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Invité de la première « Conversation littéraire » de Christophe Ono-dit-Biot pour « Le Point », le dessinateur et auteur Luz présente son récit « Un diamant dans les gravats », publié aux éditions Stock. À l'occasion de la fermeture du Centre Pompidou pour travaux, l'ancien dessinateur de Charlie Hebdo déambule de nuit au milieu des caisses contenant les chefs-d'œuvre de l'art moderne.

Pour son premier livre en tant qu'écrivain, il invite le lecteur à un pèlerinage intime autour de l'art, de la sublimation, de la reconstruction et ravive le souvenir de ses mentors et amis disparus, de Cabu à Charb. « Le chantier, c'est presque l'état dans lequel on est », confie-t-il. Un hommage à la mémoire, aux étapes d'une construction et d'une reconstruction personnelle et au pouvoir de la création.

#Luz #dessinateur #auteur #livre #dessins #CentrePompidou #CharlieHebdo

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Transcription
00:00Bonjour Luz. Bonjour Christophe.
00:02Alors on vous a connu dessinateur de presse à Charlie Hebdo.
00:05Vous êtes devenu le symbole mondial, on pourrait dire, de la liberté d'expression
00:08après votre couverture du numéro d'après, le fameux Tout est pardonné.
00:15On vous a connu dessinateur de bandes dessinées avec notamment De Finu
00:20qui racontait le fabuleux et terrible itinéraire d'un tableau d'Auto Müller
00:25persécuté par les nazis.
00:28Un album qui a été lauréat du prix Wolinski de la bande dessinée du Point
00:32je le dis parce que voilà on en est très heureux
00:35et du Fauve d'or d'Angoulême.
00:38Le prix Wolinski que j'en suis avant le Fauve d'or vous avez été précurseur.
00:41Exactement, on vous a découvert.
00:42On était très heureux de vous remettre ce prix.
00:45Et Wolinski qui n'est plus avec nous et qui nous écoute peut-être de là où il est
00:50aurait adoré ce livre lui qui était aussi un passionné d'art.
00:53Mais on n'était pas au bout de nos surprises avec vous Luz
00:55puisqu'on vous découvre désormais écrivain.
00:59Vous publiez en effet en cette rentrée littéraire
01:02Un diamant dans les gravats.
01:05C'est chez Stock.
01:06C'est le récit d'une nuit que vous passez au centre Pompidou.
01:11Un centre Pompidou fermé comme on le sait pour travaux.
01:14Et ce récit va être l'occasion d'un véritable voyage, une traversée à travers ce que vous appelez
01:20vos gravats mentaux qui sont évidemment nés de la tragédie du 7 janvier 2015
01:28dans laquelle vous avez perdu sous les balles terroristes un certain nombre de vos amis
01:35comme Cabu, comme Wolinski, comme Charb, comme Tignous.
01:39C'est un voyage aussi et c'est ce qui rend ce livre extrêmement bouleversant
01:44à travers l'histoire de l'art, à travers votre propre rapport à l'art, à la création, au dessin.
01:52Et un voyage, on l'espère, à travers le pouvoir consolateur de l'art
01:56quand tout s'effondre autour de soi, autour de vous
01:59et même à l'intérieur de vous.
02:03Alors pour commencer, Luz, vous désiriez, c'est ce que vous avez expliqué,
02:08passer une nuit dans un musée qui soit en chantier comme vous.
02:13C'est ce que vous avez dit.
02:15Qu'est-ce que ça veut dire être en chantier ?
02:19C'est quelque chose d'assez particulier.
02:23On parle beaucoup de reconstruction après un drame personnel.
02:29Et je pensais que j'étais en reconstruction, c'est-à-dire reconstruire, se rebâtir.
02:34Et puis quelque part, j'ai l'impression, j'ai découvert que le fait d'être en chantier,
02:39c'est quelque part presque un état de fait.
02:46On a des bouts de soi un petit peu épars à gauche, à droite.
02:49Et ça fait presque partie du paysage, le chantier.
02:54La reconstruction, c'est le fait, c'est vraiment l'action.
02:58Et le chantier, c'est presque l'état dans lequel on est.
03:04Et je me suis rendu compte que j'étais finalement dans un état de chantier un peu permanent.
03:10Ce qui a été difficile au début et qui est peut-être aussi maintenant quelque chose qui fait partie presque
03:19de ma personnalité.
03:22Alors, effectivement, quand j'ai vu que Beaubourg était en reconstruction et qu'il y allait y avoir ce chantier
03:27-là,
03:28je me suis dit, tiens, il faut que je vois, il faut que je compare.
03:30Il fallait un lieu adéquat, en harmonie avec cet état intérieur.
03:34Exactement. En harmonie, peut-être aussi comme Pompidou, pour moi, c'est presque un ami.
03:40C'est presque un ami cher, c'est presque un mentor depuis que je suis arrivé à Paris.
03:46Cet endroit, vous dites.
03:47Cet endroit, oui, oui. Pompidou, le centre, le musée.
03:49Finalement, le centre Pompidou était là pour m'apprendre l'histoire de l'art, en fait.
03:56Et peut-être d'avoir un moment, comment dire, un peu, faire redescendre la pression.
04:02C'est-à-dire qu'on travaillait avec des Cabu, des Villèmes, des Gébés, etc.
04:04C'était aussi très dur, dans le sens où il y avait quand même leur regard, il y avait un...
04:08Vous le racontez, ils sont assez impitoyables.
04:10Ils donnent des conseils, mais ils sont aussi un peu, ils sont là pour vous former, on le sent.
04:13Ils sont, mais oui, oui, carrément.
04:15Moi, j'étais en... J'ai eu des cours, quelque part.
04:20Cabu m'a envoyé à la Grande Chaumière pour apprendre à dessiner, pour apprendre à mieux dessiner.
04:25D'ailleurs, non ? À la Grande Chaumière, il y avait aussi des cours de dessin tenu.
04:28Oui, exactement.
04:29Et il tenait à ce que vous soyez là pour apprendre vraiment, de façon presque académique ?
04:33On a eu un petit passage avec Cabu, il y avait Rhys, Charles et moi.
04:39Il nous a invités, là-bas, à la Grande Chaumière, pour dessiner des nus, pour nous former.
04:48Il faut rappeler à la Grande Chaumière pour celles et ceux qui nous regardent, qui nous écoutent.
04:52Qui était un lieu, je crois que malheureusement, ça vient de disparaître,
04:55qui était un lieu où il y avait des modèles vivants, nus, on pouvait dessiner, on pouvait s'inscrire.
05:02Et qui a été aussi un endroit couru par les peintres de Montparnasse, aussi au début du siècle dernier.
05:09Donc vous alliez là ?
05:10On a été allés là, et puis il y avait une toute petite déception, parce qu'on était quand même
05:16très post-adolescents.
05:18Finalement, ce n'était pas un nus féminin, c'était un nus masculin.
05:21Mais du coup, c'était tout aussi formateur et tout aussi important pour nous.
05:29Le seul truc, c'est qu'évidemment, il y avait deux bons élèves.
05:32Il y avait Rhys et moi qui essayons de bien dessiner le bonhomme.
05:37Et puis Charb, qui a dessiné un type avec une grosse bite.
05:41Et là, effectivement, à la Charb, effectivement, l'esprit, Charb, il revenait.
05:46Presque pour provoquer Cabu, certainement aussi.
05:48Pour le faire rire, surtout.
05:49Oui, c'est ça.
05:49Pour le faire rire.
05:50C'est important.
05:51Je pense que c'est aussi quelque chose qui était important pour moi.
05:55C'est marrant de parler du rire de Cabu, parce que finalement, se retrouver dans un musée
06:00où ça résonne aussi beaucoup, ça permet de convoquer aussi, non seulement des images, mais aussi des sons.
06:05Je pense que quelque part, en allant au musée Pompidou, en me laissant guider par forcément mes fantômes,
06:16mais par juste ces murs blancs.
06:18Des caisses aussi, avec des œuvres à l'intérieur que vous reconnaissez parfois.
06:23Oui, tout à fait.
06:24Les endroits où on voit les tableaux, ça vous le décrivait admirablement, décrochés.
06:28Oui, tout à fait.
06:29Et puis plein de mots écrits sur les murs, en fait.
06:31Plein d'indications.
06:32C'était un lieu où les absents étaient très forts, en fait.
06:38Il y avait les œuvres qui étaient absentes.
06:41On voyait l'absence des œuvres.
06:43On ressentait, moi aussi, je ressentais l'absence des visiteurs,
06:46parce que c'était quand même tellement rare d'aller dans un musée vide,
06:51tout en étant absolument seul.
06:54Et puis...
06:55Et puis l'absence des gens dont on parle.
06:58C'est-à-dire de ceux qui ont été assassinés.
07:00Ceux qui ont été assassinés, mais ceux qui m'ont formé.
07:02C'est-à-dire pas uniquement ceux qui ont été assassinés,
07:04parce qu'il y a aussi ceux qui m'ont formé et qui ne sont plus là.
07:06Par exemple, les GB, les Kavana.
07:08Parce que Kavana aussi a été quelqu'un qui m'a formé à la fois mentalement
07:13et peut-être aussi un petit peu littérairement, d'ailleurs.
07:16Je ne sais pas s'il y a du Kavana dans le bouquin.
07:18En tout cas, il y a un souci de liberté que j'avais trouvé dans la lecture de Kavana à
07:25l'époque.
07:26Et puis, effectivement, dans cet endroit à vide,
07:32résonne par exemple le rire de Cabu,
07:34qui était pour nous, même quand on était un Charlie,
07:40un des objectifs, c'est qu'un dessin était bon,
07:42c'est qu'il réussissait à faire rire Cabu.
07:44Alors, cette nuit à déambuler dans les coursifs de ce grand vaisseau,
07:49finalement, qu'est le Centre Pompidou,
07:50va être évidemment l'occasion de voir surgir les absents,
07:54de voir surgir des fantômes,
07:56fantômes des grands artistes,
07:58fantômes de ceux qui vous ont formé, évidemment.
08:01Vous rendez un hommage bouleversant à vos camarades de Charlie Hebdo.
08:05Alors, je reviens un peu, il en est question, d'ailleurs, dans le livre,
08:09de cette une, le fameux numéro d'après, 14 janvier 2015.
08:12Vous représentez un personnage qui est Mahomet,
08:17en fait, en larmes, avec une pancarte,
08:19je suis Charlie, et puis ses mots, tout est pardonné.
08:22D'ailleurs, dans le livre, un de vos camarades vous questionne sur cette une.
08:26Vous, est-ce que vous avez pardonné ?
08:32Est-ce que je n'ai pas pardonné ?
08:34C'est là, l'histoire de cette couverture, elle est assez étrange,
08:38parce que je me suis retrouvé dans,
08:40j'ai souvent un comté, je me suis retrouvé à être,
08:44finalement, à convoquer nos fantômes, déjà à ce moment-là.
08:47Mais là, ils étaient encore bien plus vivants que maintenant, ces fantômes-là,
08:53avec un dessin où il y avait juste, effectivement, ce Mahomet qui tenait « Je suis Charlie »
09:00et je ne savais pas à quoi faire d'autre.
09:04Il n'y avait que ça, il n'y avait que ce truc-là.
09:05Il n'y avait que ce truc-là au départ.
09:07Et je sais que j'avais eu Riz au téléphone,
09:10et qui m'avait dit « ça suffit, il n'y a pas besoin de… »
09:13Riz qui était blessé, qui était à l'hôpital.
09:17Je me suis dit « mais ça suffit, il n'y a pas besoin de plus. »
09:19Et puis moi, je savais qu'il fallait quelque chose de plus,
09:23et que ce n'était pas suffisant.
09:25Et qu'il y avait un dialogue.
09:29J'ai commencé à travailler sur un dialogue avec ce personnage qui était là,
09:33sur un tout petit coin de feuille.
09:35C'est vraiment, j'ai revu la page,
09:37ce n'est pas une grande page,
09:39c'est juste un tout petit endroit dans la page où il y a ce dessin,
09:43très stylisé.
09:46Et j'ai eu un dialogue avec le personnage même
09:48que j'avais dessiné auparavant.
09:50Et puis je me suis rendu compte que ce qu'il y avait,
09:55que je me rendais compte que je demandais presque d'une certaine manière
10:02pardon à ce personnage de l'art foutu dans cette galère-là, en fait.
10:08Et lui m'a répondu dans ce moment aussi un peu étrange,
10:13où je me cognais à la tête contre les murs,
10:15où j'ai failli vraiment devenir fou au moment de ce bouclage,
10:17comme d'autres gens.
10:20Finalement, c'est lui qui m'a donné cette réponse.
10:22C'est-à-dire, quelque part, c'était aussi une espèce de pardon.
10:26Je ne sais pas si le terme est juste.
10:31En fait, je ne sais pas.
10:31Tout d'un coup, la phrase a surgi.
10:34Et tout d'un coup, il y a eu une évidence.
10:35J'ai montré aux autres.
10:38Tout d'un coup, ça a fait une image forte, improbable.
10:41Sur le dessin de presse, vous déambulez la nuit dans le musée,
10:44au milieu des œuvres d'art qui sont mises en caisse.
10:47Et puis, je vous demanderai de lire un passage tout à l'heure.
10:50Justement, on va voir ce que vous faites avec ces caisses,
10:52qui deviennent presque comme des corps aimés,
10:57humains en tout cas, qu'on a besoin de toucher.
10:59Et vous rencontrez un personnage dont on parlera,
11:02qui est le dieu du dessin, qui surgit.
11:06Il y a un échange avec ce dieu du dessin,
11:08qui, à un moment, utilise le mot caricaturiste.
11:11Et là, le narrateur, lui, se dit
11:13« Ah non, non, non, caricaturiste, absolument pas ce mot-là.
11:17Vous rebellez presque. »
11:18Qu'est-ce qu'il y a dans ce mot qui vous révulse aujourd'hui ?
11:22Vous dites « Non, dessinateur, pas caricaturiste. »
11:25Parce que ça a toujours été réducteur.
11:27Caricaturiste, c'est un moyen, en fait.
11:29C'est un moyen d'arriver à faire un bon dessin.
11:32On peut utiliser la caricature,
11:34on peut utiliser une forme d'abstraction,
11:36on peut utiliser plutôt une énergie.
11:41Pour moi, c'est comme un crayon, en fait.
11:43C'est comme utiliser un feutre ou un pinceau,
11:45la caricature ou le portrait.
11:48De fait, je me suis rendu compte
11:50que j'étais très longtemps pas assez bon en portrait.
11:54Et je faisais les caricatures
11:56parce que j'étais nul en portrait, au final.
11:58Et la caricature, c'est un tout petit détail
12:02de notre travail.
12:05Moi, j'ai fait du dessin de presse,
12:08de l'affiche...
12:09Vous avez commencé comme caricaturiste
12:11même à dessiner des bébés.
12:13Oui, je dessinais des bébés
12:14et que je vieillissais toujours
12:15d'à peu près 80 ans à chaque fois.
12:17C'est ça.
12:18C'était les débuts.
12:19Comme Monet au Havre,
12:20qui a commencé comme caricaturiste.
12:23Qui faisait des bébés aussi.
12:24Oui, je faisais ça dans un petit jardin public.
12:26Je faisais ça dans un jardin public à toi
12:27et je faisais aussi aux mammouths.
12:29Monet, il n'a pas eu cette chance
12:31d'aller aux mammouths de Saint-Saphorien.
12:34Il y avait l'équivalent.
12:35Mais le mot,
12:38vous vous rebellez contre ce mot-là.
12:41Parce que c'était tout d'un coup...
12:43C'est parce qu'on revient une fois de plus
12:46à ce qui est après le 7 janvier.
12:48C'est-à-dire, le mot caricaturiste,
12:50c'est quelque chose qui nous a
12:55défini internationalement.
12:57Mais ce n'était pas notre boulot.
12:59Notre boulot, c'est dessiner des bonhommes.
13:01C'est dessiner des bonhommes
13:02et parfois, ça devient une caricature.
13:04Oui, parfois, ça devient une caricature.
13:06Parfois, c'est une caricature.
13:07Parfois, c'est par le biais d'une caricature
13:08qu'on arrive à dire ce qu'on a envie de dire.
13:11Mais par exemple, si je fais un reportage
13:13et que je vous dessine, là, maintenant,
13:16ou que je dessine l'ensemble du studio,
13:19le dessin que j'aurais fait de vous,
13:20ça sera pas une caricature.
13:21Ça sera juste un dessin.
13:23C'est votre passage à l'acte en tant qu'écrivain.
13:27Parce que pour la première fois,
13:28il y a beaucoup plus de mots que de dessins.
13:30Il y a quelques dessins qui se cantent cette nuit
13:31parce que vous êtes aussi avant tout
13:34presque un dessinateur.
13:35Il y a ce carnet dans lequel toute la nuit
13:37vous allez dessiner.
13:38Et quelques-uns de ces dessins
13:39sont reproduits dans l'ouvrage.
13:42Est-ce aussi une façon
13:44de mettre un peu à distance
13:47la vie d'avant ?
13:48Peut-être dans un monde
13:50qui rend le dessin
13:53un peu plus difficile qu'avant,
13:55qui tolère moins, disons,
13:56la représentation par le dessin qu'avant,
13:58qui est parfois prêt à tuer, d'ailleurs,
14:00contre ça.
14:01Est-ce que ça dit ça aussi,
14:02ce changement de braquet, si j'ose dire ?
14:04Ce changement de braquet,
14:04c'est pas un changement de braquet.
14:05Pour moi, c'est une large continuité, en fait.
14:08Pour moi, je reviens au dessin
14:12presque de reportage, au fond,
14:13que je faisais à Charlie.
14:14Parce que c'était...
14:15Sur la musique, notamment.
14:16Sur la musique, mais...
14:17Mais d'ailleurs, c'était un peu chiant,
14:19c'était plutôt à Trax, à Magic, et tout ça.
14:23Mais la plupart de mon travail,
14:26parmi...
14:26Enfin, on faisait tellement de choses,
14:28on faisait tellement de trucs,
14:31mais pour moi,
14:33il y avait cette idée de revenir,
14:35finalement, à un des fondamentaux
14:37de mon travail,
14:38qui était donc le dessin de reportage,
14:41que je ne fais plus à l'extérieur,
14:43parce que, voilà,
14:45c'est plus...
14:47C'est pas aussi simple que ça,
14:48pour moi,
14:50de dessiner, de partir,
14:51de faire des choses...
14:52Ça, c'est une des grandes choses.
14:54Je fais une petite parenthèse,
14:55mais c'est une grande chose
14:56qui a changé.
14:57Vous parlez à un moment de méflic,
14:59c'est l'expression,
15:00vous parlez d'un vernissage,
15:01vous êtes là avec méflic.
15:04Ça, c'est le plus insupportable,
15:06cette perte de liberté
15:07qui est occasionnée
15:09par cette escorte,
15:10en fait, maintenant, permanente.
15:12On s'habitue à tout,
15:12vous savez.
15:13On s'habitue à tout.
15:13Mais le plus difficile,
15:14c'est quoi ?
15:14C'est justement ça,
15:15le fait de ne plus pouvoir partir,
15:17partir en reportage,
15:19aller au concert ?
15:20Aller au concert ?
15:21Je ne désespère pas
15:23de trouver des moyens
15:23de le faire, en fait.
15:24Et là, pour le coup,
15:25j'ai trouvé un moyen de le faire.
15:26Finalement, je suis parti en reportage
15:27dans un beau bourg,
15:29effectivement, vidé,
15:30avec personne,
15:31sauf une personne de la sécu
15:33qui s'appelle Francine.
15:34Oui, dont vous faites un superbe personnage.
15:36Oui, que je salue d'ailleurs.
15:38Je ne sais pas
15:38si elle regardera cette vidéo.
15:39Elle le regardera forcément.
15:40Mais qui est plus qu'un super personnage,
15:44c'est une belle personne.
15:45Un ange gardien.
15:46Un ange gardien,
15:47mais c'est elle qui se définit comme ça.
15:50Et effectivement,
15:51c'est la seule personne physique
15:54à côté de laquelle j'étais
15:58pendant ce périple nocturne.
16:02Et c'est un reportage un peu étonnant
16:04parce que c'est un reportage
16:05avec que des gens
16:07qui ne sont pas là.
16:09Même les œuvres.
16:10Et que des œuvres
16:10qui ne sont pas là.
16:10Même les œuvres qui ne sont pas là.
16:11Mais ça reste du reportage.
16:12Et c'est pour ça
16:13que je voulais un carnet.
16:14Je voulais en fait
16:15exactement le même format
16:16que le livre
16:17que vous tenez dans les bras.
16:19Voilà.
16:20Celui-là.
16:21Et dans les bras, je dis.
16:22Oui, il y a le carnet
16:23avec le même format.
16:24Je dis ça juste parce que
16:28tenir un livre dans les bras,
16:29on ne le fait jamais.
16:31Mais c'est quand même aussi très important.
16:33Pour moi,
16:33je fais souvent des gros livres
16:34qu'on peut tenir justement dans les bras,
16:36qu'on peut cajoler, consoler.
16:38Et les œuvres,
16:39vous allez aussi les tenir dans vos bras.
16:40Et les œuvres,
16:40on va aussi les tenir.
16:41Je fais des bouquins
16:42qui sont un peu des,
16:44à mon avis,
16:45des safe places.
16:46C'est-à-dire des endroits
16:47où tu te retrouves
16:50avec des personnages
16:51que tu viens de rencontrer.
16:53et puis tu pars dans une aventure.
16:56Et pour moi,
16:57je voulais continuer
16:57à parler,
17:00pas forcément de moi,
17:01mais des choses
17:01qui étaient aussi très proches,
17:03qui étaient très, très,
17:05très en moi
17:06sur le dessin,
17:08sur mon parcours,
17:09sur les amis,
17:12sur la vie en général,
17:13sur mes parents.
17:16Mais il fallait trouver
17:17quelque chose de,
17:18comment dire,
17:19de moins impudique
17:20que le dessin.
17:21Parce que pour moi,
17:21le dessin, c'est impudique.
17:25Je me livre
17:26beaucoup trop
17:27dans le dessin.
17:29Si j'avais à me dessiner,
17:30si j'avais à dessiner ce livre,
17:32ça serait indécent.
17:34Je serais absolument indécent.
17:36Mais les mots sont là
17:37pour m'autoriser,
17:39finalement,
17:40l'impudeur que j'ai dans ma tête.
17:42Voilà.
17:43Pour me délivrer
17:44de ça.
17:45Et sinon,
17:46peut-être que ce bouquin,
17:47il est plus...
17:51Il est simplement là,
17:52non pas pour faire
17:53une bifurcation
17:54dans mon parcours,
17:55non pas pour cacher
17:56quelque chose.
17:57Il est là parce que
17:58c'est une évidence.
17:59À mon avis,
18:00c'est une évidence.
18:01Il faut aller voir...
18:03Il fallait que je me confronte
18:04à l'absence.
18:06Et quelque part,
18:07comme je voulais parler
18:08du dessin,
18:09il fallait que je le fasse
18:09un petit peu disparaître,
18:10lui aussi.
18:11D'où l'écriture.
18:12Alors, on va lire
18:13un extrait, justement,
18:15de ce diamant
18:16dans les gravats.
18:17Juste une petite question
18:19là-dessus.
18:19Il y a un passage,
18:20justement,
18:21dans le livre,
18:22puisque vous faisiez
18:23référence à Cabu,
18:25où vous dites,
18:26avec Charbes et les autres,
18:27bon,
18:28on ne voulait pas trop finir
18:30notre vie à dessiner
18:31des Mitterrand
18:32et des Chirac.
18:32C'est l'expression.
18:35Juste une petite question
18:36sur le fait aussi
18:37que beaucoup de titres
18:39de presse,
18:39aujourd'hui,
18:40ont arrêté
18:41de faire appel,
18:42justement,
18:42à la caricature,
18:43aux dessins de presse,
18:44parce que c'est trop compliqué.
18:46Quel regard vous portez
18:48sur ce qui pourrait être vu
18:49comme une abdication,
18:51finalement.
18:51Pour ne pas avoir d'ennui,
18:53en fait,
18:53on supprime tout.
18:54En fait,
18:54le truc,
18:54c'est que l'abdication
18:55a commencé bien avant 2015.
18:57C'est ça,
18:58le truc.
18:58C'est qu'elle a commencé
18:59quand on...
19:01Il y a eu déjà...
19:05On a commencé
19:06par supprimer
19:07un petit peu
19:07les photos
19:08dans les journaux.
19:10Et après,
19:10les dessinateurs sont...
19:11Le dessin a commencé
19:12à disparaître lui-même.
19:14Ça a commencé...
19:14Cabu avait flairé
19:15ce truc-là.
19:16Il disait,
19:17c'est à l'arrivée
19:17de la presse gratuite.
19:19Il s'est dit,
19:19là,
19:20c'est un gros problème,
19:21c'est que le dessin,
19:24ça ne marche pas
19:25avec le contexte
19:28de ce genre de presse.
19:29Les sous-entendus,
19:30les sous-dessinés
19:31d'un dessin...
19:32Bien sûr, bien sûr.
19:32Les sous-dessinés,
19:34c'est pas mal.
19:34Les sous-dessinés
19:34dans la salle
19:35ne sont pas forcément
19:36repérables tout de suite.
19:40On vous écoute lire
19:41un passage
19:43d'un diamant
19:44dans les gravats,
19:45d'ailleurs,
19:46pas sous les gravats,
19:47mais dans les gravats.
19:49Voilà,
19:49donc j'ai choisi
19:50ce passage
19:51que je trouve
19:54extrêmement bouleversant
19:54et on en parle après.
19:56Le passage
19:57que vous allez me faire lire
20:01parle notamment
20:02d'Ernst Ludwig Kirchner
20:03qui fait partie
20:07d'une toute une bande
20:07d'expressionnistes allemands
20:08dont Otto Müller
20:10faisait partie lui-même,
20:11Otto Müller,
20:12sur lequel j'avais fait
20:12une BD.
20:13De Finu.
20:14De Finu,
20:15exactement.
20:18et Kirchner,
20:19il a eu un...
20:22Il a été considéré
20:23comme d'autres peintres,
20:24tous les peintres modernes
20:25de l'époque
20:26par les nazis
20:26comme étant indégénérés.
20:28Et lui,
20:28il a fait partie
20:29des gens
20:29qui n'ont pas survécu
20:32à la destruction
20:33de ses œuvres
20:33dans le sens
20:33où lui,
20:34il s'est suicidé.
20:35Voilà.
20:36Et je tombe,
20:37je tombe,
20:39je tombe sur Kirchner
20:40dans ce musée.
20:43Je repense à ce dessin
20:45devant la caisse
20:46de Kirchner
20:46à Pompidou.
20:47Peut-être qu'il faut
20:48que je dise quand même,
20:49je vais le refaire,
20:50mais je parle
20:53de Kirchner,
20:54c'est-à-dire
20:54d'un tableau de Kirchner
20:55qui est dans sa caisse
20:56à Pompidou,
20:57qui est rangé
20:57dans un coin.
20:59Donc,
21:00on ne voit pas
21:01la peinture,
21:02il y a juste le mot
21:04Kirchner sur la caisse.
21:05Donc,
21:06pour moi,
21:07ça ouvre
21:08un champ
21:09de l'imaginaire
21:10très fort.
21:11Je reprends,
21:12je suis désolé
21:12de mettre un torrent.
21:14C'est parfait,
21:14c'est parfait.
21:15Je repense
21:16à ce dessin
21:17devant la caisse
21:17de Kirchner
21:18à Pompidou.
21:19Je l'ai tellement dessiné
21:20dans les détails
21:21que j'ai la passion
21:22d'avoir participé
21:23à son exécution,
21:25d'avoir été un peu
21:26Kirchner le peignant.
21:28Je pose la main
21:29sur le bois.
21:30Je n'ai qu'un numéro
21:31d'inventaire
21:31comme information,
21:32mais il est probable
21:33que l'œuvre
21:34soit cette grande toile
21:35bleue de femme
21:36se brossant les cheveux
21:37devant son miroir.
21:38Toilette
21:39Frau von der Spiegel
21:411913-1920.
21:43Tout comme la plupart
21:44des artistes
21:45taxés de dégénérer
21:46par les nazis,
21:47Kirchner était un artiste
21:48connu,
21:49reconnu,
21:50apprécié de collectionneurs
21:51allemands
21:51comme des musées
21:52qu'il exposait
21:53en tant que représentant
21:54essentiel de l'art moderne.
21:55Plus de 600 œuvres
21:57de Kirchner
21:57sont décrochées
21:58et confisquées,
21:59interdites d'exposer
22:00en Allemagne.
22:01Et alors que le Reich
22:03annexe l'Autriche,
22:04Ernst Ludwig Kirchner
22:05se suicide
22:06en juin 1938
22:07à 58 ans
22:09à Davos
22:09en Suisse.
22:13Je pense souvent
22:14à lui,
22:14à la destruction
22:15presque totale
22:16de son travail,
22:17au fait
22:18que son cratère
22:19était peuplé
22:20de tableaux fumants
22:21et que peindre
22:22par la suite
22:23ne l'a pas sauvé
22:24du gouffre.
22:26Il s'est tiré
22:27deux balles
22:28dans la poitrine
22:29et s'est écroulé
22:30dans ses gravats.
22:32J'encadre la caisse
22:34avec mes bras
22:34et la serre fort.
22:36Très fort.
22:38Ça peut aller, vieux.
22:40Très fort,
22:41en soupirant.
22:43Je ne serais pas
22:44en train de me faire
22:45un câlin
22:46à une caisse, moi ?
22:48Je desserre mon étreinte
22:49et regarde autour de moi.
22:52Personne.
22:53Mais,
22:54ça fait longtemps
22:55que je suis parti pisser.
22:56Je dois retourner
22:57vers le salon privé
22:58avant que Francine
22:58vienne me chercher.
23:00Oh,
23:01ne serait-ce pas
23:01une caméra
23:02au coin, là-haut ?
23:03Oh, puis merde.
23:05Je renouvelle mon hug.
23:07Tant pis
23:07si je passe
23:07pour un cinglé
23:08auprès des vigiles
23:09du central.
23:09Cela ne m'arrivera pas
23:10de si tôt
23:11de tenir un peu
23:12d'histoire de l'art
23:13dans mes bras,
23:14de la soutenir.
23:16À moins que ce soit
23:17l'histoire de l'art
23:18qui me soutienne
23:19ce soir.
23:20Merci, Luz.
23:21Bah, de rien.
23:22À moins que ce soit
23:23l'histoire de l'art
23:23qui me soutienne ce soir.
23:25Quel rôle
23:26a joué ?
23:27Parce que ce livre
23:28est un hommage à l'art
23:29et aux artistes.
23:30Là, c'est Kirchner.
23:31Vous décrivez
23:32les salles vides.
23:33d'ailleurs, il y a
23:33les ombres,
23:35les zones d'absence
23:37des clins,
23:39des braques,
23:40des Picasso.
23:41Il y a d'autres caisses
23:42que vous allez aussi
23:43étreindre.
23:45Qu'est-ce que...
23:45Donc, c'est un hommage
23:47à la création,
23:48à ces artistes.
23:49Mais il y a aussi
23:50ces objets, justement.
23:51Ces objets caisses
23:53qui vous renvoient
23:54aussi au cercueil.
23:56Mais si on revient
23:57au cercueil,
23:59notamment de vos amis
24:00de Charlie Hebdo,
24:02qu'est-ce que l'art
24:03au fond vous a apporté
24:05dans cette reconstruction
24:07si on reprend
24:08cette image
24:09de l'homme en chantier
24:12qui ouvre le livre ?
24:16L'art, ça apporte
24:17quelque chose
24:17de simple, en fait.
24:19L'art dans les musées,
24:20en particulier.
24:22C'est la contemplation.
24:24C'est très simple.
24:25C'est un moment
24:30un moment
24:31où vous vous perdez,
24:33vous vous diluez
24:34dans une œuvre.
24:35Un moment
24:36
24:38vous disparaissez.
24:40Mais dans cette dilution,
24:42dilution,
24:43il reste un petit peu
24:43de vous.
24:45Et pour moi,
24:47ça a permis
24:47de me voir ailleurs,
24:49de déplacer mon...
24:52Pas forcément
24:53de déplacer mes angoisses,
24:54mais de se déplacer
24:56soi.
24:59Une œuvre d'art,
25:00un tableau,
25:00ça peut être autre chose,
25:01c'est aussi
25:01comme un très bon bouquin.
25:03Il est un très bon bouquin
25:04que vous pouvez lire
25:05d'une traite.
25:07Mais pour moi,
25:07un très bon bouquin,
25:08c'est un bouquin
25:09qui vous permet
25:09de vous arrêter
25:10de temps en temps.
25:11Tout d'un coup,
25:11vous passez,
25:12vous divaguez,
25:13vous pensez complètement
25:13à autre chose.
25:15Là, c'est pareil,
25:15devant une œuvre,
25:16dans un musée en tout cas.
25:17C'est quoi ?
25:17Une porte presque ?
25:18Un seuil qu'on franchit ?
25:20Oui, on peut dire ça.
25:22Un seuil à franchir.
25:25On peut dire ça.
25:26C'est peut-être
25:26un petit peu trop
25:30la lumière blanche.
25:32C'est physique aussi.
25:35On va dans une autre pièce.
25:38Oui, on va dans une autre pièce.
25:39Mais effectivement,
25:40c'est peut-être pas mal
25:41de dire ça
25:41parce que ça abolit
25:42les frontières.
25:43C'est peut-être
25:44quelque chose
25:44qui est assez fort
25:47et assez politique.
25:48C'est-à-dire que
25:49d'être dans un endroit
25:51ou d'être quelque part
25:53qui abolit les frontières
25:54entre une personne,
25:56entre l'histoire
25:57et vous-même,
26:02sachant que peut-être
26:03vous pouvez vous retrouver
26:04de l'autre côté,
26:05de l'autre côté du miroir,
26:07le côté
26:09Lewis Carolien
26:10de l'histoire.
26:10C'est aussi
26:13que dans un musée,
26:14derrière une œuvre,
26:15il y a peut-être
26:16non seulement un petit peu
26:17de vous-même,
26:18mais un petit peu
26:18de la possibilité
26:19d'être quelqu'un d'autre.
26:20Et quel sens a justement
26:21ce fait d'étreindre
26:24les caisses ?
26:25Je disais,
26:25il y a l'évocation,
26:27d'ailleurs,
26:28très très belle page
26:29sur Tignous
26:31et ce cercueil
26:32qui était dessiné
26:32par tous ses amis
26:34dessinateurs,
26:35etc.
26:37Pages absolument
26:39remuantes.
26:40Mais quel sens a
26:41d'étreindre justement
26:42les caisses
26:43qui contiennent
26:43ces tableaux ?
26:44Quelle importance ça a
26:45pour vous ?
26:46Pourquoi vous faites ce geste
26:47qui, quand vous le décrivez,
26:49vous-même,
26:50vous vous dites
26:50on va me trouver
26:51complètement fou ?
26:52Mais néanmoins,
26:52vous le faites
26:52et c'est beau.
26:53Mais quel sens ça ?
26:54Déjà, je le fais
26:56parce que je peux le faire.
26:57Déjà, c'est rare
26:58dans un musée
26:58de toucher les œuvres.
27:00J'ai demandé d'ailleurs avant.
27:02J'ai demandé
27:02est-ce qu'on a le droit
27:03de toucher les caisses ?
27:04Je dis bah oui,
27:05parce que de toute façon,
27:05je ne vais pas arriver
27:07à défoncer la caisse
27:07et à toucher l'œuvre
27:08qui est à l'intérieur.
27:09Justement,
27:09elles sont même protégées
27:11contre moi.
27:12Mais c'est du fétichisme ?
27:13C'est un geste de tendresse ?
27:16C'est que tout d'un coup,
27:17il y avait...
27:17Prendre leur force,
27:18je ne sais pas.
27:18C'est peut-être plus ça,
27:20ouais.
27:20C'est plus ça.
27:21C'est...
27:22C'est...
27:24Comme les caisses,
27:25elles ont juste
27:26une étiquette
27:26avec le nom,
27:27donc on a l'impression
27:28qu'on peut voir comme ça.
27:30Du coup,
27:30on pouvait voir
27:31plusieurs Picasso.
27:31Donc il y avait
27:32une démultiplication
27:33des Picasso.
27:33Il y avait l'artiste
27:36ou Dossina Delaunay.
27:37Il y avait l'artiste
27:37qui était derrière,
27:39mais il y avait...
27:39On sait qu'il n'est pas là.
27:41On sait que ce n'est pas ça,
27:42en fait.
27:42On sait que c'est
27:43quelque chose
27:44de beaucoup plus évanescent.
27:47Et donc,
27:48il y a une mystique.
27:49Il y a une espèce de mystique.
27:50Il y a un truc
27:52de sortir le...
27:56Il y a aussi
27:56quelque chose d'inutile
27:57et d'absurde.
27:58C'est rare de faire
27:59des choses absurdes,
28:00en fait.
28:00C'est rare de faire des choses...
28:01C'est même rare,
28:02tellement rare
28:03de faire des choses inutiles.
28:04Et de faire cette chose absurde
28:06et de me rendre compte
28:07que c'était complètement con
28:07ce que j'étais en train de faire.
28:11ça permet de sortir de...
28:14Comment dire ?
28:15Presque de l'utilitarisme
28:17de sa vie.
28:18Finalement,
28:19cette comparaison
28:20avec les caisses
28:21qui contiennent
28:23les tableaux
28:23que vous étreignez,
28:25comme on l'a vu
28:25dans le chapitre
28:26que vous avez lu,
28:27et puis évidemment
28:27ces autres caisses
28:28qui sont les cercueils
28:30de vos amis
28:31assassinés le 7 janvier,
28:32vos amis de Charlie Hebdo
28:33assassinés le 7 janvier 2015,
28:37finalement,
28:37elles s'opposent,
28:38elles s'imposent,
28:40elles ne s'opposent pas,
28:40elles s'imposent
28:42directement
28:42pendant cette nuit.
28:43Association visuelle,
28:46sentimentale...
28:47Oui,
28:47du moins,
28:48c'est mon association visuelle
28:49parce que mon éditrice
28:50qui était là
28:51quand on a découvert
28:52le Pompidou vide
28:54et qu'on a découvert
28:55ces caisses
28:56qui étaient dans un coin,
28:57certaines qui étaient
28:58dans certains coins,
29:00elle,
29:01elle a vu
29:03une bibliothèque.
29:04Des livres...
29:05Voilà,
29:05genre,
29:07déformation professionnelle,
29:08elle a vu des livres
29:08et moi,
29:13ma déformation à moi,
29:15j'ai vu,
29:16j'ai vu,
29:17ouais,
29:18j'ai vu des cercueils posés
29:21et pas forcément
29:22quelque chose de très morbide.
29:23Pour moi,
29:23il n'y avait rien de morbide
29:25parce qu'il n'y a rien de morbide
29:26à penser à ce qu'il y a
29:27dans un cercueil.
29:29Il n'y a rien de morbide
29:31à penser à la trace
29:33que le souvenir
29:35de quelqu'un vous laisse.
29:37Et c'était...
29:40Comment dire ?
29:43Je ne pensais pas
29:45que j'aurais autant parlé
29:47des amis disparus.
29:49Et quand je le dis,
29:50des amis disparus,
29:51je tiens à souligner
29:52les amis disparus,
29:53mais en dehors aussi
29:57du 7 janvier.
29:58il y a des gens
30:00comme Gébé et Kavana
30:01qui ont été importants
30:02pour moi
30:02et qui sont revenus
30:04dans cette...
30:05Oui,
30:05et puis les artistes
30:05dont on parlait
30:06et Kirchner,
30:07c'est-à-dire toute cette chaîne
30:08de transmission au fond.
30:10Et...
30:12Il m'a...
30:14Tout d'un coup,
30:15c'était évident.
30:16J'avais...
30:18Tout d'un coup,
30:18évidemment,
30:19j'allais parler
30:19de ce qu'il y a...
30:26Évidemment que j'allais parler
30:26des morts
30:27qui sont vivants en moi.
30:28Voilà.
30:29Quels qu'ils soient.
30:30Quels qu'ils soient.
30:31Et des absents.
30:32Et les absents,
30:34c'est très vaste.
30:35Et peut-être parmi
30:37ces absents,
30:39peut-être parmi ces morts,
30:41peut-être parmi ces...
30:42ces gens
30:43qui ont disparu.
30:45Peut-être plutôt...
30:45Le terme disparu
30:46est beaucoup plus juste.
30:49Euh...
30:49Ben peut-être
30:50qu'il y avait moi-même,
30:50au fond.
30:51Un autre moi.
30:53Un autre soi.
30:54Oui.
30:54Un soi qui n'est plus là.
30:55Mais un soi qui n'est plus là
30:56pour plein de raisons.
30:58Un soi qui n'est plus là
30:58juste parce que
31:00j'ai un âge qui avance
31:01et je ne suis plus celui
31:02que j'étais avant.
31:03Je ne suis plus
31:04le dessinateur
31:04que j'étais avant 2015,
31:05mais je ne suis plus
31:07la personne que j'étais
31:08il y a...
31:08Il y a...
31:09Trois ans,
31:10quatre ans.
31:13Euh...
31:13Du coup,
31:15évidemment,
31:15il y a beaucoup de dialogue
31:16avec cette personne
31:18qui a disparu,
31:19c'est-à-dire ce moi
31:20qui a disparu.
31:20Ça, c'est sûr.
31:21Mais on est tous comme ça.
31:23Je veux dire...
31:23Heureusement, peut-être.
31:24Enfin, ça dépend.
31:25Peut-être...
31:27Peut-être...
31:28Peut-être...
31:28Moi, j'ai disparu
31:29un peu tôt.
31:30Bon, le salut,
31:31vous savez,
31:31se régénère intégralement
31:33au bout de je ne sais pas
31:34combien d'années.
31:34Donc, de toute façon,
31:35nous ne sommes pas
31:36les mêmes,
31:37même physiquement.
31:38Ah bonnement.
31:38Alors, il y a un invité spécial
31:39dans ce livre.
31:40Il vous apparaît
31:41lors de cette nuit folle.
31:43Il vous parle.
31:44Et cet invité,
31:45c'est le dieu du dessin.
31:46Oui.
31:47Alors, le dieu du dessin,
31:49il ressemble à quoi
31:50le dieu du dessin
31:50s'il n'est pas décrit ?
31:52Non.
31:52Et pourquoi à lui,
31:53vous croyez, en fait ?
31:55Alors, justement...
31:56Vous y croyez puisqu'il est là.
31:56Puisqu'il est là,
31:57il parle.
31:57Alors, le dieu du dessin,
31:58il apparaît dans cette histoire.
32:00Et donc, du coup,
32:01il avait apparaît
32:01dans cette histoire
32:02dans cette nuit, en fait,
32:03là-bas.
32:03Mais il apparaît régulièrement
32:04chez moi.
32:05En fait, le dieu du dessin,
32:06pour expliquer,
32:07c'est juste
32:10cette petite voix
32:11ou cette petite lumière
32:12ou ce petit truc pénible
32:15que les dessinateurs
32:16ont dans la tête.
32:16J'ai fait d'ailleurs
32:17un sondage.
32:18Il y en a d'autres
32:18qui l'ont.
32:19Ils l'appellent
32:20d'un autre nom,
32:21certains.
32:22Et qui me dit,
32:23voilà, cette perspective,
32:24elle est merdique.
32:26Ça, tu devrais refaire le dessin.
32:27Le bras est plus petit que l'autre.
32:28Ils l'appellent comment,
32:29les autres, d'ailleurs ?
32:30Ça, il faut leur demander.
32:32Ils ont chacun
32:33leur petit nom.
32:34Ce n'est pas tout à fait
32:35du dieu du dessin.
32:35Donc, il vient,
32:36le dieu du dessin,
32:37pour vous dire,
32:37des histoires de perspectives.
32:39C'est vraiment ce truc.
32:40Mais vous avez peut-être ça aussi.
32:41C'est le pro
32:43que vous avez dans la tête.
32:44Vous avez un pro
32:45dans la tête.
32:46Peut-être le dieu du journaliste
32:47vous dit,
32:48ah ben non,
32:48mais là,
32:48tu n'as pas vérifié l'info,
32:50mon pote.
32:50C'est complètement merdique.
32:51Il faut essayer de...
32:53Il faut bosser plus.
32:54Tu vois,
32:54c'est ce truc-là.
32:56Et moi,
32:57j'appelle ça
32:57le dieu du dessin
32:58parce qu'il est en surplomb.
33:00Il me juge,
33:01etc.
33:02Mais comme je suis
33:02un indécoutable athée,
33:04du coup,
33:04je sais qu'il n'existe pas
33:05et je l'envoie chier.
33:07Et donc,
33:07du coup,
33:07je sais qu'il arrive comme ça.
33:09Il arrive...
33:11Finalement,
33:11en l'appelant le dieu du dessin,
33:12je me fous de sa gueule.
33:13Je me fous de la gueule
33:14de cette petite voix intérieure
33:15qui est peut-être
33:16le moi pro
33:17que je ne supporte pas
33:19d'être complètement.
33:20Le Gemini Cricket,
33:21un peu...
33:21Le Gemini Cricket,
33:22du centre Pompidou.
33:24Pas seulement,
33:25malheureusement.
33:25Voilà.
33:26Mon Gemini Cricket,
33:27à moi.
33:27Vous vous décrivez
33:28en Icar,
33:30Icar de la nostalgie.
33:31Alors,
33:31Icar,
33:32je rappelle
33:32que c'est ce jeune homme
33:34qui s'approche
33:36trop du soleil
33:37et qui a des ailes
33:39qui sont fixées
33:40avec de la cire
33:41et évidemment,
33:41en s'approchant
33:42trop près du soleil
33:43parce qu'il est curieux,
33:44il n'écoute pas son père
33:44et donc,
33:45il va chuter.
33:46Vous,
33:46vous définissez
33:47comme un Icar
33:48de la nostalgie
33:51qui s'approche
33:52trop près de son passé
33:53et qui risque,
33:54dites-vous,
33:54de s'y consumer.
33:56À un autre endroit,
33:57vous décrivez,
33:58d'ailleurs,
33:58quelques lignes plus tard,
34:00une insolation
34:00de culpabilité.
34:02L'image est très forte.
34:03Écrire ce livre
34:04a-t-il marqué un tournant ?
34:07Est-ce que vous respirez
34:08aujourd'hui mieux
34:09au bord du cratère ?
34:10Parce qu'il y a l'image
34:11du cratère
34:11qui revient sans cesse.
34:13Comme vous le dites
34:13à la dernière phrase du livre,
34:14est-ce que vous respirez mieux
34:16au bord de ce cratère ?
34:19Au terme de ce livre
34:20qui est là devant nous.
34:22en tout cas,
34:22une fois,
34:23quand je l'avais...
34:24Déjà,
34:24il est ailleurs,
34:25ce livre.
34:25Parce qu'il est en limbré,
34:26il ne m'appartira plus vraiment.
34:27Il est chez les lecteurs,
34:28d'ailleurs.
34:28Il est chez les lecteurs.
34:29C'est vrai que
34:30quand je l'ai fini,
34:31quand j'ai mis
34:31cette dernière phrase,
34:32quand j'ai...
34:34Quelque chose,
34:35c'est ouvert.
34:37Et quelque part,
34:38j'ai compris
34:41que j'avais encore
34:43des raisons
34:44de gratter
34:44dans ce cratère.
34:45Le cratère,
34:46il est là.
34:48Je suis en chantier.
34:49C'est ce que je disais.
34:49Je suis en chantier.
34:50C'est permanent.
34:51Le cratère,
34:52il est à l'intérieur.
34:52Il est à l'intérieur.
34:53Il sera toujours
34:55d'une certaine manière.
34:56Noir de chez noir,
34:57vous dites.
34:57Noir de chez noir.
34:58Et peut-être,
34:59on lui accorde
35:00un petit peu plus de...
35:01Je lui accorde
35:01un petit peu plus de gris,
35:03de blanc.
35:03Mais en même temps,
35:05la page blanche,
35:06c'est un truc à remplir.
35:07Donc moi,
35:08je suis rempli.
35:09Moi, je suis rempli.
35:10Et je continue à gratter.
35:11J'étais persuadé
35:11qu'après Dauphine Nue,
35:13je n'avais plus besoin
35:14de parler
35:16de ce qui m'était arrivé.
35:18Au sens très large.
35:19Oui, puis il y avait eu
35:20Catharsis aussi.
35:21Il y a eu Catharsis.
35:21Mais Catharsis,
35:22c'était au début.
35:23Catharsis,
35:23c'était une catharsis.
35:24C'était mon premier bouquin
35:26depuis...
35:26Enfin, mon premier bouquin
35:28sorti en 2015,
35:29en mai,
35:29ça a été sorti très vite
35:31parce que c'était
35:31des planches de BD
35:32que je ne pouvais pas...
35:33Ne pas...
35:34Qui surgissaient
35:35de mes doigts.
35:37Vraiment,
35:37c'était ça.
35:38Il fallait que j'en fasse
35:38quelque chose.
35:39Alain David de Futurbois
35:40m'a vraiment aidé
35:42à les publier,
35:44à me faire comprendre
35:45que c'était important
35:46de les publier.
35:47Mais donc,
35:48pensiez que vous n'alliez
35:49plus revenir là-dessus.
35:50J'avais plus besoin
35:50de revenir,
35:51surtout après Deux filles nues.
35:53Et en fait,
35:54si.
35:54Et en fait,
35:55j'y reviendrai tout le temps.
35:56J'y reviendrai tout le temps,
35:57mais pas uniquement
35:58pour moi.
36:00C'est aussi parce que
36:01là,
36:01dans ces gravats mentaux
36:04que j'ai,
36:05c'est pas uniquement
36:06lié au set.
36:08C'est lié à l'après.
36:09C'est lié à une espèce
36:10d'exil intérieur.
36:11C'est lié à...
36:12C'est lié à des tas
36:14de...
36:15A des tas de réflexions
36:18à des tas de...
36:20A des tas de choses
36:23qui grouillent
36:24en moi,
36:25en soi.
36:26Et je pense que
36:27je vais continuer
36:28à travailler là-dessus.
36:28J'ai fait procréateur
36:30en me disant,
36:30allez,
36:31je fais une énorme pochade,
36:32un truc sur le rare moment
36:33démographique.
36:35Finalement,
36:35j'ai pas pu m'empêcher
36:36de faire une petite planche
36:37sur une petite fille
36:39qui en doye
36:39de son chien.
36:41Donc vous y revenez ?
36:42Forcément,
36:43j'y reviens.
36:43Et forcément,
36:44j'ai compris
36:45en faisant ce bouquin
36:46qu'il faut que j'accepte,
36:48qu'il faut que j'accueille
36:49l'idée
36:50que de toute façon,
36:51j'en parlerai peut-être
36:52d'une certaine manière
36:53toute ma vie.
36:53Ça va se toujours glisser
36:54dans un coin
36:55de mes dessins
36:56ou d'autres choses.
36:58Mais il y a toujours
36:59des insolations
37:00de culpabilité.
37:01Je reprends votre expression.
37:03C'est une expression
37:04très forte.
37:05Mais une insolation,
37:06ça passe parfois.
37:07Oui, ça passe.
37:08Ça passe.
37:09Mais il vous reste
37:12les coups de soleil,
37:13au fond.
37:16Les coups de soleil,
37:16c'est les coups de soleil
37:18de culpabilité.
37:19Où est-ce que je vais
37:19avec cette métaphore
37:21à la con ?
37:22Les coups de soleil
37:22de culpabilité,
37:23qu'est-ce que ça veut dire ?
37:25C'est peut-être
37:28une espèce de stigmate.
37:29Peut-être les stigmates,
37:30c'est les bouquins
37:31que je fais.
37:32Et les bouquins
37:33que je fais,
37:33c'est aussi des bouquins
37:34pour peut-être
37:35essayer de voir
37:36si on partage
37:37pas quelque chose
37:38de commun
37:38avec les lecteurs
37:39et les lectrices.
37:40Parce que moi,
37:41j'ai vécu un truc.
37:41Enfin, j'ai vécu un truc.
37:43On a été plusieurs.
37:45Ce truc-là en particulier.
37:48Mais ce qui s'est passé
37:49dans ma vie,
37:51ça peut se passer
37:53d'une autre manière
37:54dans la vie
37:55de n'importe qui.
37:56Et en fait,
37:57comment on se démerde
37:59avec son de ?
38:00Comment on se démerde
38:00avec son chantier ?
38:01Comment on se démerde
38:02avec une vie à terre ?
38:06Et bizarrement,
38:07on creuse.
38:08On est des espèces
38:08de petites taupes.
38:09Et moi,
38:10je fais des bouquins
38:12et les gens n'ont pas forcément...
38:14Enfin,
38:14tout le monde
38:14ne fait pas des bouquins.
38:16Il peut y avoir...
38:17C'est la culture
38:18qui nous aide.
38:19C'est la culture
38:19qui nous aide.
38:19Une béquille,
38:20vous dites.
38:20C'est une béquille,
38:21mais c'est aussi
38:22une grosse brouette.
38:23Et comment on fait
38:24avec le 7 ?
38:24Parce que,
38:25incidemment,
38:26vous venez de le mentionner,
38:28le 7,
38:28alors le 7 du 7 janvier.
38:30D'ailleurs,
38:31dans le livre,
38:31là,
38:31cette petite voix,
38:32ce dieu du dessin,
38:33à un moment,
38:34il passe directement au 8,
38:36ce que c'est,
38:37le 7 janvier.
38:38D'ailleurs,
38:38vous avez ça de commun.
38:40Alors,
38:40vous êtes né
38:41le 7 janvier.
38:42C'est votre anniversaire,
38:43tous les 7 janviers.
38:44Robert Longo,
38:45qui est l'un des artistes
38:46auxquels vous faites référence aussi,
38:48est né aussi le 7 janvier.
38:49Et Nicolas Cage.
38:50Et Nicolas Cage.
38:51Mais comment on fait,
38:53justement...
38:53Comme quoi,
38:53on a le droit
38:54de devenir fou
38:54quand on...
38:55Oui,
38:55mais avec cette ironie tragique
38:58où c'est du 7,
39:00quoi.
39:01Tous les 7,
39:04votre anniversaire,
39:057 janvier,
39:06il y a quelque chose aussi
39:08de l'ordre là,
39:09de la...
39:09Je ne sais même pas
39:10comment définir ça.
39:11C'est même plus fort
39:12qu'une ironie tragique.
39:13Ouais.
39:13Comment on passe au 8,
39:14directement ?
39:17Euh...
39:20Euh...
39:21Est-ce que c'est ça
39:22le plus insoutenable,
39:23au fond,
39:23ce chiffre 7,
39:24et le fait que...
39:25Ça fait partie...
39:26C'est ce que je dis,
39:27ça fait partie de ma numérologie personnelle.
39:29Et puis,
39:29il y a plein de hasards.
39:30Et puis,
39:31on n'y peut rien.
39:32Et puis...
39:33Regardez.
39:34Regardez.
39:36Prenez le bouquin.
39:36Prenez le bouquin.
39:37Allez-y, allez-y.
39:38Prends le bouquin.
39:39Attends.
39:39Je vais vérifier un truc.
39:41Je vais vérifier un truc.
39:42J'ai un copain qui m'a dit...
39:44Qui m'a dit
39:45qu'il y avait des hasards
39:46assez étonnants.
39:48C'est étonnant.
39:49Ouais.
39:50Ok.
39:52Ok.
39:52Je n'avais pas fait la vérification.
39:54Mais voilà.
39:54Le texte,
39:56le récit,
39:56il commence page 7.
39:57Ah oui.
39:57Voilà.
39:58D'accord.
40:00Oui.
40:00Ça fait partie...
40:01Voilà.
40:01Votre numérologie personnelle.
40:03Ouais, ouais, ouais.
40:03Mais quelque part,
40:04il faut accepter l'idée
40:06que le monde est bizarre.
40:08Et puis,
40:08on navigue là-dedans.
40:10Et puis,
40:12on est...
40:14On est poreux
40:15à cette bizarrerie.
40:16L'art est là,
40:17justement,
40:17pour accepter l'idée
40:18qu'on est poreux
40:20à quelque chose
40:21qui nous dépasse.
40:22Pour terminer,
40:24Luz,
40:25je cite une phrase
40:27qui est en italique
40:28dans votre livre,
40:29page 272,
40:30tenir la route,
40:32tenir le chemin,
40:34tenir le trait.
40:35Est-ce que vous savez,
40:37maintenant,
40:37donc après cette nuit,
40:39parmi les absents,
40:41que vous êtes en bonne voie,
40:44justement,
40:44pour tenir la route,
40:45tenir le chemin,
40:46tenir le trait ?
40:47Et c'est quoi ce chemin
40:49qu'il faudrait tenir,
40:51qu'il faut essayer de tenir,
40:52en même temps
40:53qu'il faut tenir le trait ?
40:59C'est vos mots.
41:00Je ne sais pas.
41:00Oui, c'est mes mots.
41:02Il faut tenir.
41:03Je ne sais pas
41:04où il est le chemin.
41:05Je ne sais pas.
41:08Mais il y a une...
41:10C'est très difficile
41:11d'être libre,
41:12de se sentir libre.
41:13C'est très difficile.
41:17Par exemple,
41:18en dessin,
41:19je me bagarre beaucoup,
41:21alors pas uniquement
41:21avec le dieu du dessin,
41:22mais je me bagarre beaucoup
41:23avec mes références,
41:27avec le désir
41:28de me surprendre moi-même,
41:30etc.
41:31Et là,
41:32je fais un autre bouquin
41:33qui va être un bouquin
41:34plus...
41:35une BD,
41:35qui va être un frilor politique.
41:38Je change encore de registre.
41:39J'ai besoin d'autre chose.
41:40Mais tenir le trait,
41:42ce n'est pas autre chose
41:42que simplement tenir le crayon.
41:45Tenir le trait,
41:46ce n'est pas uniquement
41:48tenir le crayon.
41:49C'est se tenir
41:51d'une certaine manière droit
41:53et de se tenir droit,
41:54mais souple.
41:56Ce n'est pas se tenir droit.
41:57En fait,
41:57je dis une connerie.
41:58Ce n'est pas se tenir droit.
41:59C'est se tenir
42:03avec la fluidité
42:04d'un pinceau
42:06ou d'une plume.
42:07C'est le plein et le délier.
42:08La vie,
42:08c'est du plein et du délier.
42:10Ça, je...
42:11Même au bord du cratère.
42:12Même au bord du cratère.
42:14Et ce livre
42:15fait partie
42:16de ses pleins et déliés.
42:17C'est un livre
42:19d'écrit.
42:20Et quand tu regardes...
42:21Moi,
42:21quand je regarde chaque lettre,
42:22pour moi,
42:23c'est du dessin.
42:23Donc,
42:25pour moi,
42:26j'ai encore fait un livre
42:27qui a un rapport
42:28tellement essentiel
42:30avec le dessin.
42:31Bon,
42:31merci beaucoup, Luz.
42:32Alors,
42:32en attendant,
42:33voilà,
42:34vous,
42:34vous devez vraiment lire
42:36le livre de Luz.
42:38Donc,
42:38Un diamant dans les gravats,
42:39c'est chez Stock.
42:40Merci beaucoup, Luz.
42:42De rien.
42:42À la prochaine.
42:43À la prochaine.
42:44Très vite.
42:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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