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  • il y a 3 mois
Victime de viols durant son enfance, le journaliste Frédéric Pommier publie "Derrière les arbres", un livre où il revient sur des agressions subies lorsqu'il avait 4 et 7 ans. Jamais nommé dans son livre, l'ancien député-maire d'Alençon et de l'Orne, Joaquim Pueyo, figure parmi les agresseurs mis en cause. Ce dernier, qui nie les faits, a déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse.

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Transcription
00:00Les pédocriminels n'ont aucun tabou.
00:02Et par contre, il y a un tabou pour en parler.
00:04Aujourd'hui, on est à un moment crucial, il me semble,
00:08sur ce sujet des violences sexuelles faites aux enfants.
00:10Plus on sera nombreux à raconter ce qui nous est arrivé,
00:13plus la société prendra réellement conscience
00:17de ce fléau qui est en fait un crime de masse sur les enfants.
00:23S'il y a une audience publique, allons-y.
00:26Et puis, racontons, confrontons.
00:31Ce jour-là, il y a eu des témoins.
00:35Donc je l'attends.
00:37Je m'appelle Frédéric Pommier, je suis journaliste et je suis écrivain.
00:41Et je viens de publier chez Flammarion un livre qui s'appelle Derrière les arbres.
00:46Et derrière les arbres, ça raconte un peu plus de 40 années de vie.
00:51C'est-à-dire que c'est l'histoire d'un petit garçon qui devient un homme.
00:54L'histoire commence quand son petit garçon a l'âge de 4 ans.
00:58Et ce petit garçon, il lui arrive de vrai malheur,
01:02puisqu'il est victime à plusieurs reprises de violences sexuelles.
01:05Ce sont 336 pages qui racontent la déflagration que peuvent provoquer
01:14les violences sexuelles sur une vie entière.
01:19Donc ces violences-là, je les raconte.
01:21Je les raconte à hauteur d'enfant.
01:23Je raconte ce qui se passe quand l'enfant a 4 ans, a 5 ans, a 6 ans, a 7
01:27ans.
01:29Qu'à ce moment-là, il n'a pas vraiment les mots pour raconter d'ailleurs.
01:32Les mots, il les a un petit peu plus tard.
01:34Donc je raconte ensuite ce qu'a été mon adolescence,
01:37puis ce qu'a été l'âge adulte.
01:40Et puis je raconte aussi comment pour survivre, mon cerveau a fait en sorte que j'oublie,
01:47a fait en sorte que ces scènes traumatiques, ces crimes dont j'ai été victime,
01:53se réfugient pendant très longtemps dans un endroit de ma mémoire
01:57qui ne m'a pas été accessible jusqu'à la trentaine, au milieu de la trentaine.
02:03Qu'est-ce qui fait que soudainement ça revient en mémoire en fait ?
02:06Des lecteurs disent comment se fait-il qu'il est attendu d'avoir 50 ans pour tout livrer.
02:14Qu'est-ce qui a déclenché le fait que vous décidiez de toucher tout ça sur papier ?
02:21Moi j'ai connu ce que beaucoup de personnes qui ont subi des violences sexuelles connaissent,
02:27ça s'appelle l'amnésie traumatique.
02:29L'amnésie traumatique, elle est liée notamment par le fait qu'au moment des viols,
02:35le cerveau déconnecte.
02:37Il déconnecte pour pouvoir supporter ce qui est en train de se passer.
02:41Donc le cerveau il oublie, la mémoire il oublie, mais le corps il n'oublie pas.
02:45Et moi pendant très longtemps, j'ai eu des manifestations physiques, des traumatismes.
02:50Et puis pendant très longtemps, je me suis réveillé tous les matins avec les mêmes images.
02:54C'était un petit garçon et un géant.
02:57Je voyais que le géant faisait du mal au petit garçon,
03:00et je pressentais que ce petit garçon c'était moi.
03:02Puis passé l'adolescence, j'ai commencé à dire aussi que je pensais qu'il m'était arrivé quelque chose,
03:08quelque chose de grave.
03:09Et puis plus j'ai pris de l'âge, plus j'ai compris que ces choses-là,
03:12elles étaient liées à certaines parties de mon corps,
03:16en l'occurrence mes parties génitales, mes fesses, mon visage, ma bouche.
03:23Mais tout n'a commencé à devenir précis qu'au milieu de la trentaine,
03:29après une nouvelle agression, qui n'était pas une agression sexuelle,
03:32mais agression lors de laquelle je me suis défendu.
03:36Un homme, une agression où un homme en voulait à mon argent.
03:42Et cet homme m'a planté un cutter dans le cou, et je me suis défendu.
03:48Et le fait de me défendre ce jour-là, le fait de ne pas avoir été une victime,
03:52de ne pas avoir accepté d'être une victime,
03:54a, me semble-t-il, libéré dans mon cerveau l'espace nécessaire
03:59pour qu'enfin puissent surgir, ressurgir,
04:04les souvenirs des crimes,
04:07et de ces journées où je n'avais pas pu être autre chose qu'une victime,
04:12puisque j'étais un tout petit garçon.
04:13Mais ensuite, donc là j'avais 33 ans,
04:17ensuite, moi il m'a fallu encore une douzaine d'années
04:24pour comprendre réellement ce qui m'était arrivé.
04:28Et tout ça, ça explique qu'on ne parle pas pendant des années,
04:32et on ne parle pas parce qu'on n'est pas prêt à parler,
04:36et on n'est pas prêt à parler parce qu'on n'a pas encore la capacité à tenir le
04:42récit,
04:43et on n'a pas la mémoire de tout.
04:46Et moi, je me suis mis à parler au moment où je me suis mis à écrire aussi le livre,
04:53et le moment où je porte plainte,
04:56donc je le fais quelques jours avant mes 48 ans,
05:00je le fais parce qu'enfin je suis prêt,
05:02parce qu'enfin je sais ce qui s'est passé.
05:04Mais comme j'ai été victime, après avoir été victime de viol,
05:09d'une amnésie traumatique qui, je pense, m'a permis de survivre,
05:14et en même temps a été très compliqué à gérer,
05:17puisque c'est des flashs qui reviennent,
05:20puisque c'est des sensations tout d'un coup,
05:23ce sont des peurs, ce sont des cauchemars,
05:25ce sont des visions,
05:27ce sont des tremblements de temps en temps.
05:30Mais tout ça, ça prend du temps.
05:32Donc l'amnésie traumatique, elle protège un peu,
05:34elle permet de survivre,
05:35mais elle retarde beaucoup, beaucoup la parole,
05:38et la prise de parole.
05:39Moi, je n'ai commencé à pouvoir dire précisément
05:42ce qui s'était passé,
05:43qu'à partir de la quarantaine.
05:46Moi, tout le temps où j'ai écrit ce livre,
05:49je me disais que je l'écrivais pour le petit garçon sur la couverture.
05:53Ce petit garçon dont j'ai compris,
05:56au moment où j'ai réfléchi à l'idée de porter plainte,
05:59qu'en fait, tous les faits étaient prescrits.
06:00Et tous les faits sont prescrits depuis que j'ai 28 ans.
06:04À ce moment-là, je n'avais aucun souvenir précis
06:05de ce qui s'était passé.
06:08Donc je me suis dit, si j'écris,
06:09c'est pour rendre justice à ce petit garçon
06:11auquel la justice ne rendra jamais justice.
06:14Et tout en écrivant, je me suis rendu compte aussi
06:16que je rendais sans doute justice
06:18à des millions d'autres petits garçons et petites filles
06:22auxquelles la justice ne rendra jamais justice.
06:25Depuis l'apparition de ce livre,
06:27moi, je suis stupéfait
06:30du nombre colossal de témoignages que je reçois
06:34d'hommes et de femmes qui ont traversé les mêmes choses,
06:36d'hommes et de femmes qui ont été victimes de viols
06:38ou d'agressions sexuelles
06:39et qui n'ont jamais pu parler.
06:42Et qui me disent qu'aujourd'hui, en lisant ce livre-là,
06:45ce n'est pas leur histoire.
06:48C'est parfois très différent de leur histoire
06:50et en même temps, c'est la même histoire.
06:53Ce sont les mêmes douleurs.
06:54Ce sont les mêmes silences.
06:56Ce sont les mêmes peurs.
06:58Ce sont les mêmes hontes.
07:01Et ce que je ne mesurais pas,
07:03c'était comment la littérature pouvait avoir
07:05une utilité immédiate.
07:07Et dans les très nombreux retours de lecteurs
07:09que je reçois,
07:10ce sont des gens qui me disent
07:13que ce livre les aide à vivre
07:15qu'en le lisant, ils se sentent moins seuls,
07:18qu'en le lisant, ils se rendent compte
07:19qu'ils ne sont pas fous,
07:22que de le lire, de le faire lire à leurs proches
07:24leur permet pour certains
07:25de se réconcilier avec leur famille,
07:27d'entendre dire à leurs parents
07:29« oui, maintenant je te crois ».
07:31Pour certains, ça leur a permis
07:33de franchir une autre étape.
07:35Certains me disent
07:35« j'ai fermé le livre hier matin »
07:38et hier après-midi,
07:39je suis allé dans un commissariat
07:40pour porter plainte.
07:42Ça, je ne m'attendais pas à ça.
07:44Je ne m'attendais pas à ce que certains me disent.
07:46Je lis chaque ligne
07:47et chaque ligne me ramène à la lumière.
07:51Et je me l'explique
07:54essentiellement par le silence,
07:57par les tabous qui continuent
08:01de toucher cette question-là.
08:04Il n'y a aucun tabou
08:05pour commettre des violences sexuelles.
08:08Les pédocriminels n'ont aucun tabou.
08:10Et par contre, il y a un tabou
08:11pour en parler.
08:14Et donc, les victimes sont victimes aussi de cela.
08:19C'est très dur de parler,
08:20mais c'est très dur aussi d'être entendu.
08:22Parfois, on parle
08:23et on est très déçu
08:24de la réaction de ceux qui nous écoutent
08:27parce qu'il arrive encore très souvent
08:30que les gens ne croient pas
08:32celui ou celle qui raconte.
08:34Ça, c'est insupportable.
08:35Donc, certains ne parlent pas aussi
08:37parce qu'ils ont peur de ne pas être crus.
08:39Et donc, ce livre, oui,
08:41il est aussi une invitation
08:42à prendre la parole.
08:43Une invitation à se raconter.
08:48Parce que plus on sera nombreux
08:50à raconter ce qui nous est arrivé,
08:52plus la société
08:55prendra réellement conscience
08:56de ce fléau
08:58qui est en fait un crime de masse
09:00sur les enfants.
09:02160 000 enfants par jour,
09:06ça veut dire combien de pédocriminels ?
09:09C'est un crime de masse.
09:11Et plus on sera nombreux à parler,
09:13plus les pouvoirs publics
09:14prendront réellement
09:16cette question en considération,
09:17et plus on sauvera des enfants,
09:20je crois.
09:21Vous écrivez d'ailleurs
09:23que la prescription
09:25est la complice des violeurs.
09:27C'est un appel au législateur.
09:31Dans ce livre, j'écris que
09:32la prescription est la complice
09:33des violeurs d'enfants
09:35parce que souvent,
09:37les enfants, pour survivre,
09:39oublient.
09:41Et parce que souvent,
09:43même quand ils n'oublient pas,
09:44ils n'ont pas les bons mots
09:46au moment où ils sont censés les avoir.
09:50Moi, effectivement,
09:53quand j'ai su que tous les faits
09:55étaient prescrits
09:56depuis l'âge de 28 ans,
09:57alors que mes souvenirs
09:59étaient totalement imprécis
10:00et que j'étais incapable
10:01de porter plainte
10:02contre qui que ce soit
10:03à ce moment-là,
10:04ça m'a mis dans une colère noire.
10:06J'ai souhaité porter plainte
10:08la veille de mes 48 ans
10:09parce qu'avec la loi actuelle,
10:11la prescription court
10:12jusqu'à 30 ans après
10:13la majorité de la victime.
10:15Et moi, c'était prescrit déjà
10:16à ce moment-là.
10:18Et si moi,
10:20j'ai été capable
10:20de porter plainte
10:21juste avant mes 48 ans,
10:23pour d'autres,
10:24c'est encore bien après.
10:26Parce que d'autres,
10:27les souvenirs reviennent
10:28de façon précise
10:29à 50 ans, 55, 60, 70 ans.
10:32Donc cette prescription
10:33n'a pour moi aucun sens
10:34et elle est même
10:35une violence de plus
10:36pour les victimes.
10:38Sachant que de leur côté,
10:40les pédocriminels, eux,
10:42dorment tranquilles,
10:43ne sont jamais poursuivis,
10:46ne sont quasiment
10:47jamais inquiétés
10:50parce qu'en effet,
10:51ce crime de masse-là
10:52est un crime
10:53qui le plus souvent
10:53est un crime sans preuve.
10:56Donc la prescription
10:58pour les violences sexuelles
10:59sur les enfants,
11:00oui, je pense qu'il faut
11:00évidemment y mettre fin
11:03et qu'il y a plein
11:04d'autres choses à faire
11:05pour protéger,
11:07pour prévenir
11:07et pour essayer
11:08de réparer
11:09ce qui s'y bille
11:10ce genre de crime.
11:11Il n'y a aucun nom
11:13d'auteur de crime
11:15dans votre livre
11:17et en même temps,
11:19par recoupement
11:19du travail des journalistes,
11:23Joachim Feuillot,
11:24l'ex-député maire d'Alençon,
11:26ex-maire d'Alençon
11:27et ex-député de l'Orme,
11:30a été identifié.
11:32Il a d'ailleurs,
11:33son avocat l'a dit,
11:34il reste présumé innocent
11:35et il est fait.
11:37Son avocat a confirmé
11:39une confrontation
11:40qui a eu lieu
11:41entre vous deux
11:42en février 2026
11:44et il vient de porter
11:45plainte contre vous
11:47pour dénonciation calomnieuse.
11:49Vous vivez ça comment ?
11:50Vous recevez tout ça comment ?
11:52Entre la négation,
11:53la dénégation des faits
11:55et la plainte
11:56pour dénonciation calomnieuse ?
11:59Alors cette plainte
12:00pour dénonciation calomnieuse,
12:01moi je ne l'ai toujours pas reçue.
12:03On m'assure qu'elle existe,
12:05donc j'en prends acte.
12:10C'est évidemment
12:11une violence supplémentaire.
12:14Et puis c'est une nouvelle
12:17tentative de me faire taire.
12:20Comme il a réussi
12:21à me faire taire
12:22quand j'avais l'âge de 7 ans
12:24et à me faire taire
12:25pendant très très longtemps,
12:29moi je fais parfaite confiance
12:33sur cette chose-là
12:34en la justice.
12:37Et j'ai peu de doutes
12:39sur l'issue judiciaire
12:40de cette plainte
12:41pour dénonciation calomnieuse.
12:43D'abord parce que
12:45le procureur de la République de Caen
12:46a rendu un classement sans suite
12:49extrêmement motivé
12:51et qui me donne
12:52entièrement raison.
12:54Et ça pour moi
12:55c'est finalement
12:56une réponse de la justice.
12:59Un classement sans suite
13:00modifié
13:01uniquement par la prescription
13:03mais dans lequel
13:04il explique
13:06que mes déclarations,
13:07mon récit
13:08est fiable.
13:11et que c'est un récit
13:13de confiance
13:15et qu'il regrette
13:16de ne pas pouvoir
13:17mener davantage l'enquête.
13:20Après,
13:21que dire de plus ?
13:23Essayer de faire taire
13:24celui qui parle enfin ?
13:26Parler de calomnies ?
13:27Demander réparation ?
13:29Alors que moi,
13:30ça fait plus de 40 ans
13:31que j'essaie de me réparer ?
13:35Plus rien ne m'étonne.
13:38Mais moi aujourd'hui,
13:39j'ai gagné.
13:41Donc cette plainte,
13:43si elle existe,
13:45très bien.
13:45Que la justice s'en saisisse.
13:48Et ça nous permettra
13:49de parler
13:50peut-être publiquement
13:51de cette histoire.
13:53S'il y a une audience publique,
13:55allons-y.
13:56Racontons.
13:58Confrontons.
14:00Ce jour-là,
14:01il y a eu des témoins.
14:04Donc je l'attends.
14:07Ce petit garçon
14:08sur la couverture,
14:09vous lui diriez quoi
14:10aujourd'hui ?
14:13Ce petit garçon
14:15sur la couverture,
14:17je lui dirais que...
14:24qu'on est en train
14:25de se réconcilier.
14:32et que c'est pas mal
14:33qu'il soit toujours vivant.
15:03Sous-titrage Société Radio-Canada
15:03Sous-titrage Société Radio-Canada
15:07...

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