00:00Bonjour Tom Michel, vous êtes donc l'avocat de Greg Guillotin, merci beaucoup d'avoir répondu à notre invitation.
00:05Alors on parle chez votre client quand même, on l'a bien compris, d'un homme qui reconnaît en bloc,
00:09qui ne nie rien, qui s'excuse même, c'est assez rare pour être souligné.
00:13Tout de suite vous l'avez senti sincère et dans un mea culpa total, racontez-nous comment c'est venu
00:18tout ça.
00:19Écoutez, c'est un mea culpa sincère et total, d'autant plus qu'il est précédent à ce message.
00:25Ça veut dire que M. Guillotin nous l'a rencontré il y a quelques semaines, avant même que l'affaire
00:30éclate,
00:31et il avait déjà cette volonté.
00:33Et il l'a eu auprès de son ex-compagne aussi ?
00:35Il l'a eu auprès de son ex-compagne, il a eu au prix de tout le monde.
00:37C'est quelqu'un, et c'est tout à fait iconoclaste en tant qu'avocat, de rencontrer ce genre de
00:42client
00:42qui aurait pu même aller se dénoncer, avant même qu'il y ait la moindre plainte.
00:46Iconoclaste, c'est-à-dire c'est rarissime vous voulez dire ?
00:48C'est rarissime, c'est quelqu'un qui a entamé un travail extrêmement important depuis des longs mois,
00:53qui est suivi par plusieurs professionnels.
00:55C'est quelqu'un aussi, et c'est pour ça qu'on vient aussi honorer votre invitation,
00:59il ne veut pas se placer au centre du jeu.
01:02Se communiquer, c'est aussi reconnaître le statut de victime de sa précédente compagne,
01:07c'est aussi peut-être d'une certaine manière lui faciliter les choses après les actions qu'il a posées
01:13sur lui,
01:13c'est aussi, si vous voulez, reconnaître ce qu'il a fait,
01:16à savoir des violences ponctuelles sur une relation de cette année.
01:19Sans en tirer aucune, j'allais dire gloire, c'est pas le mot, mais enfin, aucune circonstance atténuante au-dessus
01:25du public.
01:26Soyez très clair, M. Guillotin, dans le secret de mon cabinet, mais aussi publiquement,
01:30il ne se reconnaît aucune circonstance atténuante.
01:33Il y a bien sûr des explications sur pourquoi un homme peut arriver à des violences conjugales.
01:37Il y a des expériences, il y a un passé...
01:40Je ne suis pas sûre que c'est la manière de le formuler, mais enfin bon, j'entends ce que
01:43vous voulez dire,
01:43mais enfin bon, dit comme ça, c'est compliqué à entendre.
01:45Sur les raisons qui, il n'y a pas de raison en fait.
01:47Il n'y a strictement aucune raison, c'est justement son positionnement.
01:50Je suis obligé de vous reprendre sur la formule.
01:52La formule, c'est de dire qu'un jour peut-être il y aura un procès,
01:55un jour peut-être il y aura une procédure, et il s'expliquera.
01:58Alors qu'est-ce qu'il vous dit aujourd'hui, et comment il se sent déjà ? Racontez-nous un
02:01peu.
02:01Mais écoutez, la première chose, c'est comment se sent la plaignante et la victime.
02:04Ça, c'est la première chose à laquelle il pense,
02:07c'est la première chose qui est dans son esprit.
02:10Lui, comment il se sent, vous vous doutez bien.
02:12Ça fait des mois qu'il se sent mal.
02:14Ça fait des mois qu'il n'arrive plus à avancer,
02:17et qu'il a besoin de se faire accompagner par des professionnels.
02:19Donc évidemment qu'il se sent mal.
02:21Il a honte, il le dit, il l'écrit,
02:24et il a décidé justement de ne pas prendre la parole
02:27pour ne pas polluer cette procédure.
02:29Donc en fait, c'est un homme qui est en pleine conscience aujourd'hui.
02:31Évidemment, ça ne présage pas de la suite judiciaire.
02:34Il accepte aussi de payer pour ses actes.
02:36Il ne fait pas ça juste pour se dédouaner ou minimiser l'issue, rassurez-nous.
02:40Mais si vous voulez, qu'est-ce que ça minimise de reconnaître publiquement les faits ?
02:45C'est suffisamment rare dans les tribunaux,
02:48que ce soit des personnalités publiques ou alors des gens plus classiques,
02:50que quelqu'un admette les faits, que quelqu'un avoue sa participation,
02:55qu'il n'y a aucune minimisation, bien au contraire.
02:59On ne dit pas qu'il est courageux.
03:00Ce n'est pas courageux, c'est sa volonté.
03:02Vous savez, quand vous êtes avocat, et il y en a une autre sur le plateau,
03:05vous accompagnez vos clients, vous les conseillez,
03:07mais il y a aussi la volonté du client, la volonté de la personne.
03:10La volonté, c'est d'assumer.
03:11Un mot sur le fait qu'il ait vu un psy, c'est même antérieur à toute l'histoire.
03:15Ça veut dire qu'il avait pris conscience de la gravité de ce qu'il avait fait
03:18avant même que l'histoire soit soldée ou qu'elle soit portée sur le plan judiciaire.
03:22Mais avant même que l'histoire d'amour soit terminée.
03:25C'est quelqu'un qui avait conscience de ces problématiques,
03:28qui sont une nouvelle fois, et je le répète, c'est important,
03:30on a l'impression que c'était tous les jours sur cette année.
03:32C'est faux, c'était ponctuel.
03:34Et répété malgré tout.
03:35C'était des violences ponctuelles et répétées.
03:37Mais bien sûr, mais l'idée est d'assumer tout ce qu'il a fait.
03:39J'allais rebondir.
03:40Allez-y, maître Tomazini.
03:41Il y a quand même une difficulté.
03:42J'entends vous parler de violences ponctuelles.
03:45Pas du tout.
03:46Ce sont des violences dites habituelles.
03:49C'est exactement l'expression légale adaptée,
03:53puisque ce sont des violences qui ont perduré de 2019 jusqu'à 2026.
03:58Des violences psychologiques, des violences physiques,
04:01un contrôle coercitif avec des caméras de surveillance.
04:04Donc, il ne faut pas minimiser l'effet.
04:08Alors, j'entends...
04:08Excusez-moi, parce que je vais être très clair.
04:10Laissez la finir, juste parce que j'ai son dégagement,
04:12pour que vous compreniez vraiment.
04:14Alors, écoutez, moi, j'entends la sincérité de votre client
04:18et je souligne qu'effectivement, il est extrêmement rare
04:22que des présumés auteurs, voire des auteurs,
04:25reconnaissent les faits d'une manière générale,
04:28puisque devant les tribunaux correctionnels,
04:30et j'y suis régulièrement, on a très peu d'auteurs qui reconnaissent.
04:34Ils sont dans la négation, ou alors ils inversent les rôles
04:38et prétendent qu'il y a des violences réciproques
04:41et que même la victime est violente.
04:43Donc, très bien en ce qui concerne votre client,
04:47je reconnais que c'est bénéfique pour la victime,
04:50parce qu'une victime, avant tout, elle est là pour être reconnue victime,
04:55elle est là pour entendre les excuses,
04:57elle est là pour entendre la remise en question de l'auteur
05:00et surtout remise en question vis-à-vis des autres femmes potentielles.
05:05Maître Michel, non mais...
05:07J'aimerais juste corriger quelque chose, c'est très important.
05:09La première chose, c'est un dossier qui est pour l'instant un dossier de presse.
05:12Il y a des choses qui sont admises et qui ont été évoquées dans le communiqué,
05:16par exemple tout ce qui concerne les caméras,
05:18elles sont tout à fait contestées.
05:19M. Guetta, il y a mis des caméras comme plein d'autres Français,
05:22non pas pour surveiller sa compagne.
05:24Pourquoi vous dites que c'est un dossier de presse ?
05:25Parce que c'est un dossier judiciaire.
05:26Parce que la plainte a été déposée.
05:27La plainte a été déposée.
05:28Mais si vous voulez, nous n'avons pas, personne ici,
05:31moi-même, n'avons pas ce qu'il y a dans la procédure.
05:33Non mais c'est dommage, vous n'avez rien sur les éléments de la procédure.
05:35Mais confrère, face aux arguments de l'autre côté de la barre,
05:38effectivement, vous prétendez que ces caméras ont été installées
05:42pour contrôler un artisan ou je ne sais quoi,
05:44il y avait des travaux éventuellement dans la maison,
05:46mais quoi qu'il en soit, les caméras subsistaient après coup.
05:51Donc après, c'est votre argument.
05:53Mais si vous voulez, j'ai tellement l'habitude de ce type d'argument dans les dossiers
05:56que je me permets effectivement de dire,
05:59attention, ce n'est pas des violences ponctuelles
06:02où il a donné une gifle ou un coup de pied, non.
06:05Ce sont des violences habituelles.
06:06Vous n'en savez rien, vous n'avez pas accès à la procédure.
06:09Ce que je voudrais dire quand même, c'est que vous parlez de sincérité de votre client.
06:12Moi, je parle de stratégie aussi de défense.
06:16Pourquoi ça peut payer ?
06:17Parce que les tribunaux entendent aussi cette remise en question,
06:22le fait qu'il ait également été suivi antérieurement à la procédure
06:28et pendant la procédure,
06:29et ça va automatiquement entraîner des circonstances atténuantes,
06:33donc une peine moins élevée, moins sévère,
06:36et médiatiquement très intéressante,
06:39c'est qu'il reprend la main,
06:41il paralyse l'effet de sidération,
06:44et en prenant la main, il devient moins coupable.
06:47Vous venez de dire, pardon Maître Thomas,
06:48je suis obligée de vous couper un petit peu,
06:50vous venez de dire par la même occasion
06:51que quand même s'excuser, c'est ce qu'il y a de plus important pour la victime.
06:54Donc on ne va pas lui reprocher non plus tout,
06:56alors qu'il est dans une procédure de médecin de marques.
06:58On ne va pas non plus se constaterner par sa notaire,
07:01là pour le court reconnaissance.
07:04Il faut aussi qu'on puisse parler et discuter.
07:07Il ne faut pas tout voir sur le ton et sur le temps de la stratégie.
07:11Il faut arrêter ces stratégies.
07:12S'il est stratégique, M. Guillotin, il fait comme toutes les personnes.
07:15Elle vous le dit elle-même d'ailleurs.
07:16Elle attend des excuses, la cliente.
07:18Bien sûr, et même, je veux dire,
07:19publiquement pour son public, il dit, ce n'est pas vrai.
07:21Il dit, cela doit être nuancé.
07:23Ça serait simple, stratégie.
07:24Juste un dernier mot.
07:25En France, je me permets d'insister là-dessus,
07:27parce que ça me paraît être une dimension très importante quand même.
07:30Ce n'est pas la norme.
07:31On l'a vu dans des affaires retentissantes très récentes chez les personnalités publiques.
07:35Aux États-Unis, en revanche, faire l'inverse,
07:37faire ce que font la plupart des Français,
07:39ce serait signer à la fin de votre carrière.
07:41Vous trouvez la démarche intéressante aussi de ce point de vue-là ?
07:44Mais c'est une démarche intéressante qui est peut-être même sociétale.
07:48On peut aussi imaginer que le cas de M. Guillotin,
07:52les délits qu'il aurait commis, la manière dont il communique,
07:55peut aussi, d'une certaine manière, non pas inspirer,
07:58mais retenir l'attention d'un certain nombre d'auteurs.
08:01Le psychiatre Stéphane Clerger, je veux avoir votre avis, c'est important aussi.
08:03J'imagine que vous avez eu des affaires similaires dans vos cabinets.
08:07Comment c'est une thérapie en pleine tempête ? C'est rare.
08:10C'est en tout cas différent quand les gens demandent à venir spontanément
08:14pour traiter leur violence, leur impulsivité, leur jalousie
08:17ou leur prise de cocaïne ou d'alcool qui favorisent ces violences.
08:20Et des gens qu'on reçoit sur injonction judiciaire, parce qu'ils sont obligés.
08:24Et quand les personnes sont dans le déni, on ne peut pas faire de travail.
08:27Et là, le fait de reconnaître les faits, la moitié du travail est déjà fait.
08:31Et on peut imaginer d'ailleurs que le travail qui a précédé la reconnaissance
08:37lui a permis aussi, ce travail psychothérapeutique, de reconnaître les faits.
08:42Maintenant, on parlait des raisons, entre guillemets.
08:46Moi, je pense que c'est important aussi d'en parler dans le cadre d'un procès,
08:50pas des raisons avec son épouse, mais des raisons antérieures.
08:53C'est-à-dire qu'il faut aussi qu'il y ait un travail de prévention
08:56contre les violences conjugales.
08:58Il faut évidemment les condamner, les dénoncer, mais aussi les prévenir.
09:01Et comment les prévenir ?
09:02Ça commence dès l'enfance.
09:03C'est-à-dire que dès l'enfance, il faut que l'enfant grandisse dans un climat serein.
09:07C'est-à-dire que la violence familiale favorise aussi la violence conjugale.
09:12Mais également aussi le fait qu'on éduque l'enfant sans aucune frustration aussi.
09:18Ça, ce n'est pas non plus positif.
09:19Ça fait sinon des adultes qui s'autorisent tout et qui se permettent tout.
09:24Donc oui, c'est important aussi de travailler sur la prévention.
09:26Merci beaucoup, Maître Michel.
09:28Merci énormément d'être venu porter la voix de votre client aujourd'hui,
09:32de nous avoir un peu éclairé.
09:33Vous viendrez nous parler de la suite de l'affaire.
09:35J'ai pas...