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  • il y a 2 jours
1936. La gauche est au pouvoir. Léon Blum, le chef du gouvernement du Front Populaire fraîchement arrivé aux commandes de la France, offre quinze jours de congés payés pour tous les Français. Léo Lagrange, un député du Nord est nommé sous-secrétaire d'Etat aux sports et loisirs. C'est un visionnaire. Avec le billet populaire de congés annuels, il permet à des milliers de personnes de quitter la grisaille des villes et de découvrir la mer.

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00:10Il y a beaucoup qui allaient dans la forêt, à côté de la forêt on prend de l'eau là
00:13-bas,
00:14dans cinq mois. Ils allaient pas sur la côte d'Azur parce qu'en ce jour ils n'allaient pas
00:18loin.
00:18Non, ils allaient à Bièque. Ils sont partis en vélo.
00:22En vélo, on t'en donne. La femme était derrière.
00:25Oui, bien sûr. Sauf les peignants mettaient la femme devant.
00:29J'en ai connu un qui avait été jusqu'à Nice, mais il n'avait jamais vu la Méditerranée.
00:34La mer, les gens ne la voyaient pas. Bon, on était heureux parce qu'on avait moins de choses,
00:39alors le peu qu'on avait, ça nous donnait du bonheur.
00:46Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête
00:52?
00:53La route est prête, le ciel est bleu. Il y a des chansons dans le piano.
01:01A l'été 1936, ils sont des centaines de milliers, ces jeunes ouvriers, ces couples sans enfants,
01:06ces familles modestes à quitter la cité et sa grisaille.
01:10Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
01:12Les fameux conches payent. Ce sont eux, sur ces images retrouvées, nos parents, nos grands-parents, nos aïeux.
01:18Et ils inventent un temps nouveau.
01:20Pour la première fois, la France ouvrière quitte la ville à la recherche du grand air,
01:24ou mieux, pour de vraies vacances.
01:26On étreigne des vélos et des tentes de camping.
01:28Les auberges de jeunesse refusent du monde.
01:30On invente l'autostop et on découvre le bronzage.
01:35Pour eux, c'est l'enun du bonheur.
01:38Et personne ne résume mieux cette époque, glorieuse et ambiguë, que le cinéaste Jean Renoir.
01:43Il fut un temps où les Français crurent vraiment qu'ils allaient s'aimer les uns les autres.
01:55Cet été-là, sur les postes de radio, le chansonnier Georgius fait un tabac avec cette orangienne.
02:03« Merci Léon, merci Léon ! »
02:06Léon ? C'est Léon Blum, le chef du Front populaire qui vient de remporter les élections.
02:12C'est lui qui va décider d'ajouter au programme du nouveau gouvernement cette mesure qui n'y figurait pas.
02:1715 jours de congés, et payés.
02:23L'autre homme des congés payés, c'est Léo Lagrange, un député d'une heure de 36 ans, un visionnaire.
02:30Grâce à eux, les vacances, ce privilège jusque-là réservé aux rentiers, aux bourgeois, aux fonctionnaires, aux employés de commerce,
02:36ou du métro parisien, est étendu à tous.
02:44« Du travail et du fort ! Du travail et du fort ! »
02:49À l'origine du Front populaire, il y a la crise mondiale de 1929.
02:53Elle frappe la France de plein fou et trois ans plus tard.
02:56Les usines ferment, les faillites se multiplient, la misère gagne.
03:01Le pays aggrave son retard social en Europe.
03:04Alors, pour ces ouvriers, le Front populaire, c'est la sortie du 19e siècle industriel, celui de Zola.
03:11Jusqu'au Front populaire, les luttes syndicales étaient extrêmement difficiles.
03:18Il y avait les gars-tuurnes dans les grands magasins.
03:21Quand on voulait distribuer un tract, ils pourchassaient les gars qui distribuaient les tracts, et ils les attrapaient, les déchiraient.
03:27Et il n'y avait aucun droit syndical, aucune liberté.
03:33Un employé qui était connu pour ses opinions, qui déplaisait la direction, on le virait du jour au lendemain.
03:53Le directeur, il se plantait devant nous, et il fumait son gros cigare devant nous.
04:02Ils nous regardaient d'un œil méfiant, voyant si on faisait bien notre travail, si on ne perdait pas de
04:11temps, si on ne parlait pas.
04:13Et il ne fallait même pas chanter, parce que quand on chantait, ça l'énervait.
04:21Ils ne voulaient pas qu'on se mêle du travail que nous faisions.
04:26Il fallait l'exécuter, ou alors on n'était pas des bonnes ouvrières.
04:31Le temps qu'on en mettait en plus, c'était zéro. On n'avait pas le droit de toucher un
04:37centime.
04:40C'était le monde d'hier. Un monde sans véritable règle du jeu social.
04:45Pour les employés, c'était le vouvoiement entre collègues, ou le port obligatoire du chapeau, la casquette étant elle réservée
04:53aux ouvriers.
04:55Le déclencheur politique du Front populaire, ce sera la menace fasciste.
04:58Juste le 6 février 1934, des milliers de ligueurs d'extrême droite tentent de s'emparer de la Chambre des
05:03députés.
05:04La République vacille et en réaction, les partis de gauche se réunissent spectaculairement six jours plus tard.
05:10C'est l'acte de naissance du Front populaire.
05:12Paris, rassemblée dans cette manifestation, signifie aux hommes du fascisme et du royalisme qu'ils ne passeront pas.
05:25Vive l'unité prolétarienne sans laquelle aucune victoire n'est possible.
05:33Vive le peuple ouvrier de Paris.
05:37La peur qu'a eu une certaine partie de la bourgeoisie avait déterminé, au contraire, chez les salariés, chez le
05:45peuple, l'idée que peut-être on pouvait parvenir à quelque chose.
05:50L'idée que les salopards en casquette pouvaient mettre un chapeau, ça n'est pas venu.
05:55Mais l'idée qu'ils pouvaient aussi avoir droit à la parole, oui, je l'ai senti très fort à
06:01cette époque.
06:04Le 3 mai 1936, la France élit ses députés.
06:08Le président Lebrun donne l'exemple, la mobilisation est impressionnante.
06:13Mais ce deuxième tour est serré.
06:16Finalement, les socialistes, les communistes, les radicaux l'emportent.
06:19C'est le choc à droite.
06:21C'est la liesse à gauche.
06:23Et c'est une situation inédite, la gauche.
06:25Cette gauche-là au pouvoir.
06:36Quand on dit Front Populaire, c'était la première fois que vous disiez, tu n'es pas tout seul, tu
06:46es impressionné, tu es subitement une importance,
06:51tu n'étais plus anxieuse, courbée, est-ce que tu vas avoir du travail, maintenant tu es détroit.
07:07Quelques instants plus tard, M. Léon Blum est appelé par M. Albert Lebrun, qui le charge de former le nouveau
07:13ministère.
07:13Quelques heures plus tard, M. Léon Blum vient présenter au chef de l'État les membres de son cabinet,
07:18parmi lesquels on compte, pour la première fois en France, trois femmes ministres.
07:22Dans mon milieu et ma famille, qui n'étaient pas d'extrême droite, mais qui étaient de la droite bourgeoise,
07:30l'atmosphère, c'était la stupéfaction.
07:33D'abord, que la France est un gouvernement de socialo, de rouge, c'était la stupéfaction.
07:59Léon Blum forme son gouvernement dans un pays qui s'est mis en grève.
08:03L'impatience ouvrière est grande, celle des communistes surtout.
08:06où ils ont choisi le soutien sans participation.
08:09Les occupations d'usines se sont multipliées.
08:11C'est la contagion dans le pays.
08:13Et très vite, la paralysie.
08:16Les problèmes de la nourriture sont résolus par la solidarité des organisations et des municipalités ouvrières.
08:24La corvée de patate.
08:31Chacun sa part.
08:35Il y avait presque en face de chez moi une usine célèbre.
08:40Et nous, on était tous là autour.
08:42Quand on sortait de l'école, c'était sur le chemin.
08:44J'allais à l'école 315 rue de Charenton.
08:47En rentrant chez moi, je passais devant.
08:48Et puis, je voyais les bobonnes arriver avec les sacs de nourriture pour les passer.
08:52Et c'était les grilles.
08:53Et je me souviens d'une nénette qui m'a dit
08:58« Petit, là, tu peux monter sur la grille et passer ça à mon mari ? »
09:03Alors, je suis monté sur les grilles de l'usine.
09:06J'ai pris le paquet de nourriture et je l'ai passé de l'autre côté aux ouvriers qui se
09:09marraient comme des baleines.
09:11Banquets au studio Éclair.
09:19Le problème du couchage est rapidement résolu par les hommes qui, seuls, occuperont les usines pendant la nuit.
09:27Certains se sont confectionnés des hamacs avec des couvertures.
09:32Mais avec deux ou trois camarades comme moi, qui étaient très dynamiques,
09:37nous avons dit « Mais pourquoi qu'on laisserait les bons hommes faire leur grève ? »
09:42Et puis nous, alors, c'est nous qui sommes les plus malheureuses dans la tôle.
09:46Parce qu'on n'a pas d'eau pour se laver dans les cabinets de toilettes.
09:52On gagne 6 francs 82 l'heure.
09:54C'est vraiment erroné, alors que les hommes avaient le doux et plus même.
09:58On a réuni un petit peu les femmes et on leur a demandé si elles consentaient à venir faire la
10:05grève avec les hommes.
10:06Alors c'est là qu'on nous a traité de gigolettes.
10:17On a passé toutes les nuits après dans les ateliers, les femmes qui avaient voté.
10:24Mais on nous faisait la tête, pour ne pas dire la gueule.
10:34Ce perpétuel temps des cerises, c'était pour Aragon.
10:37Un grand bal bleu et blanc dans la ville en bras de chemise.
10:41C'était comme une féerie.
10:44Aujourd'hui, ce peuple est le maître.
10:45Il se promène dans Paris qui met des chapeaux aux fenêtres.
10:53Et pendant que les guinguettes ouvrières se mettent à rêver, ça négocie sérieusement à Matignon et dans les ministères.
11:00Les pressions sont nombreuses.
11:03Celles des syndicalistes, celles de la bourse, celles du patronat.
11:06Et celles de l'opinion, bien sûr.
11:14Et nous obtenons les contrats collectifs.
11:17Les délégués ouvriers.
11:20Les quarantaineurs.
11:23Quels jours de congés payés pour tout le monde.
11:39C'est Léon Blum qui, en 1919, lorsqu'il discute au sommet du futur programme du Parti Socialiste,
11:45avant l'éclatement entre socialistes et communistes,
11:47a mis l'accent sur une lacune de ce programme, les loisirs.
11:511919.
11:51Et 17 ans plus tard, d'une certaine façon, l'histoire lui donne raison.
11:55Alors, j'allais dire, il profite de l'occasion et il met les loisirs au programme de son gouvernement.
12:00Personne ne le lui demandait, je dirais, un mois avant.
12:04Les loisirs, cette idée neuve en Europe, ce sera donc le travail de Léo Lagrange.
12:08Léon Blum le nomme sous-secrétaire d'État aux sports et aux loisirs.
12:13Chez les détracteurs du Front Populaire, on parle déjà du « ministère de la paresse ».
12:18Drôle de ministère en fait.
12:19Ils sont une dizaine de fous généreux dans un petit appartement de la rue de Tilsite.
12:24Sans moyens, sans administration.
12:27Madeleine Lagrange, sa femme, Robert Fusier, un dessinateur de bandes dessinées,
12:31trois chômeurs et l'écrivain Clara Malraux.
12:34Mais c'était une équipe enragée de volonté, pas de réussir, volonté d'amener des idées nouvelles et beaucoup d
12:44'idées nouvelles.
12:45Car je crois que ce qui a été vraiment nouveau dans ce gouvernement du Front Populaire,
12:52c'est Léo Lagrange qui les a apportés, en liaison avec Blum qui le couvait un peu.
12:58Le problème concret pour Léo Lagrange, c'est l'organisation de ses premières vacances.
13:03Comment faire partir des ouvriers sans moyens ?
13:06Comment leur faire profiter de cette expérience ?
13:09Alors un bras de fer va s'engager entre Léo Lagrange et les patrons des chemins de fer français alors
13:14privatisés.
13:16Alors ce qui est resté mémorable, c'est la rencontre entre Léo Lagrange et alors la direction des chemins de
13:22fer.
13:24Qui a dit mais alors la mesure de Lagrange, c'est une mesure antiféroviaire.
13:29Le 30 juillet, Léo Lagrange a gagné.
13:33Il peut annoncer in extremis la création du billet populaire de congé annuel.
13:3940% de réduction pour le billet unique, 50% pour le billet collectif.
13:44Sans parler des trains spéciaux.
13:47Le 1er août, début de ses premiers congés payés, c'est la ruée dans les gares.
13:51On n'a pas connu cela depuis la mobilisation de 1914.
13:56Et dans les trains, les trains bondés.
14:00Les gens qui se poussent ou qui passent même par les fenêtres.
14:03Parce qu'il n'y avait pas assez de place pour entrer tous par les portières.
14:08C'était extraordinaire.
14:12Le mythe voudrait que toute la France soit sur les routes cette année-là.
14:16C'est faux bien sûr, mais il se vendra tout de même 560 000 billets, Léo Lagrange.
14:21Et pour la première fois depuis 1928, les compagnies ferroviaires sont bénéficiaires.
14:41Partir deux, trois jours l'été, c'était ruineux.
14:44Et brutalement, ils ont la possibilité d'aller plus loin.
14:46La fameuse découverte de la mer, ce n'est pas un mythe.
14:50Ce n'est pas un mythe, puisque, excepté les travailleurs qui étaient à proximité des côtes,
14:55c'est vrai que trouver le temps et l'argent pour passer ne serait-ce que 5 jours au bord
15:00de la mer,
15:00c'était un grand luxe.
15:02Un luxe qui était réservé jusque-là aux grandes familles, aux rentiers ou aux aventurières.
15:14À Nice, cet été-là, le député communiste Virgile Barrel accueille les congés payés à la gare.
15:20Brassard rouge et point tendu avec cette pancarte,
15:23le Front populaire abolit ce privilège, la côte d'Azur réservée aux riches.
15:29Ailleurs, les privilégiés changent leurs habitudes.
15:32On déserte Biarritz pour ne pas se mélanger.
15:43Aller à la mer, c'était quelque chose de fabuleux.
15:46C'était une espèce de paradis entrevue et une émotion énorme.
15:55La mer, on s'imagine, mais quand on arrive, ça fait un choc.
15:59Vraiment, ça fait un choc.
16:01Je me rappelle, la mer a été haute quand on est arrivés la première fois.
16:06Et ça m'a... J'étais émue, je dois dire que j'étais émue.
16:09Alors on s'est précipité dans l'eau parce qu'il faisait très chaud.
16:31Les ouvriers, je crois que les hommes...
16:34Il y avait des hommes qui nous accompagnaient quand même.
16:36Eh bien, il y avait des hommes qui savaient assez bien nager.
16:40Mais les femmes ne nageaient pas.
16:42Ils n'avaient jamais nagé pour la plupart.
16:45Mais moi, j'avais quand même été nager.
16:48Mais pas dans la mer, dans les rivières.
16:52Au Tréport, plage plus populaire,
16:54de nombreux trains amènent dès le matin main de famille
16:57avide de respirer l'air du large.
17:04On arrive la première fois
17:07quand on voit la mer.
17:11Subitement,
17:12mais le monde,
17:13il est beaucoup plus grand,
17:15beaucoup plus large.
17:17Un horizon,
17:19le ciel,
17:20le ciel vous enveloppez,
17:22comme ça.
17:23de voir cette mer-là,
17:25c'était
17:27supprimant dire
17:28« Mais écoute,
17:29tu t'es enfermé
17:30à toute ta vie.
17:32Tu vois,
17:34la mer,
17:35les plages,
17:36le sable,
17:37les vagues
17:38et la lumière. »
17:45Des concours de récits de vacances
17:47sont lancés
17:48dans le populaire
17:49ou dans l'humanité.
17:52À l'hôtel Matignon,
17:53on reçoit un déluge
17:54de cartes postales
17:55adressées à
17:55M. Léon Blum.
17:58Des cartes postales
17:59comme celle-ci.
18:01« Monsieur le Président,
18:04j'ai vu la mer.
18:06Merci. »
18:09Un ouvrier signale même
18:10au président du Conseil
18:11le chic
18:12avec lequel
18:13nos jolies salopards
18:14portent le short
18:15à faire palir
18:17les vieilles duchesses
18:18tricolores.
18:21Ou encore
18:22« Monsieur le Président,
18:25nous n'oublierons pas
18:26ce que vous avez fait
18:27pour nous. »
18:29Un groupe de travailleurs.
18:40Il y avait un très grand mépris
18:43de la part de la classe bourgeoise
18:46parce que d'abord,
18:48elle se sentait
18:49comme envahie et dépossédée
18:52de son terrain,
18:55de son terrain
18:56de distraction privilégiée.
19:02les congés payés,
19:04ça scandalisait.
19:05Ma bonne famille,
19:07et d'ailleurs moi,
19:09et d'ailleurs moi aussi.
19:10Mais on se moquait.
19:11Sur la plage,
19:12à Royan,
19:13nous allions en vacances
19:14en août,
19:15à Royan,
19:16il y avait un coin
19:18où il y avait
19:18« Ah, la matin,
19:19c'est les congés payés. »
19:21Ils étaient un petit peu ridicules,
19:23ils étaient un peu
19:24empruntés,
19:25ils avaient des maillots
19:26de bains noirs.
19:35Des dames venaient
19:37habillées,
19:38elles se mettaient
19:39dans l'eau habillées,
19:40les dames riches.
19:43Et puis quand elles nous voyaient,
19:44nous les ouvrières,
19:45parce qu'elles ont su
19:46que c'était des ouvrières
19:48d'usines qui venaient
19:50pour la première fois,
19:52et bien elles leur regardaient
19:53la mauvaise oeille.
19:54Alors nous,
19:56on étions presque,
19:57pas à poil,
19:58mais presque,
19:59parce qu'on était contents
20:01de sentir la mer
20:03autour de nous.
20:18Ils étaient des intrus,
20:20alors voilà,
20:21ils étaient des intrus,
20:22ils n'étaient pas invités,
20:24c'est pas l'ennemi,
20:25c'est l'intrus,
20:26c'est le type,
20:26comment il est dans la,
20:27dans cette réception,
20:29on est là,
20:29on le mariage,
20:31puis quelqu'un qui n'est pas
20:32invité,
20:32qui est là,
20:33il y avait un côté incongru.
20:36Il y avait des gens
20:38qui vraiment,
20:40aux environs du casino
20:41et du Westminster,
20:43nous considéraient vraiment
20:44comme la lit de la terre.
20:45Enfin, c'était,
20:46il y avait un clivage
20:48extraordinairement précis.
20:50qui veut dire,
20:51nous,
20:51on était proprement habillés,
20:52eux,
20:53ils étaient élégants,
20:54c'est tout à fait différent.
20:56Leurs filles,
20:57moi,
20:57je reliquais déjà les filles,
21:00je dois dire
21:01que les filles
21:02de la bourgeoisie aristocratique
21:04de Deauville,
21:05c'était pas rien à voir,
21:06c'était très beau.
21:10Sur le plan strictement personnel,
21:13c'était les plages
21:14avec d'autres jeunes femmes
21:17intellectuelles,
21:18plutôt qu'avec des ouvrières
21:20auxquelles j'aurais pu
21:21essayer de compter fleurette,
21:23elles étaient dans
21:24d'autres ensembles
21:26que les miens.
21:35Les vacances,
21:36rêvées par Blum,
21:37sont ternies
21:37par une campagne terrible
21:38de la presse
21:39d'extrême droite.
21:41Elles se déchaînent,
21:42sauf l'écrivain Brasillac,
21:44contre le viol
21:46du paysage français
21:47par les pattes
21:48de l'ogresse laïque.
21:50Les dessinateurs
21:51du canard enchaînés,
21:52eux,
21:53répondent par l'humour.
21:57Poix !
21:57Se baigner dans la même eau
21:59que ces bolcheviques.
22:05Et ça a joué,
22:06malheureusement.
22:07C'est-à-dire,
22:08quand on a commencé
22:09à perdre la guerre,
22:11beaucoup de membres
22:13de la bourgeoisie française,
22:16vichistes,
22:17se sont dit,
22:17vous voyez,
22:18tout ça,
22:18c'est la faute
22:19du Front populaire.
22:20Si on n'avait pas cédé
22:22comme on l'a cédé
22:23à ces syndicalistes
22:25et à ces ouvriers,
22:26on aurait eu une France
22:27plus forte,
22:28on n'aurait pas perdu la guerre.
22:32Dangereuse argumentation.
22:35Blum le sait bien,
22:36la France n'est pas
22:37qu'un îlot de bonheur.
22:38Il va accélérer
22:39le réarmement.
22:40Les périls montent
22:42en Europe.
22:42Le 18 juillet 1936
22:45commence la guerre d'Espagne.
22:47La République espagnole,
22:49cet autre Front populaire,
22:51élu en février,
22:52doit faire face
22:52à la rébellion militaire
22:53d'un obscur général.
22:55Francisco Franco.
23:00C'est la première épreuve
23:01internationale
23:02pour le Front populaire
23:03et un terrible
23:04cas de conscience
23:05pour Blum.
23:06Intervenir
23:07ou ne pas intervenir
23:09pour sauver
23:09ce régime frère.
23:11La mort dans l'âme,
23:12Blum
23:12choisira la non-intervention.
23:14On vous engueule drôlement,
23:16vous qui êtes en France.
23:17On se dit,
23:18mais qu'est-ce qu'ils foutent ?
23:20Oh, pour les congés payés
23:21les 40 heures,
23:23tout le monde était d'accord
23:23pour faire grève.
23:25Mais pour l'Espagne,
23:26vous êtes sûr
23:27d'avoir fait
23:27tout ce que vous pouviez faire,
23:28tout ce que vous deviez faire ?
23:30Non.
23:30Et pourtant,
23:31si vous ne le faites pas
23:32aujourd'hui pour l'Espagne,
23:33c'est chez vous
23:34que vous devrez le faire demain.
23:35Ne l'oubliez pas.
23:37Vous voyez donc pas
23:38que les autres incendiaires
23:39sont en train de foutre le feu
23:40aux quatre coins du monde ?
23:45Et puis, il y a l'Allemagne nazie.
23:47Adolf Hitler en est le maître
23:49depuis trois ans.
23:50Le 1er août de cet été 1936
23:53s'ouvre les Jeux Olympiques de Berlin.
23:56Une gigantesque opération
23:57de propagande pour le régime.
24:00Et c'est un autre cas de conscience
24:02pour le Front populaire.
24:03y participer ou pas.
24:06Léo Lagrange y est opposé.
24:08Les athlètes français
24:09s'y rondront finalement.
24:10Ils feront même,
24:11à la différence des Anglais
24:13et des Américains,
24:14un salut romain très ambigu
24:15dans le stade olympique.
24:22L'entre-deux-guerres
24:23est une période obsédée
24:24par la jeunesse.
24:25Dans sa modalité totalitaire,
24:27bien sûr,
24:27jeunesse hitlérienne,
24:29Balilas en Italie,
24:31jeunesse communiste
24:32en Union soviétique,
24:33et puis dans ses modalités démocratiques.
24:34Alors ça, c'est très intéressant.
24:36Parce qu'à l'époque,
24:37il y a une polémique, évidemment.
24:38Une partie de la droite dit
24:39« Oh, on a compris,
24:40vous voulez nous faire marcher au pas.
24:42Organisation des loisirs,
24:44jeunesse encadrée, etc. »
24:45Et Léo Lagrange est très conscient de ça
24:47et il a un discours très cohérent
24:48en disant « Mais nous allons prouver
24:49que nous pouvons proposer
24:51une solution alternative
24:51complètement démocratique. »
24:52Et le modèle à l'époque,
24:53c'est la Tchécoslovaquie.
24:55Démocratie de référence
24:56avec des mouvements de jeunesse
24:57très dynamiques
24:58mais absolument pas obligatoires.
25:00Sur le stade de Colombes,
25:02les septièmes Jeux universitaires
25:04internationaux d'été
25:05sont solennellement ouverts
25:07par M. Léo Lagrange,
25:09ministre des Sports et Loisirs.
25:12Léo Lagrange, lui,
25:13a créé un brevet de base
25:16que l'on passait
25:17à la fin de la scolarité.
25:20parce qu'il estimait
25:21que tout jeune
25:21devait savoir nager,
25:24sauter en hauteur,
25:25en longueur, etc.
25:26Il avait fixé des normes
25:28et par conséquent,
25:29généralisait ça.
25:43Il a créé le sport travailliste.
25:46Alors ça, c'était le sport
25:47pour les ouvriers.
25:53Les réalisations de l'équipe
25:55Léo Lagrange
25:56sont impressionnantes.
25:57On développe
25:57toutes sortes de sports modernes,
25:59la moto,
26:00le cyclotourisme.
26:01En six mois,
26:02on a fait construire
26:03200 stades et gymnases,
26:0540 piscines.
26:09Et par passion,
26:10autant que par nécessité militaire,
26:12Léo Lagrange,
26:13ami de Saint-Exupéry-Lance,
26:14l'aviation populaire.
26:17Des dizaines d'aéroclubs
26:18sont créés.
26:26Pour Léo Lagrange,
26:27le ski doit aussi
26:28devenir un sport populaire.
26:30L'équipe de la rue Tilsite
26:31se mobilise là encore
26:32et participe à la création
26:34de stations
26:35de deuxièmes générations
26:37plus jeunes,
26:37moins chères
26:38comme Val d'Isère
26:39ou l'Alpe d'Huez.
26:42Les grandes gares parisiennes
26:43ont connu pendant
26:43les fêtes de Noël
26:44une animation sans précédent
26:46en raison des départs massifs
26:47vers les terrains enneigés
26:48des Alpes,
26:49des Pyrénées,
26:50du Jura,
26:51des Vosges
26:51et du Massif Central.
26:53À Paris,
26:54le 22 décembre,
26:55entre 19h et minuit,
26:5667 trains bondés
26:58d'une foule multicolore
26:59et joyeuse
26:59ont emmené
27:00plus de 50 000 skieurs
27:01vers les belles montagnes
27:02de France.
27:03La raison de cette vogue,
27:05tout d'abord,
27:05l'appel de la neige
27:06et aussi les facilités
27:08offertes par les cheveux
27:08de fer,
27:09des trains rapides
27:10et pratiques,
27:11des voitures hamacs,
27:12des modes de transport
27:13tout particuliers
27:14pour les skis,
27:15des billets
27:15et des abonnements
27:16à prix réduit.
27:17La saison des sports d'hiver
27:18commence seulement.
27:19C'est le premier grand départ.
27:21La saison battra son plein
27:22de janvier à mars
27:23et continuera jusqu'à Pâques
27:25puisque les grands trains de neige
27:26circuleront jusqu'à cette épreuve.
27:42L'été 1937,
27:44c'est la deuxième année
27:45des congés payés.
27:47Le système se perfectionne
27:49et c'est le vrai coup d'envoi.
27:501 500 000 billets,
27:52les Hauts-Lagrange
27:52sont vendus
27:53trois fois plus qu'en 1936.
27:55Et l'événement de cet été-là,
27:57c'est l'exposition universelle de Paris.
28:01Toute la France,
28:02toute l'Europe s'y précipite.
28:05Je suis venu le matin
28:07de l'inauguration
28:09et qu'est-ce que l'on voit ?
28:11On voit énormément
28:12de pavillons dépendants de la France
28:15qui ne sont pas terminés.
28:16Le président fait l'inauguration
28:19l'après-midi dans les gravats.
28:20Et naturellement,
28:21ça a été l'occasion
28:22de ricanements
28:23dans les milieux
28:24qui n'étaient pas
28:25pour le pouvoir de l'époque.
28:27Des retards,
28:28les pavillons
28:28qui n'étaient pas finis.
28:30Voilà,
28:30c'est toujours les grèves.
28:32C'est rouge,
28:34ils savent que prendre
28:35des congés payés
28:36ils ne travaillent pas convenablement.
28:38Il y a ce genre de ricanement,
28:40je l'ai beaucoup entendu.
28:46C'est moi le guide de l'exposition,
28:48je m'appelle Daniel Pinoche,
28:50suivez-moi les grands
28:51et les mioches,
28:52je suis l'as des explications.
28:54À gauche,
28:55voilà le pavillon grec,
28:56l'aquarium
28:57et ses poissons rouges.
28:58Remarquez qu'il n'y en a pas
28:59un qui bouge,
29:00on vient de les peindre
29:01ils sont pas secs.
29:02Là,
29:02les pavillons étrangers,
29:04l'italien
29:05et l'anglais qui louchent,
29:06le russe
29:07et l'allemand à côté.
29:08Conclusion,
29:09les extrêmes se touchent,
29:10à droite,
29:11la bretagne,
29:11messieurs,
29:12ces bateaux sont forts et s'ils sont forts.
29:13Ils allaient en bande de copains
29:15en sortant du lycée,
29:16de sixième
29:17et on parcourait tout.
29:20Il y avait plein de pavillons commerciaux,
29:22en plus,
29:23on pouvait manger des pâtes,
29:25buitonies,
29:27pour rien
29:28et on était crevés le soir
29:30en rentrant chez soi,
29:31c'était inimaginable,
29:32on avait de la poussière
29:33jusqu'au-dessus des genoux.
29:35On était bien entendu
29:36en culotte courte
29:37à cette époque-là
29:38quand on avait 12 ans.
29:40devant les pinoches,
29:41gagnez-la !
29:46La grande sensation,
29:47c'était les deux pavillons
29:49de l'URSS
29:50et du Troisième Reich
29:52face à face.
29:53Là,
29:54on avait l'impression,
29:54on a eu quand même
29:56une photographie
29:57de la guerre.
30:04Nous, à cette époque-là,
30:05on était très épris
30:07de l'URSS.
30:10Pour nous,
30:10c'était la première fois
30:12où il y avait
30:14le socialisme.
30:17Et là,
30:18il y avait deux figures,
30:20un couple
30:21qui se tenait par la main
30:22et avec les mains,
30:24il s'était dans un mouvement
30:26vers l'avenir,
30:27vers le ciel
30:29et il tenait
30:30le marteau
30:32et la faucille.
30:44Si on prend la liste
30:45des artistes
30:46importants de l'époque,
30:48à peu près tous
30:49s'engagent politiquement
30:50à ce moment-là.
30:51Et je dirais,
30:51le rapport,
30:52ça vaut aussi d'ailleurs
30:53pour les savants,
30:54les physiciens,
30:54les chimistes,
30:55le rapport est de 9 à 1
30:57en faveur du Front populaire.
31:01Et il s'engage
31:02les intellectuels
31:03et les artistes
31:04et il crée
31:04et il croit
31:05parfois naïvement
31:07à un monde nouveau
31:08à l'exemple de Jean Renoir
31:09là encore
31:09qui dira
31:10« Je dois à ces deux films,
31:12la vie est à nous
31:13et la marseillaise,
31:15d'avoir vécu
31:16dans l'esprit exaltant
31:17du Front populaire. »
31:22« Au plus profond
31:23de ta détresse,
31:24tu n'es pas seule. »
31:26« Le ciel est sombre,
31:27l'avenir t'apparaît noir,
31:29la vie te semble
31:30sans espoir.
31:32Camarade,
31:32reprends courage,
31:34tu n'es pas seule. »
31:35Qu'il s'agisse
31:36du théâtre,
31:37du cinéma,
31:38Ciné-Liberté,
31:39une association
31:39qui essaye de produire
31:41des contre-actualités
31:43proletariennes
31:43qui met sur pied
31:46une souscription
31:47pour produire
31:48le film « La Marseillaise »
31:49et donc
31:49dont le secrétaire général
31:51est Jean Renoir.
31:52Ça vaut pour la musique,
31:54la fédération musicale populaire,
31:56les chorales populaires
31:56qui se multiplient
31:57un peu partout.
31:58Il y a même
31:59des domaines
31:59tout à fait étonnants.
32:00Il y a une association
32:01populaire
32:01des Amis des musées
32:02qui décident
32:03d'encourager
32:04la visite des musées
32:05c'est le moment
32:06où le Louvre
32:07expérimente des nocturnes
32:08absolument sans précédent,
32:10au printemps 1936,
32:12d'ouvrir ces musées
32:13aux syndicalistes,
32:15à des groupes
32:15de syndiqués organisés
32:16et même la notion
32:17de musée
32:18se trouve complètement
32:19explosée
32:19puisqu'on va faire visiter
32:22conduit par Picasso,
32:23l'atelier de Picasso
32:24où on va faire visiter
32:25des usines.
32:26Donc on a l'impression
32:27qu'on est en 1980-90,
32:28on est en 1936.
32:30Et dans à peu près
32:31tous les domaines,
32:31vous voyez exploser
32:32les associations,
32:34disons de popularisation,
32:35on disait à l'époque
32:36de popularisation,
32:37on dirait aujourd'hui
32:37démocratisation culturelle.
32:48Et pour ceux qui ne peuvent
32:50pas partir en vacances
32:51en cet été 37,
32:52la plupart en fêtes,
32:53les municipalités se mobilisent
32:55au bord de la Seine
32:56où l'on peut alors se baigner,
32:58c'est un peu partout,
32:59Paris-Plage,
33:00avec 70 ans d'avance.
33:08Paris a voulu avoir
33:10aussi sa côte,
33:11non pour faire oublier
33:12celle d'argent,
33:13d'émeraudes ou d'azures,
33:14mais simplement pour offrir
33:16à ceux qui ne peuvent
33:17s'éloigner des rives
33:17de la Seine
33:18les plaisirs de la place.
33:20C'est à Vilaine-sur-Seine
33:22que vient d'être aménagé
33:23ce point plein d'agréments.
33:33Si le 2 en arithmétique
33:35est le chiffre le plus charmant
33:37de tous les sports
33:38que l'on pratique,
33:40le tandem est assurément
33:41le sport rêvé
33:43pour les amants.
33:46Je fais du tandem,
33:48tu fais du tandem,
33:50c'est toi qui m'entraîne,
33:52c'est moi qui t'emmène
33:53et lorsque tu donnes
33:55un bon coup de pédale,
33:56je pédale,
33:58en même temps ça nous emballe,
33:59je fais du tandem,
34:01tu fais du tandem,
34:03c'est bon pour l'hygiène
34:04et ça nous promène,
34:06je t'aime,
34:07en avant les cheveux au vent,
34:09on s'aime en faisant du tandem.
34:12Mon frère,
34:14dont j'ai fait mon cousin
34:15dans les allumettes suédoises
34:17et je ne sais pas pourquoi,
34:18il s'appelait Édouard
34:19et sa femme Marinette,
34:21et alors c'était amusant
34:22parce qu'ils avaient acheté
34:23un tandem,
34:24à l'époque c'était
34:26le grand luxe le tandem,
34:28la plupart des jeunes couples
34:30avaient un tandem,
34:32alors quand ils partaient,
34:33ils étaient habillés
34:34tous les deux
34:35de la même façon,
34:36s'il faisait chaud,
34:37c'était avec un short,
34:38s'il faisait froid,
34:39c'était avec des culottes
34:40de golf,
34:41je me souviens
34:41d'un petit bonnet
34:42à pompon,
34:44le même maillot de corps
34:46et ils partaient,
34:47ils étaient heureux
34:48mais c'était
34:48un bonheur extraordinaire.
35:01Dans les manuels
35:03de géographie,
35:04on regardait
35:05les photos de la France
35:07avec ses fleuves,
35:09ses montagnes,
35:10ses côtes,
35:11on rêvait,
35:13mais on avait un peu
35:14l'impression de rêver
35:15un peu comme
35:15on rêve d'un voyage
35:17dans la lune
35:18parce qu'on n'avait
35:19pas le sentiment
35:20qu'on aurait un jour
35:22l'occasion,
35:24la possibilité
35:26de connaître
35:27ce qu'on voyait
35:28dans ces manuels
35:30d'histoire.
35:30Nous sommes à environ
35:321000 mètres d'altitude,
35:34un air vivifiant
35:35et pur chargé
35:36des odeurs
35:36balsamiques des sapins
35:38emplit nos poitrines.
35:40On vit dans une atmosphère
35:41de délassement physique
35:42et intellectuel.
35:44Tous les soucis
35:45sont oubliés,
35:46c'est le repos
35:47vraiment complet.
35:48Tout concourt
35:49à la régénération
35:50de notre être
35:50que nous sommes venus
35:51chercher ici.
36:00On parle alors
36:01de la civilisation
36:02du sac à dos.
36:04C'est l'invention
36:05du loisir de plein air.
36:06Le camping s'impose
36:07avec 200 000 pratiquants
36:09recensés
36:10cette année-là.
36:11L'année où
36:12un fabricant
36:12de toiles de bâche
36:13invente la triganette,
36:15première tente
36:16canadienne familiale.
36:18Vous l'avez grelottée ?
36:20Je me pensais
36:21dans cette tente
36:22sans tapis de sol,
36:24sans double toit.
36:26Et je n'avais plus
36:27parlé sur le marché.
36:29Mais quand on ouverte
36:30la tente,
36:30il y avait un soleil radieux.
36:32On s'est allé nu
36:34sur l'herbe,
36:35on s'est séchés,
36:36mais on était heureux.
36:42Il y a un monsieur,
36:43bien habillé,
36:44en costume,
36:46qui s'approchait
36:47et qui dit
36:47« Vous m'excusez,
36:48est-ce que je vous dérange ?
36:50Mais je vous envie
36:51comment vous êtes
36:55en plein air,
36:56torse nuit,
36:57tout ça.
36:58Voyez-vous,
36:58moi,
36:59moi,
37:00j'habite dans
37:00les grands hôtels,
37:02dans les grands hôtels,
37:04chez toi,
37:04pour aller
37:07mettre à table,
37:08chez toi,
37:09mettre une cravette,
37:10chez toi.
37:11Je vous envie.
37:12Alors,
37:13nous,
37:14on a dit
37:14« Écoutez,
37:15vous pouvez
37:17nous imiter. »
37:19J'avais pitié
37:21de lui.
37:27Ce nouveau temps libre,
37:29les syndicats,
37:29la CGT,
37:30surtout,
37:30le prennent en main,
37:31au château de Baillet,
37:33par exemple.
37:36Et ce château,
37:37je ne sais pas comment,
37:38il devait être à vendre
37:39ou il ne l'était pas.
37:40Et puis,
37:40avec les cotisations
37:41qui avaient été données
37:42par les salariés,
37:43par leur code pour un adhérent,
37:45parce qu'il y avait une affluence
37:46d'adhésion nouvelle
37:47dans cette période
37:48au syndicat CGT,
37:50ils avaient acheté le château
37:51pour les ouvriers.
37:53Et c'était
37:54un peu une revanche
37:55pour un grand nombre,
37:56non ?
37:57D'être dans un château.
38:12On était très bien.
38:14On était contents.
38:15C'est là où j'ai fait
38:16mes expériences de cuisinier.
38:17Parce que ma mère
38:18m'avait donné des haricots,
38:19des petits pois,
38:21de peur qu'on n'ait pas
38:23pour assez à manger.
38:24J'ai cassé les petits pois,
38:25je les ai mis dans la gamelle
38:25sans rien mettre dedans.
38:26Et ça sautait, etc.
38:28Le grand air donne faim.
38:30Et les métallos font honneur
38:31au repas champêtre.
38:41L'appétit n'attend pas
38:42le nombre des années.
38:47Les petits citadins
38:48vivent dans un air vicier
38:49où les arbres eux-mêmes
38:50s'étiolent.
38:52Souhaitons que l'an prochain,
38:53les projets en cours
38:54se réalisent
38:55et permettent
38:56à tous les enfants
38:57de quitter la ville
38:58pour jouir des bienfaits
38:59d'un séjour dans la nature.
39:01Ainsi, les vacances
39:02contribueront
39:03à l'amélioration
39:04de la race française.
39:07Et je vous rappelle,
39:08madame,
39:09que samedi soir,
39:10vous prenez la parole
39:11au grand gala
39:12donné pour les vacances
39:13des enfants de chômeurs
39:15à la salle Play-Elle.
39:16Très bien.
39:17Nous nous occupons encore
39:18des questions pressantes
39:20du moment,
39:21c'est-à-dire
39:21de l'envoi des enfants
39:23en colonie de vacances.
39:24Les enfants des métallurgistes
39:26passent leurs vacances
39:28au domaine de Vouseront.
39:29En 1937,
39:31la colonie a abrité
39:32554 enfants,
39:34totalisant
39:3420 161 jours
39:36de vacances.
39:37Ils partent,
39:38impatients,
39:39pour la colonie
39:40où les attendent déjà
39:4150 petits réfugiés espagnols
39:43adoptés par le syndicat.
39:57C'est le Front populaire
39:59qui lance la dynamique
40:00des centres de vacances
40:01pour enfants.
40:02La première maison de campagne
40:04des écoliers est ouverte
40:05en juillet 1936
40:06à Saint-Maurice-sur-Moselle.
40:08C'est une sorte de colonie
40:10de vacances innovantes
40:11dans sa référence
40:11à l'éducation nouvelle.
40:27À Biarritz,
40:28les vacances se terminent
40:29pour les enfants nécessiteux
40:30de Dordogne.
40:31C'est le temps
40:31où les politiques
40:33découvrent la jeunesse
40:34et le font savoir.
40:36Dis-moi ma petite fille,
40:37depuis combien de temps
40:38es-tu ici ?
40:40Il y a 28 jours.
40:41Il y a 28 jours.
40:43Et tu t'es bien amusée ?
40:44Oui, je sais.
40:44Tu te portes bien ?
40:46Oui, je sais.
40:46Est-ce que la soupe est bonne ?
40:48Oui.
40:48Ah, et vous-tu ?
40:49Est-ce que vous êtes
40:50la soupe est bonne ?
40:50Oui !
40:51Ah, bravo.
40:53Eh bien, mes chers enfants,
40:54il y a quelque chose
40:55qu'il faut encore dire.
40:57Il faut que j'exprime
40:58en votre nom ici
40:59toute votre gratitude
41:02aux excellents maîtres
41:03qui vous entourent,
41:05à toutes les personnes
41:06qui, dans nos campagnes,
41:08se sont occupées
41:09de vous grouper,
41:10à toutes les oeuvres
41:11qui ont fait des sacrifices
41:14importants pour que vous
41:15soyez ici.
41:16Se goûter, mes chers enfants,
41:18je vous ai fait peur
41:18par madame Andrieux.
41:20Je vous ai fait peur.
41:21Je vous ai fait peur.
41:26Je vous ai fait peur.
41:32Une date rupture.
41:34Un mouvement est lancé.
41:36Une nouvelle société s'invente.
41:38Les femmes sortent de l'ombreau
41:39sans avoir le droit de vote.
41:41Leur corps se libère,
41:42se défont du corset.
41:44La gymnastique a ses premiers adeptes.
41:47Au début des années 30,
41:49on est entièrement
41:50dans le refus du hal et du soleil.
41:53Et dès les années 40,
41:54on sent bien que le mouvement
41:55est lancé en sens inverse.
41:58Et le basculement se situe
41:59pour la France
42:00au milieu des années 30.
42:01Alors, les congés payés
42:03ne sont pas la cause principale,
42:04mais ils ont certainement
42:05accéléré le mouvement.
42:07Et un exemple décisif,
42:08c'est l'apparition
42:09d'un nouveau magazine féminin
42:11qui était hebdomadaire à l'époque,
42:12qui s'appelle Marie Claire,
42:13qui naît en 1937.
42:15Et le discours de Marie Claire
42:16est extrêmement différent
42:18sur la question du bronzage,
42:19du discours du journal dominant
42:21pour les femmes jusqu'à là,
42:22qui est le petit égo de la mode.
42:23Le petit égo de la mode
42:23se méfie du soleil.
42:25Pour la première fois,
42:26on voit un magazine féminin
42:27qui fait l'éloge du bronzage.
42:29On sent bien que le rapport au corps
42:31est en train de basculer.
42:56Et puis il y a cette utopie
42:58de nos ancêtres.
42:59Une bizarrerie vue d'ici.
43:01Les auberges de jeunesse.
43:03On en compte des centaines
43:05qui fleurissent.
43:06Des auberges de jeunesse catholiques
43:08issues du mouvement Le Sion,
43:09des laïcs les plus nombreuses,
43:11et même des utopistes absolus
43:13groupés autour de Jean Gionneau,
43:15en Provence.
43:16Ce qui m'a attirée,
43:18c'était un certain nombre de valeurs
43:22qui me plaisaient, quoi.
43:24Il y avait l'internationalisme,
43:27le pacifisme,
43:29la mixité.
43:31Et puis le goût de l'effort,
43:34le sens de la communauté,
43:37de la vie collective,
43:39où chacun apportait
43:40ce qu'il pouvait donner.
43:43Chacun participait aux travaux.
44:01Il n'y avait pas de tâches
44:02réservées aux filles,
44:04tâches réservées aux garçons.
44:05On faisait aussi bien la vaisselle,
44:07la cuisine,
44:08les corvées de bois,
44:09les corvées d'eau.
44:10Et les filles,
44:11exactement pareil.
44:12Les filles,
44:13ça avait monté une tente
44:14aussi bien que nous.
44:14Il n'y avait pas le garçon fort
44:17qui plantait un piquet.
44:19Ça n'existait pas.
44:20Les filles étaient aussi fortes que nous.
44:21Quand on faisait des randonnées
44:23de 30 ou 40 kilomètres,
44:24les garçons et les filles,
44:26on faisait pareil.
44:27C'était l'égalité la plus complète.
44:34L'amicité, pour nous,
44:36c'était une dimension
44:37de la vie collective
44:38extrêmement importante
44:39parce que beaucoup de mouvements
44:41ne la pratiquaient pas.
44:43Le scoutisme, par exemple.
44:47C'était quand même mal vu,
44:48vous savez,
44:49en 36,
44:50des filles en short.
44:51Et puis cette mixité
44:52dans les tentes,
44:53vous pensez,
44:54ça laissait des soupçons.
44:55Bien entendu,
44:56je ne dirais pas
44:57qu'il n'y a pas eu d'amourettes
44:58et même des mariages.
44:59Mais,
45:01les gens qui nous voyaient
45:02coucher dans la même tente,
45:04je suis sûre
45:05qu'ils employaient
45:05le mot lupanard
45:06quand ils parlaient de nous.
45:11et c'est le début,
45:13effectivement,
45:13de la liberté sexuelle.
45:16J'ai connu des soirées
45:19aux auberges au clage
45:21où on parlait
45:22de contraception.
45:23Et curieusement,
45:25c'est aux auberges
45:26à jeunesse,
45:27à une soirée
45:27que j'ai vue
45:28la première fois
45:29des préservatifs.
45:30Je ne savais pas
45:31ce que c'était.
45:43Ma vie aurait été
45:45tout à fait différente
45:45si je n'avais pas connu
45:46les auberges de jeunesse.
45:49Parce que, finalement,
45:50toutes ces valeurs
45:51nous sont restées.
45:52D'ailleurs,
45:53ces valeurs,
45:53elles ont fait leur chemin
45:55individuellement.
45:56Vous avez l'écologie,
45:57vous avez des mouvements pacifistes,
45:59vous avez des mouvements féministes.
46:00Tout ça,
46:02c'était comme un creuset
46:03dans lequel il y avait
46:05justement toutes ces valeurs.
46:06C'est un peu comme
46:07des parents
46:08qui auraient eu des enfants
46:09qui ont pris leur indépendance,
46:11leur essor
46:11et développer.
46:29Le Sénat, lui, ayant refusé
46:30les pleins pouvoirs,
46:31le ministère Blum
46:32est démissionnaire
46:32et M. Daladier
46:33est chargé de former
46:34le nouveau cabinet.
46:35Et dans l'après-midi de dimanche,
46:37moins de 48 heures
46:38après la chute
46:38du précédent ministère,
46:39C'est fini.
46:42La chute du deuxième gouvernement Blum
46:44en avril 1938
46:45marque la fin
46:46de l'expérience
46:47du Front Populaire.
46:49Blum s'en va.
46:51Il est remplacé
46:52par Daladier.
46:54Tandis qu'à l'Est,
46:56Hitler vient de dévorer
46:57l'Autriche.
46:59La France de Daladier,
47:01justement,
47:01et l'Angleterre de Chamberlain
47:02vont bientôt lui offrir
47:03la Tchécoslovaquie
47:05avec les accords de Munich.
47:09Pour Léo Lagrange aussi,
47:10c'est fini.
47:12Proche des thèses
47:13du colonel de Gaulle
47:14sur la nécessité
47:15des blindés
47:15dans la guerre moderne,
47:17il est le seul parlementaire
47:18à s'engager volontairement
47:20à la déclaration de guerre.
47:22Il me rend héros
47:23le 9 juin 1940.
47:28C'est la question de la guerre
47:30qui est obsessionnelle,
47:31ce n'est pas la question
47:32des réformes sociales.
47:33Ça permet d'ailleurs
47:33au gouvernement de l'époque
47:35de revenir en arrière
47:37sur pas tellement
47:38les congés payés
47:38mais les 40 heures.
47:39Et il faudra la libération
47:40pour que le mouvement
47:41soit relancé.
47:42C'est un mouvement
47:43qui ne s'est pas arrêté
47:45et qui a frappé
47:46tellement la gauche
47:47à ce moment-là
47:48et la gauche par la suite
47:50que chaque fois
47:51qu'il y a eu
47:52un gouvernement de gauche,
47:53on a ajouté
47:53une semaine
47:54de congés payés.
47:55C'est un mouvement
47:5515 jours avec Léo Lagrange
47:57et Blum,
47:58une semaine supplémentaire
47:59avec Guy Mollet,
48:00ça fait trois semaines.
48:02La quatrième semaine,
48:03c'est le syndicat,
48:04c'est De Gaulle,
48:05c'est le syndicat Renault
48:06qui a demandé
48:07la quatrième semaine
48:09et la cinquième semaine
48:10avec Mitterrand et moi
48:11pour cinq semaines
48:13pas de congés payés.
48:2314 juillet 1939,
48:25c'est le dernier été
48:26pour les congés payés.
48:28On ginge dans les balles
48:29de quartier,
48:30mais le cœur
48:31n'y est plus vraiment.
48:34On était à la terrasse
48:37du Dôme
48:38avec mon père
48:40et lui.
48:41Et c'était le soir
48:42et il y avait un feu d'artifice
48:44sur les Invalides.
48:47On ne les voyait pas
48:48les Invalides,
48:48mais on voyait le reflet
48:50du feu d'artifice
48:51par là,
48:53à gauche.
48:55Et je me souviens
48:57de Dominguez
48:57disant l'année prochaine
48:58ça ne sera plus
48:59d'un feu d'artifice,
49:00ça sera des fusées éclairantes.
49:03Il y aura la guerre.
49:19ça a été affreux
49:20quand je pense
49:21à cette période,
49:23mais d'une telle joie,
49:24d'une telle exaltation
49:27suivie
49:28par l'abomination.
49:30C'est quelque chose
49:32d'affreux.
49:33Si vous voulez,
49:34ce contraste
49:35entre cette joie
49:37des gens
49:38qui, par les conquêtes
49:40sociales,
49:42arrivaient petit à petit
49:43à mieux vivre,
49:44à envisager l'avenir
49:46avec optimiste
49:47et puis,
49:48brusquement,
49:4939,
49:50la guerre,
49:51tout s'écroule.
49:58Sur une branche
50:00de bois mort
50:01Le dernier oiseau
50:03de l'été
50:04Se balance
50:07Dernier dimanche
50:08en ce décor
50:10Où meurt
50:11le sourire enchanté
50:13Des vacances
50:15Dernier soleil
50:17Qui nous salue
50:18Et qui s'éclipse
50:20Au fond des nues
50:21Dans sa gloire
50:24Demain sera
50:25Fini l'amour
50:26Et nous n'aurons
50:28Plus ces beaux jours
50:29Qu'en mémoire
50:32À quoi bondir
50:34À l'an prochain
50:35Quand on n'est pas
50:37Du tout certain
50:38D'être ensemble
50:41La vie se plaît
50:42À séparer
50:44Ce qui,
50:45Dans le bonheur
50:46D'aimer
50:47Se ressemble
50:50Que viens-tu chercher
50:51En ces lieux
50:53Toi qui,
50:54Sans foi,
50:55Fis tes adieux
50:56À l'enfance
50:58C'est toi,
50:59La branche
51:00De bois mort
51:01C'est toi,
51:02L'oiseau
51:03La mer
51:04Le pan
51:05Les vacances
51:07C'est toi,
51:08C'est toi,
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