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  • il y a 24 minutes
Retrouvez notre soirée spéciale "Marc et Simone Bloch : l’hommage de la Nation", présentée par maxime Switek sur BFMTV ce mardi 23 juin 2026.

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Transcription
00:00:00Musique
00:00:55La Marseillaise place du Panthéon, Emmanuel Macron
00:00:58Qui va passer les troupes en revue ce soir
00:01:00Avant cette cérémonie de pantonisation
00:01:02De Marc Bloch
00:01:03Bonsoir à toutes et à tous, soyez les bienvenus pour ce moment très particulier
00:01:06Que l'on va donc vivre ensemble ce soir
00:01:07Sur BFM, l'entrée au Panthéon
00:01:09De Marc Bloch et de sa femme
00:01:12Simone
00:01:55Marc Bloch
00:01:56Soldat des Premières et Secondes Guerres mondiales
00:01:59L'historien, le résistant
00:02:01Léopold Lodberg en parlait à l'instant
00:02:04Marc Bloch décrit dans l'étrange défaite en 1940
00:02:07Et on va vous en parler ce soir
00:02:08De cet ouvrage
00:02:09Des raisons de la débâcle française face à l'Allemagne nazie
00:02:12Avant d'être arrêtée par la Gestapo, torturée, exécutée
00:02:15C'est la sixième cérémonie de pantéonisation
00:02:17Voulue par Emmanuel Macron
00:02:19Avec moi en plateau
00:02:21Yves Tréhard
00:02:22Bonsoir Yves
00:02:37Bonsoir Maxime
00:02:39On va respecter les moments de silence
00:02:41Avec le Président de la République
00:02:43Je ne disais pas ça, j'ai trop en revue
00:02:48C'est le commandant qui
00:02:49Rentre compte
00:02:51Une section de l'école militaire des aspirants de Président
00:02:54Une section de l'école des officiers de réserve spécialistes d'état-major
00:02:59Et une section du service de l'énergie opérationnelle
00:03:02L'ensemble étant placé sous le commandement du colonel Richard Elio
00:03:05Commandant le 1er Régiment d'infanterie de la Garde républicaine
00:03:11Merci
00:03:13Merci beaucoup
00:03:38Dans un tout petit instant
00:03:39Début de cette cérémonie de pantéonisation
00:03:41Didier François
00:03:42Je le disais
00:03:42Je vous ai vu presque
00:03:43Ému tout à l'heure
00:03:46Dans la rédaction
00:03:47A l'évocation de Marc Bloch
00:03:49Parce que Marc Bloch
00:03:50En tout cas en ce qui me concerne
00:03:52Fait partie des gens qui m'ont marqué
00:03:53Ça fait partie
00:03:55Son livre
00:03:56L'étrange défaite
00:03:56Est un livre qui m'a
00:03:58A très jeune secoué
00:04:00Et qui m'a interrogé
00:04:02Je pense que c'est vraiment
00:04:04Un des ouvrages français importants
00:04:06Pour qui se pose la question de savoir
00:04:08Comment la France a pu s'effondrer
00:04:10De la façon dont elle s'effondrait en 1940
00:04:13Comment elle a pu être occupée
00:04:14Comment on a pu ne pas être à la hauteur
00:04:16Du défi que nous a imposé un ennemi
00:04:20Dont on ne voulait pas voir
00:04:22Le fait qu'il nous avait pris pour cible
00:04:25Et qu'il allait nous envahir
00:04:27Depuis pourtant
00:04:28Dieu sait si que
00:04:28Depuis l'arrivée au pouvoir d'Hitler
00:04:30On a tenté
00:04:32A plusieurs reprises
00:04:33En Europe
00:04:34De le calmer
00:04:35Ou de l'amadouer
00:04:37Et toujours en l'échec
00:04:38Depuis 1938
00:04:40La prise des Sudètes
00:04:41En Tchécoslovaquie
00:04:42Puis l'invasion de la Pologne
00:04:44Avant de se retourner contre la France
00:04:46Et ensuite le reste du monde
00:04:48Donc je pense que c'était quand même
00:04:49Une véritable interrogation
00:04:51De comprendre comment
00:04:53Le pays qui était sorti vainqueur
00:04:55Après tant de sacrifices
00:04:56De la guerre de 14-18
00:04:57N'a pas vu venir
00:04:59Ce vent mauvais
00:05:01Et n'a pas
00:05:02Parce que peut-être justement
00:05:03Le coup de la guerre 14-18
00:05:05Les pertes
00:05:06Avaient fait que
00:05:08On espérait que c'était
00:05:09La derdéder
00:05:11Et qu'on n'a pas cru
00:05:12Que l'ennemi
00:05:14Qui lui ne s'estimait pas vaincu
00:05:16Pouvait nous désigner
00:05:18Comme son adversaire
00:05:19Et que le fait de ne pas croire
00:05:20Qu'on est un ennemi
00:05:21Ne suffit pas
00:05:22A ne pas en avoir un
00:05:23Et que le pacifisme
00:05:24Qui est né
00:05:25De la première guerre mondiale
00:05:27De 1918
00:05:28Et d'ailleurs c'est ce qu'explique
00:05:29Beaucoup Marc Bloch
00:05:30Dans son livre
00:05:31A finalement
00:05:33Désarmé la France en 1939
00:05:35Et on voit Emmanuel Macron
00:05:36Qui vient saluer
00:05:36Et Brigitte Macron
00:05:37Qui vient saluer
00:05:38Notamment la famille
00:05:40De Marc Bloch
00:05:41Et de Simone
00:05:42Simone Bloch
00:05:43Simone Vidal
00:05:44Qui va entrer au Panthéon
00:05:45Aux côtés de son mari
00:05:47Le président de la République
00:05:47Qui vient saluer
00:05:48Évidemment les ministres
00:05:49Bruno Joly
00:05:50Je le disais
00:05:51Sixième cérémonie
00:05:52De panthéonisation
00:05:52Voulue par Emmanuel Macron
00:05:54Pourquoi est-ce qu'il choisit
00:05:55Marc Bloch ce soir
00:05:56Pour entrer au Panthéon ?
00:05:57Il faut relier
00:05:58Cette panthéonisation
00:05:59A ce qu'il fait
00:06:00Depuis le début
00:06:01De son arrivée à l'Elysée
00:06:02Il a choisi
00:06:03Six personnalités françaises
00:06:06Et étrangères
00:06:07Qui à chacune d'entre elles
00:06:09Correspond à un morceau
00:06:10De l'histoire de France
00:06:11Parfois peu connue
00:06:12C'est le cas de Marc Bloch
00:06:13Je pense que beaucoup
00:06:14De nos téléspectateurs
00:06:15Ne connaissent pas
00:06:15L'oeuvre de Marc Bloch
00:06:16Ce résistant historien
00:06:18Qui mérite d'être
00:06:20Panthéonisé
00:06:21Sans aucune contestation possible
00:06:23On peut même se demander
00:06:23Finalement
00:06:24Il est 80 ans
00:06:25Après
00:06:26Après sa mort
00:06:29Puisqu'il a été
00:06:30Exécuté
00:06:31Comme résistant
00:06:33Donc c'est le choix
00:06:34Aussi
00:06:35De quelqu'un
00:06:36Qui dit la vérité
00:06:37Avant tout le monde
00:06:37Qui raconte l'histoire
00:06:39Même quand elle dérange
00:06:40Et c'est ça aussi
00:06:41Je pense que
00:06:42Emmanuel Macron
00:06:42Ce soir veut honorer
00:06:44En choisissant de panthéoniser
00:06:46Marc Bloch
00:06:46Comme il avait choisi
00:06:47D'honorer
00:06:49Manoukian
00:06:50La fois précédente
00:06:52Une autre figure
00:06:53De la résistance
00:06:54La résistance
00:06:55Arme à la main
00:06:56À Paris
00:06:57D'un étranger
00:06:58Qui choisit de mourir
00:06:59Pour la liberté de la France
00:07:28Sous-titres par Jérémy Diaz
00:07:39Ou que je doive mourir, en France ou sur la terre étrangère,
00:07:46et à quelque moment que ce soit, je laisse à ma chère femme ou à son défaut à mes enfants
00:07:52le soin de régler mes obsèques comme ils le jugeront bon.
00:07:57Ce seront des obsèques purement civils, les miens savent bien que je n'en aurais pas voulu d'autres.
00:08:03Mais je souhaite que ce jour-là, un ami accepte de donner lecture des quelques mots que voici.
00:08:11Je n'ai point demandé que sur ma tombe fussent récitées les prières hébraïques,
00:08:15dont les cadences pourtant accompagnèrent vers leur dernier repos tant de mes ancêtres et mon père lui-même.
00:08:25Je me suis toute ma vie durant, et forcée de mon mieux vers une sincérité totale de l'expression et
00:08:32de l'esprit.
00:08:34Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques prétextes qu'elle puisse se parer, pour la pierre lèpre de
00:08:41l'âme.
00:08:43Comme un beaucoup plus grand que moi, je souhaiterais volontiers que pour toute devise,
00:08:50on grava sur ma pierre tombale ces simples mots.
00:08:55Dilexit veritatem.
00:09:06Vivo !
00:09:08En avant !
00:09:11Marche !
00:09:12Marche !
00:09:14Marche !
00:09:17Marche !
00:09:18Marche !
00:09:19Marche !
00:09:21Marche !
00:09:26Marche !
00:09:27Marche !
00:09:29Marche !
00:09:30Marche !
00:09:30Marche !
00:09:31Marche !
00:09:33Marche !
00:09:34Marche !
00:09:36Marche !
00:09:37Marche !
00:09:38Marche !
00:09:38Marche !
00:09:39Marche !
00:09:40Marche !
00:09:40Marche !
00:09:40Marche !
00:09:41Marche !
00:09:42Marche !
00:09:42Marche !
00:09:42Marche !
00:09:42Marche !
00:09:42Pivot.
00:09:45Tenez.
00:09:51Bravo.
00:09:55Oui, notamment l'ancien président de la République, François Hollande,
00:09:58présent avec le président du Sénat, Gérard Larcher,
00:10:00le Premier ministre Sébastien Lecornu,
00:10:02la présidente de l'Assemblée aussi, Yael Brond-Pivet.
00:10:05On a entendu à l'instant le premier extrait du testament spirituel de Marc Bloch.
00:10:09C'est un court texte, Yves Traehar, 1941.
00:10:11C'était lu par l'actrice Lou Delage.
00:10:14On va beaucoup parler ce soir de L'étrange défaite,
00:10:15qui est la grande œuvre de Marc Bloch.
00:10:17Pas uniquement.
00:10:18Pas uniquement, vous avez raison.
00:10:19Mais le testament spirituel, c'est un texte plus intime,
00:10:22on va dire ça comme ça, plus personnel en tout cas.
00:10:24Oui, en fait, Marc Bloch, il faut le savoir,
00:10:27c'était un très très grand historien,
00:10:28très connu sous la Troisième République,
00:10:30qui était un médiéviste, un grand spécialiste du Moyen-Âge.
00:10:34Il a écrit des livres très importants sur les rois,
00:10:38les dynasties françaises,
00:10:39sur la ruralité aussi,
00:10:41et ce qui va intéresser nos téléspectateurs,
00:10:44c'est de savoir qu'il est probablement à l'origine,
00:10:47puisque c'est lui qui a fondé l'école des Annales,
00:10:49qu'on n'apprend plus l'histoire de façon linéaire,
00:10:54comme on a pu le faire par le passé,
00:10:55mais qu'on apprend l'histoire par grands phénomènes,
00:10:58en voyant loin.
00:11:00Et ce qui était une technique,
00:11:03une méthode qui était utilisée beaucoup à l'université,
00:11:05mais qui a été après employée dans les années 60,
00:11:09à la fois dans les écoles primaires et les écoles secondaires.
00:11:12Ce qui a un peu dérouté les parents, d'ailleurs.
00:11:14À l'époque, on en est revenu.
00:11:16Donc Marc Bloch, c'était aussi un historien qui a marqué son époque,
00:11:20qui a marqué la pédagogie de l'histoire.
00:11:22Et c'est un homme qui est une grande figure, je dirais,
00:11:29de l'éducation et de l'enseignement,
00:11:32notamment sous la Troisième République.
00:11:33– Je le disais, soldat des deux guerres,
00:11:36la première en 1914, la deuxième, il demande à être enrôlé.
00:11:41Il a 53 ans, il est malade, il demande à y aller.
00:11:43– Oui, c'est vrai, mais c'est vraiment l'exégèse du patriote
00:11:47qui a quand même vécu tous les tourments de notre pays.
00:11:52Effectivement, il est né à la fin du XIXe siècle,
00:11:54il s'engage comme jeune officier dans la Première Guerre mondiale.
00:12:00Il est au 72e régiment d'infanterie, officier de renseignement.
00:12:05Il fait une guerre formidable, officier de la Légion d'honneur.
00:12:08Il est évidemment en croix de guerre, 4 citations sur 14-18.
00:12:13Et quand la Seconde Guerre mondiale commence,
00:12:16effectivement, il a 6 enfants, il a 53 ans.
00:12:19Il est capitaine de réserve, il pourrait rester à la maison.
00:12:21Il fait une deuxième campagne, la campagne de France,
00:12:24en juin 1940.
00:12:27Nouvelle croix de guerre, nouvelle citation.
00:12:29Donc, il a 5 citations, 2 croix de guerre quand même, il faut y aller.
00:12:33Les lois antisémites arrivent,
00:12:35puisqu'en fait, il est d'origine juive,
00:12:38mais il est surtout alsacien.
00:12:39C'est une famille, une vieille famille alsacienne
00:12:42très attachée à la France.
00:12:44– C'est ce qu'on appelle les juifs français.
00:12:45– Oui, alors c'est ce qu'on appelle surtout les optants.
00:12:48C'est-à-dire, c'est des familles qui ne sont pas restées
00:12:51en Alsace et en Moselle après l'occupation allemande en 1870
00:12:54et sont revenus sur le territoire français pour pouvoir rester français.
00:12:58Et donc, il y a cet attachement vraiment charnel au pays
00:13:01et ce patriciotisme chevillé au corps qui fait que,
00:13:05même quand les lois antisémites, le vire de l'armée
00:13:10et le vire de la Sorbonne, qu'est-ce qu'il fait ?
00:13:13Il rejoint la Résistance.
00:13:14Il prend un pseudonyme, capitaine Blanchard,
00:13:16et il rejoint un franc-tireur à Lyon.
00:13:18C'est un des fondateurs de franc-tireur
00:13:19qui ensuite va rejoindre les mouvements unis de résistance
00:13:23sur la base de l'unification qui en a été faite par Jean Boulin.
00:13:26Donc on est vraiment dans le cadre des premiers résistants français
00:13:30et avec ces résistants venus de tous les horizons
00:13:33qui vont justement de ces radicaux Troisième République laïcs
00:13:38extrêmement républicains, d'une partie de la gauche traditionnelle,
00:13:42d'une partie de la droite, y compris certains croix de feu,
00:13:44et qui ne veulent pas accepter la défaite,
00:13:47qui ne veulent pas accepter le joug de l'occupation
00:13:50et qui sont une toute petite minorité,
00:13:53mais qui vont rejoindre le combat de la France libre.
00:13:57C'est en ça que je trouve qu'il est donc évidemment
00:14:00arrêté par des collaborateurs...
00:14:02– Détruants à l'origine.
00:14:04– Oui, bien sûr, comme d'habitude,
00:14:06qui travaillent pour la Gestapo et la milice,
00:14:08sur la base de rafles qui avaient été faits dans deux cafés à Lyon
00:14:11où, sous la torture, un certain nombre de gens ont parlé,
00:14:14lui a été quand même torturé pendant trois mois,
00:14:16il n'a jamais parlé, fusillé en juin 1,
00:14:19après trois mois de torture.
00:14:22– Le 16 juin 40, c'est presque le...
00:14:24– Le 16 juin 40, à la prison de Montluc,
00:14:26la fameuse prison où quand même tant de résistants
00:14:29ont été assassinés.
00:14:31Voilà, donc c'est vraiment un patriote français.
00:14:35Et patriote pas nationaliste, extrêmement pro-européen,
00:14:38et qui surtout a une clairvoyance,
00:14:41c'est-à-dire que le tout petit moment qu'il a
00:14:44entre sa démobilisation après les combats de juin 40
00:14:48et son entrée dans la résistance,
00:14:50il écrit ce bouquin remarquable,
00:14:52« L'étrange défaite »,
00:14:53où il montre comment la France s'est avachie
00:14:56et finalement n'a pas réussi à être à la hauteur
00:14:59au moment du défi.
00:15:00– On va reparler de « L'étrange défaite »,
00:15:01juste, Yves, je précise, on parlait d'effectivement
00:15:03arrêté, torturé, fusillé, fusillé au cri de « Vive la France ».
00:15:07C'est ce qu'il dit au moment où il est...
00:15:09Juste avant d'être fusillé.
00:15:10– Oui, parce qu'il avait...
00:15:11– Jusqu'au bout.
00:15:12– C'était vraiment un patriote.
00:15:14Et il avait son pays, un amour immense pour son pays.
00:15:18Pendant que beaucoup de juifs étaient interdits
00:15:22d'enseigner, de pratiquer, tout ça,
00:15:24lui, il a eu une dérogation,
00:15:26qu'il a voulu refuser d'ailleurs.
00:15:27Il a eu une dérogation pour pouvoir continuer à enseigner.
00:15:30Et son antisémitisme n'était pas du tout un drapeau pour lui.
00:15:36– Pas du tout.
00:15:37– Et il disait, moi, je ne revendique rien,
00:15:40sauf si quelqu'un me traite d'antisémite.
00:15:43Alors là...
00:15:44– Non, face à un antisémite.
00:15:45– Oui, oui, face à un antisémite.
00:15:47– Je ne suis juif que face à un antisémite.
00:15:49– Exactement.
00:15:49Et là, je réagis.
00:15:50Mais sinon, c'est quelqu'un qui, oui, effectivement,
00:15:52était assez incroyable et d'une rigueur tout à fait
00:16:00qui mérite d'être soulignée, avec six enfants.
00:16:03– Oui, oui.
00:16:03– Six enfants dont certains, des petits-enfants,
00:16:07sont aujourd'hui au Panthéon.
00:16:09– Oui, on va revenir évidemment sur l'étrange défaite
00:16:12parce que c'est ce livre qu'il publie en 1940.
00:16:15Enfin, qu'il publie, non, qu'il écrit en 1940.
00:16:17– Qu'il est publié en 1946.
00:16:19– Qui va être caché par un de ses amis,
00:16:21enterré dans un jardin par un de ses amis.
00:16:23Et c'est d'abord, je veux dire, un livre de témoignage.
00:16:27Ce n'est pas tout de suite, comment dire, un livre d'historien.
00:16:30C'est d'abord le témoignage d'un soldat
00:16:32qui a vécu cette défaite avec d'autres soldats
00:16:34et qui la raconte comme ça au départ.
00:16:36– C'est comme ça et c'est une interrogation profonde.
00:16:38C'est-à-dire, mais comment ça a pu merder, quoi, à ce point-là ?
00:16:42Enfin, c'est ça son truc de départ.
00:16:44En disant, mais ce n'est pas possible.
00:16:46Tous les signaux étaient au rouge, tous.
00:16:49Il n'y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
00:16:51Donc ça renvoie effectivement à des tas de choses,
00:16:53y compris sur les débats qu'on peut avoir aujourd'hui en Europe.
00:16:55Mais c'est vraiment important de comprendre ça.
00:16:58Il n'y a pas de sa part non plus de haine de l'adversaire ou de l'ennemi.
00:17:04C'est l'ennemi qui s'est désigné à lui.
00:17:05Ce n'est pas lui qui a désigné l'ennemi.
00:17:06– Nos chefs ne se sont pas seulement laissés battre,
00:17:08ils ont estimé très tôt naturel d'être battus.
00:17:10– Oui, parce qu'en fait, ce qu'il y a d'extraordinaire dans son livre,
00:17:14c'est qu'il montre comment un pays qui ne veut absolument pas se faire mal,
00:17:18en fait, ne veut pas retourner à la guerre.
00:17:21– Et il vient de ce livre, il vient après un autre livre
00:17:24qui a été écrit par Julien Benda, qui s'appelle La trahison des clercs.
00:17:27C'est-à-dire qu'il y a quelques intellectuels dans l'entre-deux-guerres,
00:17:31et notamment après, dans les années 30, quand Hitler arrive au pouvoir,
00:17:35qui voit que la France ne fait pas le nécessaire
00:17:39pour affronter ce qui pourra être un ennemi.
00:17:42Et ce qui est terrible, c'est qu'il décrit Marc Bloch,
00:17:46il décrit ça avec un détail,
00:17:48qui aujourd'hui a une force politique encore plus évidente,
00:17:52parce qu'il y en a beaucoup qui font des correspondances
00:17:54– Oui, mais c'est impossible, c'est le défaitisme national,
00:17:58et c'est surtout aussi, c'est pour ça que ce livre résonne
00:18:02peut-être plus profondément que des livres d'historiens ou d'intellectuels
00:18:06de l'époque, c'est que c'est aussi un militaire,
00:18:08c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui a combattu,
00:18:11Didier le rappelait tout à l'heure, Première Guerre mondiale,
00:18:13un héros de la Première Guerre mondiale,
00:18:15et qui retourne au combat alors que rien ne l'obligeait,
00:18:18et va constater finalement la Bérésina que va connaître l'armée française
00:18:23en quelques semaines, et il s'inscrit évidemment dans la logique
00:18:29des quelques militaires de l'époque qui avaient alerté en vain,
00:18:37dans une désorganisation complète de notre système politique,
00:18:42droite et gauche ne voyant plus rien,
00:18:44et ne sachant plus où étaient les priorités d'un pays.
00:18:49– Avec lui, tout le monde en prend pour son grandin.
00:18:51L'État-major qui prépare la guerre d'avant avec les vieilles ganaches
00:18:54qui ne veulent pas voir l'arrivée du char,
00:18:56il passe son temps à discuter avec De Gaulle, avec Reynaud, etc.,
00:18:59qui voit bien arriver le problème.
00:19:00Donc il y a tous ceux qui ne veulent pas bouger,
00:19:02c'est-à-dire le conservatisme.
00:19:03Il y a tous ceux qui partent du principe que…
00:19:05– Vous l'avez vu dans le fil de l'épée.
00:19:06– Absolument. En fait, c'est très proche,
00:19:09quand on lit le fil de l'épée et ça, ça se renvoie.
00:19:11Il y a la deuxième chose qui est très importante,
00:19:13ça c'est aussi, c'est bien français,
00:19:16on a un ennemi qui décide de vous…
00:19:18Alors vous lui trouvez des excuses.
00:19:19Ah ouais mais non, on l'a cherché,
00:19:22on n'aurait pas dû faire comme si…
00:19:23Et au lieu de vouloir défendre votre pays,
00:19:25vous trouvez des excuses au mec qui vous attaque.
00:19:27Ça c'est quand même le…
00:19:28Alors ça c'est très actuel.
00:19:31On a quand même un nombre incroyable,
00:19:33y compris de dirigeants politiques français,
00:19:34qui trouvent toujours des excuses aux dirigeants
00:19:37qui, comme Poutine ou d'autres,
00:19:38décident d'attaquer la France,
00:19:39de leur faire des attaques cyber, etc.
00:19:41Il y a quand même ce truc-là qui est quand même sidérant.
00:19:44C'est-à-dire qu'au nom du fait qu'on ne veut pas
00:19:45aller les affronter ou qu'on ne veut pas leur répondre,
00:19:48on leur trouve des excuses.
00:19:49Ça aussi.
00:19:50Et des gens qui se disent patriotes.
00:19:51C'est ça qui est formidable.
00:19:52C'est que, autant que c'est des nationalistes agressifs,
00:19:55mais là pas du tout.
00:19:56C'est des gens qui aiment leur pays,
00:19:57les patriotes justement,
00:19:59et qui disent,
00:20:00c'est pas qu'on ne les aime pas les mecs d'en face,
00:20:01mais à partir du moment où ils nous attaquent,
00:20:03c'est eux qui décident qui sont nos ennemis.
00:20:04C'est pas autre chose.
00:20:05Donc il n'y a pas à leur trouver des excuses.
00:20:07Il y a à se mettre en ordre de bataille
00:20:09pour défendre le pays.
00:20:10Et ça, c'est très moderne.
00:20:11Alors il attaque une partie des pacifistes,
00:20:13y compris des enseignants à l'époque,
00:20:16alors que lui-même est quand même issu
00:20:19du mouvement laïc républicain très...
00:20:21– C'est plutôt une gauche d'ailleurs.
00:20:22Une gauche radicale.
00:20:24– Après, il attaque les syndicats,
00:20:26là-dessus, de manière extrêmement forte.
00:20:27Il attaque la bourgeoisie française
00:20:29qui, de l'appui, le Front populaire à la trouille
00:20:32et regarde avec des yeux de chimène l'Allemagne nazie.
00:20:34Enfin, il voit vraiment l'ensemble des dysfonctionnements
00:20:38des gens qui disent toujours...
00:20:40qui rabaissent la France,
00:20:42qui sont toujours en train de dire
00:20:44« Ouais, c'est plus que c'était, etc. »
00:20:46et qui trouvent en fait des excuses
00:20:47à ne pas défendre leur pays.
00:20:49– Et forcément, ça, ça résonne effectivement
00:20:52avec un certain nombre de discours
00:20:53qu'on peut entendre aujourd'hui Bruno Jeudy.
00:20:54C'est pour cette raison que Emmanuel Macron dit
00:20:56« Il faut Marc Bloch au Panthéon ».
00:20:58Parce que dès par la famille de Marc Bloch,
00:20:59on voyait sa famille,
00:21:02n'est pas demandeuse, pardon,
00:21:03mais ne demande pas, ne réclame pas
00:21:05le fait qu'il soit pantonisé.
00:21:06– Non, mais les choix de pantonisation
00:21:07d'Emmanuel Macron, elles dessinent ça.
00:21:09Elles dessinent à chaque fois
00:21:11un élément de notre histoire
00:21:13et beaucoup sont reliés, j'allais dire,
00:21:15à l'entre-deux-guerres et à la Seconde Guerre mondiale.
00:21:17Quand il choisit Maurice Genevoix,
00:21:19c'est les poilus de la Première Guerre mondiale.
00:21:22Quand il choisit Manoukian,
00:21:25c'est la résistance avec des étrangers,
00:21:31et il veut les honorer.
00:21:34Quand il choisit Marc Bloch,
00:21:36historien peu connu du grand public,
00:21:38auteur, évidemment, les intellectuels
00:21:40connaissent aujourd'hui son œuvre.
00:21:41C'est aussi symboliser ces héros
00:21:45qui ont vu la France se défaire
00:21:50et il veut honorer ça.
00:21:51Et je pense que c'est le lien
00:21:52qu'il va faire dans son histoire.
00:21:53– Il y a une autre passerelle que je voudrais faire
00:21:55entre Marc Bloch et notre époque,
00:21:57qui est moins évoquée,
00:21:59c'est son livre qui s'appelle
00:22:00« Les rois thaumaturges ».
00:22:02On fait souvent le reproche
00:22:04à nos présidents de la République
00:22:06d'être des thaumaturges,
00:22:07c'est-à-dire de pouvoir tout faire,
00:22:10de pouvoir soigner les écrouelles.
00:22:12Eh bien, c'est exactement
00:22:14le contenu du livre qu'il a écrit,
00:22:16qu'il a écrit bien avant l'étrange défaite.
00:22:18– Il est historique du Moyen-Âge.
00:22:19– Oui, c'est ta spécialité.
00:22:21– Les rois thaumaturges,
00:22:22par exemple, voilà les rois au moment du Moyen-Âge
00:22:26et moins même après,
00:22:27étaient capables de tout régler.
00:22:30Eux-mêmes pouvaient tout régler.
00:22:31Ils pouvaient soigner les écrouelles.
00:22:33C'est de là d'ailleurs que l'expression est venue.
00:22:36Eh bien, il y a une correspondance
00:22:38avec ce qu'on demande aujourd'hui
00:22:39à nos présidents de la Ve République.
00:22:41On est quasiment dans une monarchie républicaine
00:22:43où on demande tout et n'importe quoi
00:22:46au président qui doit tout régler lui-même.
00:22:50– Alors, je ferai un lien avec ce que l'on vient de voir,
00:22:51mais si vous nous rejoignez à l'instant sur BFM TV,
00:22:52vous voyez ces images à l'intérieur du Panthéon.
00:22:54Donc, où a lieu ce soir cette cérémonie
00:22:56d'entrée au Panthéon de Marc Bloch ?
00:22:59On le disait, le soldat des Premières et Deuxièmes Guerres mondiales,
00:23:01l'historien, le résistant, Marc Bloch et sa femme Simone
00:23:04qui seront ce soir panthéonisés,
00:23:05donc qui vont entrer dans ce temple des grands hommes.
00:23:08Vous voyez les deux lieux
00:23:11où viendront être posés tout à l'heure
00:23:13les cénotaphs de Marc Bloch et de sa femme Simone.
00:23:18Le gouvernement est là et tout le monde attend l'entrée officielle
00:23:21et on attend avec eux l'entrée officielle de ce couple au Panthéon.
00:23:25On vient de voir Didier François, sur l'image précédente,
00:23:30le portrait de Marc et Simone Bloch.
00:23:32On vient de voir aussi ce qu'il avait demandé
00:23:34à être inscrit sur sa tombe
00:23:36et qui a été gravé cette semaine d'ailleurs
00:23:39à l'intérieur du caveau numéro 13,
00:23:41on en parlera tout à l'heure,
00:23:42de ce Panthéon,
00:23:43cette maxime d'ilexit veritatem
00:23:45qu'on pourrait traduire par
00:23:46« j'ai chéri la vérité ».
00:23:48« J'ai chéri la vérité ».
00:23:49Et ça rejoint ce que disait Yves Tréhard à l'instant,
00:23:51c'est-à-dire sur les rois thaumaturges
00:23:53dont on attendait tout
00:23:54et qui promettaient un peu tout et n'importe quoi.
00:23:57Lui a chéri comme historien
00:24:00sans cesse la vérité.
00:24:02Oui, absolument.
00:24:02Il l'a cherché dans l'histoire.
00:24:04Il a cherché justement
00:24:06la force des annales,
00:24:08ce courant historique
00:24:10qui n'est autour de cette revue créée en 1929.
00:24:13Avec Henri Fèvre.
00:24:14Avec Fèvre.
00:24:15Mais justement,
00:24:17il a été nettement plus honnête que Fèvre
00:24:19puisque quand les Allemands...
00:24:21Fèvre voulait faire publier les annales
00:24:23sous l'occupation,
00:24:24ce qui a refusé de faire Bloch...
00:24:26Il n'a pas eu un comportement terrible.
00:24:28Fèvre n'a pas eu un comportement
00:24:29particulièrement exemplaire.
00:24:31Et Bloch a eu en permanence
00:24:33cette droiture
00:24:35de voir les choses en face,
00:24:36de voir l'histoire de France en face
00:24:38avec ces choses...
00:24:39Encore une fois,
00:24:40quand on aime son pays,
00:24:42on ne fait pas le tri.
00:24:44Ce n'est pas
00:24:44« Tiens, cette patate, elle me va.
00:24:46Celle-là, elle est un peu pourrie.
00:24:47Je la mets à part. »
00:24:47En fait, on prend tout.
00:24:48Ce qui va et ce qui ne va pas.
00:24:50Et c'est ça qui a fait la force avec lui.
00:24:52On n'essaie pas de faire
00:24:52ce qui est la mode un peu aujourd'hui.
00:24:55On prend des tranches
00:24:56de l'histoire qui nous intéresse.
00:24:57Puis on vire tout le reste.
00:24:58Après, on saute au flagelle.
00:24:59Puis après, on dit « C'est pas bien. »
00:25:00En fait, c'est absurde.
00:25:01L'histoire ne se fonctionne pas comme ça.
00:25:03L'histoire, elle existe.
00:25:04Elle a eu lieu.
00:25:05On essaye de la décrypter au mieux.
00:25:06On essaye de la chercher,
00:25:08de la décrire.
00:25:08Mais elle est dans tout son ensemble.
00:25:10L'histoire en France,
00:25:11c'est aussi la collaboration.
00:25:13C'est aussi le fait
00:25:13qu'il était arrêté
00:25:14par des collabos et des miliciens.
00:25:16Qu'il était dans un gouvernement
00:25:18qui était le gouvernement de Pétain,
00:25:20qui a été à la fois
00:25:21un héros de la Première Guerre mondiale
00:25:22et qui a été un collaborationniste
00:25:24parce qu'il avait...
00:25:27La vieillesse est un naufrage,
00:25:28comme disait lui le général.
00:25:30De Gaulle,
00:25:32on est sur quelque chose
00:25:33où lui a été un homme droit,
00:25:36où il a essayé,
00:25:38en se trompant comme tout le monde,
00:25:40mais de vivre en fonction
00:25:41de ses principes
00:25:42et de son amour
00:25:43de ce qu'était la France,
00:25:45la République,
00:25:46la laïcité
00:25:47et ce qu'elle lui avait amené.
00:25:48Et ça, c'est jusqu'au bout.
00:25:49– Pour confirmer ce que dit Digné,
00:25:50c'est l'anti-Malais Isaac, en fait.
00:25:52– Complètement.
00:25:52– Si vous voyez bien ce que je veux dire.
00:25:53Parce qu'il ne construit pas
00:25:55un récit national.
00:25:56– Absolument.
00:25:56– C'est le contraire du roman national.
00:25:58– C'est exactement ça.
00:25:59– C'est ça qui est étonnant.
00:26:00– C'est oui, parce que justement,
00:26:01en faisant, je dirais,
00:26:03une introspection de l'histoire
00:26:06par période,
00:26:07par grande période et tout,
00:26:09il fait des correspondances
00:26:10et tout,
00:26:10il ne cherche pas du tout
00:26:11à construire un récit national.
00:26:11– Ça demande un peu d'intelligence quand même.
00:26:12– Oui, c'était tout à fait nouveau
00:26:15d'ailleurs à son époque.
00:26:16– Et vous voyez,
00:26:16c'est cette image shortive
00:26:17que l'on va voir
00:26:18des deux cénotaphes.
00:26:19Alors ce ne sont pas
00:26:20les cercueils,
00:26:20puisque les corps
00:26:21de Marc Bloch
00:26:22et de Simone Bloch
00:26:23ne sont pas dans ces cercueils,
00:26:24ce sont des cénotaphes
00:26:25et qui sont en train
00:26:26de remonter
00:26:26dans cette rue sous flot
00:26:27vers le panthéon.
00:26:28– Ils sont inhumés
00:26:29dans la Creuse d'ailleurs.
00:26:30– Lui, parce qu'elle
00:26:31n'en a jamais retrouvé son corps.
00:26:32– Oui, on va préciser les choses.
00:26:33Effectivement,
00:26:34lui est inhumé dans la Creuse,
00:26:35dans ce petit village de la Creuse
00:26:36qui l'émettant
00:26:38et elle, son corps
00:26:39n'a jamais été retrouvé.
00:26:39Elle est mort en 44,
00:26:4015 jours après lui.
00:26:41– À l'hôpital.
00:26:41– À l'hôpital.
00:26:42– Elle est mort d'un cancer
00:26:4315 jours après lui
00:26:44et sous un faux nom.
00:26:45– Oui.
00:26:45– Et son corps n'a jamais été retrouvé.
00:26:50Ce qui explique ce soir
00:26:52qu'on parle donc de cénotaphe.
00:26:53La famille a préféré
00:26:58inhumé dans la Creuse.
00:26:59On va le dire d'ailleurs,
00:27:00ils seront placés
00:27:02alors que Jean Garrigue nous rejoint.
00:27:03Bonsoir Jean, venez.
00:27:05– Jean Garrigue est normalien
00:27:06comme Marc Bloch.
00:27:07– Comme Marc Bloch.
00:27:10Si vous deviez résumer Marc Bloch
00:27:12à ceux qui nous regardent
00:27:12et ceux qui nous rejoignent
00:27:13à l'instant, Jean Garrigue,
00:27:14qu'est-ce que vous diriez
00:27:15et pourquoi est-ce qu'il a sa place
00:27:17ce soir parmi les grands hommes
00:27:18du Panthéon ?
00:27:19– Alors Marc Bloch,
00:27:20c'est d'abord quelqu'un
00:27:21qui a révolutionné véritablement
00:27:23l'école historique française
00:27:25qui est quand même
00:27:26un des fleurons
00:27:27de notre patrimoine intellectuel,
00:27:29il faut le dire,
00:27:30et en grande partie grâce à lui.
00:27:32Et puis c'est surtout
00:27:33un grand patriote
00:27:34et un grand résistant.
00:27:36Quelqu'un qui fait relativement
00:27:37l'unanimité en réalité.
00:27:39C'était un homme plutôt à gauche
00:27:41mais qui ne détestait pas
00:27:43les hommes de la droite,
00:27:44qui a travaillé avec eux
00:27:45dans la résistance d'ailleurs.
00:27:47C'est l'idéal du patriote
00:27:49et j'ajouterais quand même
00:27:50du juif patriote
00:27:52dans la lignée d'Alfred Dreyfus
00:27:54par exemple,
00:27:55de ces familles de juifs
00:27:57qui étaient très attachées,
00:27:58peut-être encore plus patriotes
00:28:00que les patriotes.
00:28:01Donc la résistance,
00:28:03résistance au totalitarisme,
00:28:04au danger,
00:28:05au péril extérieur,
00:28:06ça nous parle aujourd'hui.
00:28:08Le patriotisme,
00:28:10valeur, j'allais dire,
00:28:11qui revient à la mode.
00:28:12Et puis cette idée
00:28:13d'un intellectuel
00:28:15qui a justement fait avancer
00:28:17véritablement
00:28:18son métier
00:28:20et une manière
00:28:21d'interroger le présent
00:28:24pour mieux comprendre le passé
00:28:26et d'interroger le passé
00:28:28pour mieux comprendre le présent.
00:28:29C'est exactement ça
00:28:30le travail de Marc.
00:28:31On parlait de sa judéité
00:28:32et on répétait tout à l'heure
00:28:34qu'il disait
00:28:35je ne revendique ma judéité
00:28:36que dans un cas
00:28:38c'est face à un antisémite.
00:28:39C'est ce que disait Bloch.
00:28:41Il a été victime,
00:28:42victime lui,
00:28:43des lois antisémites,
00:28:45des lois de Vichy.
00:28:47Évidemment,
00:28:48mais je veux dire,
00:28:49il a malgré tout
00:28:52gardé son amour
00:28:53et sa confiance en la France.
00:28:54Je vis au corps,
00:28:55exactement.
00:28:55Il faut rappeler
00:28:56qu'il avait été un héros
00:28:58de la Première Guerre mondiale.
00:29:00Déjà devenu capitaine
00:29:01à l'issue de la Première Guerre mondiale,
00:29:04des médailles,
00:29:05la Légion d'honneur,
00:29:06croix de guerre,
00:29:06tout ce que vous voudrez.
00:29:07Et il s'engage à nouveau
00:29:09en 39-40
00:29:10et puis il entre dans la résistance
00:29:12alors qu'il a plus de 50 ans,
00:29:14qu'il a 6 enfants,
00:29:16qu'il n'est pas en très très bonne santé
00:29:17et qu'il aurait pu rester
00:29:18tranquillement dans son coin
00:29:19puisqu'il avait été
00:29:20un peu écarté
00:29:21par le régime de Vichy,
00:29:22obligé d'aller en zone libre,
00:29:24en zone sud
00:29:25pour exercer son métier.
00:29:27Il y avait une dérogation.
00:29:28Il y avait une dérogation
00:29:30justement pour
00:29:32faire de...
00:29:32pour service rendu à la patrie.
00:29:34On va retourner aux abords
00:29:36du Panthéon.
00:29:37Derrière,
00:29:38ces lourdes portes
00:29:38que vous voyez au fond de cette image,
00:29:40la rue Soufflot,
00:29:41Alizé Boissin
00:29:41avec des Français
00:29:43ce soir
00:29:44qui viennent donc rendre hommage
00:29:46à Marc et Simone Bloch.
00:29:50Absolument.
00:29:50Une rue Soufflot
00:29:51avec une ambiance très solennelle
00:29:53ici,
00:29:54remplie de monde.
00:29:55On est avec Dominique.
00:29:57Dominique,
00:29:57racontez-moi,
00:29:58vous me racontiez à l'instant,
00:29:59pourquoi c'était important
00:30:00d'être là
00:30:01pour vous aujourd'hui
00:30:02et que représente
00:30:02Marc Bloch
00:30:03dans votre histoire ?
00:30:05Ça représente,
00:30:06je veux dire,
00:30:07l'espoir de la démocratie
00:30:10et principalement ça,
00:30:11quoi.
00:30:11Et en plus,
00:30:12je veux dire,
00:30:12il a donné sa vie,
00:30:14je veux dire,
00:30:15je veux dire,
00:30:16à la fois,
00:30:17c'était un intellectuel
00:30:19de très grande qualité
00:30:21et puis,
00:30:22et puis,
00:30:23d'autre part,
00:30:24c'était un combattant.
00:30:25et un combattant
00:30:26pour les libertés,
00:30:28pour l'égalité,
00:30:30pour les idées
00:30:31de la Révolution française
00:30:32et c'est ça
00:30:33qui l'incarnait.
00:30:34Résistance,
00:30:35soldats,
00:30:35je vous ai vu tout à l'heure
00:30:36lorsque les cénotaphs
00:30:38sont passés devant nous,
00:30:39vous étiez très ému,
00:30:40il y a eu un moment
00:30:41très solennel ici,
00:30:42racontez-moi.
00:30:45Écoutez-vous,
00:30:46c'est ce que vous avez vu,
00:30:47pas forcément.
00:30:47Comment vous l'avez ressenti,
00:30:48vous,
00:30:48ce moment ?
00:30:49Moi,
00:30:50je veux dire,
00:30:50il y a une certaine solennité
00:30:52à laquelle je suis sensible,
00:30:54bien sûr.
00:30:55Et puis,
00:31:00la carure,
00:31:01je vous fais deux mots
00:31:02du monsieur.
00:31:04Merci beaucoup,
00:31:05je vous laisse évidemment
00:31:06continuer d'assister
00:31:07à cette cérémonie,
00:31:09une cérémonie
00:31:09qui a ramené
00:31:10beaucoup de monde,
00:31:11beaucoup de Français,
00:31:12des jeunes,
00:31:12on a vu des étudiants,
00:31:13évidemment,
00:31:13des gens qui sont venus
00:31:14aussi en famille,
00:31:15la cérémonie donc,
00:31:16qui continue,
00:31:17vous l'entendez,
00:31:17toujours dans cet esprit
00:31:18de solennité
00:31:19et de grand silence,
00:31:20de grand calme
00:31:20ici à Rue Soufflot.
00:31:21Alizé Boissin-Recteau,
00:31:22touché donc au Panthéon
00:31:23ce soir pour l'entrée
00:31:24au Panthéon de Marc Bloch.
00:31:26On va dire un mot,
00:31:27on parlait de la judéité
00:31:29de Marc Bloch à l'instant,
00:31:31la famille pour cette cérémonie,
00:31:33Bruno Jeudy,
00:31:34a demandé à ce qu'il n'y ait pas
00:31:34de représentation religieuse,
00:31:36de référence religieuse.
00:31:39Elle ne voulait pas non plus
00:31:40la présence d'un certain nombre
00:31:42de parti extrême,
00:31:43d'extrême droite en France
00:31:47et ça a été,
00:31:48par exemple,
00:31:49vous savez que normalement,
00:31:50Sarah Knafo est présente,
00:31:51alors que la famille
00:31:52n'en voulait pas.
00:31:53Il y a un certain nombre
00:31:53de nous ont dit
00:31:53non, non, nous on vient
00:31:54quand même.
00:31:55Il y a l'impression
00:31:55que tout le monde
00:31:56a voulu d'une certaine manière
00:31:58aussi, je ne sais pas
00:31:59comment dire ça,
00:32:00mais s'approprier Marc Bloch.
00:32:02Oui, aujourd'hui,
00:32:02Marc Bloch,
00:32:03effectivement,
00:32:04tout le monde
00:32:06ne s'en revendique peut-être pas,
00:32:07mais en tous les cas,
00:32:08dans ces moments de panthéonisation,
00:32:09en fait, tout le monde
00:32:10a compris que ces moments
00:32:11de panthéonisation
00:32:12sont importants finalement.
00:32:13C'est très critiqué,
00:32:14ça reste parfois critiqué,
00:32:16mais ils sont devenus,
00:32:19Emmanuel Macron les a modernisés
00:32:21au sens où, à mon avis,
00:32:22il offre à l'histoire,
00:32:24il donne à l'histoire une place,
00:32:26il donne à travers
00:32:27les choix qu'il fait
00:32:28de panthéonisation,
00:32:30il met les projecteurs
00:32:31à chaque fois sur des histoires
00:32:33particulières qui font
00:32:34la grande histoire
00:32:34et on voit bien que maintenant,
00:32:36tous les représentants politiques,
00:32:37souvent qui ont critiqué
00:32:39Emmanuel Macron
00:32:40pour ce côté un peu mis en scène,
00:32:42aujourd'hui,
00:32:43à la fin de ces deux quinquennats,
00:32:45ils veulent en aide
00:32:46de ces cérémonies,
00:32:48même si au passage,
00:32:50et la famille a sans doute raison,
00:32:51elle n'a pas forcément
00:32:52envie de voir
00:32:54certains représentants
00:32:55de partis
00:32:57qui ne se sont pas
00:32:58bien comportés
00:32:59pendant cette période-là.
00:32:59C'est quand même
00:33:00assez étonnant
00:33:01comme singularisme.
00:33:04Il y a eu une polémique
00:33:05aujourd'hui d'ailleurs
00:33:06entre Jean-Luc Mélenchon
00:33:07et Jean-Luc Mélenchon
00:33:08et Jean-Luc Mélenchon.
00:33:09C'est quand même
00:33:09assez singulier,
00:33:11c'est un singularisme français,
00:33:14le panthéon.
00:33:15C'est, on peut dire,
00:33:17l'expression
00:33:19d'une laïcité
00:33:20quasi-religieuse.
00:33:21C'est l'être suprême
00:33:22de la révolution française.
00:33:25C'est ça qui est incroyable
00:33:28et dans laquelle
00:33:30aujourd'hui,
00:33:31je dis bien aujourd'hui,
00:33:32ce qui n'était pas le cas avant,
00:33:33c'est vrai que ça fait
00:33:34de moins en moins polémique,
00:33:35tout le monde communie
00:33:36aujourd'hui autour de ça,
00:33:37quasiment tous les partis politiques.
00:33:39Quasiment tous les partis politiques.
00:33:41Même s'il peut y avoir
00:33:43des...
00:33:44des...
00:33:46des...
00:33:46quelques controverses
00:33:47sur ceux
00:33:48qu'on fait rentrer au Panthéon.
00:33:49Mais on peut dire
00:33:50que ceux qui sont au Panthéon...
00:33:52Ce soir, il n'y a aucune contre-mère.
00:33:55Mais c'est là où sont les saints.
00:33:58Les saints de la République laïque
00:34:00une et indivisibles.
00:34:01Mais en fait,
00:34:02c'est assez important,
00:34:03justement,
00:34:03c'est pour ça.
00:34:04Après, les partis,
00:34:05comme d'habitude,
00:34:05font leur truc de parti.
00:34:07Donc voilà.
00:34:08Donc ils se bouffent la tête.
00:34:10Mais honnêtement,
00:34:11je pense que pour les gens normaux,
00:34:14ce n'est pas le sujet.
00:34:15Le vrai sujet,
00:34:15c'est ce qu'on a besoin
00:34:17de filiation.
00:34:18On est en période trouble.
00:34:20On a un monde
00:34:21qui est quand même
00:34:22qui est revenu
00:34:23à la violence
00:34:24et de manière
00:34:25assez décomplexée.
00:34:28On a quand même,
00:34:28on se tape maintenant
00:34:29depuis 4 ans
00:34:30de parler de guerre
00:34:31en permanence.
00:34:32En tout cas, moi.
00:34:35Mais voilà.
00:34:36Donc on a quand même
00:34:37un peu besoin
00:34:38de retrouver des repères
00:34:39sur des gens
00:34:40qui ont vécu ça avant nous.
00:34:42Et le fait d'être
00:34:43dans une chaîne,
00:34:44d'être le maillon
00:34:44d'une chaîne,
00:34:46génération après génération,
00:34:47comme l'ont été
00:34:48nos pères,
00:34:48nos grands-pères,
00:34:49nos arrières-grands-pères,
00:34:49etc.,
00:34:50ça aide quand même
00:34:51à comprendre cette filiation.
00:34:52Pourquoi je parle
00:34:53de cette question
00:34:53de filiation ?
00:34:54C'est important.
00:34:55Cette cérémonie,
00:34:55elle est beaucoup faite
00:34:56aussi, organisée
00:34:57avec l'Ordre national
00:34:58de la libération,
00:34:59dont les deux délégués,
00:35:00d'ailleurs,
00:35:00qui étaient le général Burckhard
00:35:01aujourd'hui,
00:35:01et le général Baptiste,
00:35:03ont beaucoup aidé
00:35:03à porter ça.
00:35:05Il y a l'Ordre national
00:35:06de la libération
00:35:07qui aujourd'hui
00:35:09maintient un petit peu
00:35:10auprès des jeunes,
00:35:11etc.,
00:35:11la flamme de ce qu'a été
00:35:12la résistance,
00:35:13le refus de l'occupation,
00:35:14etc.
00:35:14Je pense que c'est important,
00:35:16ce n'est pas pour leur dire
00:35:17comment il faut faire,
00:35:18mais qu'en fait,
00:35:19on puisse aller chercher
00:35:21soit des modèles,
00:35:22soit des interrogations,
00:35:24dans des histoires
00:35:25qui sont des histoires
00:35:25réelles d'hommes réels,
00:35:26et très différentes.
00:35:28Quand on pense que récemment,
00:35:29c'était Joséphine Becker.
00:35:30Après,
00:35:31que les partis fassent
00:35:32ce qu'ils veulent,
00:35:33c'est après,
00:35:33c'est leurs oignons,
00:35:34mais je pense que ça,
00:35:34c'est important pour tous
00:35:35les Français,
00:35:36de quelque origine qu'ils soient.
00:35:37Oui,
00:35:38je rappelle que la panthéonisation,
00:35:40c'est quelque chose
00:35:41qui commence avec
00:35:41la Révolution française.
00:35:43C'est ça.
00:35:43C'est un fil conducteur
00:35:44de notre histoire,
00:35:45et singulièrement
00:35:46de notre histoire républicaine,
00:35:48qui n'empêcherait pas
00:35:49d'ailleurs de panthéoniser
00:35:50des personnalités
00:35:51qui sont antérieures
00:35:52à cette histoire-là.
00:35:53Mais c'est le fil conducteur
00:35:55de notre histoire nationale,
00:35:58en particulier républicaine,
00:35:59parce que ça charrie,
00:36:00ça transmet des valeurs,
00:36:01des valeurs qui sont
00:36:02très importantes.
00:36:03Le seul,
00:36:04comment dirais-je,
00:36:05la seule ombre
00:36:06à ce tableau,
00:36:07c'est que cette multiplication
00:36:09des panthéonisations,
00:36:11des commémorations
00:36:12de toutes sortes,
00:36:13notamment sous la présidence
00:36:16d'Emmanuel Macron,
00:36:17me semble-t-il,
00:36:18est un peu le cache-misère
00:36:19de la difficulté
00:36:21des présidents
00:36:22du XXIe siècle
00:36:23à incarner précisément
00:36:25ces valeurs.
00:36:25C'est-à-dire qu'on va chercher
00:36:27du côté du passé
00:36:28ce qu'on n'arrive plus
00:36:29à trouver de nos jours.
00:36:31C'est vrai.
00:36:32Lorsque le général de Gaulle
00:36:33panthéonise Jean Moulin
00:36:35en 1964,
00:36:36c'est important,
00:36:37c'est un moment,
00:36:38mais quelque part,
00:36:40cette cérémonie-là,
00:36:41avec le discours
00:36:42d'André Malraux,
00:36:43c'est une sorte
00:36:44d'auto-panthéonisation
00:36:45aussi du général de Gaulle,
00:36:47d'auto-consécration
00:36:48du général de Gaulle.
00:36:49Aujourd'hui,
00:36:50on a l'impression
00:36:51que nos chefs d'État,
00:36:52ils vont un petit peu
00:36:53chercher dans le passé
00:36:54ce qu'ils n'arrivent plus
00:36:55à nous offrir.
00:36:57Ils ne sont pas
00:36:57les seuls responsables
00:36:58de ça.
00:36:59Ça peut-être demanderait
00:37:00tout un débat,
00:37:01mais au moins,
00:37:02ça existe.
00:37:02– Oui, mais c'est aussi
00:37:04le moyen, Jean,
00:37:05de mettre en évidence
00:37:07aussi ces périodes
00:37:08d'histoire
00:37:09dont on sait aussi
00:37:10qu'elles s'éloignent
00:37:11et que la mémoire
00:37:14ne reste pas forcément
00:37:15au même niveau,
00:37:16au même niveau d'intensité.
00:37:18Et comparer le général de Gaulle
00:37:19qui fait entrer
00:37:20de chercher une unité
00:37:21dans le pays aussi.
00:37:22– Avec le discours de Malraux,
00:37:23c'est plus difficile.
00:37:24– Et de donner une unité
00:37:25au pays,
00:37:25ce n'est pas uniquement
00:37:26l'histoire finale
00:37:27de la Coupe d'Europe.
00:37:29– Mais c'est surtout
00:37:29que quand Malraux
00:37:31fait son discours
00:37:31et que De Gaulle
00:37:33panthéonise Moulin,
00:37:34ils ont tous fait partie
00:37:35de l'histoire.
00:37:35– Bien sûr.
00:37:36– Ils se sont tous battus,
00:37:37ils ont été combattants,
00:37:37c'est eux qui ont fait
00:37:38la France libre,
00:37:38c'est eux qui ont fait
00:37:39la France combattante,
00:37:40c'est eux qui ont fait
00:37:40qu'on était à la table
00:37:41des vainqueurs, etc.
00:37:42On est sur une autre...
00:37:44et toute la génération
00:37:45des jeunes gars
00:37:46qui avaient rejoint
00:37:47on prend les Sassi,
00:37:48on prend les...
00:37:49Il y avait toute la résistance
00:37:52avec cette force importante.
00:37:54Là aussi,
00:37:55là pour le coup,
00:37:55c'est la partie haute
00:37:58de la politique,
00:38:00l'unification
00:38:00des mouvements de résistance.
00:38:02C'est ça qui a sauvé
00:38:02aussi la France.
00:38:02– Bah oui, bien sûr.
00:38:03– De Gaulle n'aurait pas existence
00:38:04sans l'unification
00:38:05des mouvements de résistance
00:38:06et c'était la...
00:38:07– Et d'ailleurs,
00:38:07Marc Bloch en était...
00:38:08– Exactement,
00:38:09et c'est bien pour ça
00:38:09qu'il était au mouvement...
00:38:10– Marc Bloch en était
00:38:11une des figures.
00:38:11– Absolument.
00:38:12– On va retourner au pontain
00:38:14entend ce poème écrit
00:38:16par Marc Bloch à sa femme
00:38:18et alors que les portes
00:38:19vont bien tous s'ouvrir
00:38:20pour faire rentrer au panthéon.
00:38:22Littéralement,
00:38:22Marc Bloch et sa femme
00:38:24on va retrouver
00:38:24Léopold d'Otbert.
00:38:25Racontez-nous, Léopold,
00:38:25on est à quelques minutes
00:38:26maintenant de l'entrée
00:38:27au panthéon de Marc Bloch.
00:38:28– Oui, Maxime,
00:38:31je ne vais pas parler très fort
00:38:32évidemment parce qu'il y a
00:38:33beaucoup d'émotions.
00:38:34Vous vous en doutez,
00:38:34c'est très solennel ici,
00:38:35juste devant nous.
00:38:37C'est deux cénotaphes,
00:38:38on vous le disait,
00:38:38ce ne sont pas des cercueils,
00:38:40ce sont donc des cénotaphes,
00:38:42des cercueils dans lesquels
00:38:43il n'y a pas le corps des défunts
00:38:45mais il y a des objets
00:38:46symbolisant leur vie.
00:38:48Alors notamment,
00:38:48on sait qu'il y a des fougères
00:38:49qui symbolisent
00:38:50la maison familiale de Marc Bloch,
00:38:52on sait qu'il y a des lettres
00:38:52également écrites
00:38:53pendant notamment
00:38:54ces moments de résistance.
00:38:56C'est évidemment très émouvant
00:38:58autour de nous.
00:38:59Dans un instant,
00:39:00on suivra également
00:39:00le chef de l'État
00:39:02dans son discours
00:39:03puisque Mme Macron
00:39:03va prendre la parole
00:39:04une vingtaine de minutes
00:39:05avec évidemment
00:39:05une évocation de l'œuvre magistrale.
00:39:08Vous en avez parlé
00:39:09en plateau de l'historien
00:39:10qui pendant des années
00:39:12a cherché à ouvrir l'histoire.
00:39:13C'est comme ça que
00:39:14les choses notamment
00:39:14sont présentées par l'Elysée.
00:39:16L'universalisme,
00:39:17une histoire également
00:39:18en lien avec l'histoire
00:39:19des autres pays de l'Europe.
00:39:21Ce sont tous ces aspects-là
00:39:22qui seront détaillés
00:39:23notamment par Emmanuel Macron
00:39:24tout à l'heure.
00:39:25Vous l'avez dit,
00:39:25il y a beaucoup évidemment
00:39:26d'invités,
00:39:27beaucoup d'hommes
00:39:28et de femmes politiques
00:39:28qui sont ici également.
00:39:30Beaucoup d'écoles,
00:39:31on a croisé beaucoup
00:39:31de collégiens,
00:39:33de lycéens
00:39:33et même d'écoliers
00:39:34qui ont fait le déplacement
00:39:35de toute la France
00:39:36pour venir ici
00:39:38se recueillir
00:39:39notamment sur cette place
00:39:40du Panthéon.
00:39:41Sixième panthéonisation
00:39:43sous Emmanuel Macron
00:39:45depuis maintenant 2017.
00:39:48Léopold Lodbert,
00:39:49ressoufflot
00:39:49à proximité du Panthéon.
00:39:52On parlait des collégiens,
00:39:53des lycéens.
00:39:54Jean Garrigues,
00:39:55je regardais la liste
00:39:55de ceux qui sont invités
00:39:56dans cette cérémonie.
00:39:58Le collège Marc Bloch
00:39:59de Bonnat,
00:40:00le lycée Marc Bloch
00:40:02de Val-de-Roy,
00:40:02le lycée Marc Bloch
00:40:03de Sérignan,
00:40:04le lycée Marc Bloch
00:40:04de Bichayme,
00:40:06l'école Marc Bloch
00:40:07de Lyon,
00:40:08il est là le lien aussi
00:40:08entre Marc Bloch
00:40:09et les jeunes français
00:40:11aujourd'hui.
00:40:11Il y en a plein
00:40:11qui ont découvert Marc Bloch
00:40:12comme ça
00:40:12parce qu'ils vont
00:40:13dans une école,
00:40:14un collège
00:40:15ou un lycée Marc Bloch.
00:40:16C'est une évidence.
00:40:19Les étudiants en histoire
00:40:20passent forcément
00:40:21un moment par Marc Bloch
00:40:22au tout début d'ailleurs
00:40:24de leurs études.
00:40:25C'est un des piliers
00:40:26de l'épistémologie,
00:40:27de l'historiographie
00:40:28de l'histoire,
00:40:29l'étrange défaite,
00:40:30surtout la popologie
00:40:31pour l'histoire.
00:40:32Il a son livre
00:40:32un peu théorique,
00:40:33si vous voulez.
00:40:34Et puis tous ses travaux
00:40:35sur le Moyen-Âge.
00:40:36Mais c'est vrai
00:40:38que pour le grand public,
00:40:40c'est quelqu'un
00:40:41qu'on ne connaît pas.
00:40:42Et peut-être même
00:40:43que les étudiants
00:40:44en histoire
00:40:46ignorent sa carrière,
00:40:47ignorent sa trajectoire
00:40:49personnelle,
00:40:49sa trajectoire
00:40:50de patriote
00:40:51et de résistant.
00:40:52Donc c'est très important
00:40:53de montrer aussi
00:40:54que l'action
00:40:56est éclairée
00:40:57par la réflexion.
00:40:58C'est-à-dire
00:40:59qu'il part
00:41:00d'une analyse
00:41:01de l'étrange défaite,
00:41:02justement,
00:41:03la défection
00:41:04d'un certain nombre
00:41:04d'élites,
00:41:05de toutes sortes d'ailleurs,
00:41:06les chefs de guerre,
00:41:08les intellectuels pacifistes,
00:41:09etc.
00:41:10Et il va,
00:41:10c'est une partie
00:41:11de la bourgeoisie,
00:41:12et il va vers l'action,
00:41:14vers l'action
00:41:14pour combler ce déficit
00:41:16que l'intellect
00:41:17lui a livré.
00:41:18On vient d'entendre
00:41:18la voix
00:41:19de l'acteur Jacques Gamblin
00:41:20qui évoque
00:41:21cette date
00:41:22du 16 juin 1944,
00:41:24jour où
00:41:25Marc Bloch
00:41:26est exécuté.
00:41:27Fusier dans le dos.
00:41:27Fusier dans le dos.
00:41:28On note que
00:41:29le débarquement
00:41:30a eu lieu
00:41:30quelques jours plus tôt.
00:41:33Il est fusillé,
00:41:35on l'isocrit
00:41:35de vivre la France.
00:41:36Oui,
00:41:36alors c'est
00:41:37ce qui a été rapporté,
00:41:39puisqu'ils sont
00:41:40une trentaine,
00:41:41je crois.
00:41:4127 avec lui.
00:41:44Donc,
00:41:46mais on n'a
00:41:47malheureusement
00:41:48pas de témoin direct.
00:41:49Mais oui,
00:41:50c'est tout à fait,
00:41:51d'abord,
00:41:52c'est complètement
00:41:52ce qu'il était.
00:41:53C'est tout à fait logique.
00:41:55Et ça ne fait
00:41:57strictement aucun doute,
00:41:58parce que c'est le cri
00:41:59qui l'a poussé
00:42:00depuis le départ.
00:42:01Vive la France.
00:42:02Et en fait,
00:42:05ce qui est étonnant
00:42:06dans la résistance,
00:42:07c'est deux choses.
00:42:08Il y a à la fois
00:42:09une approche
00:42:11effectivement
00:42:11de l'action
00:42:12pour supplé
00:42:13au manque
00:42:15de résilience
00:42:18intellectuelle
00:42:18qu'ont eu
00:42:19les élites.
00:42:20Mais il y a aussi
00:42:23cette...
00:42:23Enfin,
00:42:24pour avoir discuté
00:42:26avec pas mal
00:42:26d'anciens,
00:42:27etc.,
00:42:28qui sont partis
00:42:29à 16 ans,
00:42:30qui ont rejoint
00:42:31à Londres,
00:42:32qui sont rentrés.
00:42:33C'était juste
00:42:34dire non.
00:42:36Avoir ce courage
00:42:37et ce caractère
00:42:38individuellement.
00:42:38Et alors,
00:42:39ça va de tous
00:42:40les extrêmes.
00:42:40Il n'y a pas de sujet.
00:42:42Il n'y a aucun parti
00:42:43ne vous y prépare.
00:42:45Aucune position
00:42:46dans la vie.
00:42:47Vous pouvez faire
00:42:48rouler des mécaniques,
00:42:49etc.
00:42:49À la fin des fins,
00:42:50il y en a qui étaient
00:42:51maîtres nageurs
00:42:52dans une piscine à Nice.
00:42:53D'autres qui étaient
00:42:56apprentis,
00:42:57pêcheurs,
00:42:57chalutiers,
00:42:58ou sur le plateau
00:42:59des Guillères.
00:42:59Et c'est ceux-là
00:43:00qui y sont allés.
00:43:01Et il y avait aussi
00:43:02des profs de fac.
00:43:03Et il y avait aussi
00:43:04des gens,
00:43:05des vieux bourgeois.
00:43:06Quelle que soit
00:43:07leur sensibilité politique.
00:43:08Et oui,
00:43:09mais par exemple,
00:43:09typiquement,
00:43:10le plateau des Guillères,
00:43:11enfin voilà,
00:43:11la première,
00:43:12où il y avait à la fois
00:43:14des anciens
00:43:17résistants
00:43:18antifranquistes
00:43:19espagnols
00:43:19et un vieux monarchiste
00:43:23responsable de la ville
00:43:24et ancien colonel
00:43:25de chasseurs alpins.
00:43:28Il y a eu cet amalgame
00:43:30dans la France combattante
00:43:32et dans la France libre
00:43:33qui a vraiment été
00:43:35le creuset d'un pays
00:43:36sur la base
00:43:36de l'amour de ce pays.
00:43:38Alizé Boissin
00:43:38en direct
00:43:39de la place du Panthéon.
00:43:40Alizé.
00:43:43Oui,
00:43:43grande émotion
00:43:44toujours ici,
00:43:45Rousseau-Fleu.
00:43:45Les deux cénotaphs
00:43:46sont désormais
00:43:47sur le parvis du Panthéon.
00:43:48Ils vont rentrer
00:43:49dans le Panthéon
00:43:50dans quelques minutes seulement.
00:43:52Il y a toujours
00:43:52une ambiance très solennelle ici.
00:43:54Je me trouve avec Raphaël.
00:43:55Raphaël,
00:43:55vous m'expliquez
00:43:56il y a un instant
00:43:56que vous n'aviez pas prévu
00:43:57d'être là ce soir
00:43:58et puis finalement
00:43:59vous êtes resté
00:44:00parce que ce n'est pas
00:44:01tous les jours
00:44:01qu'on peut assister
00:44:02à une panthéonisation.
00:44:03Qu'est-ce que ça représente
00:44:04pour vous ?
00:44:04En quoi ce moment est fort ?
00:44:06C'est fort parce que
00:44:07c'est une personne
00:44:08qui a vécu les deux guerres,
00:44:10qui a été décorée.
00:44:12Je suis lyonnais
00:44:13donc d'écouter,
00:44:15on vient d'attendre
00:44:16un extrait
00:44:17de la fin des jours
00:44:17de Marc Bloch.
00:44:19Mon Luc,
00:44:20c'est une présence
00:44:20que moi j'ai visitée
00:44:22avec mon école.
00:44:23C'est assez fort,
00:44:23c'est émouvant.
00:44:24Vous vous sentez très ému ?
00:44:26Au final,
00:44:27je n'avais pas forcément
00:44:27prévu d'être là
00:44:28et je suis très content
00:44:29parce que c'est une histoire
00:44:33assez impressionnante.
00:44:34Un grand homme
00:44:35et on est reconnaissant
00:44:38et je pense que c'est important
00:44:39de se remémorer
00:44:40de ces personnes.
00:44:40C'est même une occasion
00:44:41pour nous
00:44:42qui ne le connaissons pas forcément
00:44:43de se renseigner sur sa vie,
00:44:45de nous inspirer.
00:44:46De mettre en lumière
00:44:47justement cette personnalité
00:44:49qui n'est pas connue
00:44:50de tous,
00:44:50qui est peut-être moins populaire
00:44:52que d'autres panthéonisations.
00:44:53C'est ce que m'expliquaient
00:44:54d'ailleurs des jeunes
00:44:54qu'on a pu rencontrer
00:44:55avec Théo Touchet
00:44:56et donc je vous le disais,
00:44:57la cérémonie arrive doucement
00:45:00à sa fin.
00:45:01Les tableaux s'enchaînent
00:45:03toujours ici
00:45:03devant le panthéon
00:45:06et vous le voyez,
00:45:07tout le monde est très attentif
00:45:09à ce qui est en train
00:45:10de se passer au tableau
00:45:11qui défile peu à peu
00:45:12ici devant le panthéon.
00:45:16Alizé Boissin
00:45:17alors que l'on voit
00:45:18les portes
00:45:19qui sont sur le point
00:45:20de s'ouvrir,
00:45:20les portes du panthéon
00:45:21qui sont sur le point
00:45:21de s'ouvrir
00:45:22pour accueillir
00:45:22donc les scénotaves
00:45:24de Marc Bloch
00:45:24et de Simone Bloch.
00:45:26Mon arrière-grand-père
00:45:27fut soldat en 93,
00:45:29mon père en 1870
00:45:30servi dans Strasbourg
00:45:31à siéger,
00:45:31mes deux oncles
00:45:32et lui
00:45:32quittèrent volontairement
00:45:33leur Alsace natale
00:45:34après son annexion
00:45:35au deuxième Reich
00:45:36et j'ai été élevé
00:45:37dans le culte
00:45:37de ses traditions patriotiques.
00:45:39« J'y suis né,
00:45:40j'ai bu aux sources
00:45:40de sa culture,
00:45:41j'ai fait mien à son passé,
00:45:42je ne respire bien
00:45:43que sous son ciel
00:45:44et je me suis efforcé
00:45:45à mon tour
00:45:46de la défendre,
00:45:46la France,
00:45:47de mon mieux. »
00:45:49Ce sont les mots
00:45:49de Marc Bloch.
00:45:51On parlait du patriote
00:45:52Marc Bloch,
00:45:53je voulais citer ses mots
00:45:54ce soir.
00:45:56Oui,
00:45:56l'histoire que vous décrivez
00:45:59qui est son histoire personnelle
00:46:01et son histoire familiale.
00:46:02Alors que,
00:46:02pardon,
00:46:03je vous coupe,
00:46:03mais c'est le moment
00:46:05alors que l'assistance
00:46:06évidemment se lève,
00:46:07le moment de l'entrée
00:46:09au Panthéon
00:46:10et on va écouter
00:46:11les applaudissements
00:46:12de Marc Bloch
00:46:13et Simone Bloch.
00:46:25Sous-titrage Société Radio-Canada
00:47:24Sous-titrage MFP.
00:47:27...
00:47:57...
00:47:58...
00:47:59...
00:48:00...
00:48:02...
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