00:0021 juillet 1969, Neil Armstrong saute d'une échelle et se pose sur la Lune.
00:17Un pas de géant pour l'humanité et une victoire éclatante pour les Etats-Unis.
00:22Le drapeau américain est planté, l'événement retransmis dans le monde entier,
00:26et Richard Nixon appelle directement la Lune pour féliciter les astronautes.
00:43En 4 ans, la Lune voit défiler 12 hommes américains sur son sol.
00:48Mais passé 1972, plus rien.
00:52Plus aucun être humain n'est envoyé sur la Lune.
00:55Il faut dire que la mission Apollo 11 avait un but bien plus politique que scientifique.
01:01Or, les Etats-Unis ayant gagné la conquête spatiale face à l'URSS, le but politique est atteint.
01:07Et le coup exorbitant des voyages sur la Lune décourage les gouvernements successifs de relancer ce type de mission.
01:14Mais, en décembre 2017, le président des Etats-Unis, Donald Trump, dit ça.
01:31A nouveau, les Américains ont décidé d'envoyer des hommes sur la Lune.
01:35Et ils ne sont pas les seuls.
01:48Les Etats-Unis, la Chine, l'Europe, la Russie ou même le Japon,
01:52toutes ces puissances sont bien décidées à poser le pied sur la Lune dans les années qui viennent.
02:00Mais si ce n'est pas pour planter des drapeaux, pourquoi envoyer à nouveau des hommes sur la Lune ?
02:07Tout d'abord, comme en 1969, pour des raisons politiques.
02:13Depuis la guerre froide, une nouvelle puissance a fait son apparition dans la course à l'espace, la Chine.
02:20La Chine, en particulier, avait à cœur, dans les années 50, au moment où elle a décidé de son programme
02:26spatial,
02:27de démontrer qu'elle n'était plus un pays en voie de développement,
02:30de démontrer qu'elle était désormais une grande puissance spatiale.
02:34Et Mao Tse-tung a envisagé et annoncé un programme spatial dès 1956.
02:41Finalement, c'est au début des années 2000 que la Chine se lance réellement à la conquête de l'espace.
02:47Malgré un budget spatial que l'on estime cinq fois inférieur à celui des Etats-Unis,
02:52la Chine est parvenue à rattraper rapidement son retard dans la conquête spatiale.
02:56En 2018, par exemple, elle a effectué plus de lancements orbitaux que les Etats-Unis.
03:02Mais pour que la Chine devienne une puissance spatiale à part entière, il fallait qu'elle marque les esprits.
03:08Il faut trouver ce qu'on appelle une première, c'est-à-dire le moyen d'attirer l'attention sur
03:12vous,
03:16et en même temps symbolique et remarquable.
03:20Et donc la Chine, sur la Lune, a choisi de se poser sur la face cachée.
03:24Bien sûr, ce n'est pas en soi un intérêt scientifique exceptionnel.
03:29En revanche, ça démontre des compétences technologiques,
03:31parce que si vous êtes sur la face cachée, vous n'êtes plus en situation de communiquer directement avec la
03:35Terre.
03:36C'est le 3 janvier 2019 que la Chine a réalisé cet exploit avec son module Chang'e-4,
03:42ce qui n'a pas manqué de faire réagir les Etats-Unis.
03:52Comme dans les années 60, les Etats-Unis veulent donc à nouveau asseoir leur statut de puissance mondiale.
04:20Mais une des choses qui a changé depuis la guerre froide,
04:22c'est la façon de financer ses expéditions.
04:26En 1961, John Kennedy prend un engagement,
04:30aller sur la Lune en moins de 10 ans.
04:33Mais pour ça, comme on le voit sur ce graphique,
04:36il fait exploser le budget de la NASA.
04:40Or, lorsque Donald Trump promet un retour sur la Lune en 5 ans,
04:45il ne peut pas se permettre de faire la même chose.
04:47La NASA va donc devoir se tourner vers d'autres solutions.
05:00Mike Pence fait notamment allusion à Blue Origin de Jeff Bezos
05:04et SpaceX d'Elon Musk.
05:07Devenu riche grâce aux nouvelles technologies,
05:09ces milliardaires investissent en masse dans le domaine spatial,
05:12le rendant de plus en plus concurrentiel.
05:15Cependant, s'ils pourraient effectivement aider la NASA
05:18à renvoyer des astronautes sur la Lune,
05:20ça ne fait pas partie de leur priorité.
05:23Blue Origin a plutôt comme objectif d'envoyer des touristes dans l'espace,
05:26tandis que SpaceX vise directement la planète Mars.
05:31Mais même en comptant sur la participation de ces acteurs privés,
05:35les Etats-Unis peuvent-ils réellement atteindre leur objectif en 5 ans ?
05:49Ce monsieur, très sûr de lui, c'est Marcus Landgraaf.
05:52Il travaille à l'ESA, l'agence spatiale européenne,
05:56et il dirige la mission Héraclès,
05:58qui doit envoyer un robot sur la Lune
06:00afin de préparer l'arrivée des astronautes.
06:23Mais le retour des astronautes sur la Lune
06:26n'est pas motivé que par des raisons politiques.
06:29Il existe un réel intérêt scientifique à y retourner.
06:33Parce que finalement, on la connaît assez mal, la Lune.
06:38Grâce aux missions passées, on connaît une partie de la Lune,
06:41ce qui est déjà très bien,
06:42mais on n'en connaît que quelques pourcents de la surface,
06:46sans parler de la profondeur.
06:48Donc il reste beaucoup d'études à faire.
06:51Depuis 50 ans, les scientifiques étudient
06:53les 382 kg de roches lunaires rapportées par les missions Apollo.
06:58Ces études ont permis de découvrir la présence de plusieurs ressources
07:01qui pourraient être utilisées sur Terre,
07:04comme par exemple les terres rares.
07:07Contrairement à ce que leur nom indique,
07:09ces métaux ne sont pas rares sur Terre,
07:10mais ils sont de plus en plus utilisés.
07:13Ils sont des composants indispensables aux puces de nos téléphones portables,
07:17aux écrans de nos ordinateurs,
07:18et à plein d'autres objets issus de la haute technologie.
07:22En plus des terres rares,
07:24on trouve aussi sur la Lune une ressource
07:26qui n'est quasiment pas présente sur Terre,
07:28l'hélium 3.
07:30C'est le même atome d'hélium que celui que l'on connaît sur Terre,
07:34sauf qu'il a un neutron en moins.
07:37Et cet hélium 3 pourrait être utile à l'avenir
07:40pour produire une énergie nucléaire plus propre
07:42et en plus grande quantité.
07:44En effet, aujourd'hui dans les centrales,
07:46on fissionne des atomes d'uranium.
07:50Mais certains scientifiques cherchent à présent
07:52à faire fusionner des atomes,
07:56c'est-à-dire à reproduire le phénomène
07:59qui a lieu à l'intérieur des étoiles.
08:01L'avantage, c'est que cette méthode
08:03permet de générer environ 4 fois plus d'énergie que la fission,
08:07tout en produisant nettement moins de déchets nucléaires.
08:10Et l'utilisation de l'hélium 3 dans cette fusion
08:13permettrait même potentiellement
08:15de ne plus générer aucun déchet du tout.
08:22Alors, selon les estimations,
08:25la fusion nucléaire ne devrait pas être maîtrisée avant 2050.
08:29Mais si elle venait à l'être,
08:31il faudrait aller sur la Lune pour se fournir en hélium 3.
08:34Une éventualité qui pose la question
08:36de l'exploitation des ressources lunaires.
08:38Depuis l'adoption du Traité de l'espace en 1966,
08:43il existe un principe de non-appropriation de l'espace,
08:46et donc de la Lune.
08:48L'idée est que l'espace appartient à tous,
08:52et donc qu'aucun État ne peut s'approprier ses ressources.
08:55Mais en 2015, une loi américaine,
08:59le Space Act, va à l'encontre de ce principe.
09:02Elle autorise les sociétés américaines
09:04à s'emparer des ressources de l'espace.
09:07Deux ans plus tard,
09:09le Luxembourg vote une loi similaire.
09:11Ainsi, les deux pays ont décidé,
09:13de façon unilatérale,
09:15de retirer à l'espace son statut de bien commun.
09:19Pour autant, il est encore trop tôt
09:21pour envisager l'exploitation de ressources lunaires sur Terre.
09:25Faire transiter les matériaux entre la Terre et la Lune
09:28coûte beaucoup trop cher pour le moment.
09:32Alors, puisque l'exploitation des ressources lunaires
09:34n'est pas encore à l'ordre du jour,
09:37les agents spatiales ont eu une autre idée.
09:40Utiliser les ressources lunaires directement sur place
09:43en créant une base lunaire.
09:46C'est un autre argument en faveur d'un retour sur la Lune,
09:49en faire la première étape de la conquête spatiale humaine.
09:59C'est beaucoup plus facile, si je puis dire,
10:06à essayer de faire ça sur la Lune dans nos premiers temps.
10:08Avant d'aller plus loin dans le système solaire,
10:09on aura les mêmes problèmes.
10:11Le premier avantage de la Lune,
10:13c'est qu'elle est particulièrement proche de nous.
10:16Il faut trois jours pour l'atteindre,
10:17contre six mois pour aller sur Mars.
10:21Une proximité qui permet une meilleure communication
10:24et l'envoi de missions de secours assez rapides.
10:27L'élaboration d'une base lunaire permanente
10:30serait également facilitée par la présence d'eau.
10:35Cette eau pourrait évidemment permettre aux habitants de la base
10:39de se laver et de boire.
10:41Mais comme elle est composée d'hydrogène et d'oxygène,
10:44elle leur permettrait aussi de respirer.
10:48Mais ce n'est pas tout.
11:09Difficile à croire, mais oui, le patron de la NASA a raison.
11:11Les principaux carburants des fusées sont de l'oxygène et de l'hydrogène.
11:16Encore une fois, les deux composants que l'on retrouve dans l'eau.
11:20Il serait d'ailleurs particulièrement avantageux
11:23de faire décoller des fusées directement depuis la Lune.
11:27Étant donné sa faible pesanteur,
11:29il faudrait en effet beaucoup moins de carburant.
11:33D'où la proposition de certains scientifiques
11:36de faire de notre satellite une sorte de station-service.
11:42Mais pour le moment,
11:44les différents usages de l'eau lunaire,
11:46ainsi que toutes les techniques pour permettre aux astronautes
11:48de vivre de façon prolongée sur la Lune,
11:51restent théoriques.
11:52Faible pesanteur, radiation,
11:55météorite, nuit de 14 jours,
11:57température allant de moins 180 à 130 degrés,
12:00la Lune reste une terre inhospitalière.
12:05Si l'homme est bien en passe d'y retourner,
12:07il est encore bien loin de s'y installer.
12:10Sous-titrage Société Radio-Canada
12:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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