00:00Bonjour Selma. Bonjour Rachid. Vous allez bien ? Oui et vous ? Oui, bah ouais. Ça va. Ça va.
00:05Heureusement qu'on est vendredi. C'est ça. France-Maroc, c'était hier soir. Bon, on ne va pas y
00:10revenir quand même.
00:11On ne va pas se faire mal à ce point-ci. On va en reparler. Bon, d'accord. Il faut
00:14faire la paix avec tout ça.
00:15Alors, il y a une phrase quand même qu'on répète assez souvent, c'est « quand on veut, on
00:18peut ».
00:19Exactement. Alors, est-ce que c'est aussi simple ? On a vu qu'hier soir, ce n'était pas
00:22le cas.
00:22Oui, hier soir Rachid, le Maroc le voulait, les joueurs le voulaient, le public le voulait, tout un pays le
00:30voulait.
00:31Et pourtant, la France s'est imposée. Et justement, ça nous montre que vouloir ne suffit pas toujours.
00:38Parce que dans la vie, comme dans le sport, on peut tout donner, on peut y croire profondément, se battre
00:46jusqu'au bout et ne pas obtenir le résultat espéré.
00:49Parce que l'adversaire existe, le corps fatigue, les détails comptent. Et parfois, malgré toute la bonne volonté du monde,
00:57ça ne passe pas.
00:59Donc la phrase « quand on veut, on peut » est à la fois belle, mais elle est peut-être
01:02aussi dangereuse.
01:04Belle parce qu'elle donne de l'élan. Elle nous rappelle que la volonté peut nous aider à commencer, à
01:08nous dépasser, à tenir, mais aussi à recommencer après un échec.
01:13On le voit très bien dans le sport. Sans volonté, c'est impossible de s'entraîner tous les jours ou
01:19de supporter la pression.
01:22Et la défaite du Maroc hier nous montre que vouloir ne veut pas toujours dire pouvoir.
01:28Ça ne veut pas dire que la volonté est inutile. Au contraire, c'est un point de départ.
01:34Elle nous permet aussi de revenir plus fort.
01:37Et pour le Maroc, la volonté se conjugue aussi avec la perspective de 2030.
01:41C'est là qu'il va falloir transformer la frustration d'aujourd'hui en expérience, la défaite en envie.
01:49Parce que même si on ne peut pas tout de suite vouloir, c'est aussi commencer à pouvoir demain.
01:55Et dans la vie, comme dans le foot, il ne faut pas oublier le collectif et la force du groupe,
02:00des autres.
02:00Et parfois, c'est dans l'altérité, c'est l'altérité qui nous sauve.
02:04Et cette phrase peut aussi être un peu dangereuse, donc vouloir ses pouvoirs.
02:09Parce que quand on y pense, qu'est-ce qu'on dit à quelqu'un de malade, d'épuisé ou
02:13de coincé dans une situation difficile ?
02:15On lui dit qu'il suffit de vouloir. Dans ces cas-là, la phrase ne motive plus, elle culpabilise.
02:21Parfois, on peut vouloir très fort, mais on n'y arrive juste plus.
02:25Et des fois, c'est quand on arrête de forcer que quelque chose se débloque, Rachid.
02:30Oui, effectivement. Votre zoom du jour.
02:33Alors, je vais regarder dehors parce que vous allez nous parler du mouvement des arbres.
02:37Dehors, on a de très beaux oliviers. C'est pour ça que je me suis permis de jeter un oeil.
02:42Oui.
02:42Et on a envie d'en savoir plus sur votre zoom.
02:44Exactement. Alors, Rachid, les arbres sont sur Terre depuis près de 385 millions d'années.
02:51On a l'impression qu'ils ont toujours été à la même place.
02:55Et pourtant, les arbres se déplacent lentement, presque invisiblement.
03:00Mais alors, comment est-ce qu'ils se déplacent ?
03:03Comment est-ce que ça marche ?
03:04Alors, la première explication, elle est assez logique.
03:07Ils se déplacent d'abord grâce à leurs graines.
03:09Elles sont emportées par le vent, par l'eau, par un animal ou par l'être humain.
03:14Elles tombent plus loin, germent et un nouvel arbre pousse ailleurs.
03:17Et petit à petit, l'espèce gagne du terrain dans une direction et en perd dans une autre.
03:22C'est comme ça qu'une forêt peut, peu à peu, migrer.
03:25Et ce déplacement est très lent.
03:26Un arbre met des années à grandir.
03:29Ses graines ne vont pas toujours très loin.
03:31Et entre deux, il y a des obstacles ou des espaces où les jeunes pousses ne peuvent pas s'installer.
03:37Les arbres peuvent aussi bouger grâce à leur croissance.
03:40Parce que même si les racines sont ancrées dans le sol, elles n'arrêtent pas de bouger.
03:46Elles explorent le sol, suivent la direction de l'eau, des nutriments.
03:50Elles contournent parfois les obstacles.
03:52Et donc, c'est comme ça que ça marche.
03:54Et un autre fait, les arbres passent leur temps à corriger leur posture.
03:59Alors, comment ça marche ?
04:00C'est grâce à la pression présente à l'intérieur de leurs cellules.
04:04Le tronc des arbres s'allonge, se réorganise, se ramasse pour aider l'arbre à rester droit.
04:09Et cette pression agit comme un moteur.
04:11Et c'est là que la question de la sensibilité des arbres devient fascinante.
04:15Les scientifiques ont établi que les arbres sont sensibles parce qu'ils perçoivent leur environnement,
04:19qu'ils sont capables de s'y situer et de réagir aux modifications de cet environnement.
04:25Donc, fait encore plus surprenant sur les arbres.
04:28Ils ont aussi une forme de perception de leur propre corps.
04:32Ils sont soumis à la gravité, au poids de leurs branches, aux coups de vent.
04:36Et donc, pour rester droits, ils doivent exercer un contrôle actif sur leur tronc.
04:42Parce que oui, un arbre ne tient pas debout par hasard.
04:45Il corrige sa posture en permanence.
04:47Et ses adaptations permettent à l'arbre de mieux survivre dans des conditions difficiles.
04:52Il modifie sa forme pour éviter le risque de se casser ou d'être déraciné.
04:57C'est comme une résilience naturelle.
04:59L'arbre transforme la pression de son environnement en stratégie de survie.
05:04La nature est bien faite.
05:05La nature est incroyable.
05:07Votre mot du jour concerne aussi un petit peu la nature.
05:10C'est ubaitori, un mot japonais qui nous rappelle une chose simple.
05:16C'est qu'on ne ferait pas tous au même moment ni de la même manière.
05:20Exactement, Rachid.
05:21Alors, le mot du jour, comme vous le disiez, c'est ubaitori.
05:24Donc, c'est un mot japonais assez poétique.
05:27Donc, comme toujours, comme souvent avec les mots japonais, il y a quatre symboles pour expliquer ce mot.
05:32Donc, d'abord, le premier symbole, u, veut dire le cerisier.
05:35Bai, veut dire le prunier ou l'abricotier en japonais.
05:40To, c'est le péché.
05:42Et ri, c'est le prunier japonais.
05:46Donc, chacun de ces caractères, comme on vient de l'expliquer, renvoie une fleur.
05:50Et c'est une image qui veut dire qu'à travers ces quatre fleurs, il y a quatre beautés, quatre
05:54manières de s'épanouir.
05:56Le cerisier, c'est la beauté éclatante, celle qui attire tout de suite le regard.
06:00Le prunier, lui, fleurit très tôt, parfois dans le froid.
06:04Il symbolise la force tranquille, la capacité à avancer malgré des conditions difficiles.
06:10Le péché, lui, évoque une beauté plus douce, plus douce, plus chaleureuse, plus généreuse.
06:14Et le prunier japonais, lui, est plus discret.
06:17Il rappelle que ce n'est pas parce que quelque chose est moins visible qu'il en est moins précieux.
06:22Donc, l'idée, c'est qu'une fleur de cerisier ne se compare pas à une fleur de péché.
06:28Un prunier ne se demande pas pourquoi il ne ressemble pas au cerisier.
06:32Chacun a sa saison, Rachid.
06:34Chacun a sa forme, sa couleur, son parfum.
06:37Et c'est exactement le message de Loubaïtori.
06:39Arrêtez de mesurer sa vie avec le calendrier des autres.
06:43Parce qu'au fond, ce qui nous fatigue, c'est la comparaison.
06:46On regarde quelqu'un avancer plus vite que nous, réussir plus tôt, être plus visible, plus applaudi,
06:52et sans s'en rendre compte, on transforme son chemin en preuve contre nous-mêmes,
06:56alors qu'un rythme différent n'est pas un échec.
06:58C'est parfois simplement une autre saison.
07:02Loubaïtori n'est pas une excuse pour rester immobile.
07:05C'est plutôt une invitation à avancer sans se détester en chemin.
07:10Parce qu'on peut, bien sûr, s'inspirer des autres, mais sans se diminuer.
07:14On peut admirer quelqu'un, mais sans se sentir en retard.
07:17On peut vouloir grandir sans oublier ce qu'on est déjà.
07:20Et dans une époque où tout se voit, tout se poste, tout se compare,
07:25les réussites des autres arrivent dans notre téléphone comme si elles étaient permanentes.
07:29Mais on oublie que souvent, on voit la fleur, mais on voit rarement la racine.
07:35On voit le résultat, mais on ne voit pas les années de doute.
07:38On voit l'annonce, mais on ne voit pas le refus.
07:40On voit la victoire, mais on ne voit pas les saisons invisibles.
07:43Donc, Loubaïtori nous rappelle une chose essentielle,
07:46c'est que, Rachid, chacun a sa propre beauté,
07:48mais surtout, chacun a son moment.
07:50Donc, on n'a pas besoin de devenir quelqu'un d'autre pour mériter de fleurir.
07:55C'est bien de le rappeler.
07:57Surtout à l'heure des réseaux sociaux,
07:59où chacun se compare à l'autre en permanence.
08:02Merci beaucoup, Sema Célière.
08:03C'était notre jour.
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