-là
09:18entre le groupe de jeunes et la police.
09:20– Alors ce qu'on sait, qui a été communiqué par la procureure de Carcassonne ce matin,
09:24c'est que Youssef, l'homme qui est jeté à terre, n'a pas été interpellé.
09:27Suite à cette scène, il n'a pas été conduit au commissariat
09:29et n'a pas non plus fait l'objet d'un appel au secours
09:32de la part des équipages de police municipales et nationales présents.
09:36Donc en tout cas, il n'y a été rien reproché de suffisant
09:38pour le conduire au poste, pour le conduire en garde à vue.
09:40– Est-ce qu'il a, dans votre article,
09:44il vous dit qu'il n'a pas voulu que les pompiers viennent l'examiner
09:46ou viennent le secourir, le jeune homme en question ?
09:49– Dans mon article, je rapporte le témoignage de la personne
09:52qui tourne la vidéo, qui, elle, dit qu'une fois les équipages de police partis,
10:00après avoir fait usage de gaz lacrymogène,
10:02puisque la situation continuait à être tendue sur place,
10:05ce qui ne figure pas sur les images,
10:06donc il est possible qu'il soit passé encore quelque chose après,
10:09après cela, il a proposé de l'eau à Youssef qui avait été jetée au sol,
10:14il lui a débarbouillé le visage pour enlever les résidus de gaz lacrymogène,
10:18et il lui a proposé d'appeler les secours,
10:20ce que Youssef n'a pas souhaité faire, effectivement.
10:24– Alexandra Gonzales ?
10:25– Cette vidéo nous apprend autre chose,
10:27c'est que donc le 21 juin, le policier municipal
10:30qui était mis en cause pour des propos racistes
10:32était donc bien toujours sur le terrain, sur la voie publique,
10:34toujours en fonction, et donc il serait intéressant de savoir
10:37si les conclusions administratives concernant plutôt l'affaire des propos racistes
10:43et qui ont été rendues à la municipalité du Rassemblement National le 19 mai,
10:48est-ce qu'elle faisait mention clairement qu'il s'agissait de lui ou non ?
10:52Et si elle en faisait mention, pourquoi le 21 juin était-il toujours pas suspendu ?
10:56Aujourd'hui, il est suspendu pour ses propos racistes,
10:59et donc voilà, ça ce sont deux affaires qui se croisent, effectivement,
11:02mais cette vidéo nous éclaire un petit peu sur cette précédente affaire de la semaine dernière.
11:08– Mais Bruno Bartocetti, est-ce que vous pensez que là,
11:11on a affaire à une vidéo anti-police, anti-flic, à une manip ?
11:17– Non, je ne suis pas dans le complot, je ne suis pas là-dedans,
11:22je suis très pragmatique, c'est pour cette raison que je vous dis que,
11:25et j'insiste sur le fait qu'il y a une vidéo, elle dure 4 secondes,
11:28et j'insiste là-dessus, on ne peut pas tirer de conclusion avec.
11:31Alors, je ne dis pas que c'est anti-flic, je dis que malheureusement,
11:34quand la situation est tendue contre la police,
11:36en revanche, on ne voit pas les vidéos circuler aussi facilement.
11:39C'est comme ça, ça c'est juste un constat,
11:41c'est-à-dire que toute mission de police, à partir du moment où il y a un contact physique,
11:45eh bien, on essaye de mettre en difficulté la police.
11:48Le policier qui intervient, intervient certainement pas pour faire le buzz,
11:53quand on parle de gaz lacrymogène, de tension, c'est quand même très très particulier,
11:58il faut vivre les situations pour les comprendre,
12:00et j'ajouterais que ce policier, après l'intervention,
12:03enfin, lui ou le groupe, ou l'unité, a fait un procès verbal d'intervention,
12:06c'est-à-dire qu'il ne s'est pas du tout senti hors cadre,
12:10en intervenant et en protégeant sa collègue.
12:13Merci Bruno Bartosetti, merci à Camille Poloni de Mediapart
12:16d'avoir été avec nous, Alexandra Gonzales,
12:18à suivre cette enquête ouverte pour violences volontaires.
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