00:00Imagine, je te demande un jour de créer une oeuvre d'art avec ton propre style.
00:03Tu peux faire ce que tu veux, mais à la fin l'oeuvre m'appartient et on peut considérer que
00:07c'est mon style puisque c'est mon oeuvre.
00:10Ok, maintenant imagine tout le monde finit par détester ce style. Est-ce que tu blâmes l'artiste ou moi
00:15-même ?
00:16Récemment j'ai fait cette vidéo sur l'Alegria Art ou le Corporate Memphis et à la fin je pose
00:20les bases d'un questionnement,
00:21d'un dilemme que j'aime beaucoup. Il y a des gens qui vont blâmer le Corporate Memphis et l
00:24'Alegria Art parce que ça représente le capitalisme,
00:27un style surexploité, low effort et pas très créatif, mais il y a aussi une team qui est là pour
00:31défendre l'Alegria Art
00:33parce qu'en soi ça reste un style plutôt esthétiquement apprécié, avec des valeurs bienveillantes et inclusives,
00:38et donc cette team met plutôt la faute sur le système capitaliste, les big tech et les GAFAM qui ont
00:42mis en place l'Alegria Art.
00:44Et ce dilemme du fait de détester une oeuvre d'art ou plutôt le système qui l'a amené, tu
00:48le retrouves pas que dans le design.
00:49Par exemple dans le domaine musical, la techno a été amenée par une communauté marginalisée, des minorités ethniques et sociales,
00:55puisque la techno est globalement apparue dans les communautés queers, noires et d'autres minorités dans les quartiers défavorisés.
01:01Et aujourd'hui la techno a beaucoup évolué et tu peux même la voir dans des festivals comme Coachella, qui
01:05sont des festivals excessivement chers,
01:07donc pas du tout accessibles aux communautés marginalisées ou les minorités.
01:11Donc ça devient en quelque sorte un phénomène de mode prisé par les classes sociales plus aisées, voire même réutilisé
01:15par certains groupuscules d'extrême droite.
01:17C'est donc un genre musical qui tire ses origines dans certains enjeux et qui se développe vers son exact
01:22opposé.
01:22Est-ce qu'on peut alors séparer l'oeuvre et le style artistique de son système ?
01:26On peut dire la même chose du football, par exemple dans cette coupe du monde les prix des billets pour
01:29la finale étaient astronomiques.
01:32Alors que le foot se veut comme un sport populaire, là dans ce cas là ça ne l'est plus
01:35vraiment, voire plus du tout.
01:37J'ai un peu remarqué la même chose avec le street art qui se veut comme un art populaire de
01:40la rue et un peu marginalisé, illégal.
01:42Alors qu'aujourd'hui beaucoup de villes vont faire des commandes de street art et vont faire venir les street
01:46artistes dans leur ville pour faire du street art.
01:49Et on peut même payer des billets d'entrée pour voir des expos de street art alors que ça se
01:54voulait à l'origine.
01:54Comme un style artistique contestataire, rebelle, de la rue quoi.
01:58Donc on peut dire quelque part que c'est une oeuvre ou une pratique culturelle qui est récupérée idéologiquement ou
02:02économiquement,
02:03à des fins capitalistes tout en véhiculant des valeurs qui sont parfois différentes voire même complètement à l'opposé de
02:09celles qui étaient véhiculées à l'origine par cette oeuvre ou cette pratique culturelle.
02:12C'est pour ça que certaines personnes veulent vraiment séparer l'Alegria art et le corporate Memphis du système capitaliste
02:18qu'il a vraiment essoré jusqu'au bout.
02:20Là où il y a d'autres communautés qui sont là juste pour la bâcher jusqu'au bout.
02:23Parce que tu peux presque parler d'appropriation culturelle ou de récupération politique et idéologique d'une pratique culturelle.
02:29Alors évidemment, en exposant toutes ces oeuvres à un plus grand public, ça joue beaucoup sur l'accessibilité et l
02:35'inclusion de ces oeuvres et de cette pratique culturelle auprès du grand public,
02:39mais parfois au détriment de ces valeurs d'origine.
02:42Bref, toi t'en penses quoi ?
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