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Michel Barnier, ancien Premier ministre, nommé ministre pour la première fois dans le gouvernement d'Édouard Balladur, rend hommage à l'ancien chef du gouvernement. Il se souvient d'un "homme qui avait une grande rigueur intellectuelle, toujours ponctuel, très ponctuel". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mardi-01-septembre-2026-5285644

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Transcription
00:00Et c'est l'heure de votre rendez-vous, Benjamin Duhamel, vous recevez un ancien Premier Ministre.
00:05Bonjour Michel Barnier.
00:06Bonjour Alain Duhamel.
00:07Pas Alain Duhamel, Benjamin Duhamel.
00:09Bonjour Monsieur Duhamel et bonjour à vous tous et surtout aux parents, aux enfants, aux enseignants qui font leur rentrer
00:16aujourd'hui.
00:17Bien, voilà, le message est passé. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:21Au lendemain de la mort d'Edouard Balladur à 97 ans, ancien Premier Ministre.
00:24Qui vous a nommé ministre pour la première fois de votre carrière ?
00:28Vous étiez chargé de l'environnement dans son gouvernement entre 1993 et 1995, au crépuscule du deuxième septennat de François
00:34Mitterrand.
00:35Quel souvenir pour commencer, Michel Barnier ? Est-ce que vous gardez de lui ?
00:38Est-ce que c'est le gaulliste libéral, l'homme d'État sans doute plus adapté à l'exercice du
00:43pouvoir qu'à la conquête ?
00:45Oui, cela a été dit tout à l'heure.
00:47À juste titre, il était moins fait pour plaire et faire des campagnes et du populisme que pour gouverner.
00:56Moi, je garde le souvenir, pas de nostalgie, mais de grand souvenir d'un homme d'État, d'un homme
01:00qui avait une grande rigueur intellectuelle, toujours ponctuelle, très ponctuelle.
01:07Il allait mieux arriver au conseil des ministres à l'heure et même aux réunions à Matignon à l'heure.
01:12Il était aussi un homme de dignité.
01:15J'ai beaucoup de souvenirs de la dignité qui était la scène, parfois peut-être excessive au point d'être
01:20ennuyeux, comme cela a été dit, ou trop sérieux.
01:23Mais moi, je pense que les Français, la dignité et le respect faisaient partie de son ADN.
01:29Vous parlez de dignité, de respect et de la façon dont il se comportait en Conseil des ministres.
01:33Il s'avère que pour préparer cet entretien, j'ai relu une partie de votre dernier livre où vous racontez
01:38une scène qui dit beaucoup de la façon dont Édouard Balladur concevait l'exercice de la politique.
01:42On est vers la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, qui est très malade.
01:47François Mitterrand fait un malaise en Conseil des ministres.
01:49Vous êtes autour de la table et à ce moment-là, comment réagit-il ? Que se passe-t-il
01:53?
01:53Ça dit beaucoup de la façon dont il concevait l'exercice de l'État.
01:55Oui, la dignité, le respect des institutions, de ceux qui les incarnent, le respect du chef de l'État.
02:00François Mitterrand était malade, tout le monde le savait, nous le savions.
02:03Le Conseil des ministres d'ailleurs commençait toujours très en retard.
02:06Et au milieu de ce Conseil des ministres, c'était en avril ou mai 95, il a un malaise.
02:12Un vrai malaise.
02:13Et c'était Charles Pasquois qui faisait une communication en tant que ministre de l'Intérieur.
02:18Et le Premier ministre a demandé à Pasquois de continuer à parler, le temps que le président reprenne ses esprits.
02:23Le secrétaire général lui a apporté quelque chose pour qu'il se rétablisse.
02:29Et surtout, personne ne l'a su.
02:32On y est, on a une trentaine, 35 ministres de droite ou du centre autour de la table.
02:36Mitterrand était tout seul, si je puis dire.
02:38Et pourquoi personne n'a su que François Mitterrand avait fait un malaise ?
02:41Parce qu'Édouard Balladur vous avait dit...
02:42Parce que nous avons tous spontanément, et à la demande du Premier ministre, dit que...
02:48Que ça ne sortirait pas du Conseil des ministres.
02:51Il fallait respecter le président de la République et nous l'avons respecté.
02:55Et ça nous est tout d'Édouard Balladur, aussi du sens de l'État.
02:59Voilà, une scène difficile à imaginer, évidemment, aujourd'hui.
03:03Patrick le disait, Édouard Balladur, c'est aussi la rivalité historique shakespearienne avec Jacques Chirac.
03:08En 1995, c'est assez singulier, puisque vous n'êtes pas beaucoup dans cette situation.
03:12Vous soutenez Édouard Balladur à l'élection présidentielle, puisque vous êtes son ministre.
03:16Ce qui ne vous empêche pas d'être repêché quelques mois plus tard par Jacques Chirac,
03:20qui vous renomme au gouvernement.
03:23Comment est-ce qu'on réussit, quand on est homme politique comme vous,
03:27qui soutient Édouard Balladur, à être sauvé par Jacques Chirac ?
03:31Vous étiez tout à la fois balladurien et chiracien.
03:33Non, je n'étais pas très chiracien à l'époque.
03:35J'appartenais à une filiation politique chabant, balladur, plutôt européenne, décentralisatrice, progressiste.
03:45Et c'est ça qui m'a conduit à soutenir un homme qui était dans mon parti.
03:48Comme Jacques Chirac, je n'ai pas trahi.
03:50D'ailleurs, Chirac me l'a dit quelques mois plus tard.
03:52« Je t'ai renommé ministre parce que tu ne l'as pas trahi. »
03:56Et donc, je n'ai pas eu de problème.
03:58Ils étaient tous les deux.
03:58C'est une époque assez différente d'aujourd'hui,
04:01où les primaires avaient lieu devant les Français et avec les Français dans le même parti.
04:06Est-ce que c'est vraiment si différent d'aujourd'hui,
04:08quand on voit les haines recuites qu'il continue d'y avoir à droite ?
04:12Quand on continue aussi, et là encore, je continue de citer l'édito de Patrick Cohen,
04:16sur cette leçon politique qui est que le gagnant d'une élection présidentielle,
04:21un an avant ou quelques mois dans les sondages,
04:23ne fait pas forcément celui qui passe la ligne d'arrivée en premier.
04:26Est-ce que ça, d'une certaine manière, c'est un espoir pour vous
04:29qui soutenez un candidat Bruno Retailleau,
04:30qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'est pas forcément en dynamique dans les sondages ?
04:33M. Demel, c'est en effet une leçon utile pour les mois qui viennent.
04:37Et je recommande à tous les candidats de ne pas trop se fier aux sondages.
04:41Parce qu'un sondage d'aujourd'hui, le 1er septembre, ne sera surtout pas,
04:45et certainement pas, le même sondage au mois de février ou mars.
04:49Donc, il faut garder son sang froid.
04:51Évitez les petites phrases, les polémiques, l'agressivité.
04:56Parce qu'il faudra que tout le monde se retrouve et se rassemble.
04:58Tous ceux qui sont candidats aujourd'hui devront travailler ensemble,
05:01comme ils ont travaillé ensemble, d'ailleurs, dans le gouvernement
05:03que j'ai eu l'honneur de diriger il y a deux ans, pendant une brève période.
05:07Oui, si malgré tout, Michel Barnier, on se projette sur la suite,
05:11et notamment votre soutien à Bruno Retailleau,
05:13puisque c'est le candidat de votre famille politique,
05:15vous avez écrit dans les colonnes de la Tribune dimanche cet été
05:19que vous le souteniez, mais vous appelez à un rassemblement au mois de novembre
05:22pour qu'il n'y ait qu'un seul candidat de la droite et du centre.
05:25Franchement, on a connu plus enthousiastes comme soutien,
05:28puisque quand on regarde les sondages,
05:29Edouard Philippe est très nettement devant Bruno Retailleau.
05:32Ce n'est pas excessivement sympathique pour Bruno Retailleau
05:34d'appeler à un rassemblement au mois de novembre.
05:35Et pourquoi le rassemblement ne se ferait-il pas autour de lui ?
05:38Parce qu'il est 10 points derrière Edouard Philippe.
05:40Ce n'est pas, je le soutiens, mais non, ce n'est pas ça que j'ai dit.
05:42Je le soutiens et je pense que pour gagner,
05:46Bruno Retailleau doit rassembler, il va rassembler,
05:49il va élargir sa base et son discours.
05:51Et je pense qu'il est capable de rassembler.
05:53Pourquoi est-ce que ça ne marche pas pour l'instant ?
05:55Attendez, on vient de parler des sondages et de la prudence.
05:58Un peu plus prudents aussi, vous-même, sur les sondages
06:01et pas trop impatients.
06:03Vous savez, il y a beaucoup de temps qui va se dérouler
06:06dans les huit mois qui viennent et qui peuvent changer les choses.
06:10Edouard Balladur, dont nous parlions, disait,
06:12je crois, il y a quelques années,
06:15je recommande que la droite soit claire
06:17et ferme dans ses convictions et dans ses valeurs,
06:21le corpus de valeurs que sont la liberté, la sécurité, la nation.
06:25J'ajouterais l'Europe aussi, parce que je pense depuis longtemps
06:28qu'on a besoin des nations pour combattre le nationalisme
06:31et puis, naturellement, le travail et la famille.
06:36Il faut que toutes ces valeurs soient au cœur du projet politique
06:40et c'est le cas du projet que présente Bruno Rotaillot.
06:42Michel Barnier, on a entendu ces derniers jours et ces dernières semaines
06:45fleurir de nouveau des appels à ce qu'il y ait une primaire
06:47qui soit organisée à droite.
06:49On a entendu le maire de Cannes, David Lissnard,
06:52l'appeler de ses voeux, le centriste Hervé Morin,
06:54Laurent Wauquiez qui, un temps, avait arrêté d'en parler,
06:57décide d'en reparler de nouveau.
06:59Est-ce qu'il est encore temps d'organiser une primaire
07:02pour départager cet espace et pour qu'il n'y ait qu'un seul candidat ?
07:06Moi, j'aurais souhaité ce processus de sélection,
07:10de départage, il y a quelques mois.
07:11On n'a pas été capable.
07:12Chacun des candidats dans son couloir est parti.
07:15D'ailleurs, tous les candidats sont chefs de parti,
07:16comme vous le constatez actuellement,
07:18et chacun derrière son drapeau.
07:20Je ne vois pas comment matériellement,
07:22on peut organiser une primaire dans le temps assez bref
07:25qui est devant nous, mais si c'est possible, pourquoi pas ?
07:27Je pense qu'il faudra que Bruno Rotaillot y participe.
07:30Il y a d'autres formules pour départager.
07:33Par exemple, cette idée d'un conclave réunissant.
07:36Réunissant tous les parlementaires
07:38qui signeraient la même charte politique
07:41et l'engagement de soutenir un seul candidat.
07:44Parlementaires, grands élus, maires,
07:46présents de départements ou de régions.
07:47Donc l'idée d'un conclave, comme quand on élit le pape.
07:50Oui, enfin, les comparaisons sont difficiles dans ce domaine,
07:53mais c'est un peu ce que je veux dire.
07:55Les élus qui...
07:56Vous savez, il y a une grande colère qui monte dans le pays actuellement
07:59pour l'unité, contre les divisions.
08:02Donc il faut que les candidats fassent attention à ça.
08:04Un tout dernier mot, Michel Barnier.
08:05Dans tous les articles de presse qu'il a encore fleuri,
08:07sur ceux qui se voient comme un potentiel recours,
08:09vous êtes souvent cité.
08:11À ceux qui vous prêtent ces ambitions,
08:13est-ce que vous leur dites, je vous demande de vous arrêter,
08:15ou au contraire, vous n'avez pas tort ?
08:17Non, je dis que je ne suis pas candidat.
08:20Voilà.
08:20Pour l'instant.
08:21Si je l'étais, je vous le dirais, je ne suis pas candidat.
08:23Et vous viendrez l'annoncer sur France Inter.
08:24Et je ne suis pas candidat,
08:26et je veux travailler à l'unité,
08:28parce que notre pays doit éviter
08:31le duel
08:32entre deux candidats nationalistes
08:35et populistes,
08:36qui font de la démagogie,
08:37et qui trompent les Français,
08:38donc de l'extrême droite et de l'extrême gauche.
08:40Merci Michel Barnier, ancien Premier ministre,
08:42d'être venu ce matin sur France Inter.
08:43Et merci Benjamin Diemel,
08:44on se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.
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