00:00Il y a cette question autour de la tournée officiellement maintenue de Patrick Bruel et de plus en plus de
00:07maires qui disent qu'ils souhaiteraient une interdiction,
00:09qu'il n'y arrive pas forcément, la question aussi du gouvernement qui s'en mêle puisque par la voix
00:13d'Aurore Berger, elle le dit,
00:16les conditions ne sont pas réunies pour que les concerts de Patrick Bruel puissent se tenir.
00:23Pour autant, qu'est-ce qu'on fait une fois qu'on a dit ça ?
00:26Aurore Berger qui dit donc les conditions ne sont pas réunies mais techniquement un certain nombre de maires se retrouvent
00:31tiraillés entre la réalité juridique et leur souhait.
00:37Frédéric Fauvet est en direct avec nous, maire d'Amiens. Bonjour monsieur le maire, c'est votre premier mandat.
00:42Vous avez été élu lors des dernières élections municipales et votre position c'est que vous condamnez la venue de
00:50Patrick Bruel.
00:50Pour autant, allez-vous, pouvez-vous interdire sa venue ?
00:54Non, techniquement, matériellement, financièrement, je ne peux pas effectivement prendre le risque d'interdire les concerts puisqu'il y en
01:03a trois chez nous.
01:04Il s'agit d'une posture morale, vous l'avez bien compris, politique, mais aujourd'hui on est un peu
01:09désarmé pour prendre des initiatives de ce type.
01:13Il y aurait des troubles à l'ordre public en coordination avec le préfet, on pourrait effectivement agir et interdire
01:20le concert.
01:21En l'état, je ne peux pas le faire. C'est pour ça qu'on demande aux législateurs, aux députés,
01:27peut-être de faire évoluer la loi pour qu'on ait des outils
01:31qui, lorsqu'il y a des violences sexuelles, sexistes, des atteintes graves aux discriminations,
01:38on puisse faire figurer des clauses qui nous permettraient d'annuler ou de reporter les manifestations prévues.
01:44– Frédéric Fauvet, on va essayer de comprendre bien ce que vous dites, mais ça veut dire qu'en réalité,
01:50aujourd'hui, vous n'avez aucun moyen juridique.
01:53Si vous aviez Patrick Bruel devant vous, vous lui diriez quoi, là ?
01:56– Il a une liberté, Patrick Bruel, que je n'ai pas. Il peut, lui, décider unilatéralement d'annuler son
02:04concert sans grosses conséquences.
02:06Je n'ai pas cette liberté. Je ne vais pas me transformer, moi, en juge ou en censeur.
02:10La présomption d'innocence existe et j'y suis attaché.
02:13Donc je ne peux effectivement que lui dire à la fois qu'il n'est pas le bienvenu et qu
02:17'on souhaiterait effectivement qu'il annule.
02:19Je n'ai pas d'outil coercitif pour rompre le contrat, sauf à m'exposer à des conséquences, notamment pécuniaires,
02:30financières, très importantes.
02:32Ce n'est pas le cas. S'il y avait, par exemple, un décor ou des atteintes révisionnistes, racistes, etc.,
02:39on a aujourd'hui la possibilité de faire figurer dans les clauses des contrats qui sont signés avec les tourneurs,
02:44avec les artistes,
02:45des outils qui nous permettent aujourd'hui d'envisager l'animation.
02:49Ça n'est pas le cas pour les violences sexuelles et sexistes.
02:53Géraldine.
02:54Pardonnez-moi, M. Fauvet, mais j'entends une contradiction énorme dans votre discours.
02:59À la fois, vous dites, il y a la présomption d'innocence.
03:02On comprend que c'est un élément de langage puisque vous vous asseyez dessus
03:06et vous réclamez le droit à vous faire justice vous-même, finalement.
03:10Non, je demande...
03:11Vous dites, la justice, c'est moi. Il n'a pas été jugé.
03:14Il n'y a pas de... Mais je décide qu'il ne peut pas se produire parce que j'ai
03:20mes convictions.
03:20Je suis la justice.
03:23Absolument pas. Je vous dis le contraire.
03:24Moi, je recommande, je demande, j'incite, je conseille.
03:27Je ne peux pas décider et je ne souhaite pas décider.
03:30Aujourd'hui, moi, j'applique la loi.
03:31Et comme la loi ne me permet pas, effectivement, d'interdire,
03:34j'invite le législateur, j'invite ceux qui écrivent la loi à la faire évoluer
03:38pour que ces considérations puissent effectivement...
03:43Mais dans quel sens ?
03:44Vous voulez qu'on écrive dans la loi que la justice n'existe plus ?
03:48Je ne comprends pas.
03:49Non, non. Je souhaite, effectivement, qu'on inscrit dans la loi
03:52que lorsqu'il y a des considérations, des atteintes en matière de violence sexiste, sexuelle
03:57et même de discrimination avérée,
04:01on puisse, effectivement, soumettre les contrats qui sont signés à des clauses
04:04qui nous permettent d'annuler ou de reporter ces manifestations.
04:08C'est déjà un cas pour d'autres raisons.
04:11Allez-y, j'ai rien dit.
04:12Vous n'êtes pas avéré, vous dites qu'on s'est avéré.
04:14Mais là, justement, ce n'est pas jugé.
04:16Donc, vous ne pouvez pas dire que c'est avéré.
04:18On est au stade de l'enquête.
04:19Vous n'en savez rien.
04:20C'est très choquant ce que vous dites, monsieur le maire.
04:22Non, non.
04:23Ce n'est absolument pas choquant.
04:24Encore une fois, je ne me transforme pas en juge et en censeur.
04:28Je laisse le législateur réfléchir pour qu'effectivement,
04:31lorsque ces considérations peuvent troubler,
04:33stocker les habitantes et les habitants,
04:36on puisse avoir des outils pour réagir.
04:38Aujourd'hui, je ne peux rien faire, si ce n'est, effectivement,
04:41me désoler, soutenir les victimes qui, dans cette affaire,
04:44effectivement, sont les dernières auxquelles on pense.
04:48Elles ont eu le courage de témoigner, de prendre la parole.
04:50Et on aurait effectivement ce type de manifestation
04:54qui continue à se dérouler sans difficulté.
04:57Vous avez évoqué, monsieur le maire, le trouble à l'ordre public.
05:01Juridiquement, ça fonctionne comment, ça ?
05:02Le risque du trouble à l'ordre public, il y a des critères.
05:04La moralité en fait partie, la sécurité, la tranquillité.
05:07Et la moralité, on est en plein dans le débat.
05:09Si monsieur le maire ou une préfecture prend une telle décision
05:13par moralité, si vous voulez, d'interdire les spectacles de Patrick Bruel,
05:17eh bien, on peut contester cette décision devant la justice administrative.
05:21Et là, effectivement, la justice devra se prononcer
05:23pour savoir si le critère de moralité peut être retenu dans ce dossier.
05:26J'ai une question, monsieur le maire.
05:28Est-ce qu'à votre connaissance, les billets pour le concert de Patrick Bruel se vendent ?
05:36Ah oui, oui, je pense aujourd'hui, comme la première partie des concerts
05:40qui ont déjà été annulés.
05:43La billetterie était bien avancée, effectivement, et les places se vendent aisément.
05:49J'invite également les spectateurs, les spectatrices à prendre leurs responsabilités
05:54et à pas éventuellement participer au spectacle.
05:56Mais monsieur le maire, est-ce que c'est pas ça la question ?
05:58C'est-à-dire, pour prolonger la question que posait à l'instant Géraldine Vossner,
06:03est-ce qu'au fond, à partir du moment où, alors je ne sais pas dans quelle mesure,
06:07ce sont des billets qui avaient été achetés avant, en effet, les révélations ou depuis,
06:14mais dans un sens, est-ce que ça n'est pas à la liberté des spectateurs potentiels,
06:21c'est-à-dire des fans, des spectateurs, de décider, eux, au fond,
06:27s'ils souhaitent sanctionner Patrick Bruel et ne pas aller l'écouter ou au contraire le faire ?
06:35Oui, évidemment que j'en appelle aux mains, à la conscience de ceux qui pourraient participer au spectacle.
06:42Vous me permettrez, en tant qu'élu, en tant que maire, de pouvoir donner mon avis
06:48sur effectivement les manifestations culturelles qui ont lieu dans notre ville,
06:51dans des équipements qu'on a largement contribué à construire.
06:56Tout ça, aujourd'hui, ne me semble pas compatible avec la...
06:59C'est une structure privée ?
07:00Non, non, c'est une délégation privée dans un équipement, effectivement, qui appartient à la puissance publique.
07:06Mais corrigez-moi, M. le maire, si je me trompe, mais en vous écoutant,
07:09j'ai l'impression que vous attendez une raison de pouvoir invoquer le trouble à l'ordre public
07:15pour annuler les concerts ?
07:16Non, non, absolument pas, ce ne serait pas responsable de ma part.
07:19Je ne vais pas appeler, effectivement, à ce qu'on trouble sur l'espace public les choses pour agir.
07:25Si c'était le cas, effectivement, je prendrais mes responsabilités, mais je ne suis pas du tout là-dedans.
07:30Aujourd'hui, ce n'est pas un message de prévention, c'est une posture morale, politique, philosophique
07:36que je souhaite exprimer au moment où 32 femmes mettent en cause gravement quelqu'un qui s'exprime.
07:43C'est-à-dire qu'il est puissant à l'empêcher.
07:53Il se dit, je demande le droit de censurer ce qui me déplaît.
07:57Je trouve quand même, on franchit un sacré cas.
08:00Comment vous réagissez à ce mot de censure, Frédéric Fauré ?
08:01Pas du tout, Mme, vous vous trompez gravement.
08:03Je demande que la loi qui est fabriquée par les députés et les sénateurs
08:08nous donne des outils, effectivement, pour agir.
08:11Je ne vais pas laisser mon libre arbitre décider des spectacles qui ont lieu chez moi.
08:17Absolument pas.
08:18Je n'ai pas du tout cette prétention.
08:19Et c'est opposé à mes plus profondes convictions.
08:22Je ne vais pas me transformer en censeur ni en juge.
08:24Je souhaite effectivement que la loi, comme elle le prévoit sur des questions de révisionnisme, de racisme,
08:30nous permette effectivement en matière de violences sexuelles et sexistes d'agir.
08:34Merci beaucoup, M. le maire, en tout cas, d'avoir répondu à nos questions ce matin.
08:37Frédéric Fauvet, donc maire d'Amiens, maire socialiste d'Amiens.
08:42Pauline Revena, la position d'ailleurs du maire d'Amiens,
08:44il y en a d'autres qui sont à l'inverse de la position de dire qu'il faut une
08:49forme de liberté.
08:50C'est le cas notamment de la maire, et je voudrais la citer, d'Eckbolsheim,
08:55qui est donc en Alsace, évidemment, on l'avait bien compris.
08:58C'est là que se trouve le zénith dit de Strasbourg.
09:00C'est sur sa commune.
09:01Et elle vous a répondu hier par écrit à la question justement de savoir si elle voulait annuler ou non
09:06le concert de Patrick Bruel.
09:08Elle dit, je suis particulièrement sensible à la parole des femmes
09:11et je soutiens fermement la lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes.
09:16Mais, à ce stade, l'artiste n'a fait l'objet d'aucune condamnation et demeure présumé innocent.
09:23Il est donc essentiel de respecter les principes fondamentaux de notre état de droit
09:29et de laisser la justice suivre son cours.
09:32C'est donc effectivement deux positions différentes de nos élèves.
09:35On avait fait un petit décompte cet été au service PJ.
09:37Donc, on a 15 maires pour l'instant qui se prononçaient pour l'annulation des concerts de Patrick Bruel.
09:41Deux qui étaient contre l'interdiction et qui souhaitaient au contraire que ce soit tenu.
09:45C'est exactement le cas pour Toulouse, je crois.
09:48Et une douzaine qui ne souhaitaient pas réagir encore et qui attendaient.