00:00J'ai fait une dépression du postpartum qui a duré plusieurs années et j'ai décidé d'en faire un
00:04livre sous pseudo.
00:05En couple avec mon compagnon depuis plusieurs années, on a décidé de faire un enfant.
00:09Moi j'ai toujours eu un désir d'enfant, un désir que je n'avais jamais remis en question.
00:12J'ai eu une grossesse qui s'est déroulée de manière assez sereine dans l'ensemble.
00:17Le jour de l'accouchement, j'arrive à l'hôpital sans entrer dans tous les détails.
00:20C'est un accouchement qui a duré longtemps, c'était 17h.
00:23Et puis quand on m'a demandé de pousser, bon bah j'ai poussé.
00:25On m'a demandé d'attraper mon fils, de le mettre sur moi et là, il ne se passe rien.
00:30Je pense que je n'ai pas été envahi par l'amour immédiat.
00:32Il y avait trop de fatigue, trop de stress et je me suis dit, qu'est-ce qui se passe
00:36?
00:36Très rapidement à l'hôpital, je vis que je ne me sens pas très bien.
00:38On m'emmène quand même aux urgences obsétriques, il n'y a rien d'anormal.
00:41Donc on fait venir la psychologue de l'hôpital qui discute avec moi, on parle un petit peu de mes
00:45antécédents.
00:46On décide de faire un suivi quelques jours après ma sortie de la maternité et rapidement on se rend compte
00:50que ça ne va pas.
00:51Je n'arrivais pas à m'alimenter, je ne dormais pas.
00:52J'ai très vite perdu tous mes kilos de grossesse, j'étais même plus mince qu'au début de ma
00:57grossesse.
00:57Je me demande ce qui se passe et c'est ça aussi qui m'incite à consulter psychiatre et psychologue
01:03alors même que j'avais toujours dit, ce n'est pas pour moi.
01:06C'est tout de suite le vide en moi.
01:07Il n'y a pas d'émotion, il n'y a pas de tristesse, il n'y a pas de
01:09colère.
01:10Je ne sais même pas à ce moment-là que c'est de l'anxiété, je le comprends plus tard.
01:13Il n'y a pas d'amour.
01:14Je ne suis pas heureuse de faire mon retour chez moi, de faire visiter la chambre à mon bébé que
01:18j'avais si bien préparé.
01:19C'est une absence de sensation qui paradoxalement est une sensation très forte et très très anxiogène.
01:24Donc j'en parle et on me prescrit des antidépresseurs et des anxiolytiques.
01:27Je les prends en pleurant parce que pour moi c'est un échec.
01:29Et au début je ne suis peut-être même pas en phase avec le diagnostic.
01:32Moi pendant un certain temps je suis convaincue qu'il se passe quelque chose de grave.
01:35J'ai appelé plusieurs fois SOS médecin.
01:36Je veux trouver une raison.
01:37Je ne peux pas me dire c'est une dépression du postpartum, il faut qu'il y ait une raison
01:40médicale derrière.
01:41C'en est une, mais c'est de la santé mentale dont on parle et je n'étais pas préparée
01:44à ça.
01:44Je n'ai jamais eu de pensée négative envers mon enfant, même si je n'arrivais pas à dire je
01:49l'aime, je ne me suis jamais dit non plus je ne l'aime pas.
01:51Je n'ai jamais eu envie de lui faire du mal.
01:52En revanche moi, le manque de sommeil, le contexte, les symptômes me font avoir des idées noires.
01:58J'ai la bonne idée d'en parler assez vite, donc je suis aidée.
02:00Mais c'est une immense solitude.
02:02Je n'arrive pas à mettre des mots.
02:04Mon conjoint ne comprend pas trop ce qui se passe, même s'il est très présent et très aidant.
02:07C'est terrifiant cette solitude.
02:08Je ne les prends que trois mois, les antidépresseurs.
02:11Je ne les ai pas arrêtés volontairement, en fait au bout de trois mois avec mon médecin, on a décidé
02:14d'arrêter les anxiolytiques.
02:15Je n'en avais plus besoin.
02:16Et une fois le sevrage terminé, les effets secondaires des antidépresseurs se sont révélés.
02:21Ils étaient masqués par les anxiolytiques.
02:23Et en fait j'ai eu des mouvements anormaux, de la transpiration nocturne, etc.
02:26Et donc mon médecin m'a dit qu'il faut les arrêter.
02:27Il m'a proposé une autre molécule.
02:29Moi j'ai décidé d'essayer sans, parce que je me sentais bien et tout s'est bien passé.
02:33J'ai repris le travail dans un contexte très particulier, puisqu'on était donc en plein Covid.
02:37Moi je suis responsable des événements dans ma société, mais on décide de mettre un terme aux événements.
02:43Et mon poste est supprimé.
02:44Donc ça je l'apprends le jour même où je reviens de congé maternité.
02:47Mais très rapidement on me propose un autre poste, un poste plus important.
02:50Donc je reprends.
02:51Mais ça veut dire une nouvelle responsabilité, du stress, des nouveaux collègues, des nouvelles choses à appréhender.
02:57Petit à petit l'angoisse revient.
02:59Quand mon fils a un an, on décide avec mon mari de se marier.
03:02Il y a donc beaucoup de préparatifs.
03:04Mon fils est entré à la crèche et est malade tout le temps.
03:07Donc il y a ce contexte à nouveau de fatigue qui revient.
03:10Je fais une rechute.
03:10Je reconsulte et on me propose de resuivre un traitement.
03:14Mais à ce moment-là, moi je refuse le traitement.
03:16Je n'ai pas envie de repasser par les phases d'adaptation, les effets secondaires, puis le sevrage.
03:20Je fais de la respiration, de la méditation, du yoga, de l'UMDR.
03:24J'essaye à peu près tout ce qui existe et ça fonctionne.
03:26Quand mon fils a deux ans, ça correspond aussi au moment où mes copines font leur deuxième enfant.
03:31Je commence à me dire, tiens, ça se passe bien, ça fait deux ans, pourquoi pas ?
03:34Il y a eu plusieurs fois des tentatives où le lendemain, en fait, je suis allée prendre la pilule du
03:37lendemain
03:37parce que je me suis dit, pourquoi tu fais ça ?
03:39Tu vas mettre ta famille en danger, tu vas te mettre en danger, c'est une mauvaise idée.
03:43Et ça, ça dure trois ans, ces périodes d'incertitude et d'aller-retour.
03:46Je tombe enceinte une deuxième fois.
03:48Quand le test de grossesse se révèle positif, je ne suis pas certaine de l'émotion que je ressens.
03:54Mais rapidement, il y a une boule qui se forme ici, je commence à être oppressée, je fais ma prise
03:59de sang,
04:00je planifie mon premier rendez-vous avec l'obsétricien.
04:01Et lors de ce premier rendez-vous avec l'obsétricien, à la fin du rendez-vous, je m'entends dire
04:04à voix haute
04:05« Et si on ne veut pas le garder, comment ça se passe ? »
04:07Et je crois qu'à partir de là, j'avais planté la petite graine et je n'ai pas pu
04:10le garder.
04:10Ça n'a pas annulé pour autant mon désir d'agrandir la famille, même si l'IVG, même si c
04:15'était mon choix, ça a été une torture.
04:17Avant, pendant, après, encore aujourd'hui.
04:19Mais je pense que c'était une étape pour avancer vers ce deuxième enfant qui est venu cinq ans après.
04:25L'amour a été présent immédiatement.
04:27En revanche, il y a toujours de l'anxiété.
04:29J'ai accouché il y a quatre mois et demi, il n'y a pas de dépression.
04:31Mais je pense que fort de ces cinq années quand même de souffrance, il faut le dire,
04:36je sais maintenant cohabiter avec cette part de moi que j'ai si longtemps rejetée.
04:47Sous-titrage Société Radio-Canada
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