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  • il y a 28 minutes
Après la découverte des ossements de quatre nourrissons et du corps d'un nouveau-né dans un appartement du centre historique d'Orange (Vaucluse), cette affaire soulève de nombreuses questions sur le déni de grossesse, le néonaticide et les mécanismes psychologiques qui peuvent conduire à de tels drames. Pour éclairer ces enjeux et mieux comprendre ce qui peut se passer dans la tête de ces femmes, Ondine Millot, journaliste et autrice de Des monstres n'existent pas, une enquête dans laquelle elle est allée à la rencontre de Dominique Cottrez, condamnée pour avoir tué huit de ses nouveau-nés est l'invitée de Vincent Derosier dans RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Vincent Derosier du 30 juillet 2026.

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Transcription
00:00Les sucrés, RTL Matin, Vincent Derosier
00:05Les ossements de quatre nourrissons, le corps d'un nouveau-né retrouvé dans un appartement à Orange dans le Vaucluse,
00:11une enquête pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans qui se poursuit.
00:14La mère a été interpellée et placée en garde à vue.
00:16Son compagnon également, c'est lui qui a d'ailleurs retrouvé les dépouilles.
00:20Bonjour Ondine Milot.
00:22Bonjour.
00:22Vous êtes l'autrice des Monstres n'existe pas.
00:24Alors ce livre c'est notamment le fruit de votre rencontre avec Dominique Cotteret.
00:28Cette mère de famille, aide-soignante, qui avait caché huit grossesses à son entourage et qui avait tué ses huit
00:33nouveau-nés,
00:34elle avait été condamnée en 2015 à neuf ans de prison.
00:37Alors la réaction immédiate du grand public après ce qui s'est passé à Orange, c'est l'effroi, l
00:42'incompréhension.
00:43Votre livre qui s'intitule Les Monstres n'existe pas, il interroge forcément ?
00:47Forcément.
00:48Alors pourquoi j'ai choisi ce titre ? Parce que ces femmes, j'en ai rencontré d'autres, j'ai
00:54suivi d'autres procès.
00:56Il y a le procès de Véronique Courgeot qui est très connu.
01:00Moi je ne l'ai pas suivi celui-là, mais j'ai suivi celui de Céline Lesage qui est une
01:04femme qui a tué ses six bébés.
01:08Et tout de suite on dit le monstre, le monstre, le monstre.
01:11Mais dire le monstre, bien sûr, puisque les actes sont monstrueux, je comprends cette réaction, elle est normale.
01:16Moi aussi je suis extrêmement choquée et je trouve les actes monstrueux.
01:19Mais ça voudrait dire que ces personnes viendraient d'une autre planète, que ce seraient des aliens et qu'on
01:23ne pourrait pas les comprendre et qu'elles n'auraient rien à faire avec nous.
01:28Or, c'est des femmes qui ont grandi parmi nous, qui sont toutes très insérées dans la société en général.
01:33Donc elles ne viennent pas d'une autre planète, de planètes de monstres.
01:36C'est ce que disent les témoignages.
01:38On va évidemment voir si on peut faire des points communs, des généralités.
01:42Mais les témoignages disent tous que c'était quelqu'un de normal, qui allait chercher ses enfants, qui disait bonjour,
01:48qui était inséré, qui nous parlait.
01:49Il n'était pas reclus.
01:51Oui, voilà tout à fait.
01:52La femme sur laquelle j'ai écrit le livre, c'était une aide-soignante auprès de personnes âgées.
01:55C'était la plus empathique, c'était la préférée de toutes les personnes dont elle s'occupait.
02:02Il se battait pour l'avoir, elle, comme aide-soignante.
02:05Grand-mère aimante de ses petits-enfants qu'elle gardait tous les mercredis et les week-ends.
02:12Mère aimante de ses enfants.
02:13Comme à Orange, les premiers témoignages semblent le dire aussi, que c'était une très bonne mère.
02:19Et moi, je n'en doute pas parce que c'est le cas de toutes les femmes que j'ai
02:22rencontrées dans ces circonstances-là.
02:24C'est très difficile forcément de faire des généralités, mais de votre expérience, de ce que vous avez vu, des
02:28conversations que vous avez eues avec toutes ces femmes, est-ce qu'il y a des points communs ?
02:32Alors, il y a énormément de points communs, à la fois dans leur enfance, dans leur parcours et à la
02:37fois dans leur mode de passage à l'acte.
02:39Dans leur enfance et parcours, c'est des femmes qui ont souvent subi des violences, en tout cas qui ont
02:44été invisibilisées, qui ont été non pas sujets, mais objets.
02:50C'est-à-dire qu'on ne s'occupe pas d'elles, souvent elles ne sont pas désirées.
02:56Dominique Cotteres, sur qui j'ai travaillé, était gavée, biberon sur biberon sur biberon, pour ne pas qu'on l
03:01'entende, pour ne pas qu'elle existe.
03:03En tout cas, c'est celle qu'on ne voit pas sur la photo, c'est la femme discrète, vous
03:07ne pouvez pas appliquer ce profil à...
03:09C'est une forme de solitude totale pendant l'enfance et les jeunes années.
03:11Une grande solitude et très souvent des violences subies, mais qui ne sont pas les mêmes.
03:15Là, on ne peut pas généraliser, parfois c'est des violences physiques, parfois psychologiques, parfois sexuelles, mais en tout cas,
03:21des violences qu'elles ont subies.
03:22Elles vont se mettre ensuite en couple, dans des situations qui vont un peu reproduire ça, où elles ne vont
03:27pas vraiment exister, avec des maris très négligents,
03:30qui ne les regardent pas, qui ne prennent pas soin d'eux, des mariages inégaux, où c'est la femme
03:34qui est au petit soin.
03:36Et puis, voilà, pour les ressemblances dans le parcours et dans les ressemblances dans le passage à l'acte, c
03:41'est la grossesse cachée, et c'est le fait qu'elle garde les corps.
03:48Et ça, vous arrivez à l'expliquer aujourd'hui ?
03:51Alors, moi, je me suis basée sur le travail de beaucoup de psychologues et psychiatres qui ont rencontré encore plus
03:59de femmes concernées que moi.
04:01Je ne me serais pas permis de tirer moi-même des conclusions, mais ces travaux-là, en fait, expliquent que
04:07ces femmes font des bébés rien que pour elles.
04:10C'est-à-dire qu'elles ne les donneront pas à la lignée de leurs maris maltraitants et elles ne
04:15les inscriront pas non plus dans la lignée de leurs parents maltraitants.
04:19C'est-à-dire que c'est, finalement, des enfants objets, comme elles-mêmes ont été des enfants objets, qui
04:28n'appartiennent qu'à elles.
04:29Alors, vous disiez juste avant, il y a souvent le déni de grossesse qui est évoqué dans ces affaires. De
04:34quoi parle-t-on exactement ?
04:35C'est compliqué parce qu'en fait, un déni, c'est l'inconscient qui refuse de voir ou de savoir
04:41quelque chose qu'il devrait voir ou savoir.
04:43Or, les femmes que j'ai interrogées, elles m'ont toutes dit, je savais et puis je chassais cette pensée
04:50parce que cette pensée était trop horrible.
04:53Donc, elles n'ignorent pas leur grossesse jusqu'à l'accouchement ?
04:56Alors, écoutez, ça existe un vrai déni de grossesse, mais ça ne se termine pas forcément par un meurtre, pour
05:00le coup.
05:02Mais ces femmes-là, qui sont néonaticides, toutes celles que j'ai rencontrées, encore une fois, elles savaient.
05:10Véronique Courgeau a dit, je savais et puis j'oubliais.
05:13Dominique Cotteret a dit, par moments, je savais et puis par moments, je m'étais de côté parce que ce
05:16n'est pas possible de vivre tout le temps avec cette pensée.
05:19Comment se fait la bascule alors jusqu'à l'infanticide, néonaticide ?
05:23C'est-à-dire qu'en fait, il y a des signes avant-coureurs.
05:29Moi, j'insiste beaucoup là-dessus parce que je pense que c'est ça qui peut nous faire progresser dans
05:32une société, c'est d'essayer de repérer les violences.
05:35Elles ont toutes caché des grossesses avant.
05:38C'est le cas de la femme d'Orange.
05:40On l'a entendu dans les premiers éléments de l'enquête.
05:43C'est le cas de Dominique Cotteret.
05:45C'est le cas de Céline Lesage.
05:47Et c'est des femmes, en fait, qui, quelque part, sont entre deux.
05:55Le fait d'assumer ou pas d'avoir un enfant ou de vouloir le garder juste pour elles, dans leur
06:01ventre pour toujours.
06:02Mais ça, ce n'est pas possible.
06:03Donc, au bout d'un moment, morts à côté de leur lit.
06:06C'est terrible à dire, mais est-ce qu'il y a une forme de préméditation ?
06:09Alors, pour Dominique Cotteret, le tribunal a considéré la préméditation pour les sept bébés tués et pas pour le premier
06:20des huit.
06:22Parce que le tribunal s'est dit, peut-être que le premier des huit, finalement, elle ne se rendait pas
06:27bien compte de ce qui lui arrivait.
06:29Mais après, étant des femmes qui ont toutes accès à la contraception, qui ont toutes pris la pilule puis arrêtées,
06:36après, ils ont considéré qu'il y avait une préméditation.
06:39Moi, je pense que c'est un petit peu plus compliqué que ça.
06:41Parce que c'est quand même un crime de femmes malheureuses qui les rend malheureuses.
06:46Enfin, ce n'est pas un crime qui profite aux criminels.
06:49Alors, les gens s'interrogent souvent sur l'entourage.
06:53Comment peut-on garder un tel secret durant des années, au sein du foyer, avec le mari, même négligent, avec
06:58les collègues, au travail, partout, en fait ?
07:00Bien sûr.
07:01Comment c'est possible ?
07:02Eh bien, je crois que le terme de déni, pour le coup, ça va très bien pour les maris.
07:08C'est-à-dire qu'eux, vraiment, ils devraient voir.
07:11Les accouchements ont lieu à domicile, les femmes prennent du poids, elles en perdent.
07:16C'est des femmes qui, quand même, ne vont pas très bien.
07:18Il y a des dizaines de signaux qu'ils ne voient pas.
07:20Il y a des signaux qu'ils ne voient pas.
07:22Mais, par exemple, dans l'histoire de Dominique Cotteres, à un moment donné, après sa deuxième grossesse cachée, où un
07:28enfant est né, sa deuxième fille,
07:30sa chef prend son courage à deux mains et lui dit « Vous n'êtes pas enceinte, Dominique ? »
07:35parce qu'elle l'a trouvée soufflée.
07:37Et ça, ça demande un courage fou, quoi.
07:39Parce que ça voudrait dire à son employé « Vous n'êtes pas encore en train de cacher une grossesse
07:44? »
07:45Et là, Dominique lui dit « Non », alors que « Oui », en fait.
07:50Et ça la soulage tellement, on préfère tellement.
07:53C'est humain, c'est vraiment un principe humain d'instinct de survie.
07:57Entre le scénario A, « Cette femme cache des grossesses et va tuer ses enfants »
08:02Et le scénario B, « Tout va bien », on préfère le scénario B.
08:05Donc, c'est ça qui explique aussi la siccité de l'entourage.
08:09Dernière question, il y a des similitudes, vous venez de nous l'expliquer.
08:13Comment expliquer que les peines judiciaires soient différentes ?
08:17Ah, ça, c'est incroyable.
08:18Du tout au tout ?
08:19C'est incroyable.
08:20Ça va de 20 ans à du sursis.
08:2320 ans pour 2 bébés dans les Yvelines en 2016.
08:26Du sursis pour 3 bébés dans le Loir-et-Cher en 2011.
08:32Dominique Cotteret, bon 9 ans, pour 8 bébés.
08:36Ce qui va jouer, c'est la préméditation ou pas dont vous parliez ?
08:39Non.
08:40En fait, ce qui va jouer, à mon avis, vraiment, pour avoir suivi 2 procès de A à Z,
08:45c'est qui est là pour humaniser ces femmes ou pas.
08:49Dominique Cotteret, il y avait ses filles, son mari, des collègues qui venaient dire qu'elle était formidable.
08:55Céline Lesage, elle avait un fils adolescent qui était très attaché à elle.
08:59Et le président de la cour d'assises n'a pas voulu qu'il vienne parler alors qu'il allait
09:03la voir en prison.
09:04Mais il a dit non, la cour d'assises, c'est trop impressionnant.
09:07Et donc, quand il y a des bons avocats qui humanisent la personne qui parle à sa place...
09:11La peine est réduite d'autant.
09:12Parce que c'est des femmes qui ne parlent pas.
09:14Donc, il faut qu'il y ait quelqu'un pour parler à leur place.
09:16Et il n'y a pas toujours quelqu'un.
09:18Merci beaucoup Andine Milot d'avoir été l'invité de RTL après ce...

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