00:00Et nous avons le plaisir d'accueillir Jean-Marc Sanchez, avocat franco-espagnol.
00:03Merci d'être avec nous et surtout de répondre à nos questions.
00:07D'abord, première réaction sur les images que vous venez de voir, ça continue en fait.
00:13J'ai eu au téléphone M. Marcheteau hier avant qu'il ne prenne l'avion pour Valence.
00:18Effectivement, il m'expliquait qu'il allait tenter de rencontrer là-bas des réfugiés.
00:23Mais en vérité, tout porte à croire que ce sont des passeurs qui ont organisé ce transfert.
00:27On est très loin des côtes africaines, on est encore plus loin des côtes marocaines et de l'enclave de
00:34Séouta.
00:35Il est fort probable effectivement que ça se reproduise, même si c'est un nombre peu important de migrants.
00:42Le message est fort, ça veut dire qu'on peut vous atteindre, non seulement on continue, mais on peut vous
00:47atteindre partout, n'importe quand.
00:49Et donc la question maintenant est de savoir que vont faire les autorités.
00:52Les autorités locales ne peuvent rien faire et le gouvernement espagnol ne fait rien et le président du gouvernement.
00:57Il est toujours en vacances.
00:59Alors dans cette crise, il y a une dimension humanitaire qui est éminemment importante.
01:03Mais il n'y a pas que la crise migratoire ou diplomatique européenne.
01:05Il y a une crise de politique interne espagnole.
01:07Il y a une crise de politique étrangère.
01:10Et il y a aussi une crise de géopolitique internationale.
01:12On oublie que le Maroc est allié des États-Unis et que si effectivement l'alliance entre l'Espagne et
01:19le Maroc change en faveur d'une alliance politique ou économique avec l'Algérie,
01:23les Américains n'auront plus ni d'un côté ni de l'autre de la Méditerranée l'avantage qu'ils
01:28avaient de pouvoir contrôler le Détroit.
01:30Donc tout cela a en vérité une implication et des conséquences qui sont beaucoup plus importantes que ce que l
01:37'on peut voir.
01:37On voit pour l'instant la face visible des choses.
01:40Il y a toute la face cachée, on ne l'a pas encore vue.
01:42Est-ce qu'on ne sait pas précisément, est-ce qu'on a une idée du nombre de migrants qui
01:47sont encore sur place à l'État ?
01:48On n'a aucun chiffre, on ne sait pas.
01:50Les autorités espagnoles ne le savent peut-être pas.
01:51Ou si elles le savent, elles ne le disent pas.
01:53Moi je suis très surpris.
01:55Je vous rappelle qu'ils disaient qu'il y avait 2000 migrants et nous avions notre équipe Thibault Marchoteau qui
01:58était sur place.
01:59Il nous disait qu'on est à beaucoup plus que 2000 migrants à une époque.
02:03C'est sans doute beaucoup plus que ça.
02:04En fait, on parlait de 10 à 11 000, parmi lesquels on a beaucoup de mineurs qui ne sont ni
02:09mineurs ni isolés.
02:11On a beaucoup de réfugiés, puisque c'est le statut qu'ils demandent, qu'ils ne disent pas d'où
02:17ils viennent, évidemment, puisqu'ils n'ont pas de papier.
02:19On a un accord entre l'Espaniel et le Maroc qui n'est pas appliqué, une directive européenne qui n
02:25'existe pas.
02:25Donc en vérité, aujourd'hui, on a entre 10 à 12 000 personnes qui sont sur le territoire espagnol, parce
02:33que c'est OTA, c'est l'Espagne, et dont on ne sait pas quoi faire, et qu'ils ne
02:37veulent pas rentrer chez eux.
02:38Reste-t-il encore à savoir où se trouve ceux chez eux ?
02:41On parle de, on peut le dire, de crise humanitaire, et on a évoqué des viols, et on a appris
02:47que le gouvernement espagnol a annoncé son souhait de transférer 500 jeunes filles mineures.
02:53Alors, on en est là, hein ?
02:54La difficulté, c'est vrai, et la difficulté, c'est que personne n'en veut, parce qu'en fait, les
02:58présidents des régions autonomes en Espagne, il faut voir qu'en Espagne, les régions ont des pouvoirs beaucoup plus importants.
03:05L'Espagne est un pays quasi-fédéral qui ne dit pas son nom.
03:10Ils n'en veulent pas, ils n'en veulent pas pour plusieurs raisons, et notamment parce que ce sont quasiment
03:13tous des opposants à Pedro Sánchez.
03:16La plupart des régions espagnolais, notamment celle du sud qui serait susceptible de les accueillir, sont dirigées par le Partido
03:21Popular, qui est le parti conservateur, qui est l'adversaire historique de la gauche espagnole.
03:27Le problème, c'est qu'au bout du compte, c'est le gouvernement central de Madrid qui a le dernier
03:32mot, et c'est le parti socialiste qui dirige ce gouvernement avec sa coalition de gauche.
03:37Et donc, dans ces conditions, il va falloir trancher, et d'une manière ou d'une autre, soit il va
03:42falloir que ces réfugiés viennent en Espagne continentale,
03:45sur la péninsule, soit qu'on en fasse quelque chose. Mais qu'en faire et où les mettre ?
03:51Vous l'avez évoqué, on n'a pas beaucoup de nouvelles de Pedro Sánchez qui est toujours en vacances, on
03:57l'a vu au début, mais on ne l'a pas trop vu durant la crise.
04:00Selon vous, qui connaissez bien le pays, il va payer cash, Pedro Sánchez ?
04:04Alors, ça n'est pas certain, si vous voulez, parce qu'en Espagne, on a une particularité, c'est qu
04:08'on a un système électoral très différent du système français.
04:11Je m'explique. Il y a deux façons de payer la facture, soit dans les urnes, soit dans la rue.
04:16Personne ne souhaite que ce soit dans la rue, parce qu'il pourrait y avoir des débordements, et ça commence
04:20à être le cas.
04:20Je me souviens de la vidéo qui a été diffusée hier et que l'on a vue sur votre plateau,
04:25où on voyait effectivement la réaction des Espagnols, qui est compréhensible.
04:28Et puis, de l'autre côté, il y a ce système électoral de liste plurinominal fermée à la proportionnelle à
04:35un tour.
04:36Alors, c'est un peu compliqué, mais ça veut dire quoi ?
04:38Ça veut dire que tous les partis sont à peu près certains d'être élus, mais aucun parti n'aura
04:42la majorité.
04:42Donc, pour pouvoir gagner, il faut faire des alliances.
04:45Et Pedro Sánchez ne peut conserver le pouvoir qu'en faisant alliance avec la gauche,
04:49qui va lui assurer une majorité relative contre une droite divisée.
04:53Donc, il n'est même pas certain que l'année prochaine, dans les élections, il paye la facture,
04:58sauf si des élections anticipées ont lieu, ce qui n'est pas exclu.
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