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  • il y a 17 heures
Transcription
00:00Mon recherche, je suis une personne qui pourrait gérer le cotisien d'une cliente assez exigeante.
00:04On a besoin d'une disponibilité totale.
00:077 jours sur 7, 24h sur 24.
00:09Tu peux commencer quand ?
00:10Bah quand vous voulez.
00:12Le triangle d'or, c'est mon premier long métrage.
00:15C'est l'histoire de Laura, qui a besoin d'argent, qui va bientôt intégrer l'armée.
00:20Et elle se fait embaucher comme assistante auprès d'une riche saoudienne
00:24qu'elle pense être la compagne légitime d'un prince saoudien.
00:28C'est un film sur les rapports de domination au travail
00:31et sur ce que ça veut dire que d'être une femme.
00:48Moi, j'ai fait des ménages pour une riche saoudienne à Venue Foch
00:53à un moment où j'avais encore plus besoin d'argent que d'habitude.
00:57Ce qui m'a frappée dans cette expérience, c'est à la fois la découverte d'une telle richesse,
01:03de l'obscénité de ce que ça représente ces villas qui sont cachées, auxquelles on n'a pas accès.
01:09Ça a été d'une certaine manière et rétrospectivement la révélation du fait que j'étais une femme
01:18et que cette condition avait influé sur mon parcours et plus encore sur celui de la femme pour qui j
01:25'ai travaillé
01:26et sur celui de toutes les femmes.
01:28Et en fait, ça a été comme un éveil féministe assez tardif.
01:31Jusque-là, j'avais une lecture du monde qui était une lecture uniquement de classe.
01:35Je suis convaincue qu'elle est valable et qu'elle s'applique.
01:39Mais à celle-ci s'ajoutait cette question de la domination masculine.
02:06Ces deux personnages ont toujours été présents, que ce soit Laura et Souria.
02:09Et assez rapidement, avec Pauline Guénamac, au scénariste, on les a pensées comme la confrontation de deux rapports au féminin.
02:16D'un côté, il y a Laura, qui est dans une corporalité très ancrée, une sorte de rapport à la
02:22puissance
02:23et presque de négation des attributs du féminin qu'on imagine être de manière assez clichée.
02:29Cette jeune femme qui veut intégrer l'armée, elle cultive une féminité puissante.
02:34Et donc, j'ai travaillé avec un coach sportif.
02:38J'ai fait beaucoup de pompes pendant deux mois avant le tournage pour essayer d'avoir un certain réalisme aussi
02:44sur un corps qui est différent, qui est presque masculin aussi et qui s'oppose à celui de Souria.
02:51Et de l'autre côté, il y a Souria qui joue à être quelqu'un qu'elle n'est pas,
02:56qui performe une sorte d'hyperféminité.
03:00Pour Souria, c'est vrai que c'est passé beaucoup par aussi le maquillage, la coiffure.
03:06Alors, on a joué sur les codes de l'ultra-féminité aussi avec les costumes.
03:13Avec Hélène, on a beaucoup parlé aussi d'une sorte de masque que Souria a en permanence.
03:20Et de les confronter, de les mettre en rapport et de voir comment ces endroits-là sont poreux.
03:26C'est ça qui m'intéressait dans ces deux personnages et dans leur caractérisation, même physique ou vestimentaire.
03:32La salle de sport et la piscine.
03:34Madame, elle ne sort pas.
03:36Les prestataires, ils passent par le hall et toi et le chauffeur de monsieur, vous pouvez emprunter le parking.
03:40Là, ce sont les espaces de service.
03:43Et ici, c'est ta chambre.
03:47Tiens, ça, c'est toutes les informations que les anciennes assistantes ont collectées.
03:51Tu seras seule à tenir la maison, ça peut servir.
03:54Et dernière chose, ne sois jamais plus belle qu'elle, elle n'apprécierait pas.
03:57Ok ? Allez, je finis.
03:58Par notre corps, par notre rapport à la manière dont on habite notre féminité.
04:03Soit c'est trop, soit c'est pas assez.
04:04C'est jamais assez bien, en tout cas.
04:07Et c'était ça qui m'intéressait de raconter.
04:09Parce que dans les deux cas, elles ont quelque chose de très fort.
04:11Et en même temps, il y a une sorte d'envie et d'échange sur le rapport de l'une
04:17à l'autre.
04:17C'est à la fois un système de domination des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes.
04:22Et à l'intérieur de ça, il y a des nuances.
04:24Et dans un monde de violence et de domination comme celui dans lequel on vit,
04:30en réalité, ce que j'avais envie de raconter, c'est que personne n'est libre.
04:34Il y a toujours quelqu'un qui est au-dessus, soit socialement, soit en termes de rapports de genre.
04:40Et c'est quelque chose qui oppresse tous les individus.
04:45Et de questionner aussi comment ces rapports peuvent évoluer.
04:47C'est-à-dire qu'à un moment donné, on pense que Laura est en position de dominer par rapport
04:53à Souria.
04:54Et en même temps, elle a grandi en France.
04:57Elle est une jeune femme blanche, occidentale.
05:00Et donc, ça lui donne des privilèges qu'à un moment donné, elle utilise contre Souria.
05:06Et ce renversement-là m'intéressait parce que ça permet de questionner la place de chacun.
05:12Action !
05:35Tout le scénario était absolument fascinant dès la première lecture,
05:40de plonger dans le monde des ultra-riches, qui est si secret, si fermé,
05:45du point de vue de cette domestique qui débarque complètement dans un milieu qu'elle ne connaît pas.
05:50C'était comme plonger dans un endroit où c'est interdit.
05:54Et je pense que c'est aussi peut-être ce qu'on ressent quand on regarde le film.
05:57Mais puis après aussi, le fait que ce soit réalisé par une femme, ça m'a beaucoup intéressée.
06:01Produit par une femme, c'est vrai que c'est aussi une autre manière de travailler que de travailler entourée
06:05de femmes.
06:05Donc, c'était des paramètres importants pour moi.
06:08En tout cas, je ne sais pas ce qu'il a fait comme dinguerie, mais il a des trucs à
06:10se faire pardonner, là.
06:13Et oui, ça aussi.
06:18Tiens, merci.
06:18Ah ouais, ok, merci.
06:20Et je me pose une question, tu ne me ferais pas une petite visite, là, vite fait, en détente ?
06:24Bah ouais, ouais, carrément, ouais.
06:25Tu vas commencer par visiter la Sourji, tu vas voir, c'est sublime.
06:28C'est fait par un architecte et tout, le portal est nickel.
06:30Ça marche.
06:30Bonne journée.
06:31Ouais, vas-y.
06:35Merci pour le titre, hein ?
06:36Merci.
06:42On avait l'envie de refuser une sorte de fascination dans le regard pour ce décor, pour le lieu, pour
06:47les espaces.
06:48Ce qui nous a permis, en fait, d'être centrées sur à la fois les tâches de travail et la
06:53manière dont les corps se déplacent dans cet espace.
06:55C'est comme ça qu'on a pensé Louis-Clos.
06:58La vidéosurveillance, elle est arrivée très tôt.
07:00Déjà, il y a la notion de surveillance, de contrôle.
07:02En fait, on vit dans une société où tout le monde est filmé tout le temps.
07:05Ça nous permettait d'incarner un point de vue omniscient, qui est celui du troisième personnage, en fait, le plus
07:10important, qui est le décor, la maison, qui joue comme une prison.
07:13Et comme dans ce récit, aucun des personnages n'est libre, ça avait du sens que la vidéosurveillance épouse, en
07:21fait, le regard du décor et pas d'un personnage en particulier.
07:24Que tout le monde soit épié.
07:25Quand on revient, on me dit ce qu'elle a fait.
07:28Comment ça ?
07:29Qui elle appelle, si quelqu'un vient, ce qu'elle achète, tout.
07:32J'aime pas faire la balance.
07:34Personne n'aime ça.
07:36Tiens, pour ces dépenses.
07:40J'aimais un peu plus.
07:50Je suis aussi très heureuse de présenter mon premier long métrage ici à Cannes.
07:56Je tiens évidemment à remercier les partenaires qui m'ont rendu sa fabrication possible.
08:01Et évidemment, toute l'équipe.
08:02Merci pour tout.
08:05Malou, Sundos, vous êtes des reines, même si on n'aime pas beaucoup la royauté, mais vous êtes des reines.
08:12Et je ne pouvais pas rêver de meilleur partenaire.
08:15Merci d'avoir accepté de plonger avec moi.
08:18La sélection de mon premier long métrage au Festival de Cannes, c'est une immense joie, une fierté.
08:23Je pense que j'aurais jamais osé même en rêver.
08:27C'est très intense et c'est un rêve, une joie absolue.
08:34C'est trop bien pour le film qui bénéficie de cette exposition-là parce que c'est important.
08:39Moi, je n'avais jamais vu ce genre d'histoire traité au cinéma.
08:42Et puis de cette manière-là, dans un huis clos, on est vraiment trop contente pour le film, pour les
08:48héroïnes, pour Hélène.
08:49C'est vraiment trop bien.
08:51Fierté.
08:53C'est vraiment trop bien.
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