00:02La terre au carré, Mathieu Vidard sur France Inter.
00:07Ça s'appelle Tout va bien dans ce monde, tous les jours, après 14h30, notre équipe de journalistes va vous
00:12donner une bouffée d'air frais avec les bonnes nouvelles de la science et de l'écologie.
00:16Et ça va nous faire du bien, Agnès Ducharn et Pierre Brigotte, je vous présente Mathilde Fontaise, la co-rédactrice
00:20en chef du magazine Epsilon.
00:22Bonjour Mathilde.
00:23Bonjour.
00:23Et aujourd'hui pour démarrer ce nouveau rendez-vous, on va remonter le temps 4 milliards d'années en arrière
00:28avec une publication qui montre que la vie serait apparue non pas une mais deux fois.
00:33Et pour vous c'est une bonne nouvelle ça ?
00:35Oui c'est une bonne nouvelle, en tout cas c'est une nouvelle, cette équipe de biologistes de l'université
00:39de Dusseldorf s'attaque en fait à un mythe.
00:41Lucas, le premier ancêtre commun de tous les êtres vivants sur Terre, pour carrément le déboulonner selon ces chercheurs.
00:47Lucas n'est pas vraiment la première vie, ce n'est qu'après lui que la vie serait apparue progressivement
00:51par deux voies différentes.
00:53Deux premiers êtres vivants auraient évolué en parallèle pour donner les deux grandes branches actuelles des organismes qui peuplent la
00:59Terre.
00:59D'un côté les premières archées, les cellules primitives qui ont évolué ensuite pour former tous les animaux,
01:04et de l'autre les premières bactéries dont sont issues les bactéries actuelles mais aussi tous les végétaux.
01:09Alors je replante le décor, il y a 4 milliards d'années nous sommes sur la Terre primitive,
01:13notre planète est encore surchauffée, encore plus qu'aujourd'hui, enroulée dans une atmosphère saturée de CO2, encore plus qu
01:19'aujourd'hui.
01:19Mais il y a de l'eau, un océan chaud, sa température pouvait atteindre 35 degrés,
01:24et c'est là en profondeur que la vie se serait développée deux fois auprès des sources hydrothermales riches en
01:31minéraux.
01:31Et alors Mathilde, comment les chercheurs sont parvenus à retracer cette histoire extrêmement lointaine ?
01:37Bien sûr, il ne reste quasiment rien de ces organismes primitifs,
01:40mais on peut les reconstituer en étudiant les animaux, les plantes, les bactéries actuelles,
01:44et d'autant mieux avec les techniques modernes de séquençage génétique et d'analyse de données.
01:48De nombreuses équipes utilisent cette méthode pour étudier les origines de la vie,
01:51mais là, les chercheurs se sont concentrés sur les réactions chimiques plutôt que sur le génome,
01:55sur la dynamique des réactions qui foisonnaient dans ce bouillon de culture primitif.
01:59C'est leur tour de force.
02:01Ils ont étudié 420 réactions que ces protocellules utilisaient pour synthétiser les éléments constitutifs de la vie,
02:06par exemple les acides aminés, les bases d'ARN, les vitamines.
02:10Ils ont reconstitué tout un réseau de transformations chimiques qu'ils ont réussi à classer,
02:14du plus simple au plus complexe, pour en retracer la chronologie.
02:18Et en particulier, ils ont suivi les enzymes développés par ces protocellules
02:22pour catalyser, accélérer et rendre possible ces réactions,
02:25d'abord à partir des métaux présents dans l'eau, puis de manière autonome.
02:29Et c'est là que, surprise, ils ont découvert que les bactéries et les archées
02:33ont suivi un chemin chimique indépendant, par exemple.
02:36Elles ont parfois développé des enzymes distinctes pour catalyser la même réaction.
02:39Bref, elles ont inventé la vie en parallèle, deux formes de vie différentes.
02:43Donc ça, c'est la petite bombe de la rentrée, quand même,
02:44parce que Lucas ne serait donc pas notre ancêtre commun, rien que ça.
02:48Alors, rassurez-vous, Mathieu.
02:49Changement de paradigme.
02:49Rassurez-vous, il reste bien à l'origine du code génétique de tous les êtres vivants, par définition.
02:54Mais les chercheurs montrent qu'ils ne possédaient que la moitié des enzymes nécessaires à la vie.
02:59Son métabolisme était incomplet.
03:00En gros, avec Lucas, on était encore à mi-chemin entre une soupe de réaction chimique dans l'eau
03:05et un organisme qui fonctionne de manière autonome.
03:08Lucas était en quelque sorte à demi-vivant.
03:10Et surtout, ce que ces recherches confirment, c'est qu'il n'y a pas une voie royale vers la
03:14vie telle qu'on la connaît.
03:16Toute cette histoire, ça a été un grand bazar darwinien dès le début,
03:19quel que soit le début, et même avant la biologie, alors que nous n'étions encore qu'une soupe chimique.
03:23Et ça, c'est sorti pendant l'été.
03:25C'est sorti début voûte.
03:26Ça a été assez discret quand même.
03:28Merci de nous en avoir parlé, Agnès Ducharn et Pierre Brigotte.
03:30Qu'est-ce que ça vous inspire, cette histoire de vie qui serait apparue deux fois sur Terre ?
03:35C'est rassurant.
03:36Il y a de l'espoir pour l'avenir.
03:37Et puis, ça montre aussi que la biologie, c'est quand même la grande science du XXIe siècle.
03:43C'est stimulant, comme dirait Pierre Brigotte, finalement, cette affaire.
03:47Je confirme.
03:47J'ai presque envie de manger de la soupe ce soir.
03:49Très bien.
03:50Mathilde Fontaise, merci beaucoup.
03:52On vous retrouve tous les lundis en partenariat avec votre magazine scientifique Epsilon,
03:57dont le nouveau numéro arrive dans les kiosques mercredi,
03:59avec à sa une une paire de lunettes.
04:02Une paire de lunettes connectées et des questionnements éthiques sur les données,
04:06sur la vie privée et sur notre attention face à ce nouvel outil techno un peu invasif.
04:10Qui fait beaucoup parler en ce moment, vous parlez également de l'ordinateur quantique
04:14et puis de la redécouverte de nos souvenirs d'enfance.
04:17Oui, qui reste inscrit en fait dans notre cerveau
04:19et qui même participe à notre apprentissage tout au long de notre vie,
04:22découvre les neuroscientifiques.
04:23Oui, voilà.
04:24Epsilon, donc nouveau magazine scientifique d'actualité qui fait quand même ses cinq ans.
04:27Pour un nouveau magazine, il se porte bien.
04:30A la semaine prochaine Mathilde Fontaise.
04:31A la semaine prochaine.
04:32Merci beaucoup.