00:00C'est la question que tout le monde se pose, l'hécatombe redoutée après une semaine de canicule.
00:06En tout cas, les premiers signes sont inquiétants.
00:08Les professionnels alertent, notamment l'Île-de-France, sur des chambres funéraires saturées.
00:13On vous retrouve, Nicolas Dumas.
00:14Vous vous trouvez devant le funérarium des Batignolles.
00:17C'est dans le 17e arrondissement de Paris.
00:20Funérarium saturé, notamment les deux funérariums de la capitale, sont complets depuis ce matin.
00:27Effectivement, les deux funérariums sont totalement saturés depuis ce matin.
00:31Ce qui veut dire que pour tout nouveau décès, pour tout nouveau corps qui arrive,
00:36ils vont être transférés dans les funérariums de la petite couronne.
00:39Pour comprendre l'ampleur du phénomène, hier, 109 morts ont été recensés.
00:45Rien que pour l'activité du SAMU de Paris, c'est 3 à 4 fois supérieur à la normale.
00:50Une activité inhabituelle aussi pour les pompes funèbres qui, depuis le milieu de la semaine,
00:56enregistrent une augmentation des essais sous l'effet de cette chaleur.
01:02La Fédération nationale du funéraire qui alerte sur la situation qui peut se compliquer ce week-end
01:09si la hausse des appels se poursuit, notamment au secours, dans les 24 à 48 prochaines heures.
01:15Et si la dégradation dans le week-end, certains professionnels se posent la question
01:21de savoir s'il ne faut pas ouvrir une chambre funéraire supplémentaire,
01:25notamment au marché de Rangis, comme ça avait été le cas pendant le Covid-19,
01:30mais aussi la canicule de 2003.
01:32Nicolas Dumas avec Margot Visade.
01:35Ce chiffre, 109 décès recensés par le SAMU de Paris ces dernières 24 heures.
01:39Cette question est-on un point de bascule ?
01:41Les professionnels qui alertent en Ile-de-France sur des chambres funéraires saturées.
01:45Nous sommes en direct avec Gautier Caton.
01:48Bonjour, vous êtes porte-parole de la Fédération nationale du funéraire.
01:52Merci d'être en direct sur BFM TV.
01:54On a appris il y a une heure que les deux funérariums de Paris,
01:57intra-muros, étaient complets.
02:01Est-ce que vous êtes étonné par la situation ?
02:03Alors bonjour, non, étonné malheureusement.
02:06Alors en début de semaine, on aurait pu être étonné.
02:09Depuis jeudi maintenant, la situation se dégrade.
02:12On a enregistré un nombre de décès importants, et vous l'avez souligné.
02:17Les chambres funéraires de Paris, je vous confirme qu'elles sont malheureusement complètes.
02:21La première couronne commence à être très fortement saturée.
02:25Et les seules solutions qu'on peut proposer aux familles,
02:30c'est de décaler les admissions dans les chambres funéraires plus éloignées.
02:35À ce stade, on n'a pas d'autre solution.
02:37Est-ce que dans le reste du pays, vous avez des situations qui sont comparables ?
02:41Quelle est la situation ?
02:41Qu'est-ce que vous pouvez nous dire précisément à l'échelle, on va dire, nationale ?
02:46Alors il y a une disparité relativement importante selon les secteurs.
02:50Comme la canicule a frappé un peu différemment les départements,
02:54et la densité urbaine n'est pas la même non plus,
02:56on peut constater que Paris est impacté Île-de-France,
02:59la région centre-Val-de-Loire l'est également,
03:03la zone de l'île,
03:05toutes les remontées qu'on a sont par des référents de région
03:08ou des adhérents de la fédération,
03:10mais ce n'est pas encore totalement homogène en tout cas.
03:13Alors quelle solution par exemple,
03:15en ce qui concerne Paris et l'île de France,
03:18un responsable qui était avec nous disait que ces chambres funéraires étaient saturées,
03:22que peut-être il fallait faire comme à l'époque du Covid,
03:25et se servir de Rungis ?
03:27Alors toute solution mise à disposition par les préfectures,
03:32quelle que soit la préfecture,
03:34que ce soit Paris ou d'autres métropoles,
03:37peuvent être entendables.
03:39La seule chose qui est très importante,
03:41c'est de nous permettre de mettre du personnel formé
03:44et adapter les locaux et du matériel
03:46pour ne surtout pas faire vivre aux familles
03:49une situation encore plus pénible que le deuil.
03:52Mais en tout cas, nous, on est prêts à nous organiser s'il y a besoin.
03:56– Ça veut dire que certaines familles peuvent se tourner vers des services funéraires aujourd'hui
04:00et ne pas avoir de solution et devoir rester avec le corps de leurs défunts ?
04:05– Alors à ce stade, il leur sera proposé des solutions plus éloignées.
04:11Ce qui va désaturer les chambres funéraires,
04:14c'est évidemment les obsèques de lundi et de mardi
04:17parce que les défunts quittent les chambres funéraires.
04:21La problématique qu'on va rencontrer la semaine prochaine,
04:23c'est que les délais d'inhumation et de crémation vont s'allonger en France.
04:27Donc la durée moyenne des séjours va augmenter
04:30et ça ne va pas nous permettre de gagner des places dans les chambres funéraires.
04:34– On entend ce que vous dites et malheureusement, on le sait,
04:37les services médicaux le disent, dans les jours à venir,
04:39même si la canicule s'adoucit, il va y avoir une décompensation des corps
04:43et très probablement de nouveaux décès.
04:47Comment vous allez pouvoir faire face à ce que vous en appelez
04:49à des décisions au niveau de l'État ?
04:52– Alors nous, la fédération et les professionnels sont en lien avec les préfectures
04:56parce qu'on est habilité par les préfets.
04:59Donc différentes préfectures commencent à contacter les opérateurs
05:02pour avoir des points réguliers sur les occupations de chambres funéraires,
05:05ce qu'on ne peut pas généraliser la situation.
05:07Et je pense que chaque préfecture prendra des dispositions,
05:12soit ouvrir des bâtiments ou des zones qui pourraient accueillir des défunts,
05:17comme Rungis l'a été, peut-être mettre à disposition dans les centres hospitaliers
05:22des containers ou des véhicules adaptés pouvant accueillir des défunts,
05:26ce qu'on a aussi vu pendant le Covid.
05:28On va, dans chaque département, vivre un peu différemment les solutions.
05:33– Est-ce que vous aviez déjà connu une situation comparable,
05:35peut-être lors d'autres, de précédentes vagues de chaleur
05:38ou même on pense à la période du Covid ?
05:41– Alors le Covid est une période semblable
05:45et surtout c'est une période qui est récente, qui est proche.
05:48Donc on avait déjà dû faire appel à des situations, en tout cas un peu provisoires.
05:54La différence avec le Covid, c'est que les mises en bière étaient immédiates
05:57et que les cercueils étaient fermés.
05:59Donc il n'y avait pas de découverte de défunts au bout de deux ou trois jours.
06:04Et donc du coup c'était une différence.
06:05Et 2003 était une période évidemment extrêmement grave pour notre profession,
06:10mais c'était une période au mois d'août.
06:12Donc nos effectifs étaient aussi un peu réduits.
06:15Et donc ce qui n'est plus le cas parce qu'on est au mois de juin.
06:18– Alors vous, vous êtes porte-parole de cette fédération,
06:20mais vous avez aussi des pompes funèbres à Orléans.
06:24Et à Orléans, vous avez été obligé d'accueillir des corps qui venaient de la région parisienne.
06:29Ça montre la saturation des services, mais c'est aussi terrible pour les familles.
06:33– Oui, mais nous, on gère 30 chambres funéraires.
06:36On est sur 8 départements, donc on connaît bien les enjeux
06:38parce qu'on est directement opérateurs.
06:40Et en effet, on a des confrères qui nous ont appelés
06:42pour nous demander d'accueillir des défunts.
06:45Alors à ce stade, je ne peux pas vous dire
06:46que ce sont des défunts qui avaient des familles.
06:48Et je pense que malheureusement, il y aura peut-être des décisions
06:51à prendre sur si des défunts n'ont pas de famille.
06:54Eh bien, ça prie loin la famille de pouvoir se recueillir auprès du défunt.
06:57Et cette personne sera évidemment inhumée ou crématisée en région parisienne.
07:01Ses volontés seront respectées.
07:02Mais déjà, il n'y a pas forcément d'impact sur la famille
07:05pour les conditions de recueillement.
07:06Et peut-être qu'à un moment donné, on sera en effet contraints
07:09de devoir dire à une famille qu'il y aura 45 minutes ou une heure de route
07:12à faire pour se recueillir si on n'a pas de solution au plus près de Paris.
07:17Alors les premiers chiffres sont inquiétants.
07:19Est-ce que vous, vous êtes inquiet pour la semaine prochaine
07:22sur votre capacité, sur la capacité du secteur, de votre métier au fond
07:27à absorber et à gérer cette vague de mortalité
07:30qu'on mesure peut-être encore à peine au fond ?
07:34La problématique, c'est qu'à ce stade,
07:36on n'a pas forcément de visibilité sur les décès à domicile ou dans les EHPAD
07:40parce que les certificats de décès dématérialisés ne sont pas forcément utilisés.
07:45Donc on ne peut pas vraiment avoir de visu sur ces chiffres-là.
07:48Et le point le plus critique pour nous,
07:51ça va être l'augmentation des délais d'innovation et de crémation.
07:54Alors on a déjà fait une démarche avec la Fédération,
07:58c'est de se mettre en relation avec les différents gestionnaires de crématoriums
08:01pour peut-être déjà augmenter la capacité des crématoriums,
08:03ça veut dire rajouter une ou deux crémations par jour dans certains cas.
08:07On a également fait une démarche auprès du clergé
08:09pour savoir s'il est possible éventuellement,
08:11peut-être de faire des cérémonies beaucoup plus tôt le matin,
08:14ce qui avait été fait en 2003,
08:16parce qu'il ne faut surtout pas qu'on rajoute sur la saturation des chambres funéraires
08:21des conservations trop longues et donc du coup des défunts
08:24qui ne resteraient pas cinq ou six jours,
08:27ce qui est un temps assez classique,
08:29mais huit ou douze jours.
08:30C'est-à-dire que vous nous dites qu'à l'heure actuelle,
08:33les délais sont déjà doublés par rapport à l'ordinaire pour qu'on se rende compte ?
08:37Alors aujourd'hui, ce que je peux vous confirmer,
08:40c'est que la majorité des crématoriums dans les zones impactées
08:42par la canicule et par la forte mortalité
08:45annoncent déjà des décès, des délais
08:46qui peuvent aller jusqu'à maintenant, lundi, mardi, mercredi de la semaine prochaine.
08:51Donc on est déjà sur une problématique de délai.
08:53Qu'on peut vivre sur des périodes hivernales,
08:56en janvier ou en février,
08:58il y a souvent un pic de mortalité à cette période,
09:00mais malheureusement, si là, cette situation se rajoute
09:04et qu'on ne trouve pas de solution pour réduire les temps de séjour en chambre funéraire,
09:07on aura d'autant plus un problème de conservation des défunts.
09:11Est-ce que vous attendez quelque chose de précis de la part du gouvernement ?
09:13Est-ce qu'il y a une mesure ou deux mesures
09:15qui pourraient peut-être vous faciliter le travail dans les jours
09:20et notamment pour la semaine qui vient ?
09:22Clairement, c'est que des préfectures puissent trouver des solutions,
09:25même provisoires, adaptées et évidemment dignes pour les familles,
09:30au plus près de grandes métropoles impactées par la situation,
09:34quitte à ce que les professionnels mettent à disposition
09:36les moyens humains, les moyens matériels,
09:39mais au moins que des locaux puissent être adaptés
09:41en sachant qu'on est une profession réglementée.
09:43Donc même si on trouvait des locaux sans dérogation préfectorale,
09:46on ne pourrait pas y conserver des défunts.
09:49Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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