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"Il est éternellement rieur, sympa et souriant" : 30 ans après la mort de Nicolas Bourgat, son père se confie

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Transcription
00:00Le maître de mon fils était un cas, je prononce jamais son nom par principe, mais il était dans la
00:05machine à devenir un délinquant.
00:07Je l'ai croisé une fois, c'est une histoire effroyable.
00:17Il y a 30 ans, jour pour jour, un drame endeuillait la ville de Marseille.
00:21Le 9 septembre 1996, Nicolas, 15 ans, est avec un ami près de la cannebière et mange un sandwich.
00:28Un jeune à la dérive, du même âge que lui, avec déjà un lourd passé judiciaire, le provoque en passant.
00:34Nicolas, qui pratique les arts martiaux, décide de se défendre.
00:37Mais son agresseur dégaine un couteau et l'attaque sans sommation.
00:40J'ai toujours dit, j'aurais bien aimé que mon fils ait la trouille ce jour-là, qu'il ferme
00:44sa gueule, parce qu'il serait vivant.
00:45Le problème, c'est que Nicolas, il mettait des gants avec des champions d'Europe, des champions du monde.
00:49Et là, il s'est dit, je ne vais pas gagner.
00:52Alors il a sorti un couteau et il lui a fait le tchik tchik, pof.
00:56C'est imparable, c'est-à-dire, à moins d'être un escrimeur de bon niveau.
00:59Et malheureusement, c'est tombé en plein plaie du cœur.
01:02Sa dernière fois, c'est appeler mon père, appeler mon père, et puis il est mort.
01:06Son père, Michel, médecin à la Belle de Mai, est dévasté.
01:09Et le drame trouve un écho dans tout Marseille.
01:12Comment un jeune de 15 ans peut-il mourir dans la rue, pour un motif aussi futile ?
01:16Le jour de l'enterrement, il y a eu 10 000 personnes.
01:20C'était incroyable.
01:21Alors la ville est venue, j'ai été totalement prise en charge.
01:25Il y avait déjà une récupération politique très lepénienne, que j'ai refusée, parce qu'elle était mal orientée pour
01:33moi.
01:34Surtout que ma clientèle à moi, c'est des gens qui sont souvent des gens du Maghreb, des gens de
01:40l'immigration.
01:42Il ne faut pas être médecin sans aimer les gens.
01:43Le docteur vouera la suite de sa vie à essayer de comprendre et combattre la délinquance juvénile, comment stopper la
01:49spirale de la violence.
01:50Il deviendra l'adjoint de Jean-Claude Godin, notamment à la prévention contre la délinquance, et à la lutte contre
01:55l'exclusion, et écrira plusieurs livres.
01:57C'est-à-dire quand vous avez un gamin qui est passé 17 fois devant le juge, qui est toujours
02:02dans la rue,
02:03que tout le monde connaît comme une espèce de grenade dégoupillée qui peut exploser à chaque instant,
02:08il faut dépister ces gens-là le plus tôt possible pour en sortir le maximum.
02:12Peut-être qu'on en ratera un ou deux, mais sur dix, on en remet sur les rails quelques-uns.
02:18Le meurtrier de Nicolas écopera de dix ans de prison et s'enfoncera dans la délinquance.
02:23Il croisera plus tard et cherchera à parler au médecin à qui il a enlevé le fils.
02:27Un jour, avec mon épouse, on était à l'opéra, on mangeait à un petit resto italien qui n'était
02:33pas loin,
02:34et je vois un gars plus grand qui s'approche de moi, très poliment, bien habillé,
02:39qui me dit « Monsieur Bourga, vous ne me reconnaissez pas ? »
02:41Sur le moment, non, puis d'un coup, les yeux.
02:43Moi, je regardais quand on fait du côté de la boxe, on regarde toujours les yeux.
02:46Je dis « Oui, ici, je vois qui vous êtes, mais je ne veux pas vous parler. »
02:48Écoutez, moi, je ne pourrais jamais vous pardonner, c'est infaisable.
02:51J'ai travaillé beaucoup sur le pardon.
02:54Mais ce que je souhaite, c'est que vous deveniez un type correct pour la société et pour les autres.
02:57Voilà, et je suis parti.
02:59Bon, ça, c'est arrêté.
03:00Je lui ai expliqué que le pardon, ça ne se demande pas comme ça.
03:03Aujourd'hui, Michel Bourga mène une vie paisible dans sa maison des Hautes-Alpes,
03:07où il soigne encore ses voisins gratuitement.
03:09Il y passe quasiment toute l'année quand il n'est pas à Marseille,
03:12et pense tous les jours à son fils disparu,
03:14avec la résilience qui caractérise cet éternel optimiste
03:16qui n'a jamais perdu foi en l'humanité.
03:18Il est comme s'il n'était pas mort.
03:20Je suis tout le temps, et il est tout le temps là.
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