00:00Michael Benfredge, merci d'être là. Vous êtes auteur de 11 septembre, au pied des tours, paru aux éditions Écrins.
00:07Ce 11 septembre, à 8h45, vous avez 19 ans. C'est votre tout dernier jour de stage chez Merrill Lynch,
00:14une compagnie financière bien connue. Ce matin-là, vous y êtes donc pile au pied des tours,
00:21parce que c'est votre chemin pour vous rendre à votre lieu de travail.
00:24Et lorsque le vol American Airlines 11 percute la première tour, ça se passe devant vos yeux déjà.
00:32Ça vous a fait quoi de revoir ces images ? Et racontez-nous, parce que vous, vous avez vraiment tout
00:36vu.
00:36Vous êtes ce qu'on appelle un témoin oculaire.
00:40Quand l'avion frappe la tour, on croit d'abord, en tout cas moi, je crois d'abord à un
00:44accident.
00:45C'est une sidération. Ce n'est pas un accident banal, mais on ne s'imagine pas.
00:50Et d'ailleurs, en revoyant vos images, on entend la journaliste France parler d'un accident.
00:54Non, elle ne parle pas d'un attentat au tout départ, quand c'est un avion.
00:57Et donc, à ce moment-là, on est dans un état de choc, mais on ne s'imagine pas que
01:02le monde va changer.
01:03On ne s'imagine pas qu'on vit un événement historique qui va faire basculer les États-Unis, qui va
01:08faire basculer l'Occident.
01:09Mais revenons à l'instant. C'est-à-dire qu'on visualise un peu ce qui vous est arrivé.
01:13Vous êtes au pied de la tour, vous levez les yeux, vous entendez un gros bam dans le ciel,
01:18et vous levez les yeux et vous comprenez qu'il y a un avion qui s'encastre.
01:20Moi, à ce moment-là, j'ai un appareil photo dans les mains, parce que je viens d'acheter une
01:23pile pour le recharger,
01:24parce que je dois faire une photo avec mes boss.
01:26Donc j'ai littéralement mon appareil dans les mains, c'est invraisemblable.
01:29Je suis en train de traverser le passage piéton qui me sépare de la tour Nord.
01:32On est un mardi matin, il fait un temps magnifique, un ciel bleu qu'on voit sur les images.
01:38Et puis j'entends le son de l'avion qui arrive.
01:41À cet endroit-là, dans Manhattan, c'est dégagé.
01:43Il y a ces tours-là et puis il n'y a rien d'autre autour.
01:45Donc on a du chant.
01:46Et on voit l'avion arriver de loin.
01:48On l'entend, parce que c'est un avion qui vole bas, finalement.
01:50Et moi, je me dis, mais il vole vraiment bas, très bas, trop bas.
01:53Boum !
01:54Mais si vous voulez, c'est un boum qui, évidemment, fait peur,
01:57qui a fait reculer un peu tout le monde.
01:58On s'est tous décalés.
02:00Les gens qui s'apprêtaient à entrer dans la tour ont reculé.
02:04Et puis on s'est dit, bon, on regarde, on cherche à comprendre.
02:07Des sirènes commencent à sonner.
02:08Les pompiers, les secours, les policiers commencent à arriver.
02:11On voit, finalement, des flammes.
02:14On voit des morceaux d'aluminium qui tombent.
02:17Oui, j'allais dire, il y a des débris, quand même.
02:18Vous ne tentez pas de fuir ces débris qui tombent
02:20et qui sont sans doute à proximité immédiate de votre corps ?
02:22En fait, il faut se rendre compte que quand vous êtes au pied de cette tour
02:25qui fait 120 étages et que, à peine, si je puis m'exprimer ainsi,
02:29si à peine 5 ou 6 étages sont en fait abîmés par l'impact de l'avion,
02:34on ne s'imagine pas du tout que la tour va s'effondrer.
02:37On ne s'imagine pas du tout que la journée ne va pas continuer normalement.
02:41On se dit que c'est un accident, qu'ils vont régler ça,
02:43que peut-être ils vont évacuer quelques personnes.
02:45Mais il faut continuer sa vie et continuer sa journée.
02:48En revanche, au moment du deuxième impact,
02:51tandis que j'essaye, moi, demain, pour aller au bureau,
02:54je me retrouve encore plus près de la deuxième tour que je ne l'étais de la première.
02:58Et là, je vois littéralement l'avion me passer sur la tête
03:01puisqu'il a frappé encore plus bas que la première tour.
03:04Il a frappé autour du 50e étage.
03:0650 étages, ce n'est pas haut quand c'est un avion de cette taille
03:09qui arrive à cette vitesse.
03:11On a l'impression qu'on peut le toucher des doigts.
03:13Et là, pour le coup, non seulement je ne suis plus près,
03:16non seulement l'impact, je le vois directement.
03:20Et là, votre réflexe, c'est OK, maintenant, il faut fuir ?
03:22Là, c'est la fin du monde.
03:23Là, c'est la scène d'indépendance D que vous avez tous en tête.
03:27C'est les gens qui courent sur les taxis.
03:29C'est les gens qui hurlent, épaule contre épaule.
03:33On lutte pour sa vie à ce moment-là.
03:36Et donc, c'est vrai que seulement quelques minutes après cette course,
03:40on peut commencer à souffler un peu, mais la sidération continue.
03:45Il est 14h42.
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