00:00Ici Matin, 8h moins le quart, le rapport d'inspection sur les défaillances de la justice qui ont conduit à
00:06la mort de la petite Liana dans le Gers
00:07pointe les dysfonctionnements qui ont permis à Jérôme Barrella de passer à l'acte.
00:12Emmanuel Champal, vous recevez ce matin le procureur de la République de Valence.
00:16Bonjour Laurent Dekény.
00:17Bonjour Emmanuel Champal.
00:18Perte de temps, absence de suivi de la part du parquet d'Auche, erreur, négligence, dit le Premier ministre.
00:25Qu'est-ce que ça vous inspire ce rapport ?
00:27Alors d'abord, je me garderai bien de m'exprimer sur ce qui se passe à Auche.
00:31C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a eu une inspection qui a été légentrée par deux inspections
00:34générales notamment.
00:35Et comme tout le monde, je prends connaissance des résultats.
00:38La première chose que je voudrais dire d'abord, de toute façon, magistrat comme citoyen,
00:42personne ne peut rester insensible et indifférent au drame absolu qu'est la mort de Liana.
00:47Donc déjà, il faut commencer par remettre en perspective les choses.
00:50Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas des fautes individuelles, des erreurs, des choses à corriger,
00:54et de toute façon, la mort de Liana est un drame absolu devant lequel on doit s'incliner.
00:59Après, effectivement, ce que révèle à travers les premiers éléments qui sont communiqués,
01:05notamment par l'inspecteur général de la justice,
01:08le rapport concernant l'affaire dite Liana,
01:13doit nous inciter à regarder dans nos parquets ce que nous a demandé le ministre,
01:16comment nous travaillons et comment nous pouvons, le cas échéant, mieux travailler.
01:19J'aimerais dire que déjà, nous travaillons les 70 000 procédures dont le ministre fait état
01:24et nous demande de les regarder, de dire ce que nous en faisons.
01:28Ce n'est pas 70 000 procédures qui dorment.
01:30Un 70 000 dossier donc à vérifier d'ici le 14 juillet a demandé le ministre.
01:33Il y en a combien dans la drame sur votre bureau aujourd'hui ?
01:36Alors, sur mon bureau ou dans les services d'enquête,
01:38parce qu'il faut bien comprendre que le chiffre,
01:41c'est le travail en cours dans les services d'enquête et les parquets,
01:47la liste qui a été arrêtée après les circulaires de M. le garde des Sceaux
01:50début du mois de juin me propose,
01:53puisque c'est les services centraux qui nous ont évidemment indiqué
01:57quelle était la méthodologie à employer pour pouvoir répondre utilement à la demande,
02:01me propose d'examiner au moins 470 affaires.
02:04Je dis au moins pourquoi ?
02:05Parce que c'est une première liste issue de l'enregistrement dans les parquets des dossiers.
02:11Il va falloir vérifier que ces enregistrements ne sont pas fautifs pour certains d'entre eux.
02:14Et puis, il y a aussi des affaires qui sont en cours,
02:17mais qui n'ont pas encore été portées à la connaissance du parquet,
02:20ce que nous allons évidemment découvrir et ajouter à la liste
02:23dans le cadre des revues de portefeuille que nous faisons.
02:26On est le 23 juin, vous avez 470 dossiers,
02:29plus de 470 dossiers à vérifier d'ici le 14 juillet,
02:32dans à peu près trois semaines.
02:34C'est possible ça, techniquement ?
02:35Alors, ça demande évidemment un effort qui est normal.
02:39Les parquets ont l'habitude de rendre des comptes.
02:40Vous savez, un procureur de la République...
02:41Mais rendre des comptes, c'est une chose, mais techniquement c'est possible ?
02:44Mais techniquement, pour rendre des comptes,
02:45il faut savoir ce qu'il y a dans les dossiers,
02:47sinon on ne rend pas compte.
02:48Voilà, donc oui, c'est possible.
02:50Vous dire que c'est un exercice aisé, non.
02:54Ça veut dire effectivement qu'il faut organiser spécifiquement
02:57le travail du parquet aussi pour réaliser cette commande.
03:01Mais pendant ce temps-là, l'actualité,
03:03et malheureusement l'actualité criminelle dans la Drôme,
03:06on l'a encore vu ce week-end,
03:07n'est pas exempt d'autres drames, avec des morts aussi.
03:11Eh bien, nous travaillons, nous faisons les deux.
03:12Mais oui, bien sûr, on va le faire.
03:15De toute façon, nous le devons aussi bien à la mémoire de Liana,
03:18comme je l'ai dit, devant qui ?
03:19Devant laquelle tout le monde doit s'incliner,
03:22et j'ai envie de dire magistrat compris,
03:23s'il y avait un doute sur le fait que nous sommes des êtres humains.
03:25et deuxièmement, parce que de toute façon,
03:31la pédocriminalité et les violences sexuelles faites aux mineurs,
03:34je vais vous dire une chose ce matin, Emmanuel Champal,
03:38c'est un contentieux de masse.
03:40Donc quand vous me dites que c'est possible,
03:42ben oui, mais parce que tous les jours,
03:43nous devons faire face à un nombre de plaintes,
03:46à un nombre de dossiers,
03:47qui n'est pas quelques dossiers ou quelques faits divers.
03:51Ce n'est pas du fait divers, c'est un contentieux de masse.
03:53Ce n'est pas vous qui faites mal le boulot,
03:54c'est la petite musique qu'on entend depuis des semaines maintenant,
03:57autour de cette affaire,
03:58la justice qui ne travaille pas assez, qui ne travaille pas mal.
04:01Alors d'abord, je crois qu'il faut avoir l'humilité de dire qu'on peut se tromper.
04:05Donc je ne vais pas vous dire ce matin,
04:06je fais tout très bien Emmanuel Champal,
04:08parce que vous ne me croiriez pas,
04:09que vous arriveriez très certainement à avoir en ligne un auditeur
04:13qui vous téléphonerait en disant,
04:14mais qu'est-ce que raconte le procureur ?
04:15Moi dans mon affaire, il se passe ceci ou cela,
04:17ou j'ai telles difficultés.
04:18Donc nous rencontrons aussi des difficultés dans l'exercice de nos missions.
04:22Des difficultés qui ne sont effectivement pas nécessairement
04:24des difficultés de moyens.
04:26Je n'ai pas d'état d'âme à le dire.
04:27Oui, nous savons tenir le discours des moyens,
04:30mais il y a aussi l'emploi des moyens,
04:33et donc nous devons regarder comment nous les employons,
04:36comment nous pouvons mieux les employer.
04:38Ce que m'inspire pour moi ici localement,
04:41par rapport à ces 470,
04:42peut-être plus, je vous le dis,
04:44sans me dissimuler d'affaires,
04:46c'est comment avoir mieux connaissance de l'encours réel,
04:49comment m'assurer que toutes les affaires sont enregistrées au parquet
04:52pour que je puisse demander à mes services d'enquête
04:55où ils en sont,
04:56pour qu'ils puissent me rendre compte
04:57en étant parfaitement informé
05:00de l'état d'avancement d'un dossier.
05:02Comment je peux mieux utiliser les logiciels métiers ?
05:05Vous voulez aussi une précision ?
05:07Les logiciels métiers du parquet,
05:09qui sont des outils modernes
05:11et qui nous permettent de suivre les dossiers,
05:13à Valence, je n'ai pu, pour des raisons matérielles,
05:16les déployer que depuis une grosse année.
05:18Croyez-vous que ça a facilité le suivi par mon parquet
05:21avant de ces dossiers ?
05:23Non, donc nous rattrapons un retard
05:25qui avait été pris à un moment,
05:26nous avons été actifs,
05:28et même, comme on dit, parfois proactifs,
05:30pour essayer de rattraper,
05:31et après, nous avons l'humilité de regarder,
05:34puisque c'est ce qui nous est demandé,
05:35dans l'encours,
05:36si nous faisons correctement le travail
05:38ou si nous devons donner des instructions rapides.
05:41Au 14 juillet, potentiellement,
05:42vous pouvez nous annoncer peut-être des gardes à vue ?
05:45Mais il y en a des personnes qui couvrent,
05:47Emmanuel Champal, si vous voulez.
05:48Mais des nouvelles, en tout cas.
05:49Mais peut-être à l'heure où je vous parle,
05:51mes collègues ont-ils ce matin,
05:53sur la boîte mail,
05:55de leur section de permanence,
05:58en matière de violences faites aux mineurs,
06:00un mail disant qu'une personne est en garde à vue
06:02pour des violences sexuelles sur mineurs ?
06:04Ça ne s'arrête pas, si vous voulez.
06:05Ce que vous dites, c'est que ça avance.
06:07Mais, je vais vous dire,
06:09ça avance d'autant que nous n'avons jamais voulu reculer.
06:12Alors après, effectivement, pour mieux avancer,
06:15il faut être mieux informé,
06:16il faut effectivement qu'on sécurise
06:19nos circuits de suivi,
06:21et il faut qu'on soit plus actifs.
06:23Je le dis, vous voyez, je ne me dissimule pas.
06:27Quand on a plus de 470 affaires,
06:29on peut très bien dire,
06:30les enquêteurs vont nous appeler,
06:31vu le nombre qu'il y en a.
06:32Je vous ai dit, c'est un contentieux de masse.
06:34On peut très bien dire,
06:34je crois qu'il faut aussi que nous reprenions parfois
06:37plus la main sur certains dossiers,
06:39parce que les enquêteurs aussi,
06:40qui ne font pas rien,
06:41peuvent rencontrer des difficultés,
06:43et il faut que nous les dialoguons
06:44et que nous essayons de les dépasser.
06:45Laurent Dequigny,
06:46le procureur de la République de Valence,
06:48ce matin sur Isidro-Mardèche,
06:49avec, donc, on l'entend,
06:50plus de 470 dossiers
06:51à traiter d'ici le 14 juillet
06:53concernant des affaires potentielles
06:54de pédocriminalité.
06:56Merci à vous,
06:56passez une bonne journée.
06:57Je vous en prie,
06:58Emmanuel Champal,
06:59merci pour votre écoute.
07:00Il est 7h52.
07:00Ici Isidro-Mardèche,
07:03le réveil 100% local.
07:05Ici matin, jusqu'à 9h.
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