00:00Si vous nous rejoignez maintenant, on parle de la colère, la colère des pompiers.
00:02Ils avaient rendez-vous aujourd'hui avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunes.
00:05Le rendez-vous s'est moyennement bien passé, puisque le ministre n'a pas pu prendre d'engagement.
00:11Dans tous les cas, les pompiers ont dit rendez-vous fin septembre.
00:15Nous, on sera dans l'action, l'action sociale, l'action de revendication.
00:18Il y aura des manifestations qui seront prévues.
00:20Du côté de la place Beauvau, on leur fait savoir qu'il y aura un projet de loi sécurité civile
00:26début septembre.
00:27Mais Laurent Nunes ne veut pas s'engager sur les chiffres, il l'a dit.
00:30Je ne peux pas m'engager sur des chiffres.
00:32Il y a des discussions qui doivent être, c'est ça, le principe de libre administration des collectivités locales,
00:36qui doivent être engagées évidemment avec l'Association des départements de France, l'Association des maires de France.
00:42Ces discussions, elles ont déjà commencé.
00:44Elles vont se poursuivre tout au long de l'automne, bien évidemment.
00:47Et donc, je n'ai pas donné de chiffres de ce que serait.
00:50Je ne peux pas m'engager.
00:51Ça aurait été totalement irresponsable de ma part, d'une part, irrespectueux vis-à-vis, par ailleurs, des associations d
00:58'élus.
00:58Même si, comme ministre de l'Intérieur, je suis leur patron opérationnel, je le rappelle.
01:02Mais pour les moyens, nous devons aussi composer, et c'est normal, c'est la libre administration des collectivités locales
01:07avec les élus.
01:08Non, pas simple, parce qu'on rappelle que ça, c'est l'administration française.
01:12C'est le boss, c'est les ministres de l'Intérieur, le financement à 80%, ce sont les départements.
01:17Est-ce qu'ils vont pouvoir se retrouver, s'entendre d'ici la journée d'action qui est prévue fin
01:22septembre, Alexis Cuvier ?
01:23Ou c'est chronique d'un rendez-vous raté, alors ?
01:25C'est une vraie question, c'est vrai.
01:27Tout à l'heure, il y avait une expression de colère qui n'était pas forcément attendue à cette ampleur
01:32lorsque les neuf organisations syndicales se sont exprimées,
01:35à tel point que le ministre de l'Intérieur, qui n'avait pas prévu de s'exprimer sous cette forme
01:39devant les caméras,
01:41a dû ajouter cette expression en début d'après-midi
01:45pour tenter de montrer qu'il avait tout de même essayé d'apporter des réponses aux inquiétudes des professionnels.
01:52Il donne cet engagement avec cette date, cette date du 8 septembre,
01:57date à laquelle le projet de loi de modernisation de la sécurité civile,
02:00qui est très attendu depuis de longues années,
02:02depuis les concertations du fameux Beauvau de la sécurité civile,
02:06ce texte, il va enfin être présenté.
02:08Est-ce qu'il pourra obtenir une majorité dans le Parlement très morcelé que nous connaissons ?
02:14Ça, c'est une question.
02:15Et puis l'autre question aussi, à plus court terme, ça sera la question du budget.
02:18Est-ce que les différentes forces parlementaires pourront s'entendre autour d'une augmentation du budget ?
02:24Laurent Nunez a fait parfois acte d'impuissance devant les pompiers
02:28en disant qu'il était suspendu, lui aussi, à cette situation politique.
02:31C'est là où il faut être un peu nuancé dans la façon de critiquer notre organisation administrative et politique
02:37s'agissant des services d'incendie et de sécurité civile.
02:40Mais ça veut dire que, par exemple, sur les effectifs,
02:43vous demandez à ce qu'il y ait plus d'hommes sur le terrain.
02:45Et on a vu qu'au moment des gros incendies,
02:47vous pouviez manquer des effectifs pour avoir de la relève, etc.
02:50Ça, ça dépend de qui, les effectifs, pour recruter ?
02:53Les services départementaux d'incendie et de secours.
02:56Donc là, on est sur le territorial.
02:58Donc vous ne demandez pas un recrutement national.
02:59On peut peut-être avoir des recrutements qui soient ciblés,
03:02par exemple dans les zones qui sont vraiment à risque, avec les incendies,
03:05et puis lever le pied dans d'autres départements.
03:07Non, sauf que le problème, il ne faut pas faire la focale sur les incendies.
03:10La problématique que nous...
03:11C'est ce qui nous a quand même mobilisés.
03:13Là, en fait, c'est surtout ce qui a vraiment mis en lumière la rupture capacitaire qu'on a atteinte.
03:17Là, on a mis les deux genoux à terre.
03:19Et celui qui viendra nous dire le contraire, il faut qu'il me le démonte.
03:21Quand on engage des moyens qui ne sont pas adaptés à la mission,
03:24quand on engage des personnels qui ne sont pas formés pour la mission pour laquelle ils interviennent,
03:28on est en rupture capacitaire.
03:30Donc concrètement, dans tous les services départementaux d'incendie et de secours,
03:35il y a un manque de moyens humains.
03:38Je rappelle, et je ne vise pas, je ne stigmatise pas les...
03:42Je veux juste rappeler qu'au quotidien, c'est le secours à la personne, ce que font les pompiers.
03:46Oui, voilà, en fait, la problématique...
03:47C'est de l'intervention dans les immeubles, chez les ménages, dans les maisons,
03:50parce qu'il y a des gens qui sont en difficulté,
03:52ou qui ont des accidents dans la rue, c'est votre quotidien.
03:55La problématique, elle va du 1er janvier au 31 décembre et année après année.
04:00Et en plus, année après année, les interventions augmentent.
04:03La problématique aujourd'hui, et je ne stigmatise pas les sapeurs-pompiers volontaires,
04:06j'ai même été moi-même sapeur-pompier volontaire à une époque,
04:10c'est qu'aujourd'hui, notre capacité, c'est 80% d'effectifs de sapeurs-pompiers volontaires
04:15qui sont des gens qui ont une activité professionnelle, une vie de famille.
04:19Donc il vous faut plus de pompiers professionnels.
04:21Et 20% sont des pompiers professionnels.
04:23Sauf que, concrètement, aujourd'hui, vous avez un service de secours en France
04:27qui fonctionne sur 80% de personnes sur lesquelles...
04:31Qui ne sont pas dispo.
04:32Il y en a, ils sont disponibles, et dans une heure, il n'y aura peut-être plus personne.
04:35Mais votre revendication de passer, en gros, grosso modo, de 45 000 pompiers professionnels en France
04:40à plus de 21 000, c'est-à-dire, en gros, passer à 70 000 quasiment.
04:45Vous voyez bien que j'imagine que c'est un objectif que vous voulez programmer sur plusieurs années.
04:50C'est impossible de l'augmenter aussi vite.
04:51On ne peut pas le faire en one shot.
04:52On sait que les moyens de la sécurité civile ont quasiment presque doublé en 10 ans,
04:57et ça n'a pas suffi d'augmenter le nombre de pompiers comme vous le souhaitez.
05:00Alors, je vais vous répondre.
05:01Les moyens, de quels moyens vous parlez ?
05:03Le budget de la sécurité civile, vous parlez du budget de la Direction Générale de la Sécurité Civile
05:08pour les moyens nationaux.
05:09Moi, nous, notre problématique, c'est les moyens départementaux.
05:13C'est ceux qui assurent l'opérationnel du quotidien et de l'exceptionnel, comme on le connaît.
05:20Donc, il nous faut ces plus 21 000.
05:22Pourquoi ? Parce qu'il y a aussi un rapport dont personne, enfin, pas grand monde ne parle.
05:26En 2023, l'IGA, l'Inspection Générale de l'Administration,
05:30avec l'Inspection Générale de la Sécurité Civile, avait été mandaté par le ministre Darmanin
05:35pour faire un rapport sur, notamment, l'état des effectifs
05:40et de l'utilisation de la ressource de sapeurs-pompiers volontaires.
05:43Vous avez, depuis 2014, en fait, on a été mis en demeure.
05:48La France, parce que plus de la moitié des SDIS ne respectait pas la directive européenne
05:52de 2003 sur le temps de travail.
05:55On explosait les compteurs européens qui disent que ce n'est pas plus de 2256 heures
05:58de présence au travail.
05:59Moi, j'étais dans un SDIS, on faisait 2400 heures à l'année.
06:02Et l'Europe, c'était niaître.
06:04Donc, il faut vous soulager.
06:05On a diminué nos effectifs entre le jour et la nuit.
06:08On a essayé de trouver un truc sans trop embaucher.
06:10Et qu'est-ce qu'on a fait ?
06:11On a demandé aux pompiers volontaires de prendre des gardes postés.
06:14Mais, en fait, on utilise...
06:15Vous nous dites, c'est qu'en fait, c'est des années et des années
06:19où on n'a pas renforcé les effectifs.
06:21Et donc, il y a un rattrapage à faire.
06:22Un peu comme la police, puisqu'il y a eu les fameuses 15 000 suppressions
06:26il y a une quinzaine d'années.
06:27On a rattrapé petit à petit.
06:28Voilà.
06:29Laurent Nunez, aujourd'hui, c'est notre interlocuteur.
06:33C'est lui qui est en train de prendre le vent de la révolte.
06:35Mais il n'en est pas le responsable.
06:37Là, il n'a que l'héritage de plus d'une décennie.
06:41Sauf qu'aujourd'hui, il est dans un gouvernement qui n'a pas de majorité.
06:43Il va devoir trouver un budget.
06:45C'est ça qui va être de nouveau le casse-tête de la rentrée.
06:47Alexis Cuvier est dans un gouvernement qui n'a pas d'argent.
06:51Enfin, les caisses de l'État sont vides, quoi.
06:53Oui, et c'est l'aveu qu'a fait tout à l'heure Laurent Nunez.
06:56Il a dit, il s'est présenté, limité.
07:00Ce n'est pas toujours très efficace comme façon de présenter les choses.
07:02Peut-être que ça n'a pas permis de rassurer.
07:05Ça explique peut-être aussi la réaction de colère de tout à l'heure.
07:07Mais, quelque part, il y a une forme de franchise.
07:09Il a dit, on en a longuement parlé, qu'il était tributaire des collectivités locales.
07:14Il a dit qu'il était tributaire du Parlement.
07:17Et donc, là-dessus, évidemment, ce qui va se passer à la rentrée,
07:20que ce soit pour l'examen éventuel, il faudra voir comment est organisé l'agenda parlementaire,
07:25l'examen éventuel de cette loi sur la sécurité civile.
07:27Il faut trouver une majorité.
07:29Et bien sûr, évidemment, le nœud du problème, c'est la discussion sur le budget.
07:32Oui, mais le gouvernement ne peut pas se payer le 29 septembre prochain une image de confrontation avec les pompiers,
07:39une rentrée sociale agitée qui sera bien évidemment instrumentalisée par les partis politiques,
07:44puisqu'on le rappelle, on va rentrer en campagne présidentielle.
07:46Surtout que le 29 septembre, c'est une journée commune avec la fonction publique.
07:50Donc, il y a bien sûr là-dessus une vigilance évidente du côté du gouvernement.
07:54D'ailleurs, dans quelques jours, les deux principales têtes de l'exécutif, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu,
08:00seront au contact de pompiers qui ont été mobilisés.
08:03Le Premier ministre sera en Gironde.
08:05Emmanuel Macron, on l'a appris aujourd'hui, rencontrera des pompiers en marge d'un déplacement dans le Var.
08:10Donc là, on voit qu'il y a tout de même la volonté de trouver des moyens de rassurer.
08:14Mais on l'a entendu tout à l'heure, il va falloir maintenant des actes et du concret,
08:18parce que les pompiers ont trop l'impression qu'il y a eu trop de missions, trop de concertations,
08:23et que les choses n'ont pas suffisamment avancé.
08:25Un dernier mot ?
08:26Je vous dis très clairement, de toute façon, nous...
08:28Vous êtes motivé, vous...
08:31Avec des actions statiques deux jours avant.
08:32Alors, à partir du 26 septembre jusqu'au 29 septembre,
08:35l'intersyndicale va organiser un campement, un village sapeur-pompier,
08:40sur la place de la République à Paris, jour et nuit.
08:44C'est-à-dire qu'on va camper sur place.
08:46L'idée, c'est que la population...
08:48De discuter avec la population, que la population puisse soutenir.
08:51Voilà, que les médias viennent à notre rencontre, pourquoi pas aussi des élus ?
08:55Et notre cible, elle n'est pas forcément le gouvernement.
08:57Aujourd'hui, on le sait.
08:58Notre cible, c'est les parlementaires,
09:00puisqu'il ne faut pas se mentir, c'est eux qui légifèrent,
09:03et c'est peut-être eux qui vont encore faire des coupes dans les propositions de texte,
09:06et ça, nous, on ne l'acceptera pas.
09:08Donc, on va aller au combat, comme on sait le faire.
09:11On ne recule pas devant le feu, on ne reculera pas devant les politiques.
09:14Merci, Anthony Chauveau, Bruno Jeudy, Alexis Cuvillier,
09:17de nous avoir fait un panorama précis de la situation conflictuelle,
09:22telle qu'elle se présente aujourd'hui entre les pompiers et le gouvernement.
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