00:00C'est-à-dire, le terme, il est, moi je le trouve très violent d'indécence,
00:06cocktail de célébration.
00:08Dans quelle société vivons-nous, Clair-Fourcad ?
00:10Ça dit complètement, il me semble, la question qui se pose,
00:15c'est-à-dire que pour certains, c'est la conquête d'un nouveau droit
00:17et on peut se réjouir de la conquête d'un nouveau droit.
00:19Et ce qu'on oublie complètement dans ce débat,
00:21c'est tout ce que vont perdre avec cette loi,
00:25avec cette question de la définition de critères d'accès au suicide assisté ou à l'euthanasie,
00:30on désigne toute une partie de notre population qui n'a rien demandé,
00:33à qui on dit, vous remplissez les critères, si vous voulez mourir, on est d'accord.
00:37Tout le reste de la population, si vous vous suicidez, on va vous accompagner,
00:41on va essayer de vous dissuader, mais vous, on est d'accord.
00:43Et récemment, il y a une patiente qui m'a dit,
00:45quand j'ai dit à mes proches que je voulais mourir,
00:47que je voulais demander à mourir,
00:49tout le monde m'a dit, tu es libre, c'est toi qui décides,
00:52personne ne m'a dit, reste avec nous, on tient à toi.
00:56Et il me semble que ce qui s'est joué là dans cette famille
00:59se joue à l'échelle de notre société.
01:01En français, quand on dit je ne te retiens pas, ça veut dire va-t'en.
01:03Mais bien sûr.
01:04C'est tellement vrai.
01:05Claire Forcade, juste une dernière chose sur l'aspect,
01:08c'est terrible, budget.
01:11C'est-à-dire, ça coûterait combien d'investir massivement dans les soins palliatifs ?
01:15Est-ce qu'on a réussi à l'anticiper ?
01:17Ce qui devrait être notre boussole, c'est de se dire,
01:19on accompagne les personnes qui vont partir,
01:24qui vont nous quitter, qui vont mourir.
01:25On les accompagne jusqu'au bout,
01:27parce qu'on magnifie la vie
01:30et on protège également ceux qui vont mourir.
01:32Alors, le coût évalué, on le sait,
01:35c'est à peu près un milliard par an.
01:38Mais ce qui devrait venir avec, je pense,
01:40c'est une réflexion de nous tous
01:41sur la question de l'obstination des raisonnables.
01:44Est-ce que c'est raisonnable, l'année dernière,
01:45d'avoir dépensé 6 milliards en molécules onéreuses en chimiothérapie,
01:49parfois pour des gains d'espérance de vie
01:51qui sont inférieurs à 15 jours,
01:52dans des conditions, en plus de qualité de vie,
01:54qui sont très dégradées ?
01:55Et donc, c'est cette réflexion ensemble
01:57qu'on doit avoir, jusqu'où c'est raisonnable d'aller ?
01:59Qu'est-ce qu'on fait d'une enveloppe contrainte ?
02:01Comment on utilise ?
02:02Et je crois qu'on pourrait, là,
02:04améliorer grandement les conditions de vie.
02:06Ça veut dire que, Claire Fourcade,
02:07avec un milliard par an,
02:09vous avez l'ensemble du territoire
02:13qui est susceptible de disposer
02:16de soins palliatifs suffisants
02:18pour protéger ceux qui vont...
02:20accompagner ceux qui vont mourir.
02:21C'est les moyens dont on a besoin,
02:22mais moi, j'ai aussi coutume de dire
02:23que même si on arrose de l'argent,
02:24ça ne fait pas pousser des soignants.
02:26Oui, c'est sûr.
02:26Et donc, il y a aussi, je pense,
02:27une question d'état d'esprit.
02:30Et la loi qui arrive, elle va aggraver.
02:33Elle ne va pas développer les soins palliatifs,
02:34elle va les aggraver.
02:3530% des gens qu'on a interrogés
02:37nous ont dit qu'ils quitteraient leur poste
02:38si la loi passait.
02:39On me dit toujours, ils ne le feront pas.
02:41Sans doute qu'une partie ne le fera pas.
02:42Mais il y a des gens qui sont partis
02:43et qui vont partir.
02:44Et on a besoin de chaque soignant.
02:46Chaque soignant compte partout.
02:48Oui.
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