- il y a 6 semaines
Pour décrocher un rendez-vous chez le dermatologue il faut s'armer de patience. Face à des délais qui s’allongent et à une offre de soins insuffisante, les patients peinent à obtenir une prise en charge, parfois au risque de retarder le diagnostic. Pourquoi l’accès à la dermatologie est-il devenu si difficile ? Tu-Anh Duong, dermatologue et vénérologue, et Daphné Barbedette, la présidente de France Psoriasis, reviennent sur les causes et les conséquences de cette situation.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:04Bonjour à toutes les deux, bienvenue.
00:06Thuene Jung, docteur, je commence avec vous.
00:09Ces délais de plusieurs mois, c'est aussi ce que vous constatez, vous, sur le terrain ?
00:13Alors, les délais de rendez-vous, oui, on les constate.
00:16Mais en fait, on sait déjà, moi j'ai un exercice plutôt hospitalier,
00:20et je collabore notamment avec des collègues libéraux,
00:23et on s'est organisé, en fait, au sein d'équipes de soins
00:26pour justement améliorer le parcours de soins des patients,
00:30qu'ils soient chez des professionnels de santé médicaux ou non médicaux,
00:33grâce éventuellement à la télédermatologie.
00:36Donc on a évidemment des patients qui tous les jours nous disent
00:38que prendre un rendez-vous, c'est difficile de prendre un rendez-vous avec nous,
00:43mais de l'autre côté, on a, quand on est accessible par la télédermato,
00:47en fait, des patients que l'on convoque en moins de 48 heures
00:51pour les prendre en charge si on juge que le motif est urgent
00:54et nécessite une prise en charge rapide.
00:56Et la télédermato, donc, ça se démocratise ?
00:58La télédermato, ce n'est pas quelque chose de nouveau,
01:01ça fait depuis 2010 qu'on a un cadre législatif
01:03qui permettait, en fait, à des médecins, uniquement au début,
01:06de faire des demandes, en fait, d'avis dermatologiques
01:09à des dermatologues.
01:11Donc ça, c'est le cadre de la télémédecine, 2010.
01:13Et depuis 2022, tous les professionnels de santé,
01:17médicaux ou non médicaux, peuvent faire la demande,
01:19en fait, d'un avis dermatologique,
01:21en étant, en donnant lieu à un remboursement par la Sécurité sociale.
01:26Daphné Barabedade, vous êtes en contact avec les patients.
01:30Certaines personnes essayent, une dizaine, parfois une vingtaine de dermatologues,
01:33avant de trouver un rendez-vous.
01:35À quel point cette recherche devient-elle un parcours du combattant,
01:40de votre point de vue ?
01:41Ben, c'est dramatique.
01:42C'est dramatique parce que les gens sont fatigués, désespérés,
01:46et veulent se soigner, mais ne peuvent pas.
01:49Donc ils comprennent la situation parce que nous,
01:52en tant qu'association de patients, on explique la situation.
01:55Mais il est vrai que souvent, c'est,
01:57ben, mon dermatologue est parti à la retraite,
01:59je ne sais plus où aller,
02:01il y a un nouveau dermato, mais il ne prend pas de nouveaux patients.
02:05Donc il y a des solutions, heureusement,
02:08mais c'est de la perte de chance,
02:10c'est des prises en charge qui sont plus tardives.
02:12Et puis, des fois, ça peut favoriser des problèmes de santé mentale.
02:18Parce que, voilà, complètement.
02:21Docteur Daphne Marbeda, il évoque une perte de chance.
02:26Vous êtes d'accord ?
02:26Je pense qu'en fait, la souffrance,
02:28elle est plus dans l'anxiété d'avoir un rendez-vous.
02:30Car en réalité, il faut quand même insister sur les acteurs du soin.
02:34Les acteurs du soin, ça reste quand même le pivot,
02:36le médecin généraliste.
02:37Les différentes réformes de la santé ont placé,
02:40le médecin généraliste.
02:41Aujourd'hui, maintenant, on donne un rôle différent aussi aux infirmiers.
02:44Donc, en fait, normalement, les patients,
02:47d'ailleurs, c'est inscrit dans là,
02:49devraient tous avoir un médecin généraliste
02:50ou du moins un acteur de soins primaires vers lequel se tourner.
02:53Et dans ces cas-là,
02:54le dermato devrait pouvoir être branché
02:56à ces acteurs de soins primaires.
02:58Encore une fois, le sujet, c'est l'anxiété
03:00de ne pas avoir de rendez-vous.
03:02Mais il y a des rendez-vous qui sont parfois mis à disposition des patients.
03:06Mais les dermatologues, en fait, les ouvrent le jour même,
03:10la veille éventuellement du planning,
03:13pour éviter notamment les patients qui vont prendre des rendez-vous
03:15et qui ne viendraient pas à leur rendez-vous.
03:16Donc, il y a aussi ce sujet en tête de rationalisation des rendez-vous.
03:20Parce que si vous ouvrez plein de rendez-vous à l'avance,
03:22ce qui se passe parfois, c'est que les patients ne viennent pas à leur rendez-vous.
03:24Ça vous semble assez bizarre, mais c'est possible.
03:28Mais pour autant, quelques semaines, quelques mois de retard,
03:31ça ne peut pas avoir un impact sur un pronostic ?
03:35Alors, on voit souvent des reportages avec effectivement les tumeurs cutanées
03:39où finalement un bon diagnostic rapide
03:42aurait permis peut-être de raccourcir effectivement le délai.
03:45Et donc, ça passe en réalité sur le sujet de la formation.
03:48Ce n'est pas seulement le problème de l'accès au rendez-vous,
03:50c'est la formation des patients ou même des médecins
03:52et des professionnels de santé à reconnaître
03:54une pathologie dermato et ce qui devrait ou pas être vu rapidement.
03:58Et à nous, dermatologues, de nous mettre à disposition
04:00pour pouvoir, entre guillemets, nous brancher sur ces différents acteurs de soins
04:03pour pouvoir voir les patients rapidement.
04:05Mais ça passe, encore une fois...
04:06Mais il s'agit quand même de prioriser et de prendre finalement le plus urgent.
04:10Le plus urgent ou celui qui nécessiterait d'être repris rapidement
04:14pour éviter les séquelles ou justement l'altération de la qualité de vie.
04:17Parce que là, on parle parfois des cancers de la peau.
04:21Il y a 18 000 mélanomes par an.
04:22Mais en réalité, il y a aussi effectivement des pathologies inflammatoires chroniques,
04:26comme psoriasis ou autres,
04:27qui vont entraîner des arrêts de travail,
04:32une attération de la qualité de vie, une dépression.
04:34Et pour le coup, ça, il faut que le patient puisse être rapidement pris en charge dans une filière.
04:38Oui, Daphné, justement, si on prend le psoriasis, vous le disiez quand on préparait cette émission,
04:44c'était encore perçu comme un problème essentiellement esthétique.
04:49Trop, du moins.
04:51Son impact est plus important.
04:54Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
04:56Oui, on a tendance à croire que c'est que esthétique,
04:58parce que les gens ne connaissent mal ou ne posent pas de questions.
05:03Mais il y a toute la partie comorbidité qu'il y a autour de tout ce qui est maladies inflammatoires
05:08chroniques.
05:08On oublie que ce sont souvent des maladies systémiques.
05:11Et donc, plein de choses se déroulent dans le corps,
05:15type maladies cardiovasculaires, hypertension, diabète,
05:18qui sont surveillées par les dermatologues.
05:21Les patients ne le savent peut-être pas ou ne comprennent pas,
05:24mais c'est bien surveillé et c'est important que tout le monde sache que ce n'est pas qu
05:29'une maladie de peau.
05:30Il y a aussi le côté rhumatismal.
05:32Il y a deux formes, en fait, au psoriasis, d'où le ruban que je porte.
05:37Et ça, ça fait partie des comorbidités.
05:39Dès qu'on commence à avoir des douleurs, ça peut être autre chose.
05:42Il faut en parler au dermatologue qui dira aller voir le rhumatologue ou pas.
05:48Mais ça peut être rhumatisme psoriasique, comme ça peut être bien d'autres choses.
05:52Mais en tout cas, ne pas laisser des douleurs s'installer.
05:55Docteur, derrière une lésion cutanée, il peut y avoir une maladie locale, mais aussi systémique ?
06:00Oui, alors, en fait, vous avez soulevé le sujet des maladies affichantes.
06:05En réalité, la dermatologie, c'est une spécialité qui a trait à la peau.
06:08Et la peau, c'est quelque chose de visible.
06:10Donc, en réalité, même une acné, ça ne vous semble pas mortel.
06:13Mais une acné mal traitée ou non traitée chez un adolescent peut avoir des impacts,
06:18notamment sur son environnement psychosocial, la manière dont il va appréhender ses relations à l'autre, etc.
06:26Et donc, en fait, la dimension visuelle de la dermatose, c'est très important.
06:29Parce que quand on parle justement de « est-ce que ce n'est pas grave parce que c'est
06:32juste une question esthétique ? »
06:33En réalité, la raison, ça peut avoir un impact.
06:37Parce que si vous avez une maladie comme un lupus, qui est une maladie inflammatoire systémique,
06:41mais qui peut être uniquement cutanée, vous allez avoir des plaques sur le visage.
06:44C'est affichant.
06:45Vous ne pouvez pas regarder le soleil parce que sinon, vous allez avoir des plaques liées au soleil.
06:49Et donc, en fait, certes, vous n'avez pas une forme systémique avec une atteinte de votre rein,
06:53mais vous avez quand même une forme d'un lupus qui va altérer l'affichage que vous allez avoir de
06:58votre visage dans la vie de tous les jours.
07:01Donc, il faut quand même bien avoir en tête que les maladies dermatologiques, quelles qu'elles soient,
07:06que ce soit l'acné, la rosacée ou même la dermatite séborique, qui est à la fois un état pelliculaire
07:14et, vous savez, parfois quelques squam sur le visage, oui, ce n'est pas mortel.
07:18Mais en fait, si vous n'arrivez pas à bien vous traiter, vous allez avoir des pellicules pleins vos vêtements,
07:24vous allez avoir finalement le visage tout le temps un peu farineux et surtout...
07:28Oui, il y a un vrai impact.
07:29Voilà. Et pour autant, effectivement, on ne sera pas dans le sujet de pouvoir dire que c'est mortel.
07:34Et donc, vraiment, j'insiste sur le fait que les maladies de peau, c'est avant tout former les gens
07:39et former les patients et former aussi les professionnels de santé à ce qu'est une maladie de peau
07:44et à les reconnaître et à savoir quand consulter.
07:46C'est-à-dire que nous-mêmes mieux s'informer et mieux maîtriser le sujet de notre pathologie.
07:50Ça passe quand même sur cette formation de tous les acteurs, en fait, y compris le patient.
07:57Là, finalement, ce que c'est qu'une maladie de peau et à quel moment on peut être amené à
08:00consulter.
08:01Quels sont ensuite les moyens qu'on va avoir d'avoir accès aux dermatos ?
08:04C'est tous ces sujets qu'on travaille aujourd'hui avec différents acteurs, publics ou privés.
08:09Mais le sujet, c'est quand même de bien former les gens à reconnaître ce qui est grave de ce
08:13qui ne l'est pas
08:13et de ne pas inquiéter de manière non plus inutile.
08:16On voit que trop, dans un contexte justement de difficulté d'accès aux soins,
08:20de gens encore qui vont systématiquement chez le dermatologue pour un check
08:25alors qu'ils n'ont pas de facteur de risque de carcinome ou de mélanome,
08:28que ce sont des gens comme vous, par exemple, sans facteur de risque, familiaux éventuellement, jeunes
08:33et qui voudraient juste montrer leur peau avec quelques questions par rapport à leur tâche.
08:38Et ce n'est pas forcément, vous voyez, aujourd'hui quelque chose qui nécessiterait
08:42qu'on ouvre énormément plus de consultations dermatos, vous comprenez ?
08:45Et donc ça passe, encore une fois, un système qui est bien utilisé,
08:48c'est un système qui est finalement à bien organiser son recours
08:52et la formation de différents acteurs pour pouvoir venir voir le spécialiste.
08:58Je rebondis, je me permets, parce que justement, les associations de patients sont là pour ça.
09:04Je représente là la Fédération française de la peau.
09:06Il y a 26 associations de patients dans la Fédération et ça va de tout type, effectivement.
09:13Et vous constatez ce problème de méconnaissance du patient quant à sa propre pathologie ?
09:16Bien sûr, tous les jours.
09:17C'est pour ça qu'on sert à quelque chose, qu'on est complémentaire par rapport au dermatologue.
09:23C'est que le dermatologue a un temps donné et nous, on est là pour rassurer, pour apprendre, faire comprendre,
09:32rassurer,
09:33dire qu'il faut préparer sa consultation, voilà, sensibiliser, faire de la prévention.
09:40Oui, et puis expliquer pourquoi il y a un délai d'attente, qu'est-ce qu'on peut faire en
09:46attendant,
09:47qu'il y ait de la pérédance, qu'il y ait de l'éducation thérapeutique du patient,
09:52expliquer tout ce qu'il y a autour en attendant d'avoir son rendez-vous.
09:57Je vous propose qu'on regarde tout de suite un témoignage.
10:00Qu'est-ce que cette pénurie signifie lorsqu'on est soi-même patient ?
10:04C'était au micro de Caméry Wall.
10:07Pendant mon enfance, mon adolescence, ça allait, j'avais un dermato.
10:10Puis en fait, quand on déménage, on change de ville, là, ça peut devenir compliqué
10:16parce qu'il faut trouver un nouveau dermato qui accepte des nouveaux patients,
10:19ce qui est de plus en plus rare.
10:21Le problème actuellement, c'est qu'il y a des médicaments innovants
10:24qui sont intéressants pour les patients, mais qui ne peuvent être prescrits que par des dermatos.
10:28Donc si on n'en a pas, ça peut être très handicapant.
10:31En moyenne, le délai, c'est 4 à 6 mois, je dirais.
10:36Voilà, ce qui est long, surtout quand on est en crise.
10:39J'ai eu, il y a plusieurs années, une très grosse crise,
10:42vraiment une sévérité que je n'avais jamais connue.
10:46Je n'ai pas réussi à trouver de dermato pour gérer cette crise en urgence.
10:51Donc elle a duré 8 à 10 mois avant que je trouve un dermato.
10:56Tous les traitements classiques ne fonctionnaient pas.
10:58Donc c'est une période où j'ai dû m'arrêter de travailler sur certaines périodes
11:03parce que je ne pouvais plus m'habiller, je ne pouvais plus mettre de chaussures, par exemple.
11:07J'ai dû télétravailler, j'ai dû adapter en tout cas mon travail.
11:12Je ne pouvais plus faire de sport, je sortais très peu
11:16parce qu'aller au cinéma, au théâtre ou dans des soirées,
11:19alors que je me démangeais.
11:21J'étais obligée parfois de devoir enlever des vêtements
11:24pour pouvoir me gratter, par exemple.
11:27Donc ça a été deux ans très compliqués.
11:31Ce qu'on vient d'entendre, c'est le témoignage de Marjolaine,
11:34atteinte d'eczéma atopique.
11:38C'est représentatif de ce que vous entendez au quotidien ?
11:41Bien sûr.
11:41Les gens s'isolent, ils ne sont pas bien.
11:44C'est compliqué.
11:45Tout ce qui est affichant, c'est compliqué.
11:48Donc oui, plus on attend.
11:50Et encore, là elle dit 4 mois, mais il y a des gens, c'est 9 mois de délai.
11:55L'avantage, c'est qu'effectivement, comme disait le docteur,
11:58quand il y a une vraie sévérité,
12:01nous, en tant qu'association de patients,
12:03on insiste pour dire, si vraiment là vous êtes en crise,
12:06n'hésitez pas à demander, à dire que vous pouvez envoyer une photo
12:10et eux vous prendront ou pas,
12:13mais en tout cas, il ne restait pas comme ça.
12:16Oui, qu'est-ce que vous recommandez, docteur,
12:17à une patiente qui, comme elle, connaît des crises très violentes ?
12:21Du coup, pour moi-même, suivre des patients
12:24avec des pathologies inflammatoires comme la dermatite atopique,
12:27contexte où ils sont traités,
12:28où éventuellement ils sont complètement stables,
12:30je n'ai pas forcément besoin de les voir avant un an.
12:32Et donc, je m'appuie en fait avec un médecin généraliste,
12:36et je leur fais une ordonnance, on va dire, pour un an.
12:38Par contre, ils savent, lorsqu'ils ont un problème,
12:40et que ça ne passe pas, alors avec justement un traitement éventuellement de la crise,
12:44parce qu'on leur donne une ordonnance aussi en cas de crise,
12:47comment gérer ?
12:48Ça s'appelle l'éducation thérapeutique.
12:49Dans ces cas-là, ils nous contactent, en fait, nous, dermatologues,
12:53ou alors, ils vont, via leur médecin généraliste,
12:55dans le cas de Marjolaine, il aurait fallu qu'elle aille se faire son médecin généraliste.
12:57Aujourd'hui, le généraliste aurait très bien pu solliciter un dermatologue,
13:01qui n'est pas forcément son correspondant préféré,
13:04mais un dermatologue, via la télédermatologie, encore une fois,
13:07en voie du dossier avec les photos et les éléments, entre guillemets,
13:11du dossier de Marjolaine.
13:12Et en réalité, le dermatologue aurait pu faire lui-même l'ordonnance,
13:15la première, et ensuite convoquer dans un réseau présentiel le patient.
13:19C'est quand même aujourd'hui, il faut quand même insister,
13:22que dans ce contexte d'organisation difficile du soin et du recours,
13:27le numérique nous permet de finalement créer des réseaux
13:30et des ponts entre différents professionnels de santé.
13:32Mais il faut aussi, à côté de la situation du distanciel et de la télémédecine,
13:38c'est-à-dire un diagnostic complètement distanciel,
13:41avoir une filière de soins présentiels.
13:42Qu'on peut penser comme ça, un peu curieux, en tout cas pour nous, mortels,
13:47comme il s'agit de problèmes de peau,
13:49on se dit qu'un rendez-vous en présentiel, c'est sans doute plus pertinent.
13:56Oui et non.
13:58Comme vous l'avez dit, c'est un problème de peau.
13:59Et donc la peau, c'est un organe visible.
14:01Donc finalement, la peau, c'est un des meilleurs organes qui se prête,
14:05notamment à la télémédecine et au fait de faire des photos de la peau.
14:08Mais encore une fois, faut-il pouvoir transmettre à la bonne personne les photos
14:12et avec les bons renseignements cliniques pour que, entre guillemets,
14:14le dermatologue puisse prendre une décision.
14:16Mais dans le cas, on va dire, de Marjolaine,
14:20effectivement, la première chose aurait été de pouvoir consulter, en fait,
14:23un professionnel de santé primaire, médecin généraliste ou autre,
14:27à côté d'elle, pour pouvoir entrer rapidement dans une filière de dermatologue.
14:31Ou alors, elle nous a souligné que dans son cas de figure,
14:34il se trouvait que son médecin était parti à la retraite.
14:37Donc probablement qu'il n'avait pas laissé non plus de possibilité à aller voir un autre collègue.
14:42Nous, nous ne sommes pas la médecine libérale.
14:44Elle ne vous permet pas d'indiquer absolument tel ou tel collègue.
14:46Aujourd'hui, les patients sont libres de choisir.
14:48Et c'est aussi ça que l'on paye par rapport à d'autres systèmes
14:51où finalement les patients, dans des systèmes anglo-saxons ou en Hollande,
14:55où en fait, un patient a un médecin, un médecin est lié à un spécialiste.
15:00On paye ça quelque part en France parce que la liberté de choix de choisir son médecin,
15:03quand on en avait beaucoup dans les années 80, il n'y avait pas de problème.
15:06Aujourd'hui, quand il y en a moins, on voit bien que c'est un vrai sujet de santé publique.
15:10Toute spécialité confondue.
15:12Des patients qui se résignent et qui abandonnent l'idée de se soigner,
15:15c'est quelque chose que vous constatez beaucoup ?
15:16Elles écoutent tout le temps.
15:18Alors tout le temps, c'est pareil.
15:20Il y en a qui s'acharnent et ils veulent vraiment soigner,
15:23ils savent que c'est important.
15:24Tout dépend comment la personne a reçu son diagnostic,
15:27où elle en est dans son parcours.
15:30Et c'est sur globalement tout le territoire, pardon ?
15:32Alors c'est sur tout le territoire, malheureusement.
15:35même en Ile-de-France.
15:39C'est un vrai constat qu'effectivement, il y en a beaucoup qui disent
15:42« puisque c'est comme ça, je vais arrêter de me soigner ».
15:44Et qu'est-ce que ça provoque à terme, c'est les effets psychologiques dont vous parliez ?
15:47Bien sûr. Puis des crises, si la personne est en crise,
15:51après, ça peut être une évolution de la maladie,
15:54mais justement, c'est l'avantage de la télé-expertise.
15:58C'est que s'il y a une grosse crise ou quoi, il y a quand même des solutions.
16:03Après, ça ne résout pas tout.
16:05Ça ne résout pas tout. Il faut que le numérosclusus continue à augmenter,
16:10raisonnablement, mais quand même.
16:13Il ne faut pas laisser ça comme ça.
16:15Il faut, pendant dix ans, essayer de trouver des solutions
16:18où tout le monde se parle, collabore, harmonise,
16:23faire du partenariat en santé.
16:25Toujours une affaire de synergie entre tous les acteurs.
16:28Et on a tous notre rôle à jouer.
16:31On est tous complémentaires.
16:32Nous, on a notre rôle, les médecins ont leur rôle.
16:34Les patients.
16:35Les patients ont leur rôle, le gouvernement, tout le monde.
16:37Mettons tout ça sur la table pour que ça se passe bien
16:40et que les gens se soignent.
16:44Parce que de toute façon, on va payer les peaux cassées à un moment donné
16:46où ça sera pire.
16:48Oui, ça a un coût sanitaire.
16:49Ce qui est intéressant, en fait, avec notamment les innovations thérapeutiques,
16:52parce que la dermatologie, ces dernières années,
16:54a connu des boums thérapeutiques.
16:58Une maladie comme le mélanome auparavant.
17:00Aujourd'hui, en fait, même avec un stade métastatique,
17:03on arrive à la contrôler et voire même à faire régresser les lésions
17:07grâce aux immunothérapies.
17:09Donc, on a vraiment changé la face de la prise en charge dermatologique.
17:12On n'est pas du tout dans un aspect aujourd'hui
17:14où juste on vous regarde et on met juste des crèmes.
17:17Et si je prends une pathologie comme par exemple le vitiligo,
17:19le vitiligo qui est, vous savez, la dépigmentation, en fait,
17:23du coup, de maladies inflammatoires qui dépigmentent, en fait, la peau.
17:26Donc, les gens vont avoir des taches blanches.
17:28Donc, on voit bien que plus vous allez être foncés de peau,
17:30plus ça va se voir et plus ça peut être impactant en termes de contexte,
17:34enfin, je veux dire, esthétique, mais finalement, même social et psychique.
17:39Eh bien, il y a eu en fait une révolution il y a deux ans,
17:42en fait, avec une crème, un traitement topique
17:46qui se mettait, en fait, dans le cadre du traitement du vitiligo.
17:49Et c'est grâce, pour le coup, aux associations de patients,
17:52aux réseaux sociaux, donc c'était plutôt un effet bénéfique,
17:56que les patients, en fait, ont finalement connu un traitement.
18:00Et moi, j'ai vu beaucoup de patients
18:02qui avaient été suivis longtemps par des dermatos,
18:04mais à qui on avait dit, ou des généralistes,
18:07qui leur avaient dit, de manière, vous avez un vitiligo,
18:09vous avez perdu votre coloration de la peau,
18:11il n'y a rien à faire,
18:12il ne faut pas vous mettre au soleil,
18:15on ne peut pas traiter,
18:18et à bien que pourra, vous pouvez me maquiller.
18:20Or, vous voyez bien que même
18:22quand on avait rendez-vous chez un dermato,
18:24si le dermato, entre guillemets,
18:26n'avait pas accès à cette innovation thérapeutique
18:29ou qu'il n'était pas formé,
18:30encore une fois, j'insiste sur ce sujet,
18:31à l'extérieur de la formation, c'est capital,
18:34eh bien, du coup, le patient, lui,
18:37avait reçu, entre guillemets, un mauvais message
18:39ou alors était resté pendant 10 ans,
18:41voilà, à côté de ce mauvais message.
18:43Il nous reste peu de temps,
18:43mais il y a une question qui revient régulièrement
18:45dans le débat public et qu'on ne peut pas,
18:46ne pas évoquer,
18:47on voit parfois sur les plateformes de rendez-vous
18:49des créneaux disponibles rapidement
18:51pour des actes esthétiques,
18:52alors que les consultations médicales
18:55peuvent nécessiter plusieurs mois d'attente.
18:57Daphné, comprenez-vous que les patients
18:59puissent avoir le sentiment
19:01que la dermatologie esthétique
19:02passe avant la dermatologie médicale, parfois ?
19:05Alors, oui, parce que Dr Tolib
19:07le présente comme ça,
19:10c'est effectivement plus rapide
19:12d'avoir un rendez-vous esthétique
19:14qu'un rendez-vous classique.
19:17Par contre, il n'y a pas que Dr Tolib,
19:19donc voilà, il y a des réalités.
19:24Voilà, c'est une réalité,
19:26mais il n'y a pas que l'esthétique,
19:29il n'y a que 10% en fait de dermatologues
19:31qui font l'esthétique.
19:31C'est une réalité sur la plateforme.
19:35Après, comme disait le docteur,
19:36il y a d'autres moyens,
19:37donc il ne faut pas hésiter à appeler
19:40des dermatologues
19:41et essayer d'avoir des créneaux autrement
19:44parce que sinon, ils vont rester bloqués.
19:48Et puis, le nombre de fois
19:49où ils prennent un rendez-vous
19:51pour de l'esthétique en pensant
19:52que le dermatologue va les prendre
19:53et ils sont refoulés,
19:55donc ça donne encore plus du mal.
19:58Donc, c'est un constat,
20:01mais à la fois, il y a des solutions
20:03en appelant, voilà, comment on peut...
20:05Docteur, vous travaillez à l'hôpital,
20:06mais comment est-ce que vous répondez
20:07à cette critique malgré tout ?
20:09Je trouve que c'est un peu injuste
20:10vis-à-vis des dermatologues
20:11parce qu'encore une fois, on l'a dit,
20:12la dimension de la dermatologie,
20:13c'est une spécialité visible.
20:14Donc, en fait, il y a forcément
20:15une dimension esthétique.
20:17Maintenant, la réalité des chiffres,
20:18c'est 5 à 10% seulement des dermatologues
20:20qui font de l'esthétique.
20:20Oui, c'est une part minoritaire finalement.
20:21Et moi, j'interpellerais plus
20:23sur l'esthétique par d'autres spécialistes
20:25parce qu'en réalité,
20:26les généralistes, les ORL,
20:28plein de gens font de l'esthétique
20:29alors que ça ne fait pas partie
20:30du continuum de leur spécialité.
20:31Oui, mais néanmoins,
20:32pourquoi cette impression
20:32est-elle si forte chez les patients ?
20:34Parce que, comme je vous l'ai dit,
20:35les dermatologues qui aujourd'hui
20:36se mettent sur des plateformes
20:38de rendez-vous pour limiter
20:39un phénomène qui s'appelle aussi
20:41le no-show, c'est-à-dire
20:41les patients qui ne viennent pas
20:42à leur rendez-vous, attention,
20:43on parle quand même aussi
20:44d'offres de soins
20:45qui sont parfois proposées
20:46avec des gens qui ne viennent pas
20:47à leur rendez-vous.
20:48Mais ce qui est curieux.
20:53Ce sont des cabinets
20:54dont l'appel, le rappel,
20:55l'envoi de photo
20:56et ça, ça peut complexifier
20:57parfois un peu l'affichage
20:58entre guillemets
20:59de l'offre de soins dermato.
21:01Là où, sur l'esthétique,
21:02des rendez-vous vont être ouverts
21:03et en fait, ils vont être ouverts
21:04mais pourvus ou pas pourvus.
21:05Mais en réalité,
21:07il y a plus de rendez-vous
21:08de dermatologie médicale
21:09que de rendez-vous d'esthétique.
21:11La seule différence,
21:12c'est que finalement,
21:13que les gens ne viennent pas
21:13en esthétique,
21:14c'est moins problématique.
21:15Que les gens ne viennent pas
21:16à leur rendez-vous médicaux,
21:17c'est un problème.
21:18Et donc, du coup,
21:24c'est déjà la fin
21:26de cette séquence.
21:28Merci à toutes les deux,
21:29docteur Tuan-Jiong,
21:31dermatologue et vénérologue.
21:32Et merci à vous,
21:33Daphné Barbedette,
21:34directrice de France Psoriasis.
21:36Merci pour cet éclairage.
21:38On passe tout de suite
21:39à la pépite santé.
21:39Merci.