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00:01Franchement, je pourrais rester toute ma vie en Lozère.
00:03C'est absolument magnifique.
00:08Je le dis en toute objectivité, la Lozère, c'est magnifique.
00:13En fait, c'est fou, là.
00:15L'ambiance qu'il y a.
00:20J'ai envie de pleurer tellement c'est beau.
00:27Je les vois bien, ils sont reconvertis dans les levages, non ?
00:33Bonjour les amis, aujourd'hui nous sommes sur le chemin de Régordane en Lozère.
00:37Antoine, toi tu es explorateur, est-ce que c'est la première fois que tu viens ici en Lozère, le
00:40chemin, tu le connaissais ?
00:41Eh bien non, je ne le connaissais pas, merci de me faire découvrir, parce que pourtant je n'ai parcouru
00:44du chemin.
00:45C'est vrai ?
00:45Oui.
00:46Génial.
00:47Florian, tu es un spécialiste et un amoureux de nos terroirs.
00:49Pareil, la Lozère, tu y as été déjà venu ?
00:51Toute première fois, parce que tu m'as dit, Florian, il y a un village de chevaliers, il y a
00:55une paysannerie exceptionnelle, viens donc, et donc je suis venu.
00:57Ben oui, et en plus le chemin de Régordane est vraiment hyper intéressant par rapport à ça,
01:01puisque c'est lui qui a façonné un petit peu l'écosystème et l'histoire de la Lozère,
01:05et nous en avons une illustration parfaite, juste derrière nous, le magnifique village de la gare de Guérin,
01:10une histoire complètement folle de chevaliers pariés.
01:13On va aller découvrir ça tout à l'heure, et ce soir, on rencontre un gars exceptionnel, il s'appelle
01:17Olivier.
01:18Olivier, il est éleveur de brebis, et il nous a invités à vivre une expérience particulière en immersion dans la
01:24transhumance.
01:25Vous connaissez la transhumance ?
01:26Oui, mais pas celle-ci.
01:27Pas celle-ci ?
01:28Ah non, aucunement, non, non, c'est la première fois.
01:29Est-ce que c'est une aventure qui vous tente ?
01:31Bouillant.
01:31Oui, c'est vrai ?
01:32Oui, messieurs, allons-y.
01:33Complètement.
01:33Eh bien, c'est parti alors.
01:34Que de réjouissance, mes amis.
01:35Et Henri, il y aura combien de brebis demain ?
01:37Des millions, Antoine, tu vas voir, ça va te surprendre.
01:52Vous avez vu les amis, moi, en fait, ce que j'aime beaucoup avec le chemin de Rigordan,
01:55c'est de se dire qu'il est plurimillénaire, il date d'avant même les Romains.
01:58Et pendant le Moyen-Âge, c'était d'abord un chemin de pèlerinage vers Saint-Gilles-du-Gar.
02:02Et qui dit pèlerinage, dit de la richesse, beaucoup de passages.
02:06Et qui dit richesse, dit aussi forcément des gens qui sont malveillants, des voleurs.
02:09C'est pour ça que Garde Guérin a été inventé, pour protéger cette voie sacrée.
02:13Non, attendez, surtout les gars, moi, je sens bien que vous avez envie de parler d'histoire,
02:16mais juste attardons-nous sur la beauté de ce chemin, jalonné par des murets de pierres sèches.
02:21Ça, c'est typique de la région.
02:22Et ce que j'aime beaucoup, puisqu'on est en Lozère et que tu me donnes l'occasion de m
02:25'exprimer à ce sujet,
02:26c'est ces vastes espaces qu'on a à gauche et à droite, c'est somptueux.
02:30D'ailleurs, je crois qu'on arrive au village.
02:32Tu crois ?
02:32Je crois bien.
02:33Un village fortifié, là, un petit peu comme ça ?
02:35Je sens qu'on va voir des vieilles pierres, les amis.
02:53C'est une anomalie, quelque chose d'assez extraordinaire en France.
02:57Ce village est un des premiers systèmes socialistes en France.
02:59En fait, les chevaliers pariés étaient une communauté de chevaliers aristocrates égalitaires.
03:06Il y avait une trentaine qui habitent dans le village et chacun avait leur maison et ils vivaient en autonomie
03:11complète.
03:11D'égal à égal.
03:12Exactement, d'égal à égal.
03:13Chacun avait sa maison, son jardin et son puits.
03:16Et donc, en fait, c'était eux, en communauté, qui assuraient la sécurité du chemin de Rigordane et de la
03:23région.
03:23Moi, ça me dirait bien, tu vois, de réunir quelques copains, de se mettre en chevalier et se dire
03:28« Ok, les gars, on vit dans le village, c'est bon, on occupe la place maintenant. »
03:31Moi, je signe.
03:32Il n'y a plus qu'à racheter un village, Antoine.
03:33Vous pouvez parce que vous êtes de famille noble.
03:35Moi, je suis paysan, donc…
03:36Mais non, tu viens avec nous, c'est 2026.
03:38La méritocratie, la méritocratie, ça existe.
03:43Et alors, les amis, la marque vraiment de cette égalité absolue entre les chevaliers-pariers,
03:47on la retrouve entre les maisons.
03:49Regardez cette interstice-là, c'est à peu près 30 cm.
03:52Et en fait, c'est ce qu'on appelle le « pan du roi ».
03:54C'est vraiment cette idée de « Non, non, c'est chez moi, on est tous indépendants,
03:57du coup, on va décaler nos maisons. »
03:59Et l'interstice entre les maisons appartient à qui ? Au roi.
04:02Ah, pas mal.
04:03C'est bon.
04:03Mais il n'y a pas beaucoup de place pour vivre, le roi, quand même.
04:06Et voilà, la tour des chevaliers-pariers de la garde Guérin, 22,5 mètres de haut.
04:12C'est de tout en haut qu'il surveillait la route.
04:14Attends, attends, attends, mais là, c'est un trou, là-bas.
04:16Ouais, allez, pas peur, allez, pas peur.
04:19Monte, je sais que tu as le vertige, mais il faut y aller, Florian.
04:22Le trou, c'est juste ses dimensions, lui, là, tu vois.
04:25Et voilà, mesdames, messieurs, ce qui, pour moi, est le plus beau département de France.
04:28Je pars, bien sûr, de la Lausère.
04:30Regardez comme c'est beau.
04:31T'es tellement catégorique.
04:32Quoi ?
04:33Pourquoi ?
04:33Je ne suis même pas chauvin, en plus, c'est que je ne viens même pas d'ici.
04:36Mais je le dis en toute objectivité, la Lausère, c'est magnifique.
04:39Alors, qu'est-ce qu'ils voyaient, les chevaliers du haut de cette tour ?
04:41Eh bien, en fait, il faut bien s'imaginer, donc, le chemin de Périnage, chemin de Rigordane qui traversait le
04:45village,
04:45qui arrivait du nord et qui se dirigeait vers le sud, ou l'inverse, parce qu'on pouvait faire aussi
04:49le chemin dans l'autre sens.
04:50Et en fait, les chevaliers-pariers, depuis leur trou de guet, ils surveillaient les environs.
04:53Mais les chevaliers-pariers, ils avaient aussi plusieurs droits, notamment des taxes.
04:56Et une de ces taxes nous intéresse particulièrement, puisqu'elle est en lien direct avec ce qu'on va découvrir
05:00juste après.
05:01Est-ce que vous connaissez cette taxe ?
05:02Non.
05:06Pulvérage.
05:07Pulvérage, j'ai essayé de deviner.
05:08C'est très chevalier, coupons, épais dans la tête.
05:10Il y a une question de pulvériser les ennemis.
05:12Non, non, non. En fait, le droit de pulvérage, c'est une taxe qui est établie en fonction de la
05:16quantité de poussière soulevée par les troupeaux en transhumance.
05:20Attends, qu'est-ce que c'est que ça ?
05:21C'est-à-dire qu'en fait, c'était une manière, en regardant la quantité de poussière que les troupeaux
05:25soulevaient, c'était une manière de quantifier la taille du troupeau.
05:28Ah, oui, d'accord.
05:29Plus la poussière soulevée était importante, plus la taxe était importante.
05:32Je ne devrais pas des brebis.
05:34Mais avant toute chose, regardez juste en dessous, il y a la magnifique chapelle du village.
05:38On peut se dire que c'était là que les voyageurs allaient se recueillir, puisque le Moyen-Âge est une
05:44époque éminemment chrétienne.
05:45Il n'était pas question de ne pas faire un arrêt obligatoire aussi par la chapelle.
06:16Sous-titrage Société Radio-Canada
06:30Sous-titrage Société Radio-Canada
07:02Bon, ce village de la Garde Guérin, c'est une belle surprise, déjà parce que je ne le connaissais pas.
07:06C'est incroyable, ces belles maisons typiques de l'Auserre, en pierre taillée.
07:10Et puis alors, quelles pierres ? C'est vraiment des pierres massives.
07:12Mais surtout, moi, ce qui me touche, c'est le cadre.
07:14Les grands paysages de l'Auserre et puis surtout les gorges du Chassezac, qui sont presque sous la Garde Guérin.
07:20Je trouve que ce parallèle entre les foules de gens qui ont parcouru ce chemin,
07:26comme pour un petit peu aller trouver leur foi, aller trouver quelque chose qui les transcende,
07:31et en même temps, les bergers qui emmènent leur troupeau grâce à la Régordane,
07:38comme pour un petit peu rapprocher leur troupeau du ciel.
07:41Je trouve ça vraiment très, très beau.
07:43Et j'ai hâte de découvrir Olivier, car Olivier, c'est un paysan qui est aussi maire.
07:47Et souvent, ce sont des grands personnages qui ont beaucoup de choses à nous apprendre.
07:51Donc j'ai très hâte de cette rencontre.
07:52Salut Antoine.
07:53Salut Olivier.
07:53Ça va ?
07:53Tu vas bien ?
07:54Ouais, très bien.
07:54Bonjour Olivier.
07:55Salut Henri.
07:56Salut.
07:56Enchanté.
07:57Donc quel temps il fait chez toi là ?
07:58Eh bien il fait beau.
07:59Il fait beau, et ça jusqu'à normalement dimanche, lundi.
08:03Ça tombe bien pour le week-end de la Transhumance quand même.
08:04Voilà, parfait.
08:05Les gens seront contents, ils pourront voir un beau spectacle à l'arrivée.
08:08Nous, il va falloir qu'on soit un peu plus attentifs pour nos bêtes évidemment,
08:11mais sinon c'est parfait, c'est le temps idéal.
08:13Et pour vous aussi, pour découvrir ce magnifique territoire de l'Auserre, notamment.
08:17Génial.
08:17Écoute, tu veux un petit morceau là ?
08:19Avec plaisir.
08:19On est heureux là.
08:21On t'a préparé ça, petite mousse de canard.
08:23Super, merci beaucoup.
08:24En fait, la Transhumance, depuis déjà des millénaires, et d'ailleurs c'est aussi
08:28un des objets de votre présence, c'est l'année internationale du pastoralisme en
08:302026, nos troupeaux suivent l'avancée de l'herbe et la pousse de l'herbe.
08:35Donc on va en fait partir d'ici, on est à 900 mètres d'altitude environ, où l'herbe
08:40a fini sa pousse la fin juin, c'est fini, c'est terminé.
08:42Et on va monter à 1700 mètres dimanche au sommet du mont Lauserre, où là l'herbe est
08:47à un stade un peu moins avancé, plus fraîche, et nos bêtes vont passer deux mois
08:53là-haut, en altitude, avec des températures d'ailleurs beaucoup plus agréables pour
08:56elle.
08:57Et ensuite, on redescend en début septembre, parce qu'il y a des périodes de mise bas.
09:01C'est pour ça qu'on redescend nos brebis sur nos exploitations agricoles.
09:04Tu es aussi maire de la commune de Prévenchère, dont dépend la Garde-Guin.
09:07Donc j'ai une double question.
09:08Ça fait quoi déjà d'être éleveur et maire ?
09:11Et deuxièmement, quel est ton rapport un peu aussi avec le patrimoine de la Garde-Guin,
09:13parce que c'est un des deux plus beaux villages de Lauserre ?
09:17Alors c'est vrai qu'on a une commune qui est magnifique, et d'abord, la caméra parle
09:21à ma place, c'est exceptionnel.
09:22La commune de Prévenchère, c'est 270 habitants.
09:24Alors certes, c'est peu et c'est un seuil minimal pour pouvoir maintenir des activités,
09:28des commerces, l'agence postale, l'école, tout ça, c'est vrai qu'il faut y être très
09:33attentif.
09:34Moi, je suis né ici, j'étais scolarisé à Prévenchère, j'ai fait un peu d'études,
09:38mais pas plus que ça.
09:39Et donc, je suis revenu au pays, je me suis installé en tant qu'agriculteur en 2000.
09:44Et ce pays, je l'ai dans les tripes, et donc je veux le défendre et le porter, à
09:47la fois pour son histoire, et tu l'as dit, on a un village sur la commune qui est la
09:52Garde-Guérin,
09:52qui est un des plus beaux villages de France, qui est le deuxième site le plus visité de
09:56Lauserre, c'est 100 000 visiteurs par an.
09:57Donc voilà, moi je me bats pour ça, et mon moteur, c'est ça.
10:00Parfois, je suis comme tous, j'en ai marre, je suis fatigué, j'ai envie de lâcher.
10:04Mais comme j'aime mon pays et que je pense qu'on construit des choses assez intéressantes,
10:07je continue, et maire, c'est aussi être un peu l'ambassadeur.
10:10Je suis par exemple à l'Association nationale des élus de la montagne, au comité directeur.
10:14Je suis quelque part aussi un peu ambassadeur de la ruralité, à ce titre-là.
10:17Et donc moi, ça m'intéresse et que ça dure, quoi.
10:21Quand tu as envie de lâcher, c'est quoi ce qui te fait tenir, justement ?
10:24C'est les projets en cours.
10:27On est une commune, on est la commune de Lauserre qui a le plus investi par habitant pendant le mandat
10:32précédent.
10:32Si tu lâches ça, qu'est-ce qui va se passer ?
10:35C'est peut-être un peu prétentieux ce que je dis, mais je sais toute l'énergie qu'il faut
10:38y mettre pour faire aboutir un projet.
10:40Moi, j'aime Prévencher, j'aime Lauserre et donc je ne veux pas lâcher, quoi.
10:43Tu sais, ça se voit que tu l'aimes profondément, charnellement, même.
10:45Tu en parles très bien.
10:46Et alors demain, on se retrouve à quelle heure, alors, Olivier ?
10:48À deux heures.
10:49C'est ça que tu voulais que je veux ?
10:50À deux heures du mètre ?
10:51À cinq heures, c'est pire !
10:53Non, on va y aller tranquille.
10:54D'abord, il faut qu'il fasse jour pour pouvoir démarrer les troupeaux, parce qu'il faut quand même boire
10:57les brebis.
10:58Mais on va partir tranquillement à six heures, six heures et demie, quoi.
11:00C'est la grasse mat, ça va.
11:02C'est la grasse mat pour les aventuriers.
11:04Et on va se retrouver en face et on va faire nos petites deux heures et demie de marche tranquille.
11:10Et on va se retrouver avec les autres éleveurs à la fin.
11:13Et puis ensuite, on boira un café ensemble et on parlera avec les autres paysans aussi qui ont beaucoup de
11:16choses à vous dire et qui sont heureux de vous accueillir.
11:18Je souris comme un enfant.
11:20C'est un problème qui est un problème, s'il me plaît.
11:22Bon, écoute, on n'a plus qu'à finir ce dîner.
11:24Oui, pour le monde du ciel, mes amis, terminer cette charcuterie.
11:28Très content d'avoir rencontré un personnage comme Olivier.
11:30Alors, je dis personnage parce qu'évidemment, c'est à la fois un maire et un paysan.
11:34Donc, il est très prenant dans son discours, dans ce qu'il raconte.
11:37Il est très sûr de lui.
11:38Et dès qu'on cruse un petit peu la discussion sur des sujets de paysannerie, des sujets importants,
11:42on voit chez lui une certaine sensibilité.
11:45Et pour moi, ça, c'est un très, très bon signe.
11:46Ça veut dire que l'aventure qui nous attend, elle va être sûrement pleine de rebondissements et pleine de belles
11:50choses
11:50qu'on va découvrir à travers nos yeux de débutants, jeunes bergers apprentis.
11:55Et à travers aussi ses yeux de paysans très sensibles qui connaît très bien son terroir et son territoire.
12:00Et en parlant d'aventure, on vous l'a dit, la Régordane, c'est une route qui a des siècles
12:04et des siècles.
12:04Et pourtant, la transhumance qu'on va faire, c'est son père qui l'a inventé.
12:09Et aujourd'hui, il l'a fait avec son fils.
12:11Donc, c'est génial.
12:12Ce qui nous attend, c'est du savoir-faire paysan, de la transmission, des traditions.
12:16Bref, j'ai très, très hâte.
12:18Mais là, la petite fatigue se fait ressentir.
12:20Alors, je vous dis bonne nuit et à demain.
12:36Et je crois que les moutons, ils vont se garder tout seul.
12:40Toi, tu y vas ?
12:40Je suis comme ça de loin avec les moutons là.
12:43Tu vas à la droite, à la gauche.
12:45Quoi, j'ai rien compris ?
12:46Tu vas à la droite.
12:53Ça fait un boucan à 6 heures du mètre, là.
12:59Comment les agneaux, ils reconnaissent leur mère ?
13:04À l'odeur et au bellement.
13:07Ah ouais, ah ouais.
13:09Ça veut dire qu'elles ont toutes un bellement particulier ?
13:11L'agneau le reconnaît, en tout cas, ça c'est sûr.
13:13Mais à la naissance, c'est à l'odeur de l'agneau.
13:17L'agneau, on en mange de moins en moins.
13:19Est-ce que du coup, c'est vraiment une production, une consommation qui est très localisée ?
13:21Ou c'est vraiment dans le national ?
13:23En France, on consomme, je crois, de mémoire, près de la moitié de viande importée en agneau.
13:30En auvain en général, agneau, brebis de réforme.
13:32Et c'est vrai que nous, pour les filières un peu de tête, les IGP, les AOC, comme nous, comme
13:37l'agneau de nos herbes, c'est plutôt de la boucherie traditionnelle et de la grande restauration.
13:43Je crois qu'une des problématiques, c'est que les jeunes, il faut que ça mange vite, il faut que
13:48ce soit du McDo, ils ne vont pas à la boucherie faire leurs courses.
13:51Il faut les sensibiliser à ça.
13:54Mais ceci étant, en positif aussi, on peut balancer, c'est que, comme il y a de moins en moins
14:00de production française en auvain, on a perdu 40% de diminution.
14:0440% de diminution du cheptel auvain français en 25 ans.
14:07Le côté positif aussi, c'est que quelque part, on manque aussi d'agneau.
14:10Et donc, notre production, quoi qu'il arrive, il faut tenir bon, parce qu'elle aura, je crois, toujours sa
14:15place, elle sera toujours recherchée sur le marché français.
14:19On va faire quoi, là, concrètement ?
14:20On va aller voir les troupeaux entre les deux passages, on monte les voir.
14:23Les gars, ils sont là, ils sont au taquet, 6h du mat, opérationnel.
14:29Là, c'est en plus, c'est la période, d'autant plus sur la transhumance.
14:31Ils ont dit que c'est quotidien, sur les 25h du matin, parce que le troupeau n'attend pas.
14:37Et surtout là, c'est la transhumance, c'est beaucoup de préparation, c'est beaucoup de pression pour eux aussi,
14:41parce qu'ils ont dit, à tout moment, le troupeau, il peut partir un petit peu dans ta gauche, et
14:45après, c'est intenable.
14:46C'est un métier difficile, c'est des métiers qui ne sont pas faciles du tout.
14:49Il faut être tous les jours, constamment, sur l'exploitation, s'occuper des bêtes.
14:52C'est un travail très, très physique, parce qu'il faut être beaucoup discipliné.
14:56C'est très, oui, c'est très difficile, bien sûr, c'est très difficile.
15:00Moi, ce que j'admire énormément à chaque fois qu'on va quelque part dans un élevage, on se rend
15:03compte que les animaux, c'est des milieux d'individus qui, en un instant, font un seul grand individu.
15:07Ça, c'est vraiment impressionnant.
15:09Et tu sens toute la puissance du troupeau ensemble.
15:11Et de savoir qu'il y a juste un berger, un éleveur, un beurdeur colique qui peut gérer tout ça,
15:16c'est d'une force.
15:18Ça met vraiment au respect.
15:23Pour la transhumance, c'est vrai qu'il y en a un paquet de cloches, on l'entend, et les
15:26soleils, ça teinte dans tous les sens.
15:28Alors d'abord, c'est magnifique déjà.
15:29Oui, c'est beau.
15:30C'est un bruit, moi, je veux dire, le plus beau moment pour un éleveur ou un berger, c'est
15:34quand tu rends ton troupeau le soir, qu'elles ont bien mangé, qu'elles ont la pence à gauche, qui
15:40gonfle, et que la nuit tombe, et que t'entends ce bruit, là, dans les villages ou sur les montagnes,
15:46c'est, pour moi, c'est magique.
15:47Ce bruit paisible.
15:48Ça t'apaise, clairement.
15:50Après, l'objet quand même des sonailles, c'est certes, bon, c'est joli, mais c'est surtout une efficacité,
15:54parce que tu les retrouves, quand il fait mauvais temps, tu les retrouves au bruit, les brebis.
16:00On n'a toujours pas fait mieux depuis la sonaille.
16:01On n'a pas fait mieux.
16:02Ça, c'est clair.
16:09En fait, c'est fou, là, genre l'ambiance, l'ambiance qu'il y a, t'as les bellement des
16:14brebis, il y a les sonailles, les petites clochettes qu'elles ont, qu'elles ont tout autour du bout.
16:19Il y a les boarders qui sont en folie, parce que, bah, eux aussi, en fait, c'est leur métier,
16:23tu vois, les 6h30, eux, ils sont au taquet, quoi.
16:27Et puis, on est dans cette forêt de l'osère très caractéristique.
16:31Ça suit pas trop, Olivier, hein ? Je suis désolé de t'interrompre, mais...
16:33Oui, mais là, elles le mangent, en fait.
16:34Oui.
16:35Là, elles se régalent, parce qu'il y a de l'herbe, elles ont des herbes jusqu'au ventre, et
16:38de l'herbe verte qu'elles ont plus, elles ont plus, sur nos parcours, l'herbe est plus verte.
16:42Là, elle est verte, parce que ça fait longtemps qu'elles n'ont pas mangé de l'herbe aussi verte.
16:47Oui, sympa, ce chemin, Olivier.
16:48Ben ouais, c'est le même chemin.
16:50Tu le connais, oui ?
16:51On le pratique depuis 1990, mon père l'a pratiqué avant moi, évidemment.
16:55Oui.
16:55Et c'est toujours le même chemin, toujours le même trail qu'on emprunte, et on se demande même si
16:59les brebis ne le reconnaissent pas et ne l'ont pas en mémoire, quoi.
17:03Alors, il y a l'OMS, l'Organisme Mondial de la Santé, qui recommande de faire 10 000 pas par
17:07jour.
17:07Toi, tu ne les comptes plus.
17:09Tu es bien au-delà, toi.
17:10Il faut que l'OMS encourage tous les gens à venir faire la transhumance, en fait, c'est ça ?
17:13Oui, oui, oui, ça devrait être prescrit par le docteur.
17:15Bon, là, c'est la jolie facette du métier, bien sûr.
17:17Oui, oui, oui.
17:18Après, pour arriver à ça, pour arriver à avoir un troupeau, parce que franchement, le troupeau est beau, cette année,
17:22elles sont en état.
17:23On voit, elles montent vraiment presque même grâce, il y en a.
17:26C'est 365 jours de travail pour arriver à ce moment-là.
17:29Oui, c'est ça, oui.
17:30Du soin des brebis, soigner les malades, parce que, évidemment, on en a trié.
17:35Ce soir, il y en aura peut-être à trier qui boite, parce que c'est comme ça, c'est
17:38la vie, hein, voilà.
17:52Je pense que, quand même, tous les matins, pour la transhumance, tous les ans, il y a ce petit stress.
17:56Je n'ai pas dormi de la nuit.
17:57Je n'ai pas dormi de la nuit.
17:58Pas une heure.
17:59Je suis de la nuit blanche.
18:00Mais pourquoi ?
18:01Parce que tu te stressais.
18:01Le stress, un peu le stress, parce que mine de rien, moi, je suis un peu comme ça aussi.
18:04Un peu l'appréhension, le pas s'oublier, on calcule, on tourne, voilà.
18:08Mais lundi, on dormira bien.
18:10OK.
18:10T'en seras passé.
18:11On te le souhaite, en tout cas.
18:13Et vous avez dormi, vous ?
18:14On aurait aimé dormir plus.
18:15On est vraiment contents d'être là, en tout cas.
18:33Tu vois comment ça se passe ?
18:34Là, on est sur départemental, une route assez large, avec des voitures.
18:37Et on n'a pas fermé la route.
18:39C'est route ouverte, d'accord ?
18:40Donc, il y a forcément des voitures qui arrivent, qui arrivent vite, en plus, à 80 à l'heure.
18:44Voilà, là, on a un parfait exemple.
18:45Donc, on se demande comment ça se passe.
18:47Et en fait, les voitures s'arrêtent.
18:49Le troupeau passe, il se scinde en deux, en trois, etc.
18:51Et ça se passe très bien.
18:52La voiture, au final, elle attend quoi ?
18:5515 secondes, pas plus, et puis elle repart.
18:57À l'époque de ton père, c'était des troupeaux de quelle taille ?
19:00Ça n'a rien à voir, non ?
19:01Au tout début, en 1990, quand ils ont démarré cette transhumance sur le Mont-Losère,
19:06ils ont monté 800 brebis.
19:08Aujourd'hui, on en monte presque trois fois plus.
19:11Donc, ça veut dire quand même que malgré tout, ben...
19:13Ça veut dire qu'il faut bosser trois fois plus pour gagner sa vie de pareil, il y a 50
19:17ans ?
19:17Ça peut valoir dire ça aussi, c'est sûr.
19:19C'est une façon d'interpréter les choses.
19:21Ça veut dire aussi que quelque part, les nouvelles générations ont pris le relais.
19:24C'est-à-dire que nous, là, on va le voir tout à l'heure, il y a quand même
19:27pas mal de jeunes, quoi.
19:28C'est formidable, ça.
19:29Ça, c'est vraiment la bonne nouvelle.
19:30Ça donne le sourire.
19:31C'est-à-dire que de ton côté, du moins dans ta région,
19:33il y a quand même cette transmission qui se fait du savoir paysan qui est multiséculaire ici.
19:41C'est pas foutu.
19:41Franchement, il y a des difficultés.
19:43On va les aborder, on va continuer à les aborder.
19:45Mais franchement, c'est pas cuit.
19:47Et nous, on en est aussi modestement un exemple sur ce groupement,
19:50c'est que je suis le plus vieux avec Thierry.
19:53J'ai que 51 ans.
19:54Tu n'es pas si vieux que ça.
19:54Je ne suis pas foutu complètement, on va dire.
19:56Bon, voilà.
19:56Il y a cette transmission, il y a la filière de qualité aussi en parallèle
19:59qui permet de gagner sa vie et d'être sécurisé au niveau des ventes aussi.
20:03Ça compte.
20:04Voilà, il y a quelque chose de solide et de bâti à nous de faire en sorte
20:07que cet équilibre fragile tienne, quoi.
20:22Je joue avec elle.
20:24Elle se fout de ma gueule un peu, donc je me fous de sa gueule.
20:32Oh, allez, elle a gagné.
20:33Allez, lâche ça.
20:36Ils ont de la force en plus.
20:39Et Olivier, je me demandais, quel rôle jouent les moutons
20:42dans la préservation des paysages, de l'environnement ?
20:45Est-ce qu'ils le modifient ?
20:46Est-ce qu'ils le préservent ?
20:49Ils ont un rôle essentiel pour la préservation et notamment des milieux ouverts.
20:52Et là, on est typiquement à un endroit où si on se pose, si on se retourne,
20:56on voit tout l'impact du pastoralisme,
20:58tout son rôle pour le maintien de la biodiversité et de l'ouverture des milieux.
21:03Toutes ces zones sont pâturées toute l'année.
21:04On voit des zones qui ont été brûlées par les éleveurs là.
21:07Cette pente, on voit que ça a été brûlée cet hiver.
21:09C'est des zones où l'herbe repousse au printemps.
21:11Donc tout ce travail d'entretien permanent par le pâturage, l'éco-buage,
21:15le broyage complémentaire qu'on peut réaliser avec des tracteurs aussi,
21:19fait qu'on maintienne au milieu ouvert.
21:21Qu'est-ce qui se passe si demain, le pastoralisme s'arrête ?
21:24Ça n'existe plus.
21:26Alors déjà, première conséquence, il n'y a plus de tissu socio-économique.
21:30Les éleveurs en Lauserre, malgré tout, c'est 2000 éleveurs quand même.
21:33C'est les filières qui tournent, c'est les abattoirs, c'est des clients qu'on sert,
21:36c'est de la nourriture qui est produite quand même,
21:38que ce soit en viande, en produits laitiers, etc.
21:42Et l'impact sur les paysages ?
21:43Et l'impact sur les paysages, elle sera marquante.
21:46Ça va être une fermeture des milieux, c'est-à-dire que ce type de ronces que tu as là
21:50au bord du chemin,
21:51ce sera partout comme ça, ça sera fermé.
21:53L'herbe sèche va gagner et qu'est-ce qui va se passer ?
21:56Comme dans l'eau de l'année dernière.
21:57Incendie.
21:58Incendie, la foudre, un mégot, etc.
22:01Et là, tu n'as rien qui l'arrête.
22:02Et le rôle aussi sur la biodiversité, c'est que sur ces territoires,
22:06on a une flore qui est exceptionnelle.
22:10On avait fait des études et des recensements.
22:13Dans nos prairies naturelles, on peut aller jusqu'à 60 espèces de plantes différentes.
22:18Là où, dans un milieu boisé comme tu as là-haut,
22:20tu as au grand maximum 10 espèces différentes.
22:23Donc le milieu ouvert, c'est aussi riche en termes de biodiversité,
22:26de flore et de faune.
22:28Parce que forcément, il y a tout un tas de faune qui se régale là.
22:31Le pastoralisme permet cette biodiversité exceptionnelle que vous avez en Lozère.
22:34Complètement, et c'est un des enjeux de sa reconnaissance.
22:38C'est pour ça qu'on est en zone classé pour l'agropastoralisme ici, sur ce secteur de Lozère.
22:43Et il faut le perdurer aussi pour ça.
22:45C'est un rôle essentiel pour l'équilibre de notre environnement
22:49et la beauté aussi des paysages.
22:55Il y a des chats partout.
23:01Allez, pépépépép, portons ensemble.
23:04Non !
23:05Non, bouteille.
23:05Allez, pépépépépépépépép.
23:09C'était là ?
23:10Quoi ?
23:14J'espère que c'est là qu'elles étaient censées rentrer, quoi.
23:17Là, il y a un embouteillage.
23:18Il y a l'heure de pointe sur le périph.
23:20Olivier, elles étaient bien censées rentrer ici ?
23:21Je crois que oui.
23:22Mais j'ai laissé les bergers de Paris le faire, de Bourgogne.
23:26Désolé si ça a merveillé.
23:27C'était la bonne entrée ou pas ?
23:29C'est là.
23:29Ah bah très bien, alors nickel.
23:30Non mais je te dis, moi je peux partir, je vous laisse.
23:32Je vous dis l'année prochaine.
23:33Mais nous, on n'y est pour rien, je crois qu'elles ont reconnu le truc d'elles-mêmes, là.
23:36Vraiment.
23:47En fait, là, on est au bâtiment agricole.
23:48Du coup, on est revenu pour faire un peu le travail qu'on n'avait pas fait ce matin.
23:52Notamment, donner à manger aux agneaux et s'occuper un peu des mères des agneaux.
23:56Et là, c'est la grange de stockage du fourrage qui est couplée à la bergerie pour alimenter les troupeaux
24:02l'hiver.
24:02On ne fait que du fourrage sec, pas d'ensilage, pas d'enrubanage.
24:06Parce qu'on est dans un pays, quand même, où il y a une profondeur de terre très faible.
24:11Et on est dans un terrain très séchant.
24:13Donc on arrive à faire du bon fouin, de qualité, en 4-5 jours de soleil et de vent, on
24:17fait du super fouin.
24:19Et voilà, ça fait des super produits pour nos bêtes.
24:22Alors ça, c'est du vieux fouin.
24:24C'est du vieux fouin, il y a deux ans.
24:27Comme cette année, on n'a pas eu énormément de récoltes en fourrage, on a fait une année.
24:31En 2026, on a ramassé la moitié de 2025.
24:34Alors pour économiser le bon fouin et le garder pour les mères, on donne du fouin d'il y a
24:37deux ans en attendant aux béliers et au reste des animaux.
24:48Ah bah voilà, c'est bon, je commence à avoir le coup là.
24:51Il est venu d'une fois là.
24:55Tu le mets là, ce blé ?
24:56Ah oui.
25:01Voilà, impeccable.
25:02Bon, ça y est, il est prêt.
25:04Ouais.
25:05Attends, attends, parce que tu ne m'as pas encore montré tout le côté administratif et ça, je ne suis
25:09pas prêt.
25:10Ça, c'est vrai que ce n'est pas le plus intéressant, c'est sûr.
25:12C'est ma hantiste.
25:13Mais bon, au niveau boulot, tu te débrouilles.
25:15Oui.
25:16Donnez les brebis à la fin, donnez à manger.
25:18C'est bon.
25:19En fait, cette brebis, elle n'est plus tétée là.
25:21Ah oui.
25:22Elle n'est plus tétée parce que ça lui fait mal.
25:26Tu vois, ça là.
25:28Ah oui.
25:29Ça, c'est de l'ectima, ça fait une croûte là.
25:32Ça se fout sur le pied de la brebis.
25:34Oui.
25:34Et résultat des courses, elle chasse son agneau quand il vient parce que ça lui fait mal.
25:39Donc, ce qu'on fait, on essaye de le faire téter un peu pour dégorger le pied de la brebis
25:43déjà.
25:44Oui.
25:45Et ensuite, j'y passerai un peu d'oxytétrin là.
25:48C'est un anti-infectieux et un peu anti-bleu aussi pour soigner la brebis.
25:53Et normalement, en faisant ça pendant quelques jours, après, ça lui passe.
25:58Ah oui, c'est bien bleu.
25:59Ah oui, c'est bleu.
26:00Voilà, tu fais ça, tu le marques à la limite.
26:02Oui.
26:03Un petit coup sur la brebis, comme ça, tu la repères.
26:08Deuxième ronde de la transhumance, on monte à l'étape nuit.
26:12Oui.
26:12On en a encore pour à peu près 2h30, 3h de marche.
26:15Trois heures, on a bien dit trois heures temps, effectif.
26:18Et là, le plus impressionnant, c'est qu'on lâche vraiment les 2000 brebis d'un coup.
26:22Ça arrive, ça arrive là-bas.
26:24Olivier, ça arrive là.
26:27C'est complètement fou.
26:46C'est parti à une vitesse phénoménale.
26:55Et en fait, pourquoi ça se passe comme ça ?
26:58Normalement, la transhumance, c'est d'une traite.
27:01Mais aujourd'hui, à notre époque, il fait beaucoup trop chaud.
27:03Ce n'est plus possible.
27:05Les brebis ne supporteraient pas une telle chaleur.
27:07C'est trop intense pour elles.
27:08Donc, on fait la transhumance en trois fois.
27:11Première fois, comme ce matin, on monte à un premier plateau.
27:15Ensuite, comme ce soir, à 19h, on va monter sur un deuxième plateau.
27:20On va arriver vers 22h, je pense, maximum.
27:23Et après, demain matin à nouveau, avant qu'il y ait les grandes chaleurs de midi,
27:27on va remonter à un troisième plateau, à 1700 mètres d'altitude, sur le mont Lozère.
27:32Là, vous voyez, comme le paysan, il doit faire avec le climat, il doit faire avec ses bêtes.
27:36Et c'est beaucoup, beaucoup de travail, beaucoup, beaucoup de stress.
27:40Ça ne se voit pas parce qu'Olivier et les sudistes,
27:41ce sont des mecs qui ont toujours une gueule et qui ont toujours le sourire.
27:44Mais il y a beaucoup de stress, beaucoup de tension maintenant.
27:48Là-bas ! Arrête là-bas !
27:49On va aider Olivier, on va aider Olivier.
27:52Hop ! Hop !
27:56C'est vraiment... C'est ce que je te disais, c'est comme un grand fluide, en fait.
28:01Il faut imaginer que c'est de l'eau.
28:03Parfois, ça déborde de tous les côtés.
28:05Il faut juste endiguer la fuite, quoi.
28:08Allez !
28:09J'espère qu'elle va se calmer, celle-là aussi, parce qu'on n'arrivera pas là-haut.
28:18Je passe un sale quart d'heure, là.
28:21Il y a beaucoup, beaucoup de poussière.
28:24Et devinez qu'elle est allergique.
28:27Même au lieu de plaisir, est là.
28:29L'expérience est formidable, tout de même.
28:32C'est-à-dire que là, c'est bouché, en fait.
28:34Là, elles n'avancent plus, parce qu'elles n'ont plus la place d'avancer.
28:36Le troupeau a totalement fait demi-tour.
28:38Il est en train de redescendre.
28:40Parce que tous les ans, ils ont un endroit qui est problématique sur cette transhumance.
28:44C'est un très grand virage, une épingle.
28:46Que le troupeau a très, très peu envie de prendre.
28:49Ils ont du mal à prendre ce virage.
28:52Et comme ils refusent de s'y prendre, alors ils font tous demi-tour.
28:55Donc là, le but du berger, des bergers, des éleveurs,
28:58c'est de leur faire comprendre qu'il faut monter et redescendre.
29:00Mais là, c'est un tel flux, une quantité tellement grande, c'est incontrôlable.
29:06Je ne sais pas comment ils vont réussir.
29:07Moi, je prends un petit peu d'avance.
29:24Olivier, quand même, là, c'est sympathique.
29:26Elle n'a pas de transhumance.
29:27Comment est-ce que tu reconnais les tiennes des autres ?
29:30C'est pour ça qu'on les marque à la peinture.
29:32Chaque exploitation a sa marque.
29:33Les miennes ont tendance à aller un peu vers leur bergerie, tu vois.
29:36Quelques-unes, quand même, elles se reconnaissent.
29:38Mais, grosso modo, il faut les trier.
29:40On les passe toutes au parc de tri, quand même.
29:42Ça dure deux heures et on le trie par lot, par couleur.
29:44Et voilà, ça se fait assez bien.
29:54C'est un tableau, on dirait un tableau impressionniste.
29:57Il y a des couleurs partout.
29:59J'ai envie de pleurer tellement c'est beau.
30:05Ça y est, on est arrivé à la fin de la deuxième étape, on va dire.
30:07Oui.
30:08On est sur le massif du Goulet, là.
30:10On est à les 400, 500 mètres d'altitude.
30:12On sent, ça fraîchit.
30:13Ça va mieux.
30:13Ça fait du bien.
30:15La température baisse.
30:16Les brebis vont être super bien dans ce parc de nuit.
30:17Elles ont même de l'eau, de l'herbe, bien sûr.
30:20Mais ça a été quand même un peu compliqué, on l'a vu.
30:22Beaucoup de poussière, très, très sec.
30:23Donc les brebis qui tirent la langue, les chiens qui pâtissent,
30:25les éleveurs qui couvrent dans tous les sens.
30:26L'Orient aussi qui tirent la langue, je te rassure.
30:27Et les influenceurs aussi qui tirent la langue.
30:30Et demain matin, départ 5h30, je pense, parce qu'il fait très chaud.
30:32Mais là, il y a une trotte, là, quand même, jusqu'au moins.
30:34Il y a combien ?
30:35Ouais, mais je ne sais pas, 20 bornes.
30:3720 bornes, mais en partant à 6h, on y sera à 11h.
30:41La grand bête, là.
30:4220 bornes, messieurs.
30:4420 bornes.
30:4420 bornes en 4h.
30:45Ça va.
30:4620 bornes.
30:46Ce n'est pas les marches napoléoniennes non plus.
30:48À 5 km heure, ça le fait.
30:50Moi, vraiment, ce que ça m'inspire, c'est un apaisement gigantesque,
30:54un apaisement monumental.
30:56Ça fait vraiment du bien, déjà, de pouvoir gorbader dans ce genre de paysage.
30:59Il y a le bruit des brebis, le bruit des cloches.
31:02On regarde nos pieds, on regarde le paysage, et c'est tout.
31:05Et en fait, le cerveau se vide.
31:06On ne pense à rien d'autre.
31:08Et c'est parti.
31:09Et ça, on rentre un petit peu dans une phase de contemplation.
31:12Et en plus, contempler avec des brebis, c'est absolument extraordinaire.
31:15Donc, vraiment, c'est vraiment ce que ça me fait.
31:17Ça veut dire quoi être éleveur ?
31:18Ça veut dire quoi être berger ?
31:20Ça veut dire qu'il faut suivre son troupeau coûte que coûte.
31:22Il faut l'emmener, il faut garantir sa sécurité.
31:25Il faut l'aimer où qu'il aille.
31:27Même si parfois, c'est difficile, il faut y aller.
31:29Il faut être là au bon moment.
31:30C'est comme ça, la vie.
31:31Il n'y a pas que des moments faciles, des moments de beauté.
31:34Le beau et les belles choses se font dans la difficulté.
31:36Et c'est vraiment ce qu'on a vécu.
31:38Donc, très content de l'avoir fait jusqu'au bout.
31:40Une bonne nuit qui s'annonce.
31:41Et je vous dis à demain.
31:43Bon, écoutez, première étape, première nuit.
31:47Et on va la passer comme les bergers.
31:48C'est-à-dire qu'on va dormir à la belle étoile.
31:51Alors, ça va être un peu roots.
31:52Parce qu'il n'y a pas de tente.
31:53Il n'y a pas de matelas.
31:55Il n'y a un duvet.
31:57Mais voilà, on va essayer de se trouver un petit carré de près.
32:01Ce n'est pas ça qui manque ici.
32:02On va poser le duvet à même le sol.
32:04Peut-être qu'il sera un peu humide demain avec la rosée.
32:07Mais qu'importe.
32:08On n'est pas malheureux.
32:10On n'est pas malheureux.
32:14Bon, écoute, c'est le réveil.
32:16Il est 5h25.
32:20Ça va se mettre tout doucement en effervescence.
32:23Et puis, dans une demi-heure, c'est le départ de cette dernière étape jusqu'au sommet du bon lausère.
32:34Ça y est, seconde matinée ?
32:36Oui, oui.
32:36Cette fois-ci devant, il y aura moins de plus cher.
32:37Deuxième matin, étape la moins dure.
32:39Enfin, pardon, étape la plus dure.
32:42Il y a quand même 20 bornes jusqu'au mont lausère, les gars.
32:44Oui.
32:44C'est à peu près 1800 et quelques, le mont lausère.
32:47Toi, tu es en pleine forme, là.
32:48Tu as déjà fait de la montagne.
32:49Tu as dormi avec les brebis, là.
32:50Moi, je suis dans mon milieu naturel, là, les gars.
32:51Je vous explique.
32:53Vous n'allez pas m'apprendre la vie, quoi.
32:55Mais tu as bien dormi avec les brebis à côté ?
32:57Mais j'ai vachement bien dormi.
32:58Alors, pour la petite anecdote,
32:59j'avais oublié mon matelas.
33:01Ce qui fait que j'ai dormi, genre,
33:02même le sol avec mon duvet, quoi.
33:03Confort ?
33:04Assez confort, parce que l'herbe était bien grasse,
33:07bien touffue.
33:08Et en revanche, le fait d'être en contact avec le sol,
33:10tu sens, en fait, toute la...
33:14Dès que les brebis se mettent à courir, si tu veux,
33:16tu as l'impression d'être au milieu d'une charge de cavalerie.
33:18Enfin, c'est un truc de dingue.
33:19Mais c'est un grondement et tu sens la terre tremble et tout.
33:22Pourtant, elles étaient quoi ?
33:22Et t'es que ça dans ton duvet ?
33:23C'était à 50 mètres.
33:24Je me suis dit qu'il n'avait pas intérêt à se faire piétiner.
33:34Bon, comme M. Morand est un gentil patron,
33:37il nous a rapporté notre petit déjeuner.
33:39Il est 7 heures, pâté.
33:407 heures, pâté.
33:42Voilà.
33:42Pas le temps de niaiser.
33:43Oh, non !
33:45Oh, le pâté !
33:45Oh, le pâté !
33:47Non, le pâté !
33:48C'est improbable, ce qui se passe.
33:51On est sur un pick-up, dans une remorque,
33:54à 30-40 dans les porêts de Lozère.
33:56Oh, là, on se prend des dos d'âne, en plus.
34:00Mais heureusement, il y a le pâté !
34:19C'est quoi ce qui vous rend fiers ?
34:21C'est montrer notre travail d'une année.
34:24Elles sont belles, là, cette année ?
34:26Ah oui, des belles bêtes,
34:28des passionnés qui montent leurs bêtes,
34:30qui entretiennent une belle tradition.
34:34Et voilà, ils montent en famille, tout.
34:40Tu as pour ce qu'on est avec les trois apprentis éleveurs, ils gèrent.
34:45Ils ont un bel avenir.
34:47Franchement, je les vois bien se reconvertir dans l'élevage.
34:50Ça leur a plu, puis on sent qu'ils sont là-dedans, ça y est.
34:53Donc c'est bien, et puis c'est un moment qui restera,
34:54je pense aussi pour eux, malgré tout.
34:56Et nous, on a été très, très contents de les accueillir,
34:59de discuter avec eux.
35:00Ça a été vraiment un moment convivial.
35:01Et on n'a pas fini, puisqu'on va encore partager
35:03un bon repas avec de l'agneau de Lozère, à midi.
35:10Après deux jours de transhumance, on ne le tient plus.
35:13La brebis, la rond du chèvre.
35:14Oui, oui.
35:15Oh, bien.
35:16Alors là, bravo.
35:18Je tenais à vous précéder.
35:21C'est aussi ça, le bon côté des transhumances.
35:24De beaucoup goûter des bons produits locaux.
35:28Tu sais, Antoine, il y a un moment, on ne parle plus, on déguste.
35:31Oui, oui, ça me va bien.
35:33Regardez.
35:34Mais ne parle plus, Henri.
35:36Parce que ça fait deux jours que je t'écoute,
35:38j'ai la tête comme ça.
35:40Oui.
35:41C'est ça qui parle le plus dans cet épisode.
35:43Nous, on se posait des questions sur les principales difficultés du métier d'éleveur,
35:47et notamment sur la question du loup.
35:49On sait que le loup est revenu depuis les années 90,
35:52et on sait qu'il s'est étendu maintenant sur presque tout le territoire,
35:55et pas spécifiquement en Lozère.
35:56Ce problème du loup est un problème extrêmement préoccupant.
35:59On a vécu très longtemps en France sans avoir de loup, ça se passait très bien.
36:03Mais un bon jour, il est arrivé, paraît-il, paraît-il, spontanément.
36:08Ils ont progressivement colonisé la Savoie, le sud-est, type de la France.
36:14Et puis finalement, ils ont traversé le Rhône,
36:17et puis ça se disperse un petit peu partout.
36:19Et les Cévennes et la Lozère ont été, parmi les départements, les premiers impactés.
36:24J'ai assisté aux toutes premières attaques de loups de Lozère.
36:27À cette époque-là, même Olivier Morin, on disait,
36:31« Mais les loups, c'est de l'autre côté là-bas, c'est en Savoie, c'est d'ailleurs,
36:36c'est pas ici. »
36:37Et puis un beau jour, ça a été ici.
36:39Et ça fait mal.
36:40Ça fait mal parce que, d'une part, ça ne fait que les gens,
36:44ça détruit une espèce de tranquillité qu'ils avaient.
36:47C'est des gens qui déjà travaillent 12 heures par jour,
36:50et le loup leur complique la vie considérablement.
36:53Alors, qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent justement
36:55que la réintroduction du loup, ou son introduction naturelle,
36:59c'est quelque chose de tout à fait sauvage, de tout à fait naturel,
37:02et qu'il ne faut surtout pas le réguler, le chasser ?
37:04Alors, moi, personnellement, je pense qu'il faut le réguler.
37:08Mais c'est un animal, il a le droit d'exister.
37:12Puisqu'il existe, il ne faut pas l'exterminer, il ne faut pas le tuer.
37:15Alors, il faut faire en sorte qu'on s'en protège,
37:18qu'on protège les gens qui en souffrent.
37:19Si je comprends bien, en fait, le retour du loup, surtout en lausère,
37:24par rapport à la filière du pastoralisme,
37:27provoque une espèce d'effet domino, de conséquence,
37:30où on part, certes, de la première conséquence,
37:32qui est l'attaque et la mort des moutons.
37:33Mais derrière, en fait, il y en a plein d'autres,
37:35parce qu'après, il y a les répercussions dues à la protection du loup,
37:37il y a le changement de comportement des troupeaux,
37:40qui change aussi l'écosystème, etc.
37:41Voilà, et puis surtout, des frais complémentaires.
37:44Alors, des frais complémentaires sont obligés d'avoir un berger supplémentaire, par exemple.
37:48Ici, ils sont à trois, maintenant, pour garder.
37:50Avant, ils étaient un seul.
37:51Alors, ça complique considérablement le travail.
37:53Et puis aussi, quand il y a une attaque au loup,
37:55ils perdent de la génétique.
37:57Ce n'est pas seulement les agneaux ou les brebis qui sont mortes,
38:01c'est que ces brebis, elles avaient été sélectionnées par l'éleveur.
38:04Elles étaient les filles ou les petites filles
38:06de brebis sélectionnées par le père d'Olivier, par exemple.
38:09Donc, en rigueulant le loup, on pourrait contenter tout le monde.
38:12Mais vous avez ceux qui sont trop loups, complètement.
38:15Il ne faut pas tuer les loups, il ne faut pas y toucher.
38:17Il y a ceux qui sont farouchement anti-loups.
38:19Il faut arriver à l'heure actuelle à trouver une équipe.
38:23Bon, les gars, c'est la fin de cette transhumance.
38:25C'était incroyable.
38:2648 heures avec les éleveurs et les bergers de l'Ausère.
38:29Qu'est-ce que vous en avez pensé, Henri ?
38:30Extraordinaire.
38:31Franchement, une expérience que je voulais faire depuis longtemps
38:34et qui m'a paru aussi un petit peu bizarre.
38:36Ah oui ?
38:36Parce que les paysages de l'Ausère, je ne connaissais pas du tout.
38:39J'avais vraiment l'impression d'être dans un pays étranger,
38:42très beau, mais étranger.
38:43Mais en fait, c'est la France.
38:44C'est aussi la diversité des paysages de France.
38:46Et aussi parce qu'on retrouve quelque chose d'un peu d'ancestral
38:49dans cette démarche de transhumance.
38:51Et ça, j'aime beaucoup.
38:52Ça m'a beaucoup plu.
38:53Et toi, Florian ?
38:54J'aime beaucoup le mode ancestral
38:55parce que c'est beaucoup plus que ça également.
38:57On a montré que le patrimoine est vivant
38:59et qu'aujourd'hui, les traditions, le savoir-faire,
39:02ce n'est pas poussiéreux.
39:04C'est d'actualité, surtout aujourd'hui.
39:06On le voit en l'Ausère.
39:07Tout ça, ça fait vraiment un grand cercle vertueux.
39:09Et je suis très content qu'aujourd'hui,
39:11on a montré que la paysannerie, c'est formidable.
39:13Donc, comment on peut conclure cet épisode ?
39:14Vive la l'Ausère, déjà.
39:15Vive les brebis.
39:16Vive la transhumance et les chemins de draille.
39:18Vive la France.
39:19Et vive, surtout, Olivier Morin !
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