00:00Bueno, Julio Cortázar, obtiene el Médicis étranger para el libro de Manuel.
00:08Yo quería hablar un poco de su itinérable, porque yo creo que tú eres nac a Bruxelles de
00:12parents argentinos, y tú eres realmente argentinos.
00:16Bueno, sí, todo eso no es tan importante.
00:18Sí, todo lo mismo.
00:18Yo me considero especialmente como un latino-americano, pero yo soy argentino en
00:23Europa, todo por hasar, y yo resí en Francia por más de 20 años,
00:29todo en guardando mi calidad de latino-americano, como yo creo que lo he demostrado de la
00:36forma la más simple y la más modesta, en donando el montaje del Médicis por la
00:44causa de la resistencia chilena.
00:47Yo creo que, más que nunca, la solidaridad internacional debería se manifestar en
00:55lo que se trata de Chile, donde realmente se insiste no solo al renovación de un fascismo
01:02en América Latina, pero de un fascismo que podría ir mucho más lejos.
01:08Bueno, muy recientemente, yo vi a París una afiche donde se ve la imagen del general Pinochet con
01:18sus lunettes de soleil.
01:19Entonces, hay Hitler en una de las verdes, Mussolini en la otra, y en detrás de este
01:25escrito, muy bien a mi opinión, que dice, l'héritier, hoy hoy es chileno, pero
01:31de las manos, punto de suspension. C'est pour des choses comme ça, pour le destin d'un
01:38peuple latino-américain que j'aime, et pour lequel je lutte, que j'ai donné le montant
01:44du prix Médicis, qui d'ailleurs me rend très fier et très heureux.
01:48Vous avez traduit en Amérique du Sud des œuvres françaises et anglaises.
01:53Oui, j'ai gagné un peu ma vie comme ça.
01:55Qu'est-ce que vous avez traduit du français ?
01:58J'avais la chance d'avoir des amis éditeurs qui me donnaient à choisir, ce qui m'a permis
02:03de traduire André Gide, par exemple, Jean Giono, Marguerite d'Ursenar.
02:08Donc, je faisais semblant de gagner ma vie, mais je m'amusais, c'était mon plaisir
02:13royal de traduire de grands écrivains.
02:15Ça m'a aidé à perfectionner mon mauvais français et me préparer pour le jour où
02:22le destin a fait que j'arrive en France et j'y reste.
02:26Quant à Zara, avant de vous poser une question, vous avez dit que vous intervenez, donc,
02:30que vous êtes engagé dans le champ politique, par exemple, en distribuant le prix en question.
02:36Mais il me semble que vous êtes aussi engagé d'une autre manière, c'est-à-dire
02:38directement en littérature.
02:40Et qu'à la lecture du livre de Manuel, d'une part, à la lecture des livres précédents,
02:45en particulier Marrel, par exemple, on a l'impression qu'il y a un très grand changement,
02:49que votre façon d'écrire n'est plus la même.
02:52Oui, vous avez tout à fait raison.
02:54C'est-à-dire que pendant des années, mon engagement politique, qui a commencé après
02:59plusieurs séjours que je fais à Cuba, où j'ai découvert une nouvelle façon, une
03:03nouvelle optique latino-américaine que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais
03:07vraiment pas, j'ai fait une activité, si vous voulez, politique ou idéologique.
03:12Et en même temps, je continuais à écrire des livres qui étaient, si vous voulez, de
03:15la littérature pure, comme c'est le cas de Marrel, qui est dans mon esprit un livre
03:19plutôt métaphysique.
03:20Alors, après, et c'est le cas du livre de Manuel, je me suis posé le problème, s'il
03:26ne serait pas possible d'établir une certaine convergence, et surtout sans sacrifier la
03:31littérature, parce que je tiens à ça, essayer quand même de faire d'un livre un instrument
03:38de combat.
03:39Mais pas dans le sens usuel, c'est-à-dire asservir la littérature, la faire devenir
03:45simplement un véhicule de ce qu'on appelle le message.
03:48Parce que je crois qu'à ce moment-là, et le message et la littérature sont perdants.
03:51Ça n'est donc plus le même modèle que celui de Sartre, par exemple, quand il faisait
03:54la littérature engagée.
03:55C'est ça, si vous voulez.
03:56Oui, essayer quand même d'arriver à cette très difficile fusion des éléments littéraires
04:01qui ne devraient rien perdre de leur qualité littéraire, et en même temps laisser passer
04:06un certain message pour des lecteurs capables de les saisir.
04:10Et tous ces problèmes d'engagement, c'est difficile pour vous parce qu'à un endroit,
04:13vous dites, je crois, je suis très égoïste, j'ai horreur qu'on me tire d'une lecture
04:17ou d'une musique.
04:18Or là, manifestement, on vous en a tiré.
04:20Enfin, il y a Pinochet en particulier qui vous en a tiré.
04:22Oui, mais bien sûr, mais ça continue à être, si vous voulez, mon petit drame personnel
04:27de petit bourgeois.
04:29Exactement.
04:29C'est-à-dire que, comme un des personnages de mon livre qui s'appelle Andrés et qui
04:33me reflète assez dans le livre de Manuel, je suis un homme qui aime beaucoup écouter
04:39de la musique aléatoire et ne pas être dérangé pendant qu'il l'écoute, et qui voudrait
04:44quand même arriver à faire son travail idéologique et politique en gardant ce côté
04:49esthétique, ce côté de vie privée dans le champ de la littérature et de l'art
04:54qu'il a toujours réservé.
04:57Il est un peu cartelé, alors.
04:59Absolument.
05:00Et ça, c'est une lutte, mais je pense que ça vaut la peine de mener ce combat dans
05:04soi-même.
05:05Et surtout, je répète, sans sacrifier les valeurs littéraires.
05:09Parce qu'à ce moment-là, je pense que ce serait ta pure perte.
05:13Dominique Orlin, vous avez lu le roman ?
05:15Oui, j'aime énormément le livre de Cortázar.
05:18Mais vous dites que vous ne voudriez pas sacrifier vos, comment dirais-je, vos vues
05:25esthétiques sur le plan romanesque, mais vous ne pourriez pas le faire.
05:29Vous le voudriez même que vous ne pourriez pas.
05:31Tout votre, comment dirais-je, votre univers de romancier qui, depuis les armes secrètes
05:37avec les nouvelles qui étaient tellement belles, sont, comment dirais-je, sont faites
05:44précisément de sensibilité, d'intelligence, de clairvoyance et d'une force poétique
05:51énorme.
05:52Et c'est vrai que dans le livre de Manuel, vous avez fait des pas en avant extraordinaires.
05:58L'engagement du livre est très bouleversant, d'un bout à l'autre.
06:02On est tout de suite pris parce que c'est un livre qui n'a ni commencement, ni milieu,
06:06ni fin, en réalité.
06:08L'anecdote pure du livre ne compte pas.
06:11Ce qui est absolument admirable, c'est précisément qu'on entre dans la vie de toute cette bande
06:17de révolutionnaire parisien.
06:20Et on y retrouve votre écriture qui est d'écriture de Cortázar et qui ne ressemble
06:26à personne.
06:26On a reproché à Rullio Cortázar de faire des collages, c'est-à-dire de céder...
06:30Eh bien, c'est très beau.
06:31C'est très beau, mais j'ai vu qu'on voulait reprocher, je crois.
06:33Oui, mais bien sûr, il y a toujours des gens pour reprocher quelques audaces d'écriture
06:39ou de composition quelconque.
06:41C'est-à-dire que j'ai bien compris.
06:42Ces audaces d'écriture et de langage, en fait, ce travail sur le langage, est déjà
06:46dans l'esprit de Cortázar, il me semble, en tout cas, un travail révolutionnaire.
06:50Enfin, de cette manière, la révolution passe par la révolution des moyens de connaissance.
06:54Absolument.
06:55Ce que j'appelle la partie de combat du livre de Manuel n'est pas dans l'anecdote,
06:59qui est finalement assez banale et triviale, une histoire d'enlèvement comme il se passe
07:03tous les jours.
07:04Non, ce n'est pas ça.
07:05Je pense que c'est justement dans le plan de l'écriture.
07:08C'est là où j'essaye de faire passer quelque chose.
07:10Il y a toute une critique de nos préjugés, de nos tabous, de toutes nos inhibitions
07:15en tant que latino-américains, qui font que des gens qui se croient vraiment des révolutionnaires
07:21et qui donnent même leur vie pour la révolution, sont quand même prisonniers d'un système
07:26mental, d'un système de langage qui appartient à l'ennemi et qu'il faudrait commencer
07:31par détruire pour arriver vraiment à créer ce qu'on a appelé justement l'homme nouveau.
07:36C'est parti !
07:36C'est parti !
07:36C'est parti !
07:36C'est parti !
Comentarios