00:00Avant de parler de Cédric Jubilard, moi je voudrais d'abord rendre hommage à la mémoire de Delphine.
00:05Évidemment, j'ai une pensée émue pour elle à ce moment-là.
00:08À ce moment précis, j'ai une pensée aussi très forte pour ces enfants qui attendaient des questions,
00:14qui vivaient dans la certitude totale.
00:17Et aujourd'hui, j'espère que les réponses qui vont être apportées par Cédric Jubilard
00:20vont leur permettre de faire un deuil et surtout d'avoir une sépulture pour leur maman.
00:26Ça, c'est la chose la plus importante.
00:29Concernant maintenant Cédric Jubilard, moi je l'ai rencontré il y a environ 6 mois.
00:34Il m'a désigné comme avocat.
00:35Je suis allé le voir régulièrement à la maison d'arrêt presque chaque semaine depuis le mois de janvier.
00:41Et immédiatement, j'ai constaté, je l'ai déjà dit à plusieurs reprises,
00:44que j'avais affaire à un détenu différent des autres, indépendamment de la question de la culpabilité ou d'innocence.
00:50Ce qui était flagrant, c'était sa grande fragilité qui était liée évidemment à la situation d'isolement carcéral,
00:56qui est un régime punitif auquel il est soumis depuis 5 ans, mais aussi aux médicaments très forts, très lourds,
01:01qui lui ont été administrés ces derniers mois et même ces dernières années,
01:05puisqu'il s'agit de neuroleptiques très puissants et d'antipsychotiques.
01:09Petit à petit, donc, je lui ai demandé d'arrêter de prendre ces médicaments et surtout, je l'ai écouté,
01:17j'ai échangé avec lui, j'ai appris à le connaître, j'ai tissé une relation de confiance.
01:22Et progressivement et assez rapidement, j'ai ressenti que celui-ci avait le besoin profond de parler.
01:30Il était verrouillé quelque part psychologiquement depuis le début,
01:34verrouillé probablement en raison de l'immense pression médiatique qui était exercée sur lui
01:38à travers cette affaire qui est donc l'une des plus grandes affaires criminelles françaises de ces dernières années,
01:43verrouillé aussi probablement en raison de formes de brutalité qu'il a évoquées
01:47ou en tout cas de pression très forte de la part des enquêteurs.
01:50Il m'a dit lui-même, je me suis recroquevillé comme une huître sur mon rocher.
01:55Ensuite, il a été condamné, il a été incarcéré à l'isolement pendant 5 ans
02:00et ça a été très difficile pour lui de parler.
02:04Mais ce qui est certain, c'est que depuis le début, il avait besoin et envie de parler.
02:08Donc moi, je me félicite aujourd'hui de ce résultat et de ce travail
02:12qui est une grande victoire pour la justice, qui permet aussi de réconcilier le bien,
02:17la morale et le droit dans une affaire où tellement d'interprétations ont été faites,
02:22cette affaire qui a fait couler tellement d'encre, il y a eu tellement de questions,
02:24tellement de fantasmes. Enfin, aujourd'hui, nous avons la réalité, la vérité.
02:28Et ce souci de transparence et de vérité, c'est quelque chose qui nous tenait particulièrement à cœur depuis le
02:32début.
02:34Concernant le mécanisme du passage aux aveux, il y a eu cette relation de confiance qui s'est tissée.
02:42Et puis un jour, il y a quelques semaines, il m'a dit, écoutez, maître, il faut que je vous
02:45dise la vérité, c'est moi.
02:47C'est moi, c'est moi qui suis à l'origine de la disparition de ma femme.
02:52L'explication qu'il donne est la suivante. Il s'agit d'un couple qui s'est dégradé inexorablement depuis
02:59plusieurs mois,
03:00avec des tensions de plus en plus fortes. Et c'est dans le cadre d'une énième dispute conjugale
03:05que les choses ont mal tourné et que celui-ci se retrouve donc à l'origine de la disparition de
03:09sa femme.
03:12Tétanisé, quand il a repris ses esprits et qu'il a réalisé son geste, quand il a réalisé ce qu
03:16'il avait fait,
03:17il a tout de suite pensé à ses enfants. Il n'a pas voulu leur infliger ce regard terrible,
03:25cette vision de ce corps inanimé de leur mère. Et donc, il s'est dit, il ne faut pas qu
03:30'il ne voit ça,
03:31donc je dois déplacer le corps. Il a pensé aussi, parce qu'il s'agit d'un être humain,
03:35mes enfants m'en voudront, ils ne me le pardonneront pas. Et donc, très rapidement, pour ne pas dire immédiatement,
03:41il a pris la décision de déplacer le corps de Delphine avec le véhicule.
03:46Et il a déplacé ce corps dans un endroit pour lequel il nous a donné quelques précisions, mais pas beaucoup
03:50de détails.
03:51Il réserve toutes les informations, tous les détails à la justice. Il est disposé à collaborer entièrement.
03:56Et moi, à ce stade, je formule le vœu très vif qu'on puisse évidemment retrouver Delphine pour lui donner
04:02une sépulture.
04:04Ce travail-là, c'est un travail que je n'ai pas fait seul. Je l'ai fait, c'est
04:08un travail d'équipe avec une tierce personne,
04:10une personne qui va le voir régulièrement à la maison d'arrêt depuis plusieurs mois, qui nous a beaucoup aidés.
04:15Et je l'ai fait aussi avec mon père, Guy de Buisson, à qui je donne la parole.
04:19Pierre, effectivement, à un certain moment, m'a demandé d'intervenir en me disant, qu'est-ce que tu penses
04:24? Va le voir.
04:25Donc, c'est ce que j'ai fait. J'ai été immédiatement choqué par le délabrement psychologique de ce garçon.
04:31Alors, délabrement psychologique était dû à quoi ? On vit dans cette affaire un véritable scandale.
04:36Ça n'a échappé à personne. Ça fait cinq ans en juin, ça aura fait cinq ans en juin qu
04:40'il était l'isolement.
04:42Quand on sait que la Cour européenne considère que l'isolement, c'est un moyen de torture, on peut considérer
04:47effectivement qu'il y avait un abus.
04:49Le deuxième abus, il m'a expliqué, moi j'avais suivi le procès d'une manière assez particulière, que tous
04:54les soirs, pendant ce procès, pendant trois semaines,
04:57il était extrait de la maison d'arrêt de Seyce à 4 ou 5 heures du matin.
05:01On l'amenait à Albi, une heure et demie de trajet, et le soir à 17 heures, à la fin
05:05de l'audience, on le ramenait à Toulouse.
05:07C'est-à-dire que c'était encore un moyen très particulier d'anéantir le peu de force qui lui
05:12restait au plan psychologique.
05:13Donc, isolement pendant cinq ans, ce procès avec ses moyens et des médicaments, ce que disait Pierre, qui étaient extrêmement
05:20forts et qui le rendaient comme un légume.
05:22Moi, ce délabrement psychologique m'a laissé penser immédiatement, et c'est la raison pour laquelle j'ai accepté d
05:28'intervenir également,
05:29parce qu'on a un cabinet qui cultive l'ADN de la reconnaissance.
05:34Se présenter devant des juges en ayant reconnu les faits, c'est tellement plus agréable pour les magistrats, pour les
05:39avocats généraux, pour les procureurs, pour les partis civils,
05:42plutôt que de contester certains faits qui ne doivent pas l'être.
05:45Et l'ADN de notre cabinet, notre culture, c'est justement de faire en sorte de se rapprocher, de présenter
05:50au juge un dossier au plus près de la vérité.
05:53Et c'est ce qu'on a essayé de faire, bien évidemment.
05:55Et il a expliqué à Pierre, dans le détail, ce qu'il vous disait il y a quelques instants, le
06:00processus qu'il a amené, malheureusement, à une certaine extrémité.
06:04Il fournira tous les renseignements ultérieurs au magistrat qui l'entendra ou qui ne manquera pas de l'entendre.
06:10Mais en même temps, on s'aperçoit, et c'est la conclusion, qu'en libérant sa conscience, il voulait aussi
06:17démontrer qu'il y avait peut-être une autre image de lui,
06:22c'est-à-dire qu'il y a une sensibilité chez l'homme qui est incontestable.
06:25Et bien entendu, des remords, des remords extrêmement profonds, qui font que vis-à-vis de ses enfants, vis-à
06:31-vis des partis civils, vis-à-vis des tiers, il a beaucoup à dire.
06:35Alors, on a, et j'en termine par là, on a dit que pendant le premier procès, il était mutique,
06:39qu'il ne disait rien.
06:41Mais quand je lui pose la question, ou quand on lui pose la question, il nous dit oui, parce que
06:44dès le matin, on me cachetonnait à mort,
06:46c'est-à-dire qu'on lui mettait des médicaments extrêmement puissants, extrêmement forts, qui en faisaient presque un zombie.
06:51Donc, effectivement, il dit je n'ai pas répondu, maintenant je suis à même de répondre dans le détail, de
06:57répondre à toutes les questions qui me seront posées.
06:59Mais surtout, je voulais libérer ma conscience et je n'en ai jamais eu l'occasion, tout simplement parce que,
07:04là je vais faire une critique,
07:06les enquêteurs qui ont dit beaucoup de choses dans ce dossier, sont passés à côté de la quasi-totalité.
07:13Quand il dira à un magistrat ce qu'il nous a dit, vous serez extrêmement surpris, parce que manifestement, les
07:18enquêteurs ont voulu à tout prix, à tout prix, à tout prix,
07:21retenir certains éléments, alors que manifestement, c'était faux.
07:24Le travail que l'on a fait, que Pierre a fait dans un premier temps et que j'ai complété,
07:28c'est un travail de mise en confiance,
07:30et je crois qu'effectivement, c'est l'essentiel dans un procès de justice, quel qu'il soit, c'est
07:35d'amener l'intéressé à ne pas dire des contre-vérités,
07:38mais à se rapprocher le plus possible de cette vérité, de manière à ce que quand nous irons devant le
07:42juge, ou devant les juges, ou devant les jurés,
07:45eh bien, il n'y ait plus de contestation et qu'à partir de cet instant, la justice, avec un
07:49grand J, retrouve un peu de ses forces,
07:51ce dont elle a beaucoup besoin en ce moment.
07:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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