- il y a 50 minutes
Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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00:00Comme je n'ai pas de réseaux sociaux, je pense que je ne suis pas au contact des gens qui
00:05ont vu du public,
00:06qui ont pu m'écrire comme Félix, d'ailleurs, qui reçoit des petits messages sympas, apparemment.
00:10On dirait que c'est de la drague, tu sais. Pas du tout.
00:13Non, pas du tout.
00:13Non, mais je suis assez étonné parce que je reçois plein de messages sur Instagram d'adolescents qui adorent le
00:18film
00:18et qui, j'ai l'impression qu'ils passent tous leurs brevets.
00:21Je ne sais pas si c'est dans le programme scolaire.
00:24Ils sont assez unanimes, ouais. C'est assez chouette.
00:27On a des retours assez géniaux, honnêtement. Assez émouvant, même.
00:30Enfin, je ne sais pas vous, moi, je reçois plein de messages me racontant des salles qui applaudissent, des trucs
00:35comme ça.
00:36On a été, avec Simon et d'autres comédiens, faire quelques dates, interagir avec le public.
00:41On a eu des stand innovation, on a eu des gelés de questions passionnés.
00:45Enfin, c'est vraiment...
00:46Ça fait du bien parce que c'est vrai que c'est un projet long qui a demandé beaucoup d
00:49'efforts.
00:50Il y a des fois, on se demande si on n'est pas devenu fou.
00:51C'est vrai, moi, il y a des fois des trucs qui m'émeuvent, mais je me dis que ça
00:54se trouve, ça est mieux que moi, en fait, à la fin.
00:55Et en fait, non, de voir qu'on a pu transmettre une émotion, ça fait chaud au cœur.
00:58Oui, je pense que de toute façon, c'est des valeurs qui peuvent parler à toutes les générations.
01:16Messieurs, nous savons tous ce que cela signifie.
01:17S'ils ne connaissaient pas, c'est sûr que ce film fait connaître les humains qui sont derrière un peu
01:25quand même la France d'aujourd'hui avec les libertés qu'elle a acquises à cette époque-là, quoi.
01:33Yeah !
01:35Moi, je ne savais absolument pas que c'était d'ailleurs pendant le gouvernement provisoire de De Gaulle que les
01:40femmes ont eu le droit de voter.
01:42Elles ont été un peu évincées des livres d'histoire, un peu mises de côté dans l'ombre.
01:48Mais pourtant, elles ont été là et sans elles, je veux dire, on n'en serait sûrement pas là aujourd
01:52'hui.
01:53Et j'avais lu que c'est aussi pour les remercier d'une certaine manière de leur engagement pendant la
01:58guerre qu'il avait décidé de leur donner une voix, voix X et E.
02:04C'est sublime.
02:05Waouh ! Oh my God, je ne sais pas ce qui m'a pris là.
02:08Je suis complètement soufflé.
02:11Le but, je ne sais pas si Antonin a la prétention d'affirmer ça.
02:17Mais je dirais que dans un sens plus humble, ça a pour but de faire découvrir à ceux qui ne
02:23connaissent pas l'histoire comme moi.
02:26D'ailleurs, je faisais totalement partie de ceux qui avaient entendu évidemment les noms du général De Gaulle, le général
02:33Leclerc, Jean Moulin,
02:35sans vraiment savoir ce qu'ils avaient réellement fait ou comment ils avaient vraiment contribué à la résistance et à
02:40la France libre.
02:41Notamment pareil pour les femmes, les résistantes.
02:43Et je dirais que oui, il y a eu une visée forcément éducative, mais pas prétentieuse du tout.
02:50Je pense qu'il a fait ça par pur plaisir cinématographique, au-delà des choses qu'on y apprend.
02:57Je trouve que c'est un vrai objet artistique.
03:00Il y a eu une très belle mise en scène que je trouve absolument brillante.
03:03Je trouve que le film est grandiose de maîtrise et de technique.
03:06Et il m'a fait rêver.
03:07C'est vraiment une fresque romanesque dans ce qu'il y a de plus pur.
03:10Et je dirais aussi que pour ceux qui ont vécu à cette époque, tu parlais de retour tout à l
03:15'heure.
03:15Moi, j'ai eu un retour hier qui m'a beaucoup touchée.
03:18C'est quelqu'un qui m'a dit que c'est l'histoire de ma famille.
03:20Donc il y a des gens qui se sont passés par ça et qui connaissent ça intimement, qui peuvent s
03:25'y retrouver.
03:25Je trouve que c'est fort, quoi.
03:28Grave.
03:28Je plaisante.
03:29C'est difficile de passer à ça.
03:31Non, mais en plus, je pourrais dire exactement la même chose, mais je ne vais pas le dire.
03:37Ça ferait doublon.
03:38C'est ce que tu disais.
03:39Leur combat, eux, fait que nous bénéficions de notre liberté aujourd'hui.
03:44Donc il y a quand même un truc d'admiration et aussi de notre part et de passation, de transmission
03:50de leur part.
03:52Donc c'est bien que des choses se joignent, quoi.
03:54Ce qui est raconté est vrai.
03:56Et aussi, ça porte sur une période qui est quand même fondatrice.
03:59Moi, ce que j'ai appris, en dehors de détails, je me disais, méchant Roosevelt qui n'aimait pas De
04:06Gaulle.
04:06Je dis, mais Roosevelt, c'est un choix rationnel qu'il fait.
04:10Je me mets à 6 000 kilomètres, là, avec des conseillers.
04:13Qui est-ce qu'il faut prendre ?
04:14Il faut prendre Giraud ou Pierre Darlan.
04:18Non, non, De Gaulle, il faut être dingue.
04:20Enfin, c'est absurde.
04:21Jamais il n'aurait pu rationnellement choisir De Gaulle.
04:24Comme les conseillers, comme les ministres de Churchill.
04:26Il donne, il dit, mais vous êtes fous.
04:28Enfin, c'est absurde.
04:30C'est un mec avec 10 personnes à Londres, et puis l'autre 400 000 et une flotte intacte.
04:34Enfin, c'est une blague.
04:35Il n'y a pas de choix.
04:36Du coup, c'est un choix rationnel.
04:38Ben, le choix rationnel n'est pas le bon.
04:40Il fait un choix de politique normal.
04:43Enfin, il n'y a pas de débat.
04:45Je pense effectivement que ce film peut apprendre des choses.
04:48Moi, je voudrais que les lycéens le voient.
04:50Et je ne sais pas pourquoi, le ministre de l'Éducation nationale a toujours refusé de le voir.
04:54Ah oui ?
04:54On lui a proposé de nombreux choix.
04:57Il a toujours refusé de le voir.
04:58Pourquoi ?
04:59Je ne sais pas.
05:00Ah oui, moi j'ai énormément appris.
05:01Je me suis même rendu compte que je n'en connaissais pas tant que ça.
05:04En fait, ne serait-ce que sur le personnage de Jean Moulin, j'ai l'impression que tout le monde
05:07sait.
05:08Moi, le premier savait sa fin, la torture, mais tous les détails de ce qu'il a fait, de ce
05:15qu'il a réalisé pendant la guerre, tout ce qu'on lui doit, je ne le savais pas.
05:20Et pareil pour la place de la femme à l'époque.
05:23Je pense que comme après la libération, ils ont été envoyés à des rôles plus traditionnels.
05:28Je n'avais aucune idée que pendant la résistance et la libération, ils avaient vraiment contribué de manière concrète, vraiment
05:36essentielle à ça.
05:38Et de par leurs conditions, elles étaient vues par les Allemands comme moins dangereuses, mais ça leur permettait au contraire
05:43de distribuer des tracts, de résister ou d'héberger des résistants, d'intégrer les maquis.
05:50Et certaines d'entre elles, dont mon personnage, sont allées au-delà de ces simples rôles logistiques et elles ont
05:55participé aux réseaux d'organisation, d'informations et plein de trucs dont on ne se rend absolument pas compte.
06:02Je trouve que c'est assez fou de voir que derrière la grande histoire, il y a plein de petites
06:07qui ont justement contribué à la grande.
06:10Et d'intégrer comme ça l'intime de plein de personnages différents et de voir quelles étaient leurs motivations, je
06:17trouve que franchement, c'est essentiel presque.
06:20Oui, complètement.
06:20Puis ça les rend humains, donc accessibles en fait.
06:22Et pas des espèces de grandes figures héroïques complètement inatteignables.
06:28Ça aussi, ça montre en fait des individus qui, à un moment donné, au pied du mur, n'ont pas
06:33pu faire autrement que de refuser l'inacceptable.
06:59Mais je ne sais pas si les gens rient de traits d'humour, ils rient de notre ridicule, de ces
07:05égos gigantesques.
07:06Qu'est-ce qu'un but de sa personne, de ces étoiles de général ?
07:11Aucune vision politique qui se fait rouler dans la farine par un homme moins gradé mais plus intelligent et avec
07:19une vraie vision.
07:20Donc je pense que les gens rient de ça.
07:22Puis ce don qui chotte, qui ne se bat pas contre des moulins, il se bat contre des gens très
07:27importants.
07:28Cette silhouette incroyable, cette position dans laquelle il n'y a pas de discussion, acharnée, je crois que c'est
07:36ça qui fait rire.
07:37C'est vrai, c'est des situations.
07:38Quand vous avez un général qui veut se battre et qui n'a pas d'armée, c'est tragique et
07:44c'est drôle.
07:45C'est les deux et voilà, c'est ça que le film aussi essaie de montrer.
07:48Moi, j'aime bien dans un échange qu'on a avec Thierry, c'est qu'à un moment donné, il
07:53dit, vous voulez être traducteur ?
07:54Et comme un bon élève de golf, il dit, for him.
07:58Sous-entendu, moi je parlais bien au volet, moi ça me fait rire.
08:01Et puis, il dit, un canal deal où ils disent crazy man.
08:05Ça, ça m'a tué.
08:06Je me mordais la langue pour ne pas éclater taille pendant la prise.
08:09Heureusement qu'on était côte à côte et pas pas à face.
08:10Je n'aurais pas tenu.
08:12Moi, j'étais mort d'horreur derrière mon plombou.
08:15Il a osé, il faut y aller pour dire crazy.
08:18Alors que c'est très bien pour dire crazy.
08:20C'est cette langue qui est aussi loin de nous.
08:22C'est ça qui rend la situation cocasse, enfin cocasse, je veux dire.
08:26C'est de voir aussi la tête du général américain, de faire les...
08:29Comment je vais faire avec ces deux machins, quoi ?
08:31C'est parce que c'est deux machins qui se présentent.
08:34Et ce qui est génial, c'est qu'ils vont pouvoir les manipuler.
08:37Et ça, c'est une autre pierre de manche.
08:38Vous savez, l'outil principal d'un acteur, pour moi, je parle pour moi,
08:42c'est son imaginaire.
08:44On peut se nourrir de textes, d'images d'archives et d'autres choses.
08:49De photos, etc.
08:50De notes, de journaux.
08:52Mais ce qui compte, c'est aussi comment on va prendre ce matériau
08:55et le transformer en jeu.
08:56C'est comme un prêtre.
08:58Le meilleur outil du prêtre, c'est sa prière.
09:00Le meilleur outil de l'acteur, c'est son imaginaire.
09:03Et puis aussi, exister dans l'œil du partenaire
09:05et dans l'œil du réalisateur.
09:07Et encore une fois, je le dis,
09:08je n'ai pas fait ça tout seul
09:09parce que j'avais en face de moi quelqu'un
09:10qui avait un compas dans l'œil.
09:12Donc, au moindre geste, il aime le précis, moi aussi.
09:15Donc, tout ça, s'ajoutant l'un à l'autre,
09:17il faut travailler.
09:17C'est du travail, du travail, du travail.
09:19Jusqu'au moment où le travail ne se verra plus,
09:21que tout ça devient vivant et un peu organique
09:23et un peu même lâché le travail.
09:25Sinon, ce n'est pas possible.
09:26La vie est invivable.
09:27Il faut que ça respire, il faut que ça écoute,
09:29il faut que ça inquiète, il faut que ça doute.
09:31Tout ça, quoi.
09:32C'est une mécanique.
09:33C'est juste, une fois qu'on a acquis de la mécanique,
09:35après, coller les papiers peints, ça me regarde.
09:38C'est vrai.
09:40Mais après, ce qui est génial
09:42dans ces constructions de personnages,
09:43c'est qu'on n'est jamais tout seul.
09:45C'est-à-dire qu'il y a évidemment
09:45celui qui écrit le scénario,
09:47donc Antonin qui le réalise aussi,
09:48mais il y a aussi tout le travail de costume
09:50où eux, ils ont fait leur recherche,
09:52ils ont une documentation incroyable
09:54sur comment il apparaissait, en fait.
09:55Le maquillage.
09:56Le maquillage, la coiffure.
09:57On est une dizaine à créer un personnage.
10:00On n'est jamais tout seul.
10:00Et ça, c'est toujours rassurant.
10:03C'est là-bas que se joue le destin du monde.
10:06Nos enfants ne nous regardent pas
10:07nous proches à notre tour.
10:16Je vais peut-être vous choquer,
10:17mais je vous dirais que De Gaulle
10:18n'avait pas les qualités qu'il fallait
10:19pour faire ce qu'il a fait.
10:21Ce n'était pas quelqu'un
10:22qui savait parler en public.
10:23Ce n'était pas un meneur d'homme.
10:24Ce n'était pas quelqu'un
10:25qui connaissait la politique.
10:26Et c'est pour ça que je trouve ça intéressant.
10:29Pour moi, ça renvoie à tout un chacun.
10:31C'est qu'en fait,
10:32quand on a en face de soi
10:33un idéal et une mission
10:34qu'on veut accomplir,
10:35ça nous oblige à nous grandir,
10:37ça nous oblige à nous transformer.
10:39Il ne parlait pas un mot d'anglais.
10:40Il vit en Angleterre.
10:41Il doit convaincre des anglais.
10:42Il apprend l'anglais.
10:43Il ne sait pas parler en public.
10:45Il parle comme il parle.
10:46Et au fur et à mesure,
10:48sa voix commence à imprégner les gens.
10:51Il ne transforme pas sa voix.
10:52Il la laisse telle qu'elle,
10:53mais elle a un effet.
10:55Parce qu'on le voit toujours
10:55comme un personnage complètement
10:56à part de l'eau, c'est vrai,
10:57en une certaine mesure,
10:58à cause de tout ce qu'il a fait.
10:59Mais en réalité,
11:01c'est aussi le fait
11:02qu'il a été jusqu'au bout
11:05de sa propre quête
11:06qu'il a fait être
11:08ce qu'il est devenu.
11:09Ce n'était pas écrit au départ.
11:10Il n'est pas né
11:11avec les qualités
11:12dont il a eu besoin.
11:13Il y en a un autre aujourd'hui
11:14qui s'appelle Zelensky,
11:15qui n'est pas fait
11:16pour être président
11:17d'un pays en guerre,
11:18envahi par un monstre
11:19à côté de lui
11:21et qui, 4 ans plus tard,
11:22est toujours là,
11:22qui aurait pu se barrer
11:23au gouvernement d'exil
11:243 jours après
11:26et qui est toujours là
11:27avec un pays qui tient.
11:28C'est juste stupéfiant.
11:31Quelqu'un qui est acteur
11:32à la base comme vous.
11:33Oui, c'est dingue.
11:34Oui.
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