00:00France Inter, le 6-9.
00:03L'heure de votre chronique signée Anne Rosencher. Bonjour Anne.
00:06Bonjour Marion, bonjour à tous.
00:08En cette période de baccalauréat et en ce jour de brevet des collèges,
00:11élève Rosencher au tableau. Vous nous parlez de mathématiques.
00:14Oui. Le grand philosophe et scientifique Leibniz avait son idée pour apaiser les querelles dans les sociétés.
00:21Comme ça peut peut-être nous intéresser en ce moment, je vous la livre cette idée.
00:25Il s'agit de prendre sa plume en main, de s'asseoir à son boulier, car tout le monde a
00:30un boulier,
00:31et de se dire l'un à l'autre « Calculemus », calculons.
00:36Il existe plusieurs interprétations à cette phrase de Leibniz.
00:39Ma préférée, c'est qu'il y a dans la vérité des mathématiques quelque chose qui échappe aux affects,
00:44aux croyances, aux propagandes et à la mauvaise foi.
00:48Deux et deux font quatre et ce n'est pas une opinion.
00:51Si je commence par ce « Calculemus », c'est pour dire d'emblée que l'effondrement du niveau de
00:56maths
00:57n'est pas qu'une question utilitaire, comme on la présente parfois.
01:01Effondrement du niveau, je sais que le mot est fort, il est hélas mérité.
01:05Les dernières évaluations de la grande enquête internationale TIMSS
01:09placent les petits Français de CM1, derniers de l'Union Européenne.
01:14Au niveau mondial, nous arrivons même après l'Albanie ou l'Azerbaïdjan.
01:18Et ça n'est pas seulement dommageable donc pour le nombre d'ingénieurs que la nation forme,
01:23pour sa puissance créatrice, innovatrice, pour sa souveraineté aussi.
01:27Tout cela, c'est un vrai problème, extrêmement important même.
01:31Mais selon vous, Anne, il y a plus large encore ?
01:33Oui.
01:33D'abord, les mathématiques, c'est aussi une culture,
01:36une culture qui permet d'appréhender les règles du monde dans lequel nous vivons.
01:40Les notions de statistiques, de proportions ou de probabilités
01:44préident à de très nombreuses décisions qui régentent nos vies.
01:48L'une des missions de l'école est justement de rendre tout cela compréhensible aux citoyens.
01:52Ensuite, les mathématiques, c'est l'apprentissage du raisonnement,
01:56c'est-à-dire de la progression logique par étapes.
01:59Et c'est précisément ce qui permet de s'extraire du monde des opinions,
02:03de la polémique et des affects chauffés à blanc.
02:07Enfin, de toutes les disciplines, les maths étaient la moins inégalitaire.
02:12Et que s'est-il passé quand nous avons baissé le niveau ?
02:15Nous avons pris cette discipline-là et nous en avons fait celle
02:19où la prédestination sociale pèse le plus lourd.
02:23Car ce qui ne s'acquiert pas en classe s'apprend parfois à la maison.
02:28Vraiment, il est impératif que nous nous ressaisissions.
02:31Il y a bien sûr ce qui relève de l'éducation nationale,
02:34la formation des professeurs des écoles, les programmes, etc.
02:38Mais il y a aussi notre façon à nous, société, d'envisager les maths
02:42qui ne sont pas un snobisme, ni un masochisme, ni une nostalgie de l'élitisme d'antan.
02:49C'est une culture de base, commune.
02:51Et même quand plus tard on a oublié Thalès, Pythagore et les tableaux de conversion,
02:56il reste quelque chose comme un exosquelette nécessaire au fonctionnement des sociétés.
03:02« Le monde ne tient que par le souffle des enfants qui étudient ».
03:08C'est mon proverbe préféré de toute la vie.
03:10« Le monde ne tient que par le souffle des enfants qui étudient ».
03:14Bon brevet au troisième.
03:16Merci Anne Rosencher.
03:18Effectivement, bon brevet à toutes et à tous.
03:20Vous êtes directrice déléguée de la rédaction de l'Express.
03:23Merci.
03:23Merci.