00:00En 1978, l'Argentine a sans doute remporté la Coupe du Monde la plus sale qui ait jamais existé.
00:05Cette compétition s'est jouée à quelques rues d'un centre de torture, Carui.
00:08En 1978, lorsque l'Argentine accueille la Coupe du Monde, derrière les confettis et les tribunes remplis,
00:13elle est en train de vivre l'une des périodes les plus sombres de son histoire.
00:15Quelques mois avant le début de la compétition, l'armée renverse le gouvernement
00:18et instaure une dictature dirigée par le général Giorgi Rafael Vidal.
00:22Le régime enlève tout ce qu'il considère comme dangereux.
00:25Militants, étudiants, syndicalistes, journalistes ou simples citoyens soupçonnés de penser différemment.
00:29Ils sont enfermés, torturés et pour beaucoup assassinés.
00:32Sans que leurs familles ne sachent jamais ce qu'ils sont devenus.
00:34On les appelle les disparus.
00:36Quelques temps avant le mondial, certaines nations appellent au boycott.
00:38Mais finalement, aucune ne se retire.
00:40Vidal là comprend très vite.
00:41Pendant plusieurs semaines, les caméras du monde entier vont filmer son pays.
00:44Il va donc tout faire pour donner l'impression que tout se passe bien.
00:46Des rues en fête, des stades modernes et une population réunie derrière son équipe.
00:50Mais en réalité, c'est tout l'inverse qui se passe.
00:52Car à quelques rues du stade monumental se trouve l'un des principaux centres clandestins de détention du régime.
00:57Une survivante raconte que depuis leur lieu de détention,
00:59ils entendaient simultanément les cris des personnes torturées
01:02et les célébrations provoquées par les buts argentins.
01:04Pendant ce temps, l'équipe nationale avance dans la compétition.
01:07Et pour Vidal là, le titre représenterait bien plus qu'une victoire sportive.
01:10Il lui permettrait d'associer son régime à l'un des plus grands moments de joie de l'histoire du
01:14pays.
01:14Mais avant la finale, un énorme obstacle se présente.
01:17Le Brésil vient de battre la Pologne 3-1.
01:19Comme les deux rencontres ne sont pas disputées en même temps,
01:21l'Argentine connaît exactement le résultat nécessaire pour terminer devant son rival.
01:25Elle doit battre le Pérou par au moins 4 buts d'écart.
01:28Mais ce n'est pas un adversaire ridicule.
01:30Lors du premier tour, le Pérou a inscrit 7 buts et n'en a encaissé que 2.
01:33Quelques minutes avant la rencontre, Videla entre dans le vestiaire péruvien,
01:37accompagné d'un ancien secrétaire d'état américain.
01:39Ils viennent officiellement transmettre un message de fraternité entre l'Argentine et le Pérou.
01:43Étrangement, ils ne se rendent pas dans le vestiaire argentin.
01:45Le match commence et l'Argentine gagne 6-0.
01:47Des joueurs péruviens parleront de pression.
01:49Un ancien sénateur affirmera même devant la justice que le résultat faisait partie d'un accord entre les deux dictatures.
01:54Certes, rien n'a jamais été définitivement prouvé, mais le doute plane.
01:57En finale, contre les néerlandais, le match est extrêmement tendu.
02:00Les Argentins arrivent volontairement en retard sur la pelouse et font monter la pression avant même le coup d'envoi.
02:05Le match va jusqu'en prolongation, mais l'Argentine finit par s'imposer 3-1.
02:09Furieux, les joueurs néerlandais refusent de participer à la cérémonie organisée après le match.
02:13L'Argentine est championne du monde pour la première fois de son histoire,
02:16et sur la pelouse, Videla remet le trophée au capitaine Daniel Passarella devant un stade couvert de confettis.
02:21La dictature aura obtenu exactement l'image qu'elle recherchait.
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