00:00Cela fait quelques jours, Xavier, que les enseignants, comme les élèves, ont repris le chemin des classes.
00:05Et ce midi, Xavier, vous avez décidé de leur venir en aide, aux uns comme aux autres.
00:10En particulier aux professeurs de lettres qui ont Victor Hugo au programme.
00:14Victor, hein, Hugo, Marie, voilà.
00:16Qui vont tenter d'intéresser leurs étudiants à la prose de ce poète romancier et homme politique.
00:21Pas de chose toujours facile, car la mélancolie des poignantes,
00:25des lamentations, les envolées lyriques de la légende des siècles,
00:27la bourrasque romanesque des misérables, rebute parfois certains élèves.
00:31La langue d'Hugo restant à la fois sublime de beauté déliée, mais aussi d'une emphase
00:35qui, à l'époque des réseaux sociaux et de leur raccourci linguistique,
00:39ont parfois du mal à séduire les moins de 20 ans.
00:46Voilà, cette génération, Hugo, c'est le type qui a signé le livret de la comédie musicale.
00:51Beaucoup plus digeste, selon eux, que les 800 pages du pavé.
00:54Ok, Hugo, c'est beau, mais c'est chiant.
00:57C'est vrai que c'est un vrai sujet.
00:58Comment les inviter à lire Victor Hugo ?
01:00Eh bien, alors conseiller, professeur comme lycéen, d'aller faire un tour du côté des carnets intimes
01:06de l'auteur de L'homme qui rit, publication trop souvent remisée sur le côté,
01:10car l'homme de lettres y consignait des détails matériels et, apparemment,
01:14sans grand intérêt littéraire sur sa vie quotidienne.
01:17Comment ça, apparemment, Xavier ?
01:18Eh oui, parce que les spécialistes ont fini par craquer les codes secrets de Hugo,
01:22dévoilant les véritables contenus de ces journaux intimes.
01:26J'adore !
01:26Et là, du coup, du coup, du coup, sur les plus belles, mais plutôt belles de nuit,
01:34c'est même limite interdit au moins de 18 ans, car quand on le lit entre les lignes,
01:38ça donne plutôt ça.
01:40Je me fais sucer la friandise, je me fais caresser le gardon, je me fais enfeser la chemise,
01:49je me fais picorer le bonbon, je me fais frotter la pinassule, je me fais béliner le joyau,
01:58je me fais remplir le vestibule, je me fais ramener l'arbre ricot.
02:04Donc, sublime Colette Renard dans cette chanson qui, effectivement, a trouvé tous les synonymes possibles
02:11pour désigner l'acte sexuel du côté de la femme.
02:15Ah, c'était ça !
02:16C'est cool que tu expliques !
02:17Merci, je ne l'avais pas.
02:20Il te manque un élément, quoi, dans ton imaginaire.
02:23Donc, désormais, nous allons pouvoir relire Hugo d'un autre œil, plus Salah,
02:26c'est dommage que Daniel ne soit pas là, car le gentil grand-père était aussi un homme lubrique
02:31et pris à pic, bien obsédé par son dessous de ceinture et par celui de ses nombreuses maîtresses et conquêtes.
02:37Mais comme il s'agissait de sauvegarder les sages apparences, et il était quand même parlementaire,
02:42tous ces détails croustillants ne sont pas explicitement énoncés, mais prudemment dissimulés.
02:47Alors, maintenant, on veut les exemples.
02:49Alors, il y a d'abord les très nombreuses conquêtes d'un soir dont l'identité était masculinisée
02:54pour éviter que Juliette Drouet, sa maîtresse en titre, ne découvre les phrases que de son amant.
02:59Pour l'histoire, elle ne fut jamais dupe.
03:01Il faut dire qu'Hugo n'est pas très doué dans l'art de la supercherie.
03:04Sous sa plume, Zoé devient Zolé.
03:07Oui, c'est vrai.
03:08Génial.
03:09Maria est rematisée Maria, mais avec un T.
03:11Ah ben là...
03:13Si oui, il fallait l'auteur de Daniel Morin.
03:15C'est con, ce Victor.
03:16C'est génial.
03:17Taisez-vous, Raphaël Bayon.
03:19En revanche, plus salaces, les allégories érotiques.
03:23La poitrine des femmes est cachée sous le nom de « la Suisse ».
03:27C'est quoi le rapport ?
03:29On va téléphoner à Hugo, mais il n'est pas joignable pour l'instant.
03:32L'emploi des mots « forêt et ravins » sert à désigner le sexe des femmes.
03:36Et l'abréviation « PR » ne signifie nullement « professeur », mais bien « prostituée ».
03:42Et les dépenses qu'occasionnaient toutes ces débauches apparaissent dans les carnets
03:46sous les colonnes homo-religieuses, et dont pour les démunis.
03:51C'est très drôle.
03:53Ces héros qui étaient souvent vierges, mais pas leurs créateurs,
03:55qui comblent de cynisme phallocrate, là quand même, ça va déraper,
03:59défendent son goût pour les très jeunes jeunes filles.
04:01D'un mot d'auteur franchement douteux, je ne suis pas bouquiniste en amour.
04:06On peut huer.
04:08Oui, on n'est pas fiers.
04:10Alors promis, grâce à moi, parce que j'aime bien quand même me flatter un tout petit peu,
04:14vous ne relirez plus Hugo de la même manière.
04:15C'est sûr, c'est certain.
04:16Je vous remercie.
04:17Alors c'était très bien jusqu'au bout, là.
04:19Et puis là, on tombe de...
04:21Ah ben c'est Hugo, moi j'y suis obligé.
04:23Non, non, mais bien sûr.
04:24Et Juliane Rouet, il avait une emprise incroyable sur elle, il l'enfermait.
04:27C'était le sujet d'une pièce avec Julie Depardieu qui s'appelait « La misérable ».
04:29Absolument.
04:30Où elle jouait Juliane Drouet, qui a donc vécu recluse à la disposition de Victor Hugo pendant des années.
04:35Merci.
04:35Merci.