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  • il y a 15 minutes
Grégory Bobbato, maire de Fleurance, ville où habitait Lyhanna, est l'invité de BFMTV ce mardi. 

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Transcription
00:00Grégory Beaubaton vous a découvert ces dernières semaines,
00:03après ce drame, après la mort de Liana,
00:05et on a encore sans doute pour beaucoup d'entre nous en tête vos mots.
00:10C'était le soir de la marche blanche, en hommage à Liana,
00:14quand vous avez dit que Florence est une ville en colère,
00:16dans un pays qui est en colère.
00:18Ces mots-là, on les a vus et entendus absolument partout.
00:21Est-ce que vous êtes toujours aujourd'hui en colère ?
00:25Non, vous savez, les mots ont un sens,
00:27et quand je les ai prononcés, ils avaient un sens particulier.
00:29Vous l'avez relevé, vous les avez repris en plateau.
00:31C'est donc, je pense, avoir tapé juste à ce moment-là.
00:36La colère, aujourd'hui, elle peut y être, mais c'est plus une colère froide.
00:40Aujourd'hui, c'est du recul qui est pris sur les choses.
00:43À l'époque, et je le disais tout à l'heure, hors plateau,
00:46je portais une parole de témoignage.
00:47Aujourd'hui, je suis dans la peau d'un acteur qui a vécu la chose
00:50et qui, maintenant, parle avec le recul qui est pris sur les choses
00:55et sur les faits établis.
00:56Vous êtes un jeune maire, vous avez été élue il y a à peine trois mois,
01:01c'est votre premier mandat dans cette ville.
01:03Vous avez eu à affronter quelque chose d'absolument terrible,
01:07c'est-à-dire la disparition puis la mort d'une petite fille de votre ville,
01:11tout le drame qui s'en est suivi, le déferlement médiatique aussi sur votre ville.
01:16Est-ce qu'il y a des moments où vous avez failli craquer ?
01:19Non, craquer non, parce que j'ai toujours été guidé par cette nécessité de faire mon devoir,
01:26de faire mon travail de mère et d'accompagner cette famille
01:29qui, par sa dignité, le recul qu'elle arrivait à prendre par rapport à la tragédie qui la frappait,
01:39m'a galvanisé et m'a donné la force de me battre pour elle essentiellement.
01:43Donc vous la protégez, cette famille ?
01:46Oui, je ne sais pas si je peux m'exprimer ainsi,
01:49en tout cas je l'ai accompagnée du mieux que j'ai pu,
01:51avec cœur, avec courage, avec passion et avec foi.
01:55Alors les premières sanctions sont tombées contre une magistrate et deux gendarmes
01:59qui n'ont pas réagi assez rapidement à la plainte d'une autre petite fille,
02:02Rosa, déposée en août 2025, BFM TV avait révélé cette plainte.
02:07D'abord, est-ce que ce sont des fusibles qui sautent ?
02:09Est-ce que c'est facile, trop facile de couper des têtes ?
02:11Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui ?
02:13Oui, c'est sans doute un vieux réflexe français que de couper des têtes et de s'en satisfaire.
02:18En tout cas, aujourd'hui, ce qu'on peut voir et ce qu'on ressent, nous,
02:23depuis le terrain, les personnes qui ont vécu ça
02:25et qui ont partagé le quotidien avec des gens que nous ne connaissions pas avant l'enquête,
02:30le commandant de condom, les gendarmes.
02:32J'ai été élu, comme vous le disiez, en commençant il y a à peine deux mois,
02:36donc je ne connaissais pas ces personnes-là.
02:38J'ai découvert pendant l'enquête, pendant l'enquête pour retrouver la petite Lyonna,
02:41des personnes affairées à faire leur travail et essayer de bien le faire.
02:46Et pendant les cinq jours, j'ai dit ma solitude au bout du quatrième jour de recherche.
02:51J'ai dit la solitude dans laquelle j'étais en tant que maire.
02:54Et cette solitude, elle n'a été pensée que par la présence des gendarmes pendant quatre jours.
03:04Et ils faisaient leur travail.
03:06Donc aujourd'hui, venir dire tel ou tel est responsable,
03:08moi je ne suis pas ministre, je ne suis pas responsable de quelle enquête administrative
03:14ou autre qui dira la vérité, et j'en suis conscient.
03:18Mais quand même, oui, un fusible, ce n'est pas la solution, on le sait très bien.
03:22Il faut qu'on aille dans le fond des choses et on est là pour en parler, je pense.
03:24Vous n'êtes pas ministre, vous l'avez dit,
03:26mais qu'est-ce que vous avez envie de lui dire au ministre, à Gérald Darmanin ?
03:30J'ai envie de dire au gouvernement en général,
03:32parce que je ne vais pas citer de ministre en particulier.
03:34Je pense qu'il y a besoin de faire un travail de fond.
03:37Parce que le problème, il n'est pas sur l'affaire Liana.
03:40Il n'est pas uniquement sur l'affaire de la petite Rosa,
03:43sur laquelle je sais que vous avez beaucoup travaillé et enquêté aussi.
03:46Le problème, il est en 2022, lorsque les premières plaintes sont classées sans suite.
03:52Si la plainte n'avait pas été classée sans suite en 2022,
03:55alors que déjà la civise existait, toutes les choses existaient
03:58pour mettre en place les mesures nécessaires pour combattre la pédocriminalité,
04:03si cette plainte n'avait pas été classée sans suite,
04:05et 75% de plaintes sont classées sans suite,
04:08je crois qu'il y a des chiffres qui parlent plus que des fusibles qui sautent.
04:11On cherche des responsabilités individuelles pour se cacher derrière les responsabilités
04:17qu'on ne veut pas prendre.
04:18Aujourd'hui, si on attaque les responsabilités individuelles
04:22en faisant sauter un commandant de gendarmerie,
04:25mais remonter la chaîne.
04:26Voyons quelles sont les responsabilités.
04:27Mais jusqu'où il faut aller ?
04:28Jusqu'au bout de la chaîne.
04:29Jusqu'au ministre ?
04:32Mais monsieur le maire, la colère que vous avez exprimée,
04:34elle a fini par être entendue.
04:36En tous les cas, vous avez été reçu à l'Élysée, si je ne me trompe pas.
04:41Un contact a été établi.
04:44Est-ce que votre solitude, est-ce que vous l'avez exprimée
04:49au plus haut sommet de l'État ?
04:52Est-ce que vous avez été surpris ?
04:53Vous dites que vous êtes maire depuis à peine 100 jours.
04:55Est-ce que vous avez été surpris que personne ne vous téléphone au fond ?
04:59Oui, bien sûr, cette solitude, c'est ce qui m'a fait m'exprimer
05:03dès les premiers jours.
05:04Et effectivement, par la suite, j'ai eu des contacts
05:06avec la présidence de la République, qui a humanisé un peu.
05:11On va le dire à nos téléspectateurs,
05:12le chef de cabinet du président de la République,
05:14qui se trouve, qui est ancien préfet du Gers,
05:17et c'est par cet intermédiaire-là que vous avez été contacté.
05:21Tout à fait, il m'a contacté.
05:22Ça nous a permis d'avancer dans un rapport de confiance
05:26avec la présidence en direct,
05:27pour accompagner premièrement la famille
05:29et puis pour parler des sujets de fond,
05:31parce que je pense que c'est de ça qu'il s'agit.
05:32Mais quand Emmanuel Macron, dans cette affaire,
05:34dit « je ne veux pas entendre parler de moyens »,
05:35ça vous dit quoi ?
05:38C'était avant nos échanges.
05:41Et ça me dit quoi ?
05:42Il a avancé.
05:44Ça me dit que dans tous les cas,
05:46moyen ou pas moyen,
05:47on parle de moyen ou pas,
05:48en moyen constant,
05:49on priorise les choses.
05:51Quand on est responsable politique, on priorise.
05:52Et on ose dire « qu'est-ce qu'on priorise par rapport à quoi ? »
05:55Et si on priorise certaines choses,
05:56ça veut dire qu'on dépriorise d'autres choses.
05:58Et à un moment donné,
06:00on ne peut pas en permanence le voyer,
06:02en faisant sauter des fusibles,
06:04en espérant que les choses se tassent
06:07ou que la canicule prenne le relais médiatique.
06:10Ce n'est pas possible.
06:11On est à huit mois d'une élection présidentielle.
06:14L'écueil dans lequel ne pas tomber,
06:15c'est la récupération politique.
06:17Je crois que ce sujet est transversal.
06:18Le sujet parle à tout le monde.
06:20Est-ce qu'il y a des hommes politiques,
06:22des candidats,
06:23d'autres formations,
06:26en tous les cas,
06:26d'autres politiques que les collaborateurs
06:28du Premier ministre de l'Union européenne
06:29qui vous ont contacté ?
06:30Oui, plusieurs.
06:31C'était transversal.
06:34Je tairai leur nom
06:35parce que je ne suis pas là
06:36pour faire ma politique ce soir.
06:39Mais vraiment...
06:39De tous les partis,
06:40de toutes les couleurs ?
06:41De toutes les couleurs politiques.
06:42Et vous les avez tous pris au téléphone ?
06:44Je ne les ai pas tous pris au téléphone.
06:45À qui vous n'avez pas parlé ?
06:47J'ai pris leur message.
06:49J'ai pris leurs encouragements.
06:51Je ne les ai pas tous rappelés.
06:52Pourquoi certains et pas les autres ?
06:53J'essaie de comprendre simplement.
06:54Parce que simplement...
06:56Il y en avait que je connaissais personnellement
06:58et qui m'ont contacté amicalement.
07:00Alors je parle de politiques beaucoup plus locaux.
07:03Mais en ce qui concerne les politiques nationaux,
07:05si vous voulez,
07:06il me semble évident
07:08que ce n'était pas le temps de tout mélanger.
07:10Il y avait le temps de l'affaire,
07:12le temps d'accompagnement des parents.
07:13Puis le temps du débat,
07:15de la discussion viendra.
07:16Quand vous dites qu'il y a eu des tentatives
07:18de récupération politique,
07:19il faut dire à nos téléspecteurs
07:20que vous êtes sans étiquette.
07:21Oui.
07:22Que vous venez des rangs des Républicains,
07:24que vous avez quitté, je crois.
07:25J'ai été...
07:27Vous savez,
07:28j'ai un parcours un peu atypique.
07:30Je suis élevé dans une famille
07:32où la famille de ma maman
07:33est une famille de gauche,
07:34la famille de mon papa
07:34est une famille plutôt de droite,
07:35de centre-droite.
07:36Ça fait un enfant de...
07:37Ça fait de moi un bon gaspon,
07:40vous savez.
07:42Mais au-delà de tout ça,
07:43ça fait surtout quelqu'un
07:44qui sait que quand on est élevé
07:47dans une famille aimante,
07:49qui ne juge pas,
07:50ni pour ce qu'on est,
07:51ni pour ce qu'on pense,
07:52ni pour ce que l'on devient
07:53en devenant adulte,
07:55on sait l'importance
07:57de ce qu'est une enfance aimée,
08:01adorée et accompagnée.
08:02Et quand on est frappé de plein fouet
08:04comme j'ai pu l'être
08:05par cette affaire,
08:06en voyant des enfants maltraités,
08:08des enfants qui ne se remettront jamais,
08:10en voyant des grands-mères
08:11de 85 ans
08:12qui nous écrivent des lettres
08:14pour nous dire
08:14« J'ai vécu ce que la petite Rosa a vécu.
08:18Aujourd'hui, j'en pleure encore,
08:20j'ai 85 ans. »
08:21Qu'est-ce qu'on fait ?
08:22Est-ce qu'on se contente de fusibles ?
08:25Est-ce qu'on rentre dans le détail
08:26en disant « Le vrai problème,
08:28c'est le classement sans suite.
08:30Le vrai problème,
08:30c'est la libération de la parole des enfants.
08:34On est en train de libérer
08:36la parole des enfants,
08:36on ne l'entend pas.
08:38Le souci est là.
08:39Donc il faut creuser ça,
08:40il faut avancer. »
08:41Aujourd'hui, le Premier ministre,
08:42Sébastien Lecornu,
08:42a dit qu'il était prêt
08:44à inscrire à l'agenda du Parlement
08:46à la rentrée au mois d'octobre
08:47la loi intégrale.
08:48Il n'a pas exactement précisé
08:49s'il reprendrait toutes ces mesures
08:51qui sont portées par les associations
08:53et s'il piocherait dedans.
08:54Qu'est-ce que vous dites ?
08:55C'est une victoire ?
08:57Je me méfie,
08:58j'attends de voir ce qu'il y a
08:59avant de me prononcer,
09:00et quelle est votre position là-dessus ?
09:02De la même façon que je vous dis
09:03que ce qui est sorti hier
09:07ne réglera pas le problème,
09:09une énième loi ne réglera pas le problème.
09:11Je crois qu'il faut prendre ça à la racine.
09:13Tant qu'on ne prend pas ça à la racine,
09:15on n'y arrivera pas.
09:16Donc loi intégrale, oui,
09:17c'est quelque chose qu'il faut débattre,
09:20qu'il faut avancer.
09:20Il y a des mois et des mois que ça attend.
09:22Donc oui, il faut aller vite
09:23et il faut avancer.
09:25Mais au-delà de ça,
09:26au-delà de ça,
09:27il faut parler des...
09:30des liens qu'il faut faire
09:31entre la gendarmerie,
09:33la justice,
09:34l'éducation nationale.
09:36Combien de signalements,
09:37aujourd'hui,
09:37restent dans les tiroirs
09:38de l'éducation nationale ?
09:39Ça ne va pas au bout.
09:41Et combien d'instituteurs,
09:42enfin de professeurs des écoles,
09:44de personnels
09:45de l'éducation nationale
09:46sont venus aussi
09:47porter témoignage
09:47en me disant,
09:48monsieur le maire,
09:49portez notre parole.
09:50Voilà,
09:51aujourd'hui,
09:51entre les victimes,
09:53les personnels
09:54au contact d'enfants,
09:55les seuls,
09:56les seuls
09:57qu'on inquiète pas
09:59et qui ne sont jamais inquiétés,
10:00ce sont les pédocriminels.
10:02Et excusez-moi de vous dire,
10:03dans quel monde vit-on,
10:04dans quel pays
10:05vivons-nous
10:08pour se laisser signaler
10:09par les États-Unis
10:11que monsieur qui vit
10:11dans le Gers
10:13a des problèmes
10:15avec ses consultations
10:17de vidéos
10:19pédopronographiques ?
10:19On est où ?
10:21Je voudrais,
10:22Grégory Bobateau,
10:23si vous le permettez,
10:24qu'on revienne
10:24un peu en arrière.
10:25Ça fait quasiment un mois
10:27qu'aujourd'hui,
10:28Liana a été enlevée
10:30et qu'on l'a retrouvée
10:31quelques jours après,
10:32morte dans ce silo.
10:34Est-ce que vous vous souvenez
10:35du moment
10:35où on vous a annoncé
10:36qu'une petite fille
10:38de votre ville
10:38avait disparu ?
10:39D'ailleurs,
10:39je ne sais pas
10:40si vous la connaissiez
10:40à ce moment-là.
10:41Est-ce que vous vous souvenez
10:42où vous étiez
10:43et comment on vous l'a dit ?
10:45Une des choses
10:45qui m'a permis
10:46de rester à ma place
10:47et de faire mon travail
10:48de maire,
10:49c'est de ne pas avoir
10:50connu la famille
10:51de Liana avant
10:52et de ne pas avoir
10:54connu la famille
10:55du présumé coupable
10:56aujourd'hui avant.
10:57Ça aurait été
10:58encore plus dur ?
10:59Ça aurait été
10:59encore plus dur
11:00parce qu'on connaît
11:01les liens
11:01qui peuvent se lier
11:04dans nos villes rurales.
11:07Mais ça,
11:08ça m'a quelque part
11:09aidé à garder
11:10la tête froide
11:11et à me détacher
11:12un peu émotionnellement
11:14tant que j'ai pu le faire
11:17de cette affaire.
11:18Ce coup de fil,
11:19vous vous en souvenez
11:19aujourd'hui ?
11:20Ce moment où on vous l'annonce
11:21qu'une petite fille
11:22n'est pas rentrée chez elle ?
11:22Oui, mais vous savez,
11:23ça se fait.
11:23Ça se fait.
11:24Je suis en mairie.
11:26On me dit
11:26quelque chose se passe.
11:27Les gendarmes
11:28viennent d'appeler.
11:29Il y a une petite fille
11:30qui a disparu.
11:31Les parents sont déjà
11:32à la recherche.
11:34Vous comprenez tout de suite
11:35que c'est grave ?
11:36On passe la soirée.
11:37On parle du vendredi
11:38après-midi.
11:39Passe la soirée.
11:41Le matin,
11:42dans la fin de nuit,
11:44les gendarmes,
11:45les gendarmes
11:46dont on parle
11:46depuis hier,
11:48nous appellent
11:48en demandant
11:49les caméras de surveillance
11:49de la ville de Florence
11:50parce que déjà,
11:51l'enquête a avancé.
11:53Dès 6h du matin,
11:54ils les consultent.
11:55Ils identifient le suspect.
11:57Ils l'interpellent
11:58trois heures après.
12:00Les choses se sont passées
12:01comme elles devaient se passer
12:02à ce moment-là.
12:04Et les fusibles
12:05qui sortent aujourd'hui,
12:05ce sont les personnes
12:06qui ont résolu ces choses-là.
12:08On ne le dit pas.
12:09Je peux le dire
12:10parce que je l'ai vécu.
12:13Et à ce moment-là,
12:15je vois qu'il se passe
12:16quelque chose d'important
12:17parce que je croise le papa
12:17à 9h devant la gendarmerie
12:19et le papa me parle de sa fille
12:20et je comprends
12:21que sa fille n'a pas fugué.
12:22Je comprends
12:22qu'il se passe
12:23quelque chose de plus grave.
12:24À ce moment-là,
12:24je réunis ma cellule de crise.
12:26La personne m'a choisi
12:27de mon directeur de communication,
12:29mon directeur de cabinet
12:29et mon adjoint à l'enfance,
12:31évidemment,
12:31à la petite enfance,
12:32qui pour moi était essentielle
12:33dans la boucle
12:34par rapport à l'éducation nationale.
12:36Et on lance ça
12:38et effectivement,
12:39on prend l'avance
12:42de ces quelques heures
12:42qu'on va garder après
12:43tout au long de l'affaire.
12:46À quel moment,
12:48vous comprenez,
12:49parce que là,
12:49les recherches vont commencer,
12:50ça va durer plusieurs jours,
12:52elles ont été suivies
12:52encore par des médias
12:54du monde entier.
12:54À quel moment,
12:55vous comprenez
12:55qu'il y en a,
12:57on ne la retrouvera pas vivante ?
12:59C'est quelque chose
13:00que vous savez dès le début,
13:01vous vous accrochez tout de même
13:03à cet espoir.
13:03Comment ça se passe ?
13:06Non, à ce moment-là,
13:07on fait tout
13:09pour pouvoir mettre
13:09à disposition
13:10des gendarmes
13:11et des forces
13:12de recherche
13:13tout ce qu'ils ont besoin
13:15au niveau logistique,
13:17accompagnement.
13:18Et à la fois,
13:19on prend en charge
13:19la population
13:20qui souhaite participer
13:21aux recherches.
13:22Donc le dimanche,
13:22on fait la battue citoyenne,
13:24on organise les choses
13:25du mieux que l'on peut.
13:26et on accompagne aussi
13:28les groupuscules
13:29de Florentin
13:29qui essaient de rechercher
13:31l'enfant.
13:31Les chasseurs,
13:32les motards,
13:32on les a tous vus.
13:34Et ces groupes de personnes
13:35souhaitent s'insérer à l'enquête
13:37mais ne savent pas comment faire.
13:38Et donc,
13:38autant que faire se peut,
13:39on les accompagne
13:40afin qu'ils n'entravent pas
13:41le bon déroulé de l'enquête.
13:42Et pendant qu'on fait ça,
13:44à aucun moment,
13:44on perd espoir.
13:45À aucun moment,
13:46on perd espoir.
13:47Parce que tous les espoirs
13:48étaient tournés
13:49vers le fait
13:50de retrouver cette petite fille.
13:52Au moment où
13:54on découvre
13:54que Liana est morte,
13:56que son corps
13:57est retrouvé dans ce silo,
13:58à ce moment-là,
13:58vous avez un contact
13:59avec la famille ?
14:00À ce moment-là,
14:01la famille est chez elle.
14:03Et moi,
14:04en tant que mère de Florence,
14:05on avait le contact
14:05avec la famille régulier
14:07et on s'est interdit
14:08d'aller chez elle
14:09pour pouvoir laisser
14:10à cette famille
14:11l'intimité
14:11dont elle avait besoin
14:12à ce moment-là.
14:13Donc,
14:14on était là pour eux,
14:15on restait à notre place.
14:19Et depuis ?
14:19On les accompagnait
14:20en essayant
14:21de parler aux médias
14:23régulièrement.
14:23C'est vrai.
14:24Puisque la parole
14:24ne venait pas d'en haut.
14:25C'est vrai.
14:25Il fallait bien
14:26qu'une parole se lève
14:27pour accompagner ça,
14:29pour humaniser les choses.
14:30Parce que,
14:31en communiquant,
14:35simplement par communiquer,
14:37on refroidit les choses.
14:38Et pour faire bouclier un peu.
14:39C'est l'image qu'on retient
14:40de cette marche blanche
14:41avec vous à leur côté.
14:44Oui,
14:44parce que,
14:46à ce moment-là,
14:48ils sont dans leur démarche,
14:49dans leur peine.
14:51Et on n'a pas le droit,
14:53qui qu'on soit,
14:55on n'a pas le droit
14:56d'entrer dans leur intimité
14:58et dans leur démarche.
14:59Et ça,
15:00c'est ce qui a guidé
15:01mes pas du premier jour
15:02au dernier.
15:03Et c'est ce qui continuera
15:04à les guider
15:04dans mes témoignages.
15:05Il y a une image
15:06qui a marqué beaucoup de monde
15:08le soir de cette marche blanche,
15:10M. le maire,
15:11quand la famille
15:11est venue faire un discours.
15:14Et je ne sais pas
15:14si on a la vidéo là,
15:16mais cette image,
15:17elle a bouleversé
15:17absolument tout le monde.
15:18On voit que cette famille
15:19se tient,
15:20s'accroche,
15:22littéralement.
15:24vous les aviez revues,
15:25ces images ?
15:31Je ne les ai pas vues
15:33et je les ai ressenties
15:34au moment
15:35où ils l'ont fait.
15:39Mais c'est ce que j'ai ressenti
15:40depuis le début.
15:41C'est-à-dire
15:42une solidité sans faille
15:44et une dignité sans faille.
15:45Comment vont-ils aujourd'hui ?
15:47Ils me permettraient
15:48de garder pour moi
15:50les échanges que j'ai avec eux.
15:52Est-ce que je peux juste
15:53vous demander
15:53s'ils tiennent le coup ?
15:55Ils continuent
15:56à être dignes
15:59et je continuerai
16:00à l'être pour eux.
16:02On vous a vu aussi
16:05poursuivre votre...
16:06Toujours en colère,
16:08notamment lorsqu'il y a eu
16:09les premières manifestations
16:10le lundi,
16:13les rassemblements
16:13Place Vendôme
16:15et devant les tribunaux.
16:15Vous êtes allé
16:16Place Vendôme,
16:17il me semble.
16:19Pourquoi êtes-vous venu
16:20et est-ce que vous avez
16:21l'intention
16:21de vous associer encore
16:22à ces mouvements
16:24citoyens,
16:26féministes,
16:26autres qui veulent
16:27faire bouger les choses ?
16:29Je sortais du plateau
16:31de Cé ce soir
16:31où je suis allé
16:32faire une intervention
16:34et sachant qu'il y avait
16:35cette manifestation,
16:37vous savez,
16:38je n'avais mis les pieds
16:39dans une manifestation
16:40avant dans ma vie
16:41qu'une seule fois
16:42en étant lycéen
16:43quand les manifestations
16:45ont manifesté
16:46contre Jospin
16:46à l'époque
16:47en 98 ou 19.
16:48ce n'est pas pareil.
16:49Imaginez-vous
16:50mon rame
16:51à la manifestation
16:52et à la vindicte populaire.
16:55Donc du coup,
16:56je suis allé
16:56en ne sachant pas
16:59si j'allais m'exprimer
17:00ou pas
17:01parce que ce n'était
17:01pas mon but.
17:02Et puis,
17:03j'ai traversé la foule
17:04et en traversant
17:06la foule,
17:08ces femmes essentiellement,
17:0980% de femmes,
17:12j'ai vu nos mères,
17:13nos grands-mères,
17:13nos sœurs,
17:15être là,
17:16silencieuses
17:16pour la plupart
17:17avec évidemment
17:18des associations
17:19qui scandaient
17:20d'armes en démission
17:21et des associations féministes
17:22qui portaient une parole
17:24de femmes écorchées,
17:25de femmes blessées,
17:27de femmes qui ont connu
17:29et qui ont su
17:30ce que c'était
17:30que d'être blessées
17:32dans leur chair.
17:32Et donc,
17:33on peut toujours juger.
17:34Enfin,
17:35il faut rester à sa place.
17:36Et je suis resté à ma place.
17:37Là, vous étiez à votre place.
17:38Et j'ai traversé
17:39cette place.
17:42J'avais mon écharpe
17:43dans un sac à dos
17:44et arrivé au pied de la scène
17:45quand ils m'ont dit
17:46est-ce que vous voulez parler ?
17:47Oui, j'ai pris la parole
17:48pour demander l'inverse
17:49que ces féministes demandaient
17:50en disant
17:50je ne m'appellerai pas
17:51à la démission
17:52de qui que ce soit.
17:53Parce que déjà,
17:54dans ma tête,
17:55la solution,
17:56ce n'était pas
17:56de faire sauter des fusibles
17:58ni gouvernementaux
17:59ni chez les gendarmes.
18:00C'était d'aller bien au-delà
18:01et d'essayer
18:02de faire tomber le mur
18:04qui aujourd'hui
18:05nous empêche
18:06de résoudre les problèmes
18:07pour les enfants.
18:09Parce que
18:10pendant des semaines,
18:12on a entendu
18:14la disparition
18:15d'une petite fille
18:17dans un petit village
18:18du fin fond de la campagne.
18:20C'était la disparition
18:21d'une enfant
18:22dans une ville de Jars.
18:24Et les mots ont un sens.
18:25C'est une affaire
18:26qui a changé votre vie.
18:29Oui.
18:29Vous ne serez plus le même.
18:32J'ai dit à la presse écrite
18:33l'autre jour
18:34quand elle m'interrogeait
18:36que j'avais sans doute
18:38perdu
18:41une partie
18:41de mon âme d'enfant.
18:42Vous savez,
18:43cette partie
18:44qui fait que
18:45de temps en temps,
18:46on se sent bien
18:47et que dans la vie d'adulte,
18:48les choses ont un sens.
18:50Sans doute,
18:50cette partie d'humanité
18:53que certains ont perdu
18:54avec l'exercice du pouvoir.
18:56et je veux leur dire
19:00pensez à ça
19:01quand vous exercez le pouvoir.
19:03Parce que ce qui nous manque,
19:04c'est sans doute
19:05d'incarner quelque chose.
19:07Vous savez,
19:07la Ve République
19:09ne tient
19:10que lorsqu'il y a
19:11un homme
19:12au sommet de l'État
19:13qui tient les choses.
19:14Elle est faite pour ça.
19:16Aujourd'hui,
19:16on en est où ?
19:17Qui incarne quoi ?
19:19Où on va ?
19:20Et qu'est-ce qu'on veut
19:20comme société ?
19:21C'est la question, je pense.
19:22Merci beaucoup,
19:23Grégory Beaubaton.
19:23Merci à vous.

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