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Gilles Kepel, professeur émérite des universités, était l'invité du Face à Face ce vendredi 10 juillet. 

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00:02Générique
00:11Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gilles Kepel.
00:14Bonjour.
00:15Merci de répondre à mes questions ce matin.
00:16Vous êtes professeur émérite des universités spécialistes du Moyen-Orient
00:19et on a bien besoin de comprendre où est-ce qu'on en est au fond.
00:22Est-ce que c'est le retour de la guerre après des frappes à nouveau
00:25à la fois de la part de l'Iran mais aussi de la part des Etats-Unis
00:29et puis cette information, c'est les confrères américains qui le disent
00:34mais citant des sources israéliennes qui auraient alerté Donald Trump
00:38sur le fait qu'il soit la cible des services secrets iraniens
00:42qui souhaiteraient l'assassiner. C'est crédible ?
00:45Alors ça s'inscrit dans un contexte où il y a effectivement beaucoup de tensions,
00:48vous l'avez rappelé.
00:50Un phénomène tout à fait surprenant, c'est que vous l'avez vu,
00:53Donald Trump est allé au sommet de l'OTAN à Ankara dans son palace volant
01:00offert par le Qatar qui avait un peu, on avait un peu remis l'avion en place
01:04mais on n'avait pas véritablement fait un avion aussi performant
01:08en termes de sécurité et d'avion militaire de certaines manières que le précédent
01:12ce qui fait qu'on l'a fait revenir dans le vieil avion.
01:14Il a changé d'avion au milieu effectivement de ce sommet de l'OTAN,
01:19il est reparti avec le traditionnel Air Force One, semble-t-il,
01:23parce qu'il craignait éventuellement que le premier ne le protège pas suffisamment ?
01:26Voilà, ça semble de toute façon être le cas, indépendamment de toute velléité d'attentats prévus.
01:33Par ailleurs, on voit bien, on y reviendra tout à l'heure,
01:36qu'à l'intérieur des dirigeants iraniens aujourd'hui,
01:40s'attire à Hu et à Dia et que vous avez une tendance maximaliste
01:45qui essaye de l'emporter sur ceux qui négocient
01:48dans un contexte où il y a de moins en moins un guide suprême.
01:53On l'a enterré, ce guide suprême, avec chacun essayant de se prévaloir
01:58de son aura, de son onction pour faire passer ses causes,
02:03mais le fils n'était pas là.
02:05On ne l'a toujours pas vu.
02:07Donc, il sert de totem, si vous voulez, pour faire passer les choses.
02:10Mais ça permet à toutes sortes de factions de se disputer.
02:14Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a plus de guide suprême, d'ailleurs, au fond ?
02:17Véritablement, techniquement ?
02:18Dans le chéisme, il y a la notion de l'imam caché.
02:21Donc, d'une certaine manière, il l'incarne à sa façon.
02:24Mais on n'en sait rien.
02:25Enfin, en tout cas, ceux qui sont ici n'en s'en vient.
02:27Et puis, bien évidemment, ça s'inscrit dans un regain de tension.
02:31Aujourd'hui, et le fait que Israël soit l'État qui ait surtout annoncé ce genre de choses,
02:39va bien, dans une tentative que font les Israéliens aujourd'hui,
02:43de revenir en grâce dans le premier cercle de Donald Trump.
02:47Puisqu'au fur et à mesure que la négociation avançait,
02:51Bibi Netanyahou se faisait tordre le bras de plus en plus.
02:54Bibi Netanyahou, dont vous avez certainement vu,
02:56que pour la première fois, il est en retard dans les sondages pour les élections.
03:02Dans le cadre de l'élection ?
03:02Voilà, de l'automne.
03:04Il est doublé par le général Eisenkot d'origine séfarade.
03:09Donc, il pourrait être battu aux prochaines élections, Benjamin Netanyahou ?
03:13Enfin, une élection, c'est le jour où il y a eu les élections.
03:16Pas toujours, c'est rarement avant.
03:18Mais là, c'est la première fois.
03:19En tout cas, il est en difficulté pour la première fois.
03:22Gilles Kepel, revenons quand même à cette question,
03:23effectivement, de cette menace qui pourrait être sur la vie de Donald Trump.
03:28Il l'a d'ailleurs reconnu lui-même,
03:29mais avec toujours une forme de légèreté étonnante,
03:32disant presque qu'il se gargarisait d'être la cible numéro un de l'Iran.
03:37Les phrases, d'ailleurs, prononcées, les slogans morts à Trump
03:40ont été entendues à de très nombreuses reprises,
03:42y compris écrites sur des pendrolles pendant les fameuses funérailles.
03:47Quand je vous demandais, est-ce que c'est à prendre au sérieux ?
03:50Est-ce que c'est plus aujourd'hui qu'hier ?
03:51C'est-à-dire que, est-ce que c'est une manière pour Israël de dire,
03:54voilà, on est en effet dans le jeu,
03:56ou est-ce que c'est parce que cette fois-ci,
03:57cette menace est plus sérieuse que d'habitude ?
04:00Ça peut être les deux.
04:01Il est clair que Netanyahou a aujourd'hui intérêt à montrer
04:05qu'aller négocier avec les Iraniens,
04:08c'est vraiment trop dangereux,
04:10et qu'il faut garder ses alliés traditionnels,
04:12c'est-à-dire Israël et surtout Netanyahou,
04:15qui est en difficulté.
04:16Par ailleurs, on voit bien l'exacerbation de l'attention
04:19à l'intérieur des composantes de la société iranienne.
04:23Vous avez vu ce qui s'est passé,
04:24c'est que l'Iran, en fait, et les États-Unis
04:27ont signé ce Memorandum of Understanding,
04:30cet accord,
04:32ce pré-accord en quelque sorte.
04:33Oui, déclaration préalable,
04:35et qui indiquait notamment que l'Iran garantissait
04:40la liberté de passage pendant les 60 jours.
04:43Mais l'interprétation de l'Iran,
04:45c'est que nous la garantissons.
04:47Donc tout ce qui se passe en dehors de notre passage,
04:49nous l'interdisons.
04:51Donc soit vous passez au large,
04:54soit vous passez effectivement au plus près des côtes iraniennes,
04:58et dans ces cas-là, ok,
04:59mais au moins vous êtes sous notre contrôle.
05:00Vous avez demandé la permission,
05:02et vous avez subi l'inspection, etc.
05:04Soit vous passez de l'autre côté en Oman.
05:07Alors au départ, les Iraniens s'étaient entendus...
05:10La partie sud du détroit d'Ormuz.
05:11Voilà, la partie sud, le long,
05:12le long, effectivement,
05:14de ce qu'on appelle le Moussandam,
05:16c'est-à-dire le cap qui est omané
05:18dans le détroit d'Ormuz, au sud.
05:21Et Oman s'était plus ou moins entendu avec l'Iran,
05:25qui avait dit on va partager les frais de péage, etc.
05:27Et on imagine que la pression gigantesque
05:30des autres pays du Golfe,
05:32notamment du Qatar, des Émirats et autres,
05:34a été telle, ainsi que les États-Unis,
05:35que les Omanais ont fait un pas en arrière,
05:38et désormais ont vu avec les Américains
05:41et les autres Golfiots,
05:43le fait qu'il y ait cet autre passage,
05:45qui est libre de mine actuellement,
05:47dans lequel les bateaux pouvaient passer.
05:49Mais c'est là que trois navires ont été touchés,
05:51visés par l'Iran.
05:52– Et que l'Iran vise des navires de nationalité
05:57qui ne sont pas partis au conflit,
05:59d'une certaine manière, ça s'est dérangeux.
06:00Mais là, le point de force,
06:03c'est que c'est un métanier Qatari qui a été visé.
06:07C'est-à-dire, un métanier,
06:08c'est un bateau qui transporte du gaz,
06:10en l'occurrence du LNG sous pression,
06:12et c'est une bombe flottante.
06:14Si vous coulez un pétrolier,
06:16ça fait une marée noire, c'est déplorable,
06:18mais ça n'ira pas plus loin, en principe.
06:20Là, ça risque d'avoir des conséquences de déflagration.
06:22– L'explosion peut être considérable.
06:24– Absolument.
06:24Alors, ce sont des bateaux qui sont surprotégés,
06:26mais néanmoins, c'est un signe
06:28qui n'avait jamais été atteint.
06:31Et surtout, pourquoi le Qatar ?
06:32Alors que le Qatar, c'est le pays
06:34qui est le plus proche de l'Iran dans la négociation.
06:37– C'est celui qui tente justement
06:37pour participer à ces négociations.
06:38– Et c'est celui qui devrait être le premier à payer,
06:40puisque dans la perspective de dégel
06:42de fonds iraniens gelés,
06:45il y en a 6 milliards de dollars
06:47qui sont au Qatar
06:48et qui étaient peut-être mis sur la table.
06:51Donc on voit bien qu'à l'intérieur du système iranien,
06:55vous avez aujourd'hui une tendance,
06:58probablement à l'occasion des funérales,
07:00qui essaye de reprendre le dessus
07:02et qui dit non,
07:03on va faire la pression militaire maximale
07:06avec tous les moyens,
07:07parce que sinon, si on lâche, on va perdre.
07:10Le détroit d'Hormuz,
07:11c'est notre garantie de sécurité.
07:13Si on commence à laisser passer des bateaux,
07:15même du côté iranien,
07:17du côté romanais, pardon,
07:18alors nous n'avons plus la possibilité de contrôler.
07:20– Gilles Keppel, je vais précisément essayer de comprendre
07:22au fond du point de vue iranien
07:24et du point de vue américain,
07:26ce qui se joue du point de vue iranien.
07:27Si je vous comprends bien,
07:28c'est aussi une question d'influence
07:31au sein même du pouvoir iranien.
07:34Qui décide aujourd'hui ?
07:35Qui décide par exemple de tirer sur ces trois bateaux ?
07:39Qui décide de remonter la pression ?
07:42Qui a les manettes ?
07:43– Alors en tout cas, il y a une instance qui le revendique,
07:46qui est ce qu'on appelle Khatamel Anbeya,
07:48c'est-à-dire le sceau de la prophétie,
07:50qui est le nom du commandement militaire
07:53des gardiens de la révolution.
07:55Mais on n'a pas de figure particulière,
07:58il y a des porte-parole qui se succèdent,
07:59et ce sont ceux qui revendiquent les frappes.
08:03Tout en laissant encore une place à la négociation,
08:08c'est-à-dire les frappes sont perçues
08:10comme c'est la faute des Américains,
08:13c'est eux qui ont commencé,
08:14ils nous ont provoqué en envoyant des bateaux
08:16dans le couloir Omanet,
08:18on a tiré dessus parce qu'ils n'avaient pas à le faire,
08:21et du coup ils ont bombardé l'Iran,
08:23ils ont pris le risque de briser le MOU,
08:26nous nous avons répliqué justement,
08:29et on va voir ce qu'on va voir.
08:31Mais l'idée c'est de continuer à faire
08:33de la force, de la pression au maximum,
08:36tout en considérant qu'il peut y avoir
08:37une négociation à la fin,
08:39qui est davantage dans les intérêts de l'Iran.
08:41Vous voyez c'est ça ?
08:42Et d'où Hormuz,
08:43parce que c'est aujourd'hui devenu
08:46leur enjeu principal.
08:47Il y avait jusqu'alors Hormuz
08:49et la situation au sud du Liban
08:52et au nord d'Israël,
08:53ça a été relativement mis de côté pour l'instant,
08:57et la focalisation c'est Hormuz.
08:59La question maintenant du point de vue
09:01américain.
09:02Et si j'ose dire,
09:02il y a l'élément aussi,
09:03Hormuz ça veut dire le prix du pétrole qui remonte.
09:05Et ça on l'a vu d'ailleurs de manière immédiate.
09:07Qui a pris 6,5%,
09:09bon c'est pas encore gigantesque,
09:10c'est à 75 dollars à peu près,
09:12ou un peu plus maintenant,
09:13mais ça a changé de sens.
09:17Ça a changé de sens,
09:17ça a commencé à baisser,
09:19même si depuis une semaine,
09:20les prix,
09:21alors là pour le coup au bout de la chaîne,
09:22à la pompe,
09:23étaient tout à fait stables,
09:24voire même remontaient déjà légèrement.
09:26Gilles Keppel,
09:27du point de vue américain maintenant,
09:29certains disent qu'au fond,
09:31étant débarrassé désormais de son calendrier de festivité,
09:34notamment du 4 juillet,
09:36et même si la Coupe du Monde n'est pas terminée,
09:37les Américains ne sont plus dans le jeu,
09:40est-ce que ça veut dire aussi
09:41que Donald Trump,
09:43au fond,
09:43se dit,
09:43bon,
09:44j'ai peut-être un peu laissé se terminer cette guerre
09:48sans frapper suffisamment,
09:50je veux montrer que je suis capable d'aller jusqu'au bout.
09:53Est-ce que cette théorie-là tient,
09:56ou est-ce qu'il n'est que dans des soubresauts de réponse ?
09:58Est-ce qu'il peut se dire,
10:00au fond,
10:00allez,
10:00je reprends la guerre parce que je ne l'avais pas vraiment finie ?
10:03Il y a ça,
10:03et puis il y a lui aussi des élections,
10:05c'est-à-dire qu'il faut qu'il aborde
10:07dans les meilleures conditions possibles
10:10les élections de mid-terms
10:13de mid-terms
10:13pour le parti républicain.
10:15Ce qui veut dire,
10:16d'abord,
10:16un enjeu d'image,
10:17ne pas donner l'impression
10:18de s'être couché devant l'Iran
10:21et d'apparaître affaibli,
10:22mais également de faire en sorte
10:24que le contraire,
10:26c'est qu'il faut que le prix du pétrole reste bas
10:29puisque c'est la fameuse driving season.
10:30Donc il est tiranné, en fait,
10:31entre ces deux questions,
10:32se montrer victorieux
10:34et de l'autre côté,
10:35en même temps,
10:35mettre fin le plus vite possible à tout cela
10:37et que le prix du pétrole redescende.
10:39Si possible.
10:40Voilà.
10:40C'est un peu le dilemme
10:41dans lequel il est pris aujourd'hui.
10:43Alors, bien sûr,
10:45dans cette rhétorique politique,
10:48quand on dit
10:49« je suis menacé de mort »,
10:50ça a un effet,
10:51on se rassemble
10:52derrière le drapeau,
10:53derrière le président.
10:53Deux questions très importantes aussi
10:55sur lesquelles je voudrais vraiment
10:56avoir votre explication,
10:58Gilles Kepel.
10:59La question d'une éventuelle reprise
11:01aussi par Israël des bombardements
11:04après cette déclaration.
11:05Nous sommes prêts à attaquer l'Iran
11:07une troisième fois,
11:07si c'est nécessaire.
11:08Mais d'abord,
11:09l'équilibre de la région,
11:11la question du rapport
11:12des uns et des autres.
11:14Vous l'avez dit,
11:14un bateau qataris touché par l'Iran
11:17alors qu'ils auraient plutôt intérêt
11:19à les ménager.
11:20Et puis,
11:21la question de l'Arabie saoudite,
11:23de tous les pays du Golfe.
11:24Où en sont-ils aujourd'hui
11:26entre les États-Unis et l'Iran ?
11:28Et pas seulement ça,
11:30mais aussi la Syrie
11:32qui intéresse particulièrement la France
11:33puisqu'Emmanuel Macron
11:34accompagné de cette première visite officielle,
11:37Patrick Pouyanné,
11:38Rodolphe Saadé,
11:39entre autres en Syrie.
11:41La Syrie apparaissant
11:42dans cette perspective
11:44comme un moyen
11:45de contourner le détroit d'Hormuz.
11:47Puisque en Syrie,
11:49vous aviez depuis l'époque
11:50du mandat français
11:51sur le Liban et la Syrie
11:53dans l'entre-deux-guerres,
11:54un oléoduc
11:55qui amenait les pétroles
11:56du sud de l'Irak,
11:58de la région de Kirkouk, Mossoul, etc.
12:00vers la Méditerranée.
12:01Ce qui évitait à l'Irak,
12:03qui aujourd'hui est complètement bloqué
12:04car son pétrole ne passe plus
12:06qu'au compte-gouttes
12:07par la Turquie
12:08et par le Kurdistan,
12:10de pouvoir exporter son pétrole.
12:12C'est très intéressant.
12:13C'est-à-dire que,
12:13Gilles Kepel,
12:13vous lisez cette visite.
12:15Elle avait évidemment
12:16un rôle diplomatique,
12:18montré que la France
12:19est le premier pays
12:21à revenir en Syrie
12:22depuis le changement de régime.
12:23Mais aussi,
12:24vous avez presque dit,
12:25je crois,
12:26Emmanuel Macron
12:28accompagnait les patrons
12:29comme si c'était eux-mêmes
12:30qui étaient au fond
12:31presque les meneurs.
12:32C'est la réalité.
12:33Et vous citez à la fois
12:34le patron de Total,
12:35M. Pouyannet,
12:36le patron de CMA-CGM,
12:38par ailleurs d'ailleurs
12:38propriétaire de BFM TV
12:39et d'RMC,
12:40qui lui s'occupe des transports,
12:42CMA-CGM,
12:43Rodolphe Saadé.
12:44Ça veut dire que,
12:44pour vous,
12:45c'est ça le nouvel enjeu,
12:46la stratégie de la Syrie ?
12:47C'est un enjeu très important.
12:49Faire ce choix-là.
12:50Oui, oui,
12:50puisque si j'ai...
12:51Alors,
12:51on n'en est pas là,
12:52parce que les conditions de sécurité,
12:54Patrick Pouyannet et la Bianite
12:55ne sont pas encore réunies.
12:56Et d'ailleurs,
12:56il y a eu deux explosions,
12:58alors même qu'Emmanuel Macron
13:00était présent sur place.
13:01On a attribué à des djihadistes
13:01très méchants,
13:02mais c'est peut-être aussi
13:03le business d'autres pays
13:05de la région
13:05qui n'avaient pas envie
13:07de voir revenir les Français
13:08dans la boucle.
13:09On n'en sait rien.
13:10Mais,
13:11vous voyez,
13:12c'est dans la recomposition globale,
13:13il y a ça,
13:14ces enjeux économiques
13:15très importants
13:15qui sont aussi
13:17l'évacuation des flux pétroliers
13:19dans la perspective
13:20qu'Hormuz reste difficile
13:23à traverser.
13:24Alors,
13:24tout le monde préfère
13:25que ça soit libre.
13:27Mais il faut préparer
13:28la suite,
13:28en quelque sorte.
13:29Voilà,
13:29il faut préparer les choses
13:30et donc la visite en Syrie
13:32s'inscrivait aussi
13:33dans cette éventualité.
13:35On mettait des jalons,
13:37on n'en est pas encore là.
13:38Le régime a vraiment changé
13:40en Syrie ?
13:40Le régime n'est plus
13:42celui d'Assad.
13:44Bon,
13:44maintenant,
13:44M. Sharia,
13:46c'est quand même
13:46un ancien djihadiste recyclé
13:48alors qu'il donne
13:49toutes sortes de promesses
13:50mais dont une partie
13:52des troupes
13:52n'ont pas du tout
13:54renoncé
13:54à leurs engagements
13:55de départ.
13:57Donc,
13:57il faut toujours
13:57être assez prudent.
13:59Il est visiblement
14:00très désireux
14:01de ne pas faire
14:02de faux pas,
14:03en particulier
14:04de ne pas intervenir
14:05au Liban
14:06comme Trump
14:07l'avait incité
14:07à le faire.
14:09Et c'est aussi
14:10un élément
14:10de stabilité.
14:12La Syrie est un élément
14:13clé pour la stabilité
14:14du Liban
14:14et ça,
14:15bien sûr,
14:15pour la France,
14:16c'est un enjeu
14:17très important
14:18vu l'importance
14:19des liens
14:19entre la France
14:21et le Liban.
14:21Gilles Kepel,
14:22Israël est prêt
14:23à attaquer l'Iran
14:24une troisième fois
14:25si nécessaire.
14:26Voilà ce que disait
14:26le ministre de la Défense
14:28israélien hier.
14:30Ça aussi,
14:30c'est crédible.
14:31Est-ce que ça veut dire
14:31qu'Israël se dit
14:32mais irait-il
14:34sans les Américains ?
14:35Non,
14:36ils n'iront que
14:37s'ils ont
14:37l'autorisation
14:38de Trump
14:39et je n'ai pas
14:39l'impression
14:40que les États-Unis
14:41aujourd'hui
14:42aient besoin
14:43de faire entrer
14:44Israël dans le jeu
14:45puisqu'il ne s'agit pas
14:46d'une guerre finale
14:47ou d'une guerre
14:48d'extermination
14:49dans les deux cas
14:49mais d'une guerre
14:51qui fait que
14:52l'un et l'autre
14:53des négociateurs
14:54si j'ose dire
14:55l'Iran d'un côté
14:56et les États-Unis
14:56de l'autre
14:57arrivent dans une position
14:59de force
14:59à la table
15:00des négociations
15:01et c'est pourquoi
15:02la dimension
15:03de l'attaque iranienne
15:04ressemble davantage
15:06à une sorte de fuite
15:07en avant
15:07parce qu'ils ont l'impression
15:08que c'est leur dernière carte
15:09s'ils n'arrivent pas
15:11à contrôler Hormuz
15:12si Hormuz leur échappe
15:14alors ils n'ont plus rien
15:15Les Iraniens sont affaiblis
15:16aujourd'hui ?
15:17Est-ce qu'ils sortent affaiblis
15:18ou renforcés
15:19de cette séquence ?
15:20Ils sortent renforcés
15:21sur le plan idéologique
15:23ils ont le régime
15:24quand même tenu
15:25ils ont résisté
15:26à la plus grande armada
15:27du monde
15:27etc.
15:28On n'a aucune idée
15:29de l'ampleur des foules
15:31qu'il y a eu
15:31lors des obsèques
15:33de Khamenei
15:35qui ont fait
15:36montrer une sorte
15:37de géographie
15:38du contrôle
15:39puisque le cercueil
15:42est allé également
15:43en Irak
15:44à Najaf
15:45et à Karbala
15:45pour montrer un peu
15:46pour marquer
15:47le territoire
15:48contrôlé par l'Iran
15:49dans la région
15:50si vous voulez
15:50mais après
15:52on a pu filmer
15:53de près
15:54Mais c'était difficile
15:55donc d'imaginer
15:56et puis
15:56quelle part
15:57de cette foule
15:58était libre
15:59ou non
16:00avec encore
16:01cette question
16:02du rôle de la Turquie
16:03j'aimerais qu'on termine
16:04là-dessus
16:04puisque c'est là
16:05qu'a eu lieu
16:06le fameux sommet
16:07de l'OTAN
16:09elle est
16:10dans le camp occidental
16:11ou elle est
16:12dans l'autre camp
16:13la Turquie
16:13elle est dans tous les camps
16:14à la fois
16:15et c'est la volonté
16:17de l'Anatolie
16:17et du Bosphore
16:19et des Dardanelles
16:19c'est de faire le pont
16:21entre l'Europe
16:22ou l'Occident
16:22et l'Orient
16:23voilà c'est ça
16:24et bien sûr
16:25les Turcs essayent
16:26de pousser leur avantage
16:27la Turquie est devenue
16:28aujourd'hui
16:29une puissance militaire
16:30ce sont eux
16:31qui ont été
16:32les premiers
16:32à fournir
16:33des drones
16:34de manière systématique
16:36et puis c'est pas seulement
16:37Est-Ouest
16:37la Turquie
16:38c'est aussi
16:38la relation
16:39entre la mer Noire
16:41c'est-à-dire
16:41le conflit
16:42russo-ukrainien
16:43et la Méditerranée
16:44donc Erdogan
16:45essaye de faire monter
16:47son rôle
16:48l'armée turque
16:50est la deuxième armée
16:51en nombre de soldats
16:53dans l'OTAN
16:54après les Etats-Unis
16:55et donc l'objectif
16:57c'était de renforcer
16:58ce rôle
16:59de la Turquie
17:00qui veut bien sûr
17:01jouer sa partie
17:03au Moyen-Orient
17:04face à des rivaux
17:06comme
17:06les Sémirats Arabes Unis
17:08par exemple
17:09en s'alliant parfois
17:10avec l'Égypte
17:10parfois avec
17:11l'Arabie Saoudite
17:12mais cet ensemble
17:13est extrêmement fragile
17:15comme vous l'avez remarqué
17:16tout à l'heure
17:16votre question
17:17on voit bien
17:18que les alliances
17:19conjoncturelles
17:20des uns et des autres
17:21peuvent se faire
17:22et se défaire
17:22la guerre
17:23a complètement
17:25déstabilisé
17:26et ça n'est pas
17:28redistribué
17:29si vous voulez
17:29elles sont pour l'instant
17:30éparpillées
17:31en quelque sorte
17:32et c'est le cas
17:33par exemple
17:33du Conseil de coopération
17:34du Golfe
17:35où on voit
17:35que l'Arabie Saoudite
17:37et les Émirats
17:38ont des stratégies
17:38complètement différentes
17:39aujourd'hui
17:40y compris dans la région
17:41que le Qatar
17:43joue sa partie
17:44en étant
17:45aussi pris en otage
17:46de l'Iran
17:47quand il va trop loin
17:47donc tout ça
17:48est un enjeu
17:49de lecture
17:50extrêmement complexe
17:51et on n'a pas fini
17:52d'en parler
17:53Chacun finalement
17:53a sa propre partition
17:54en grande partie
17:55oui
17:55Merci beaucoup
17:56Gilles Keppel
17:57d'avoir répondu
17:57à mes questions
17:58ce matin
17:59et nous avoir éclairé
17:59sur la situation
18:01aujourd'hui
18:01vous êtes professeur
18:02émérite
18:03des universités
18:04spécialiste
18:05du Moyen-Orient
18:06et nous avons

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