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#funnyface #cyranodebergerac #thewaywelivenow @bethfreed25
Der Goldmacher. Starring: Jean Marais, Udo Kier, Guy Tréjan, Henri Guisol, Henri Guisol, Louise Marleau.
Transcript
00:03Réunis en assemblée clandestine, les grands maîtres des plus importantes sociétés confraternelles secrètes préparent le chemin de la Révolution.
00:11Ils chargent Joseph Balsamo d'abattre le régime absolu en France et mettent à sa disposition un trésor inestimable.
00:20Balsamo est servi en outre par un pouvoir exceptionnel, celui d'hypnotiser un médium ayant le don de seconde vue.
00:28Il va se rendre à Paris avec Fritz, son fidèle valet, son vieux maître Altotas, alchimiste fantasque et inquiétant,
00:36sa femme Lorenza, capable de lire dans le passé ou l'avenir et de voir à distance les actes du
00:42présent.
00:43Mais Lorenza craint de perdre son âme en cédant au pouvoir étrange que son mari exerce sur elle.
00:53Un accident de carrosse lui permet de s'enfuir.
00:58Balsamo trouve alors asile au château du baron de Tavernay, pittoresque vieux noble ruiné qui vit seul avec sa ravissante
01:06fille, André.
01:08Le soir même, pour savoir où Lorenza s'est enfui, Balsamo hypnotise André.
01:15Celle-ci se révèle un médium aussi étonnant que Lorenza.
01:19Elle lui annonce que la fugitive se dirige vers Paris pour se réfugier dans un couvent.
01:25Elle lui apprend en outre que son frère, Philippe de Tavernay, est l'officier commandant l'escorte de la Dauphine,
01:32qui se rend de Vienne à Versailles pour célébrer ses fiançailles,
01:35et que la princesse veut faire halte le lendemain à Tavernay pour connaître le père et la sœur de Philippe.
01:42De fait, le lendemain, Marie-Antoinette arrive.
01:46Charmée par l'accueil du baron et la beauté d'André, elle lui offre d'être demoiselle d'honneur et
01:52propose au baron d'accompagner sa fille à Versailles.
01:55Tavernay remercie et s'excuse de recevoir si pauvrement la princesse,
02:00mais son valet vient annoncer qu'une collation est servie.
02:04Cette collation est somptueuse.
02:06La Dauphine s'étonne.
02:08Le baron jure qu'il n'est au courant de rien.
02:10C'est sans doute l'œuvre d'un enchanteur que l'orage a amené hier soir au château.
02:15Cette anecdote amuse la princesse, qui voudrait interroger cet étonnant sorcier sur son avenir.
02:22Mais Balsamo est devenu introuvable.
02:26Par jeu, la princesse l'invoque.
02:29Il apparaît aussitôt et vient respectueusement s'incliner devant elle.
02:34J'ai l'honneur d'être aux ordres de votre Altesse royale.
02:39Ainsi, monsieur, vous faites le métier de prédire.
02:41Je n'en fais pas métier, mais je prédis.
02:45Je suis devenue française de cœur, mais pas encore d'esprit, monsieur.
02:49Et je ne comprends pas encore toutes les finesses de la langue.
02:52Faites-moi la grâce de parler clairement quand vous me direz la bonne aventure.
02:57Je préférerais demander la permission à votre Altesse royale de demeurer obscure.
03:04Pourquoi cela ?
03:06L'avenir n'est pas toujours selon nos espérances.
03:10Il vaut mieux parfois lui laisser quelques-uns de ses voiles.
03:16Dans ce cas, il y a une autre façon de nous prouver votre science, monsieur.
03:21Puisque vous lisez si facilement dans l'avenir, ce doit être un jeu pour vous que d'évoquer le passé.
03:27Votre éminence veut dire que je devrais évoquer un fait secret, un épisode caché de la vie de l'intéressé.
03:35C'est cela même.
03:36Avouez, monsieur, que ce serait nous donner une belle preuve de vos dons, mais le pouvez-vous ?
03:41Certainement, éminent, je le pourrai.
03:44En ce qui me concerne, je vous en défie.
03:48Alors, souvenez-vous, madame, il y a au palais de Schoenbrun, un cabinet où sa majesté, l'impératrice Marie-Thérèse,
03:57fait sa correspondance secrète.
04:01Le cabinet de Saxe.
04:02Oui, tout le monde sait cela.
04:04C'était il y a cinq ans, un matin vers sept heures.
04:10L'impératrice n'était pas encore levée.
04:13Votre Altesse entra dans ce cabinet.
04:15Oui, cela m'arrivait souvent.
04:17Sur le bureau était une lettre que sa majesté avait écrite la veille et n'avait pas encore cachetée.
04:23Eh bien ?
04:25Votre Altesse lut cette lettre.
04:28Sans doute fut-elle mécontente de certaines expressions car elle prit une plume
04:32et ria trois mots ?
04:34Vous vous souvenez-vous de ces mots ?
04:36Je m'en souviens.
04:39Pourriez-vous les redire ?
04:41Je le pourrai.
04:43Eh bien, dites-les.
04:44Ma chère amie,
04:47Votre Altesse royale désire-t-elle maintenant que je dise à qui était adressée cette lettre ?
04:54Non.
04:56Écrivez-le.
04:57Votre Altesse désire-t-elle un peu de lait ?
05:30Tout ceci est vrai, monsieur.
05:32Ce secret n'était connu que de ma mère et de moi.
05:36L'honnêteté veut que j'en témoigne.
05:38Je remercie Votre Altesse royale de m'avoir permis de lui donner cette preuve innocente de ma science.
05:44Qu'elle me permette maintenant de me retirer.
05:47Non pas, monsieur.
05:49Puisque vous êtes si savant, je tiens à ma prédiction.
05:53Je supplie Votre Altesse royale de ne pas m'y obliger.
05:56Oui.
05:58Sachez, monsieur, que je n'ai jamais répété deux fois « je veux ».
06:02Laissez-moi d'abord consulter l'oracle.
06:06Il y a des choses, madame, qu'on ne doit jamais dire au prince.
06:11C'est à vous seul d'en être juge, monsieur.
06:15Alors, je parlerai, mais à vous seul, madame.
06:20C'est bon.
06:22Laissez-nous.
06:30Maintenant, parlez, monsieur.
06:31Non, madame, il faut que vous m'interrogiez.
06:36Mon mari m'aimera-t-il ?
06:38Il vous aimera.
06:41Beaucoup ?
06:43Trop, madame.
06:44Mais enfin, je serai reine.
06:46Vous regretterez de l'avoir été.
06:49Pourquoi cela ?
06:52Je veux savoir.
06:56La destinée de chacun est entre les mains de Dieu, madame.
07:01Je ne fais qu'interpréter les signes.
07:04Ceux qui marquent votre avenir sont assez clairs
07:08pour que vous puissiez les lire vous-même.
07:11Que dois-je faire ?
07:13Simplement fixer cette carafe.
07:17Pourquoi moi ? Pourquoi pas vous ?
07:19C'est le secret de votre Altesse royale, pas le mien.
07:43Madame.
07:44Mais, madame, qu'avez-vous ?
07:46Rien.
07:46Vous avez crié, madame, et vous êtes si pâle.
07:49J'ai été prise d'une sorte de vertige.
07:51La fatigue, sans doute.
07:52Votre Altesse royale ne veut-elle pas se reposer un peu au château ?
07:55Non, merci, je dois repartir.
07:59Je me pique, monsieur, d'être un esprit éclairé,
08:01et je ne crois guère à la sorcellerie.
08:04Me direz-vous pourtant ce que contient cette carafe
08:07qui fait trembler les princes ?
08:10Voyez-vous même, éminence,
08:13de l'eau claire.
08:15Rien que de l'eau claire.
08:26Le lendemain matin, André de Tavernay et son père,
08:29répondant à l'invitation de la Dauphine,
08:31quittaient leur château pour se rendre à Versailles.
08:34On apporte encore une malle, hein ?
08:36Vous la mettrez là.
08:45Ah, tu vois, mon pauvre Labrie,
08:47tu n'es même plus capable de porter une malle tout seul.
08:49Tu n'es plus bon à rien.
08:51C'est à cause de ce temps humide, monsieur le baron,
08:53et mes douleurs m'ont repris ce matin.
08:55Mais quand le temps est sec,
08:57j'en vaux bien un autre.
08:59Souffle court, muscles desséchés,
09:02œil larmoyant,
09:03tu ne vaux même pas le prix de la nourriture que tu manges.
09:06Je mangerai moins, monsieur le baron.
09:07Ce serait encore trop, coquin.
09:09Voilà près de 40 ans que je sers, monsieur le baron.
09:12Justement, tu es complètement usé.
09:15À Versailles, j'aurais besoin d'un valet neuf.
09:17Mais alors, qu'est-ce que je vais devenir, monsieur le baron ?
09:19Tu garderas ta verdure, que diable.
09:21Et comme gage, tiens,
09:22je t'abandonne les légumes de mon potager.
09:24Il faudrait partir, baron,
09:25nous risquerions de manquer des chevaux durs.
09:27Ma foi, si ça ne dépendait que de moi,
09:29nous aurions roulé toute la nuit
09:30et nous serions en vue de Versailles.
09:32La fortune n'aime pas attendre.
09:34En route, coché, et vite !
10:03En route, coché, et vite !
10:08Alors, Labrie,
10:10il ne faut pas te désoler,
10:11et tu n'as rien à regretter.
10:13Oh, c'est toute ma vie,
10:15tout mon passé qui s'en va.
10:16Sans monsieur le baron,
10:18je ne suis plus rien.
10:20Mais si, Labrie,
10:21tu es un homme égal à tous les autres,
10:23car tous les hommes sont égaux.
10:25Oh, moi, valoir monsieur le baron ?
10:28Mais oui, Labrie.
10:30Dieu créa les hommes égaux et semblables.
10:32Les tyrans ont abusé de la nature et des lois de Dieu.
10:36Il vient enfin le jour où l'homme,
10:38c'est-à-dire le peuple,
10:39se rétablira dans ses droits.
10:40Qu'est-ce que tu vas faire ?
10:42Tout le monde part pour Versailles,
10:44alors j'y vais aussi.
10:45Toi ?
10:46Eh oui, moi.
10:47Tout comme nos riches et toute notre noblesse.
10:50Vois-tu, Labrie,
10:51il suffit de le vouloir
10:52et il n'y a plus de différence du tout.
10:54J'en connais pourtant une, mon garçon.
10:56Laquelle ?
10:57Monsieur le baron voyage en carrosse,
10:59mais toi,
11:00tu pars à pied.
11:25Personne n'a suivi la voiture ?
11:27Personne, monsieur le maréchal.
11:29Je vais faire mes dévotions à Saint-Trita.
11:31Revenez me chercher dans une demi-heure.
11:33Certainement, monseigneur.
11:37Sous prétexte de dévotion,
11:40le maréchal de Richelieu
11:42se rendait dans ce lieu sacré
11:43dans un but assez inavouable.
11:46Voilà.
12:22Mon père, pardonnez-moi,
12:23car j'ai commis mille et un péchés.
12:25La miséricorde de notre seigneur est infinie.
12:27Si votre repentir est sincère,
12:29il vous accordera mille et un pardon.
12:30J'ai dû voyager toute la nuit.
12:32Pourquoi sortez-vous si lointain ?
12:33Ce sont les ordres de mon maître.
12:35Oh, je n'aime pas ça.
12:36Mon maître ne force personne,
12:37monsieur le maréchal.
12:38Il se contente de répondre
12:40à ceux qui l'ont sollicité.
12:41Oh, c'est bon.
12:42J'ai les renseignements demandés.
12:44Avez-vous l'élixir ?
12:46Non, je ne l'ai pas.
12:47Mais c'est impossible !
12:48Mon maître tient à vous le remettre
12:50en main propre.
12:51Vous le trouverez dans la sacristie.
13:00Richelieu était un atout maître
13:02dans le jeu de balsamo
13:03qui avait passé avec le maréchal
13:05un marché diabolique.
13:08Ces vieilles églises
13:09recèlent bien les secrets
13:11de notre histoire,
13:12monsieur le maréchal,
13:13celle-ci qui fut construite
13:14sur l'ordre de Saint-Louis,
13:16possède toutes les archives
13:18du grand royaume de Jérusalem.
13:21Vous intéressez-vous
13:22au passé, monsieur le maréchal ?
13:25À mon âge, monsieur,
13:27on s'inquiète surtout
13:28de l'avenir
13:29et plus précisément
13:30du sien propre.
13:31Allons donc,
13:32m'étonner.
13:33Ne dit-on pas à la cour
13:35que le maréchal de Richelieu
13:38a fait un pacte
13:39avec le diable ?
13:40Certaines dames n'affirment-elles
13:42pas en toute connaissance
13:43de cause
13:43qu'il a retrouvé
13:45ses vingt ans ?
13:46Je sais très bien, monsieur,
13:48tout ce que je dois
13:49à votre science
13:50et aux vertus
13:51de votre élixir.
13:53Alors,
13:54qu'est-ce qui vous inquiète ?
13:55Le mystère, monsieur.
13:58C'est la première fois
13:59que je vous vois
13:59et je ne sais même pas
14:01qui vous êtes.
14:03Voilà trois ans
14:04que je bénéficie
14:05de vos miracles
14:07et je tremble chaque jour
14:09à l'idée de vous voir disparaître
14:10sans savoir comment
14:11je pourrais vous retrouver.
14:13Eh bien,
14:13soyez rassuré,
14:14me voici.
14:15Oh,
14:15pour de toutes autres raisons,
14:17cela ne me tranquillise guère.
14:18Je suis votre débiteur, monsieur.
14:20Et je frémis
14:21en pensant à la note
14:22que je vais devoir vous payer.
14:24N'y pensez pas.
14:25Mais je ne pense qu'à cela,
14:26au contraire.
14:27Je sais très bien
14:28que mes pauvres informations
14:30n'ont pas éteint ma dette.
14:34Soyez sans inquiétude,
14:36nous sommes quittés.
14:37Vraiment ?
14:38Je suis de nature curieuse,
14:41monsieur le maréchal,
14:42et vous avez le talent
14:43de satisfaire ma curiosité.
14:46Comment ?
14:47Ces ragots de coulisses,
14:49ces secrets d'alcool
14:50ont tant d'importance
14:52pour un homme comme vous.
14:53Quand le théâtre
14:54est la cour de France
14:55et la chambre,
14:56celle où couche le roi,
14:58oui, monsieur.
15:00Et notre pacte est à ce prix
15:02où vous me direz tout,
15:03où vous n'aurez plus rien.
15:04Mais ne vous fâchez pas, monsieur.
15:07Vous aurez votre gazette.
15:09Que voulez-vous savoir ?
15:12La comtesse du Barry a-t-elle toujours
15:15les faveurs du roi ?
15:17Certes, oui.
15:19Pourtant, elle passe un moment difficile.
15:23Lequel ?
15:24Pour assurer sa situation,
15:28son beau-frère, Jean du Barry,
15:30lui a mis dans l'esprit
15:31de se faire présenter officiellement à la cour.
15:33Et l'affaire,
15:34c'est tout de suite compliqué.
15:35Pourquoi ?
15:37Conflit d'intérêts, mon cher.
15:39La duchesse de Grammont,
15:40sœur du ministre Choiseul,
15:42n'a pas perdu tout espoir
15:44de reconquérir le cœur du roi.
15:45Elle lutte de toutes ses forces
15:47contre une nouvelle élévation
15:48de la du Barry.
15:49Par quels moyens ?
15:51Celui qui réussit
15:52le mieux à Versailles.
15:54L'intrigue.
15:56Madame de Grammont
15:57a déjà réussi
15:57à monter une véritable cabale
15:59contre la comtesse.
16:01Or, pour être présentée,
16:03il faudrait que celle-ci
16:04trouva une marraine.
16:05Est-ce si difficile ?
16:08L'étiquette exige
16:10que la marraine
16:11possède un certain nombre
16:12de quartiers de noblesse.
16:14Et à la cour,
16:15toutes les dames qui sont dans ce cas
16:16font partie de la cabale.
16:19La province ne pourrait-elle
16:21fournir ce que Versailles refuse ?
16:23Il faudrait du temps.
16:25Cherchez.
16:27Et le temps travaille
16:28contre la comtesse.
16:29Pour quelles raisons ?
16:30La dauphine, mon cher.
16:32On ne badine pas
16:33avec la morale
16:34à la cour d'Autriche.
16:36Sitôt arrivé à Versailles,
16:37son Altesse royale
16:38prendra la tête
16:39du clan des prudes.
16:40Ce qui veut dire
16:41que s'il a du Barry
16:42n'est pas présenté
16:43avant l'arrivée
16:44de la dauphine...
16:44Elle ne le sera jamais.
16:46Quand une étoile
16:47cesse d'être
16:47la plus brillante
16:48aux yeux de tous,
16:50elle s'éteint.
16:51Cela,
16:52il ne le faut pas,
16:53monsieur le maréchal.
16:54Il ne le faut
16:55à aucun prix.
16:56Pourquoi cela ?
16:57Que vous importe.
16:59Mais si vous tenez
17:00à votre élixir,
17:01priez pour que la comtesse
17:02reste longtemps
17:03la favorite du roi.
17:15Ai-je reçu des nouvelles
17:16de mon frère ce matin ?
17:17Pas encore, madame.
17:19Toujours aussi négligent.
17:21Il me laissera
17:21mourir d'inquiétude.
17:23On dit que madame
17:24la dauphine n'arrivera
17:24à parer que dans trois jours
17:25son cortège a été retenu
17:27à l'angre par l'orage.
17:27Par l'orage, dis-tu ?
17:30C'est bon signe,
17:30le ciel est avec moi.
17:33Ai-je une antichambre
17:34passablement garnie ce matin ?
17:36Au plus de dix gentils hommes
17:37demandent à madame la comtesse
17:38la faveur de les recevoir.
17:40Qui, par exemple ?
17:41Il y a monsieur d'Aiguillon,
17:42monsieur de Soubise
17:43et monsieur de Sartine.
17:45Ah !
17:46Il arrive bien celui-là.
17:48J'ai des comptes
17:48à lui demander
17:49sur la police qu'il dirige.
17:50Faites-le rentrer tout de suite.
17:57Monsieur le comte de Sartine.
18:04Bonjour, mon ennemi.
18:07Moi, madame, votre ennemi ?
18:08Sans doute,
18:09car ces derniers temps
18:10vous ne m'avez guère
18:11prouvé votre amitié.
18:12Qu'ai-je donc fait, madame,
18:13pour avoir le malheur
18:14de vous déplaire ?
18:15Vous avez laissé imprimer,
18:18distribuer, vendre
18:19toutes sortes de pamphlets,
18:20de chansons, de libelles
18:22dirigées contre moi.
18:23C'est méchant,
18:23c'est odieux,
18:24c'est stupide.
18:25Mais, madame,
18:25je ne suis pas responsable
18:26de tout ce qui s'écrit.
18:27S'y faites, monsieur Voulette,
18:29car je ne saurais croire
18:31que le lieutenant de police
18:31ignore quel est le drôle
18:33qui fait tout cela.
18:34Oh, madame,
18:35si ce n'était qu'un seul auteur,
18:36nous n'aurions pas besoin
18:37de le jeter à la Bastille.
18:38Il mourrait d'épuisement
18:39sous le poids de ses ouvrages.
18:40Décidément, monsieur,
18:41vous prenez tout cela
18:42bien légèrement.
18:43Madame, comment pourrais-je
18:44prendre au sérieux
18:44les sottises
18:45que l'on écrit sur vous ?
18:47Peut-être en connaissant
18:48le déplaisir
18:49d'être chansonné vous-même.
18:52Car si vous avez votre police,
18:54j'ai mes espions.
18:55Et ils m'ont raconté
18:56de bien jolies choses
18:57à votre sujet.
18:58Une calomnie, sans doute.
19:00Sans doute,
19:00mais si bien trouvée.
19:02L'orat !
19:03L'orat !
19:04C'est l'orat !
19:05La mort, veux-tu te faire ?
19:07Sa Majesté, le roi !
19:13Bonjour, comtesse.
19:15Vous avez la fraîcheur
19:17d'une fleur ce matin.
19:19Et vous,
19:19la galanterie de Poircia.
19:22La France, je t'aime.
19:26Tiens, bonjour, Sartine.
19:28Que complotiez-vous tous les deux ?
19:30Nous parlions aux beaux-arts, sire.
19:32Tiens donc, lesquels ?
19:34Musique et littérature, sire.
19:36J'aurais pourtant juré
19:37que mon lieutenant de police
19:38ne lisait jamais rien d'autre
19:39que les rapports
19:40de ces mouchards.
19:41Justement, sire,
19:43j'allais lui demander
19:44de changer le sujet
19:45de notre conversation.
19:47Je préférerais moi aussi,
19:48figurez-vous.
19:49De quoi voulez-vous
19:50que nous parlions ?
19:51De la Bastille, sire.
19:52Quelle idée ?
19:54Monsieur Sartine,
19:55qui tient ses fichiers
19:56si bien à jour,
19:57pourrait peut-être découvrir
19:58dans l'une de ses oubliettes
19:59la personne que je recherche en vain.
20:01Dites son nom, madame.
20:02Je connais les listes
20:03des prisonniers par cœur.
20:04Il s'agirait d'une prisonnière, monsieur.
20:06Son nom importe peu
20:08pourvu qu'elle ait suffisamment
20:09de quartier de noblesse
20:10pour me servir de marraine
20:11et me présenter à la cour.
20:13Madame, sa majesté
20:14est trop galante homme
20:15pour enfermer dans ses cachots
20:16une dame de cette condition.
20:17Et puis, comptez-ce une fois
20:18pour toutes chasser
20:19cette idée de votre esprit.
20:21À quoi vous servirez
20:22d'être représentée à la cour ?
20:24Ne régnez-vous pas déjà
20:26sur mon cœur ?
20:27Ce n'est pas tout
20:28de régner la nuit, sire.
20:30J'aimerais aussi régner
20:31en plein jour
20:32aux yeux de tous.
20:34Alors continuez
20:34à chercher votre marraine,
20:36madame, continuez.
20:37Je le trouverai plus vite
20:38si vous m'édiez, sire.
20:39Mais c'est impossible,
20:40je vous l'ai dit.
20:40Mais enfin, vous êtes le roi.
20:42Je règne sur la France,
20:43c'est vrai,
20:44mais pas sur Versailles.
20:45C'est l'étiquette
20:46qui régit la cour,
20:47pas moi.
20:49C'est bien, sire.
20:50Je me battrai
20:51d'un seul.
20:52Oh, non, madame,
20:53ne boudez pas.
20:56Vous me refusez
20:57tout ce que je vous demande.
20:58Jamais lorsque
20:59je puis vous l'offrir.
21:00Demandez-moi
21:01une chose raisonnable
21:03et elle vous est
21:04accordée d'avance.
21:06Vraiment, sire ?
21:08Voix de gentilhomme.
21:10Nous allons bien voir.
21:12Eh bien, madame,
21:12que désirez-vous, au juste ?
21:14J'aimerais, sire,
21:15que vous puissiez résider
21:16de temps à autre
21:17ici, dans mon château
21:18de Lucienne.
21:18Oh, hélas,
21:19quand est-ce une fois encore,
21:20vous vous heurtez
21:21à l'étiquette.
21:21À moins d'être en voyage,
21:23le roi de France
21:24ne peut coucher
21:24que dans les châteaux royaux.
21:26Voilà, sire,
21:28la grâce que je vous demande.
21:30Ériger Lucienne
21:31en château royal.
21:32Mais il faudrait
21:33être un gouverneur.
21:34Justement,
21:34nommer Zamar gouverneur.
21:36Oh, mais ça,
21:37c'est une parodie.
21:38Vous savez que
21:39je les adore, sire.
21:40Allons, Zamar,
21:41mettez-vous à genoux
21:42et remerciez
21:42sa majesté.
21:43Mais de quoi ?
21:44De la généreuse confiance
21:46que vous lui témoignez,
21:47sire,
21:47en le nommant gouverneur.
21:50C'est bon.
21:53Alors, monsieur,
21:55prêtez serment.
21:57Je vous faisais fidélité
21:58à mon maître
21:59et à ma maîtresse.
22:00Je m'engage
22:01à défendre jusqu'à la mort
22:02le château
22:03dont on me confie la garde
22:04et d'en manger
22:05jusqu'au dernier pot de confiture
22:07si on l'attaquait.
22:09Est-ce bien là
22:10la formule, Sartine ?
22:11Sinon, dans la lettre,
22:13du moins dans l'esprit, sire.
22:15C'est l'essentiel.
22:17En retour de ce serment,
22:18je vous confère,
22:19monsieur le gouverneur,
22:21le droit de haute et basse justice
22:23sur tous ceux qui habitent
22:24l'air, la terre, le feu
22:26et l'eau de ce palais.
22:28Et maintenant,
22:29on va montrer
22:30ton bel habit aux cuisines.
22:37À partir d'aujourd'hui,
22:39mon roi compte à Lucien
22:40une résidence de plus.
22:42Savez-vous un moyen
22:43de lui refuser quelque chose,
22:45Sartine ?
22:46Il existe peut-être,
22:47mais personne ne l'a encore trouvé,
22:49sire.
22:50Méfiez-vous, madame.
22:52Zamour me paraît
22:53trop ambitieux
22:53et je vais finir
22:54par un moment très jaloux.
22:56Et pourquoi cela, sire ?
22:57Parce que vous lui avez
22:58déjà accordé
22:58la plus grande faveur
22:59qu'un homme puisse désirer,
23:01la même qu'à moi.
23:02Quelle faveur, sire ?
23:04Vous l'avez fait
23:05votre esclave.
23:07Ah !
23:08La France, je t'adore.
23:13Soutenu par l'espoir
23:14de retrouver un jour André,
23:16Gilbert continuait
23:17courageusement sa route.
23:22Il était encore
23:23bien loin de Versailles
23:25quand...
23:25Hé !
23:26Réveille-toi,
23:26c'est probable à un client.
23:28Ça.
23:31Ça, c'est un paysan
23:32qui va chercher
23:33de l'embauche en ville.
23:34Il ne doit pas avoir
23:35un sou en poche.
23:36Ah, on ne sait jamais.
23:52Hé !
23:52Oh, oh !
24:02Oh !
24:10Oh !
24:13Oh !
24:14Oh !
24:15Oh !
24:29There's nothing in the pocket, I told you.
24:33In the double?
24:36Listen, a carrosse!
24:38Filons!
24:50Oh là!
24:54Oh!
24:56Que se passe-t-il?
25:00Qu'y a-t-il?
25:02Il est tellement sous qu'il s'est endormi au milieu du chemin.
25:04Ne dites pas de sottises, vous voyez bien qu'il est blessé.
25:07C'est vrai, on dirait qu'il a reçu un coup.
25:10Allez, aidez-le à monter dans la voiture, je le soignerai.
25:38Madame Edence, le bonjour, il a de la chance.
25:41Erreur, madame est d'humeur exécrable.
25:43Alors?
25:44Eh bien, regarde-le, tu vois bien qu'il est jeune et joli garçon.
25:47What a family!
26:05Where am I?
26:07In sure, don't be afraid.
26:17Mon écu. On m'a volé mon écu.
26:20Ne vous agitez pas comme cela. De quoi parlez-vous?
26:23De mon seul argent, madame. De mon seul bien, un écu de six livres.
26:26Je m'étais juré de ne le changer qu'à Versailles.
26:28Quoi? Vous faisiez un si long voyage avec si peu d'argent?
26:31J'ai de très bonnes jambes et courir ne coûte rien.
26:34Soit, mais il faut manger, dormir.
26:37Les bords de nos routes regorgent de murs et de noisettes.
26:39Et quand je m'allonge au grand air, je m'endors à la belle étoile
26:43et je suis réveillé par le chant des oiseaux.
26:45Vous me semblez bien jeune pour parcourir le monde.
26:48Si je cours les routes, madame, ce n'est pas moi qui en ai décidé.
26:52Qui donc?
26:53Le destin.
26:55Oh, vraiment? Racontez-moi cela.
27:20Ah, arrêtez votre ouvrage, là.
27:22Roccupez-vous de mon cheval. Il boit tellement que j'étais obligé de descendre et de continuer à pied.
27:27Oh!
27:31Le ferrage n'y est pour rien, Monseigneur.
27:33Cette bête s'est fait une blessure au tendon et la plaise est infectée.
27:36Bon, alors, je laisse cette trance à l'écarisseur.
27:39Trouvez-moi un bon cheval.
27:39Je regrette, Monseigneur, mais il n'y a pas de maquillons dans le village.
27:42Et personne ne vous vendra de chevaux.
27:44J'avais pourtant vu un beau, l'entrée.
27:46Alors?
27:47Ah oui, c'est un cheval de sang.
27:49J'en ai rarement eu d'aussi beau.
27:53Oh, alors?
27:54Il y a pourtant des cavaliers dans ce village qui ont du goût.
27:57Ouh!
27:58La jolie bête, hein?
28:00Eh oui.
28:01Va dire à son maître que j'en offre 500 pistoles.
28:03Mais, Monseigneur, je...
28:05Il n'est pas à vendre, Monsieur.
28:07Oh, mais un instant, Madame.
28:09Personne dans ce village n'a l'honneur de me connaître,
28:11mais sachez que j'abtiens toujours ce que je veux.
28:14Je vais vous compter 1000 pistoles pour éviter de discuter.
28:16Je vous répète que ce cheval n'est pas à vendre.
28:19Éloignez-vous, Monsieur.
28:23Doucement, ma belle, doucement.
28:25Ce n'est pas la coutume de donner des ordres à Jean Dubarry.
28:30Personne n'a jamais osé faire cela. Jamais!
28:32C'est un geste que vous allez regretter.
28:35Éloignez-vous ou bien je tire.
28:40Eh bien, vous autres, est-ce que vous avez à rire?
28:43C'est ça drôle!
28:53Je ne connais personne à Versailles.
28:56Si vous vous tenez bien, jeune homme,
28:58je pourrais peut-être arranger cela pour vous.
29:01Vous, Madame?
29:02Ma belle-sœur, plutôt.
29:03Et si vous avez le bonheur de lui plaire,
29:06votre pari sera gagné.
29:08Votre belle-sœur a des relations à la cour?
29:10Des relations.
29:12Oui, c'est exactement cela.
29:26Oh!
29:29Oh!
29:29Oh!
29:36Enfin que voilà, ma sœur.
29:39Nous apporte-tu de bonnes nouvelles?
29:40Hélas, non, toutes mes démarches ont été vaines.
29:43Comment ça, toutes?
29:44J'ai rendu visite à Sidouarière,
29:46dont les rangs et les titres
29:46permettaient la présentation à la cour.
29:48Et alors?
29:49Au seul nom de Dubarry,
29:50les sourires se sont éteints,
29:51l'accueil s'est glacé.
29:52En sortant, je n'étais même pas raccompagnée.
29:54C'est incroyable.
29:55En province, on ne sait tout de même pas
29:56tout ce qui se dit à Versailles.
29:58Erreur, mon cher.
29:58De nos jours,
29:59les mots d'ordre savent très bien prendre la poste
30:01et toutes ces dames semblent fort bien informées.
30:03Il y a du choiseul là-dessous.
30:05Il nous a devinés
30:05et il a pris ses précautions.
30:07Quoi qu'il en soit, tout est perdu.
30:08Non, pas encore.
30:09Pour une raison que j'ignore,
30:11le maréchal de Richelieu a pris subitement notre parti.
30:13Le maréchal?
30:14Mais ce n'est tout de même pas lui
30:15qui nous servira de marraine.
30:17Non, mais il se fait fort de la trouver.
30:18Tout ce qu'il nous demande,
30:19c'est de gagner du temps
30:20et de retarder l'arrivée de la Dauphine.
30:22Comment faire?
30:23Organiser des fêtes,
30:23faire lire d'interminables discours de bienvenue
30:25dans tous les villages
30:26situés sur le parcours de son Altesse royale.
30:28C'est possible,
30:28mais il n'y a pas une minute à perdre.
30:30Le cortège me suit de très près
30:32et je n'ai devancé qu'en prenant des chemins de travers.
30:34Bon, drôle!
30:35Qu'attendez-vous pour changer les chevaux?
30:36Je regrette, Monseigneur,
30:38mais le maître de poste prétend qu'il n'en a pas.
30:40Pas de chevaux de poste?
30:41Non.
30:42Le forgeron m'a dit
30:43qu'il y en avait plus de 50 à l'écurie.
30:44C'est exact, Monseigneur,
30:45mais je ne puis en disposer.
30:47Et pourquoi, s'il vous plaît?
30:49Parce que ces chevaux ont été amenés spécialement
30:51pour le cortège de Madame la Dauphine.
30:52J'ai là un ordre des services du roi.
30:57Le roi, cher monsieur,
31:02j'en fais mon affaire.
31:04C'est impossible,
31:05les chevaux sont comptés.
31:07J'en ai besoin que deux, trois.
31:08Vous n'en aurez pas un.
31:09Dis-donc, Marouf,
31:10sais-tu donc qui je suis?
31:11Non, Monseigneur,
31:13mais ça ne changera rien de l'affaire.
31:15Moins vivant,
31:15les chevaux ne s'en tireront pas.
31:19Fallait le dire tout de suite.
31:21Je vais pouvoir arranger ça.
31:22À moi!
31:23On m'assassine!
31:24À moi!
31:26À moi!
31:27On m'assassine!
31:28À moi!
31:28Mais arrêtez,
31:29on a droit que je passe-t-il ici.
31:31On veut faire violence
31:32et prendre de force
31:33les chevaux de son Altesse Royale.
31:35Qui cela?
31:36Pas vous, monsieur.
31:37C'est parbleu,
31:38et personne ne m'en empêchera.
31:39Jean, voyons.
31:40Je suis à vous, Jean.
31:41Non, monsieur.
31:42Ne t'emmènes pas.
32:25Allez, monsieur.
32:26Continuez votre route
32:27et ne parlons plus de cela.
32:43Jean!
32:45Dernière chose, monsieur.
32:46Votre nom?
32:47Je suis Philippe de Tavernet,
32:49lieutenant au gendarme d'Aufin.
32:51Eh bien, rappelez-vous bien ceci, monsieur de Tavernet.
32:55Un jour ou l'autre, nous nous retrouverons.
33:03Sous-titrage RUG
33:06Oui, j'yВы,
33:27sous-titrage RUG
33:29Aidez Monsieur le Vicomte, il est blessé.
33:33Appuyez-vous sur moi, Monsieur le Vicomte.
33:47Un instant, Monsieur.
33:49Non, non, ça va laisser le passer. Viens.
33:57Laissez. Accompagnez Monsieur Gilbert à la chambre bleue, s'il vous plaît.
34:02Pas ici.
34:08Ah, vous voilà enfin.
34:12Quelles nouvelles m'apportez-vous ?
34:14Les plus mauvaises, ma pauvre Jeanne.
34:16Toutes les marraines possibles que nous avions pressenties se sont récusées.
34:19Vous vous y êtes mal pris, j'en étais sûre.
34:21Alors, madame, c'est avec de semblables paroles que vous remerciez un homme qui s'est à moitié fait tuer
34:26pour vous.
34:27Glorieuse blessure en vérité. Je devine qu'elle fut l'issue d'une querelle de cabaret.
34:31Jeanne l'ai...
34:31Non, c'est inutile. Je sais que je ne puis plus compter sur ma famille.
34:35Personne ne t'est plus dévoué.
34:36Mais personne n'est aussi maladroit.
34:38Ce n'est pas un matamor qu'il me faut pour négocier cette affaire, mais un diplomate.
34:43Et justement, je l'attends.
34:45Jeanne.
34:46Non, je n'ai rien à ajouter.
34:48Écoute-moi.
34:50Laisse-la faire. Elle se calmera bien.
34:53Et si c'est du maréchal de Richelieu dont elle parle,
34:56on saurait bientôt s'il a eu plus de chance que nous.
35:01Ça, j'en doute.
35:04Allez, viens.
35:26Qui est cette femme ? Que fait-elle ici ?
35:29Ta révérende mère, il s'agit de cette étrangère qui a demandé à être reçue par votre grâce.
35:34Je me suis retirée du monde, ma sœur.
35:37Ce n'est pas pour me mêler de nouveau à ces affaires.
35:40Dites à cette femme de s'adresser à un autre couvent.
35:43Nous l'avons fait, très révérende mère, mais elle refuse de partir sans vous avoir parlé.
35:48Voilà deux jours qu'elle prie au pied de cette croix, sans manger, sans prendre de repos.
35:54Quelle étrange volonté.
35:56Quel désespoir, plutôt.
35:58Regardez-la, ma mère.
36:01Il est vrai.
36:03On ne peut rester insensible à cette aire de souffrance.
36:09Je m'avoue vaincu, ma belle amie.
36:13Je pensais, pour vous servir de marraine, à une marquise de Basse-Bretagne,
36:18qui jusqu'à présent ne m'avait rien refusé.
36:19Eh bien.
36:21Je viens enfin de recevoir de ces nouvelles.
36:24Elle est morte.
36:26Comme ça.
36:27Sans crier gare.
36:29Maintenant, pour réussir, il faudrait un miracle.
36:32Hélas, c'est un domaine où je ne puis rien.
36:34Je ne suis qu'un homme ordinaire.
36:36Pour réaliser des miracles, il faudrait être un enchanteur, un sorcier.
36:39Je crains fort qu'en son temps, l'église ne les ait tous brûlés.
36:43Non.
36:46Car j'en ai connu un, moi.
36:49Vous ?
36:50Oui.
36:53C'était à Paris.
36:55Il y a quatre ou cinq ans.
36:59Le soir tombait, il y avait du brouillard.
37:02Une odeur de soufre aussi, peut-être.
37:04Je ne plaisante pas.
37:05Soit.
37:07Soudain, je me heurte à un homme et je reste comme paralysée.
37:14Avait-il des poils sur le corps et les pieds fourchus ?
37:17Non, au contraire.
37:19C'était un bel homme.
37:21Le regard brillant, la voix sonore.
37:24Galant.
37:25Non.
37:25Et que vous a-t-il dit ?
37:27Il m'a dit, n'ayez aucune crainte.
37:33Je vous prie seulement de m'accorder la première faveur
37:36que je vous demanderai le jour où...
37:40Le jour où ?
37:43Le jour où vous serez reine de France.
37:49Alors ?
37:51Il y avait quelque chose en lui qui me subjuguait.
37:54Ce qu'il demandait était absurde.
37:57Et pourtant, j'ai promis.
37:59A l'époque, cela ne vous engageait guère.
38:01Mais aujourd'hui, reine de France vous l'est.
38:03Ou presque.
38:04Oui.
38:06Et il avait prédit.
38:07Et vous ne l'avez jamais revu ?
38:09Jamais.
38:10Et pourtant, je l'ai fait rechercher par toutes les polices de M. de Sartine, en vain.
38:15Dommage.
38:15Aujourd'hui, c'est bien l'homme qu'il vous faudrait.
38:20M. le comte de Fénix demande à être reçu par Mme la comtesse.
38:23M. le comte de Fénix ?
38:25Qui est-ce ?
38:27Je ne le connais pas.
38:28Mais je le connais, moi.
38:29C'est un ambassadeur nouvellement accrédité et qui a beaucoup d'esprit.
38:33Recevez-le, madame.
38:34Je suis certain que vous ne le regretterez pas.
38:36C'est bon.
38:37Faites entrer le comte de Fénix.
38:45Oh, c'est incroyable.
38:49Vous ?
38:51Est-ce possible ?
38:58Pourquoi, à cette surprise, madame, ne souhaitiez-vous pas me voir ?
39:05En effet, monsieur.
39:06Je sais ce qui vous trouble et je devine ce qui vous préoccupe.
39:11Vous cherchez une marraine pour être présentée à la cour.
39:16Dites-moi, monsieur, je vous en supplie, la trouverai-je.
39:21Toute seule, vous n'avez aucune chance.
39:25Mon Dieu.
39:26Mais, avec mon aide, pourquoi pas ?
39:46Les bâtiments semblent inhabités.
39:49La vieille n'a plus qu'un valet pour la servir.
39:51Elle s'est réfugiée dans l'aile droite.
39:53Elle a laissé le restant du manoir aux chauves-souris et aux araignées.
39:57Les terres qui entourent la maison.
40:00Vendues ou saisies depuis longtemps.
40:02Le goût de la chicane, de la procédure, il a suffi de cinq procès pour ruiner la dame de Béarn.
40:08En somme, derrière ce grand nom.
40:11Une misère insolente.
40:14Heureuse femme. Elle a tout ce qu'il faut pour faire fortune.
40:28Compte de Fénix et votre serviteur, madame.
40:32Monsieur, voici dix ans que je ne reçois plus.
40:34Mais, devant votre insistance, je consens à vous recevoir à condition toutefois que vous soyez bref.
40:40Que désirez-vous ?
40:42Votre aide, madame.
40:44Plaisantez-vous, monsieur.
40:45Il y a deux sujets, madame, sur lesquels un gentilhomme ne plaisante jamais.
40:50L'honneur et la vengeance.
40:52Je viens vous supplier de m'aider à me venger.
40:54De qui, monsieur ?
40:56Du plus rusé, du plus fourbe, du plus impitoyable adversaire, madame.
41:01J'ai nommé le comte de Salus.
41:20Ainsi, monsieur, vous auriez vous aussi à vous plaindre de ce jokeris.
41:24Hélas, oui, madame.
41:26Ma famille était en procès avec lui depuis plus de vingt ans.
41:30À la mort du comte mon père, le différent faisait partie de mon héritage.
41:35Monsieur de Salus est venu me présenter ses condoléances et m'a proposé de régler à l'amiable une affaire
41:41à laquelle je ne connaissais rien.
41:44Je devine la suite.
41:44Je découvris, trop tard, que sous le nom d'un gentilhomme se cachait l'âme d'un coquin.
41:50Quelle sorte de punition réservez-vous à ce drôle ?
41:55Le plus pénible que puisse recevoir un plaideur.
41:59Un à un, je lui fais perdre ses procès.
42:02Monsieur, dites-moi tout de suite ce que je puis faire pour vous aider dans cette bonne action.
42:09Il y a dix ans, madame, vous avez vous-même intenté une action contre monsieur de Salus.
42:15Hélas, monsieur.
42:17À force de procureur, d'avocat et d'huissier, j'ai perdu les trois quarts de mes terres dans cette
42:22affaire.
42:23J'ai renoncé à poursuivre.
42:24C'était compté sans moi, madame.
42:27J'ai relevé le glaive que vous laissiez tomber.
42:30Vous voulez dire que mon dossier a suivi son cours ?
42:33Mieux, madame. L'affaire vient d'être appelée. Elle n'attend plus que vous pour être jugée.
42:38Vous voudriez que je me rende à Paris.
42:40Sans tarder, madame. Le procureur attend votre visite.
42:45Ce n'est pas possible, monsieur, car je ne voyage pas.
42:48Madame, je vous supplie d'accepter ces dix mille livres en or pour les premiers frais de voyage.
42:58Monsieur.
43:01Une berline se présentera ce soir devant votre porte. Elle attendra vos ordres.
43:07Pas longtemps, monsieur, pas longtemps, car je serai prête à vous rendre à Paris.
43:11Dans ces conditions, monsieur, j'irai jusque en Chine.
43:17J'ai réussi. Allez, va jouer dans le jardin, Zamor.
43:20Encore un peu de café, sire.
43:22Mais bien volontiers.
43:34Bonjour, Chon.
43:36Vous voyez, sire, dans quel état ce sauvage de tavernet a mis notre pauvre Jean.
43:40Le vicomte a pourtant la réputation d'être une fine lame. Il faut que ce monsieur de tavernet soit un
43:46maître.
43:46Ou un traître, sire. Il y a des coups perfiles.
43:49Comment cela ?
43:50Quand un ennemi se retourne, il est facile de le frapper.
43:53Dans le devant du bras, ce serait donc un acrobate que ce jeune tavernet. Expliquez-vous, vicomte.
44:00En vérité, sire, le coup m'a fait si mal que j'ai eu un vertige. Je ne me souviens
44:06plus de rien.
44:06Mais moi, j'ai tout vu, sire.
44:08Avec les yeux du coeur, ma petite chancard, nous savons l'affection que vous portez à votre frère.
44:13En ce cas, sire, pour mieux convaincre votre majesté, je puis lui fournir un témoin. Un jeune homme du nom
44:18de Gilbert.
44:19Ah, voilà qui est mieux.
44:21Eh bien, envoyez votre témoin à Monsieur de Sartines et si ce tavernet est reconnu coupable, il couchera bientôt à
44:28la Bastille.
44:29Certainement pas, sire.
44:31Comment cela ?
44:32Monsieur de Choiseul le protégera sûrement.
44:35Mais pourquoi donc ?
44:36Parce que Monsieur de Choiseul est mon plus cruel ennemi, sire.
44:40Et tant qu'il sera votre ministre, ni moi ni ma famille ne seront à l'abri de ces intrigues.
44:45Madame, une fois de plus, vous vous égarez sur les chemins de la politique.
44:49Mais pour une fois, je vous en remercie.
44:52Il est fort tard et j'allais oublier que les affaires de la France m'appellent.
44:57Monsieur le Dauphin m'attend.
45:12Sa Majesté, le Roi !
45:14Que diable fais-tu là ?
45:17Eh bien, sire, en vous attendant, je regardais pourquoi cette horloge ne sonnait pas à l'heure.
45:21Nous voilà donc tranquille, elle ne sonnera plus.
45:24Oh, mais sire...
45:24Non, qu'importe, tu as demandé à me parler ?
45:26Oui, sire.
45:27Bon, je t'écoute.
45:29En vérité, sire, il vaudrait mieux que Monsieur de Choiseul explique à lui-même l'affaire à Votre Majesté.
45:35Puis-je le faire entrer ?
45:37Je pense qu'il le faut vraiment.
45:46Eh bien, Monsieur de Choiseul, mon premier ministre partage donc des secrets avec Monsieur le Dauphin ?
45:53Sire, il s'agit d'une affaire concernant Madame la Dauphine.
45:57Il s'agit d'une affaire grave, sire.
46:00Votre Majesté va pouvoir en juger.
46:02Bon, je vous écoute, Monsieur.
46:03Voici les faits, sire.
46:05On a fait insulte à Madame la Dauphine en tentant d'emmener de force les chevaux destinés à son escorte.
46:11En dépit de sommations civiles et conciliantes, le coupable s'est obstiné et a voulu forcer la consigne l'épée
46:19à la main.
46:20En plus de l'injure faite à son Altesse royale, il y a donc rébellion contre un officier chargé d
46:26'exécuter les ordres du service.
46:27Mais qu'attendez-vous de moi, Monsieur le Duc ?
46:30La signature d'une lettre de cachet, sire.
46:33Afin d'envoyer dès ce soir le coupable à la Bastille.
46:39Savez-vous, Choiseul, que l'entretien des prisonniers coûte cher à l'Etat ?
46:42Oui, sire.
46:42Ne m'avez-vous pas dit récemment que nous devions contrôler sévèrement nos finances ?
46:48Je l'ai dit, sire, c'est vrai.
46:50Oui, mon rôle étant de donner l'exemple, je suis contraint de faire des économies.
47:01Je donnerai bien la moitié de mes bijoux pour voir ce Jean du Paris à la Bastille.
47:07Patience, il se présentera bien à une autre occasion.
47:10Espérons que cette fois-là, Monsieur Choiseul ne la laissera pas échapper.
47:14Il appartient à mon frère de donner ses avis au roi, pas ses ordres, madame.
47:19Mesdames, ne nous disputons pas.
47:21C'est parce que, jusqu'à présent, nous étions unis que notre front a tenu.
47:26Quelles sont les dernières nouvelles de province ?
47:28Excellent. Nos ordres sont suivis partout.
47:31Les dames de qualité sont toutes de notre côté.
47:33Madame la Dauphine arrivera à Versailles en fin de semaine.
47:37Il ne restera donc à la Dubarry que deux jours pour se faire présenter.
47:41Dans ce cas, elle est perdue.
47:46J'ai examiné avec soin votre dossier, madame.
47:50Il ne s'y trouve aucune pièce prouvant les droits que vous prétendez avoir
47:54sur les terres réclamées par Monsieur de Sallus.
47:59Mais enfin, Monsieur le Procureur, quand je vous dis que ces pièces existent,
48:03vous me croyez, j'espère ?
48:05Madame, je suis un galant homme.
48:09Cela m'interdit de mettre votre parole en doute.
48:12Alors, tout peut s'arranger ?
48:15En aucun cas, madame, car ce n'est pas l'homme du monde qui juge.
48:19C'est le Procureur et celui-ci ne tient compte que des dossiers.
48:24Mais votre conviction ?
48:25Mon devoir est de ne pas en faire état.
48:28Votre conscience ?
48:30Je l'oblige à se taire.
48:32Et alors ? Je suis perdue.
48:35Pourquoi donc ? Ne connaissez-vous pas quelqu'un qui puisse intervenir pour vous ?
48:40Mais Monsieur, je suis retiré depuis si longtemps dans mes terres que je ne connais plus personne à la cour.
48:45Quoi ? Pas un prince ?
48:47Non.
48:48Pas un duc ?
48:49Non.
48:51Ceux que je connaissais sont morts ou bien ils m'ont oublié.
48:54Monsieur ?
48:57Sa majesté, alors.
48:59Monsieur, vous connaissez les goûts du roi.
49:03Il faut avoir vingt ans pour se faire entendre de lui.
49:09Oh, vous me donnez là une idée.
49:12Vraiment ?
49:13La comtesse pourrait vous servir.
49:18Quoi, la Dubarry ?
49:19La connaissez-vous ?
49:20Certainement.
49:21C'est une brave fille.
49:23Brave, peut-être.
49:25Fille, sûrement.
49:26Personne n'a plus de crédit qu'elle, si vous gagnez son amitié.
49:31Je suis de trop haute naissance pour lui plaire.
49:34Alors, vous ne tenez pas tellement à garder vos terres, comtesse.
49:40Détrempez-vous, monsieur.
49:42Vous vous en quittez même à perdre votre procès.
49:45Pas le moins du monde.
49:46Monsieur de Salusse gagnera son voie.
49:49Son adversaire ne s'étend même pas battu.
49:52Qui vous dit, monsieur, que je renonce à me battre ?
49:54Vous rechignez sur les avions.
49:56Elle demande réflexion.
49:57Trop tard.
49:59L'affaire se juge demain.
50:02Alors, je suis prise à la gorge.
50:05Conseillez-moi, monsieur, je suivrai vos avis.
50:06Le hasard fait parfois bien les choses, madame la comtesse.
50:11Madame Dubarry est venue me voir ce matin au sujet d'une affaire
50:16qu'elle oppose à son joaillier.
50:18Le coquin lui a vendu une parure fort chère
50:23dont certaines pierres ont des défauts.
50:27Insouciante, comme est la comtesse,
50:29elle a oublié cette pierre à sa conviction sur un coin de mon bureau.
50:35Elle est donc bien riche.
50:37Oh, plus puissante encore, croyez-le.
50:42Rapportez-la lui, en lui disant que vous l'avez trouvée dans mon escalier.
50:47Monsieur.
50:48Après tant d'amabilité de votre part, elle n'aura plus rien à vous refuser.
50:53Allez, votre procès est gagné d'avance.
50:56Monsieur, je ne sais comment vous remercier.
50:58En gardant le secret sur cette affaire, madame la comtesse,
51:03le temps presse à tes bouts.
51:31Vous pouvez reprendre votre charge, monsieur le procureur.
51:35You have given me, I will give you the answer.
51:37Could I know?
51:38Forget that the first rule of our order is to obey without ever asking questions.
51:45I don't forget it.
51:46Have you given me a gift to our laws in all conscience and without restrictions?
51:53I have done.
51:54You have not to know, sir.
51:57Cependant, frère, je puis vous dire sans trahir de secret que grâce à vous, dans moins d'une heure, notre
52:06cause aura progressé.
52:10Je tiens beaucoup à ce bijou.
52:12Je suis donc votre obligée, madame.
52:14Et si j'étais assez heureuse pour pouvoir vous être agréable à mon tour...
52:19Ah, madame, voilà qui serait facile.
52:21Alors parlez, madame, je vous en prie.
52:23J'avais-vous entendu parler d'un procès très important pour moi et que je dois plaider dans quelques jours?
52:27Contre monsieur de Sallus, je crois.
52:29Parfaitement.
52:30Pour moi, l'affaire est entendue.
52:32Monsieur de Sallus est un gredin, donc votre cause est juste.
52:35Ah, madame, que n'êtes-vous mon juge?
52:37Le bon sens me donne raison, mais le droit, semble-t-il, me donne tort.
52:42Mais au-dessus des tribunaux, madame, il y a le roi.
52:45Et si sa majesté vous écoutait exposer votre affaire, il imposerait sa décision.
52:51Pensez-vous, madame, que le roi serait disposé à m'entendre?
52:55Mon Dieu, il faudrait lui en donner l'occasion.
52:59Est-ce que c'est difficile d'obtenir une audience à Versailles?
53:01En ce moment, sa majesté ne vous l'accorderait pas.
53:04Elle n'est préoccupée que d'une seule chose.
53:06La guerre avec les Anglais, sans doute.
53:08Non.
53:10Ma présentation.
53:12Ah, votre présentation!
53:13Eh bien, mais le voilà, le prétexte.
53:16Le voilà.
53:18Imaginez que madame de Béarnes vous serve de marraine.
53:22Le roi n'aurait plus rien à lui refuser.
53:25Me permettez-vous, chère madame, de parler de vous à sa majesté?
53:29Madame, faites-moi cet honneur, s'il vous plaît.
53:34Désormais, ma chère marraine, vous êtes mon hôte.
53:38Et jusqu'au jour de ma présentation, nous ne nous quitterons plus.
53:43Nous ne vous quitterons plus.
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