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Documentaire de Artem Demenok
Il y a 80 ans, le 22 juin 1941, la Wehrmacht envahissait l'Union soviétique et avançait sans répit à travers les terres russes, menaçant, puis assiégeant Moscou. Ce documentaire présente cette période charnière du XXe siècle sous un angle historique singulier, donnant vie, grâce à un choeur de voix, aux lettres et aux journaux intimes des Moscovites de l'époque. Rares sont pourtant les documents qui ont subsisté, car dans le contexte de terreur qui régnait en URSS, les écrits personnels étaient bien souvent détruits par leurs auteurs, de crainte qu'ils ne deviennent compromettants.
Il y a 80 ans, le 22 juin 1941, la Wehrmacht envahissait l'Union soviétique et avançait sans répit à travers les terres russes, menaçant, puis assiégeant Moscou. Ce documentaire présente cette période charnière du XXe siècle sous un angle historique singulier, donnant vie, grâce à un choeur de voix, aux lettres et aux journaux intimes des Moscovites de l'époque. Rares sont pourtant les documents qui ont subsisté, car dans le contexte de terreur qui régnait en URSS, les écrits personnels étaient bien souvent détruits par leurs auteurs, de crainte qu'ils ne deviennent compromettants.
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00:00:051er janvier, la nouvelle année a commencé. Je suis allée à une fête d'étudiants pour le
00:00:11réveillon. C'était la première fois que je ne le passais pas en famille. Nous nous sommes bien
00:00:15amusés. Tout le monde s'est dit persuadé que 1941 serait une bonne année.
00:00:42Ce film parle d'hommes et de femmes à Moscou. Il repose sur les rares journaux
00:00:48intimes conservés de cette époque. 1er janvier 1941, 172 jours avant l'invasion de
00:00:57l'union soviétique par la Wehrmacht, l'armée allemande.
00:01:01Hier, chez Lily, nous avons bien mangé. C'était même délicieux. Mitya va demain à la prison
00:01:08de la Boutyrka, porter des vêtements chauds à Nina Nikolaevna. Il voulait que j'aille avec
00:01:13lui, mais j'ai refusé. Qu'est-ce que j'irai faire là-bas ? Et puis, il m'est
00:01:18arrivé quelque
00:01:18chose de très déplaisant. Pour une raison que j'ignore, ma radio ne marche plus. Je ne
00:01:24sais plus comment m'occuper. Ma mère a passé la journée à repriser des chaussettes.
00:01:32«Дед Мороз – всегда дорогой гость.
00:01:35»
00:01:59« 3 janvier. Nous sommes terriblement occupés en ce moment. Les négociations sont
00:02:05presque terminées. Mais ce petit « presque » fait que nous nous rendons à peu près
00:02:09trois fois par jour au commissariat aux affaires étrangères et au Kremlin. Nous ne savons
00:02:13plus où donner de la tête. Mais il s'agit de choses tellement énormes, tellement cruciales,
00:02:18que tout le reste passe nécessairement au second plan.
00:02:24« 10 janvier 1941 года, в Москве, правительство Советского Союза, в лице председателя Совета
00:02:33народных комиссаров СССР Вячеслава Михайловича Молотова, с одной стороны, и правительство
00:02:39Германии, в лице германского посла в Москве, графа фондер Шуленбург, с другой стороны, заключили
00:02:46договор о государственной границе СССР и Германии, на участке от реки Игорка
00:02:52до Балтийского моря, в связи с состоявшимся 3 августа 1940 года, принятием литовской
00:02:59СССР в состав Союза Советских Социалистических Республик.
00:03:03»
00:03:03Ce sera le dernier amendement au pacte conclu entre Hitler et Staline.
00:03:07«На старте полета в стратосферу с открытой гондолой.
00:03:12Участники высотного полета – начальник высокоплавательной
00:03:15группы товарищ Ванин и старший пилот товарищ Голышев.
00:03:33Смелые стратонавты поднялись на высоту в 11 тысяч метров.
00:03:38Это новый международный рекорд.
00:03:49В детском саду Соколенческого района в «Ленинские дни».
00:04:02«Мы знаем, великий Ленин, заботлив и ласком был.
00:04:06Он взял бы нас на колени, а с улыбкой бы нас просил.
00:04:10Ну, как вам живется, дети?
00:04:12И нас бы звенел ответ.
00:04:14Мы всех счастливей на свете.
00:04:16Ребята, веселее нас нет.
00:04:27Когда же мы, наконец, поедем?
00:04:29Вот заработаем денег, поедем.
00:04:32Да где же мы их заработаем?
00:04:35Хруст.
00:04:36Хруст.
00:04:42Хруст.
00:04:43А сколько вообще декорация осталась?
00:04:45Три больших декораций, потом несколько досъемок.
00:04:48В общем, к мае я окончаю все семь.
00:04:49Ну, не будем вам мешать.
00:04:53Товарищи!
00:04:53Приготовились к репетиции!
00:04:55Стоп.
00:04:57Стоп, стоп, стоп!
00:05:00Декорации, потом несколько мелких досъемок,
00:05:07Sur le plateau de la Mosfilm, le plus important studio soviétique, le tournage se fait dans la bonne humeur.
00:05:14Le film sera achevé le 22 juin, jour de l'invasion allemande.
00:05:35Le film sera achevé, jour de l'invasion allemande.
00:06:03J'ai publié une lettre ouverte aux camarades Pronin, président du conseil municipal de Moscou.
00:06:08Je me consomme dans des conditions de logement épouvantables.
00:06:11Je vis ainsi depuis 1929 et je ne me suis jamais plaint, citoyen Pronin.
00:06:16Mais il est devenu impossible de continuer ainsi.
00:06:20Vous qui êtes à la tête de la ville, vous refusez de me recevoir.
00:06:24Vous n'estimez pas possible de m'accorder cinq minutes entre deux rendez-vous.
00:06:28C'est là une preuve supplémentaire que le peuple a besoin de moi.
00:06:32Cela me rapproche de ceux que vous ne daignez pas accueillir sur votre auguste seuil, pourtant façonné par leurs mains.
00:06:38J'en suis fier.
00:06:40J'ai dit ce que j'avais à dire et je me sens mieux, monsieur le chef de la municipalité,
00:06:44Vassily Prohorovitch Pronin.
00:06:5330 janvier.
00:06:55J'ai regardé Souvorov.
00:07:03Les grands épisodes de l'histoire nationale sont à l'honneur.
00:07:07Les héros militaires ont la cote.
00:07:10Je me réjouis du succès remporté par ce vieux Tcherkassov.
00:07:14Convaincant, naturel, chaleureux.
00:07:17Un jeu pas très varié, mais cela ne gêne pas vraiment.
00:07:23Une sacrée gueule.
00:07:33Je regrette de ne pas avoir su incarner un chef militaire de cette trempe.
00:07:37C'est un chef de l'honneur de l'honneur.
00:08:13Un an plus tôt, l'armée rouge a subi de grandes pertes en faisant la guerre à la Finlande.
00:08:19Quelques leçons de ski suffiront-elles à éviter une prochaine débâcle ?
00:08:31Bien sûr, nous passons progressivement à l'âge adulte.
00:08:35Nous parlons de plus en plus souvent de la guerre à l'ouest, de la façon dont elle risque de
00:08:39tourner.
00:08:41Nous menons une vie tranquille, pendant que les Allemands s'emparent des pays occidentaux les uns après les autres,
00:08:47pendant qu'ils bombardent l'Angleterre et font couler le sang.
00:08:50Nous cherchons à anticiper la suite des événements.
00:08:53Chez nous, certains disent que Hitler va se fatiguer, qu'il n'osera jamais s'en prendre à l'Union
00:08:57soviétique.
00:08:58D'autres assurent le contraire, que la conquête de l'Europe va permettre à Hitler de prendre des forces
00:09:03et qu'il se retournera alors vers l'Est.
00:09:06Je suis totalement ignorante en la matière, mais tout cela m'inquiète.
00:09:2811 février.
00:09:30Nous sommes au premier étage de la maison des artistes.
00:09:32Je suis avec Vili Bredel, Lili Bescher et un autre jeune Allemand spécialiste de ski.
00:09:38Vili a apporté une bouteille de vin.
00:09:40Nous parlons du sort du monde.
00:09:43Ces gens sont des émigrants, mais au fond d'eux-mêmes, ils sont Allemands.
00:09:46Ils sont fiers de la supériorité de l'armement allemand, de l'organisation de leurs compatriotes, de leur puissance.
00:09:53Mais en même temps, ils ne peuvent pas s'en réjouir.
00:09:59Ces Allemands souhaitent la défaite de leur pays.
00:10:01Ils ont hâte de voir l'Allemagne exsangue, vaincue.
00:10:05Ils attendent notre aide, celle de nos paysans.
00:10:08Ils attendent la chute de l'Allemagne hitlérienne.
00:10:11Ils me racontent des histoires drôles sur Hitler.
00:10:14Hitler est debout devant son portrait.
00:10:16Que va-t-il se passer quand les communistes arriveront ?
00:10:19Ils me décrocheront, répond le portrait.
00:10:22Et toi, ils te pendront.
00:10:26On s À la chute.
00:10:5915 février. J'ai 40 ans. Cela m'est tombé dessus aujourd'hui. J'ai fait si peu de choses,
00:11:04s'en est ahurissant. Dans le meilleur des cas, il me reste dix ou quinze ans de vie active. C
00:11:10'est
00:11:10affreux. J'ai envie de faire tant, mais je vois bien maintenant que je n'y arriverai pas. Mon
00:11:17film est soumis au comité cinématographique. Nous sommes entrés à 19 heures dans la salle de
00:11:22projection.
00:11:52Je vais vous aider. Je vais vous aider. Je vais vous aider. J'ai dit, j'écris.
00:12:06Je vais vous aider. J'ai dit, j'écris.
00:12:08J'écris.
00:12:10Si vous vous avez l'air, vous allez me voir.
00:12:16J'ai dit et s'il vous signifie à ce que vous a dit.
00:12:23J'étais tellement angoissé que je n'arrivais pas à respirer.
00:12:26J'ai regardé sans voir.
00:12:29On dit que c'est un bon film, mais je suis tellement ému que je n'ai pas d'avis.
00:12:33C'est un bon film, apparemment.
00:12:35C'est un bon film.
00:13:05C'est un bon film.
00:13:35C'est un bon film.
00:13:38C'est un bon film.
00:13:40à la fin de l'année de l'année de l'année.
00:13:45Les modèles dames et dames de l'année
00:13:48passent sur une attention à la critique.
00:14:202 mars. J'ai regardé Valéry Tchkalov. Ce film aura du succès, mais seulement en raison de l'amour du
00:14:28public pour le héros.
00:14:30En soi, le film est très superficiel.
00:14:33Derrière l'histoire extraordinaire de ce surdoué turbulent, on ne discerne pas l'homme.
00:14:38Les faits sont là, l'être humain non. C'est toujours la même erreur. Cela manque d'une véritable vision
00:14:46de l'existence.
00:14:47On ne sent pas l'énergie qui devrait se dégager de la force intérieure de l'homme, sa vigueur infinie,
00:14:54limpide et authentique.
00:15:09Ambassade d'Allemagne, le 5 mars.
00:15:12Cher Allah, nous, c'est-à-dire le petit cercle d'initiés de l'ambassade, sommes très nerveux.
00:15:18Nous avons reçu des informations, qui certes ne sont pas officielles, mais dont l'exactitude ne fait malheureusement guère de
00:15:25doute.
00:15:26Si ce qui s'annonce devait en effet se réaliser, je ne resterai certainement pas en poste plus de 3
00:15:32mois.
00:15:33Et pas seulement moi.
00:15:35Cher Allah, promets-moi de ne parler à personne de ce qui risque d'arriver.
00:15:52L'annonce de la guerre à venir se lie entre les lignes.
00:16:12L'annonce de la guerre à venir se lie entre les lignes.
00:16:3519 mars.
00:16:36Il n'y a rien de vraiment nouveau concernant la question qui nous préoccupe tous tellement.
00:16:41Les rumeurs les plus folles continuent de circuler, mais au fond, je doute que quiconque sache réellement ce qu'il
00:16:47en est.
00:16:48A mon avis, beaucoup dépendra de l'issue des entretiens entre le ministre des affaires étrangères japonais et les dignitaires
00:16:54allemands et italiens.
00:16:56Il nous faut attendre, c'est tout.
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00:47:10La photographe new-yorkaise Margaret Bourke-White est à Moscou pour le compte du magazine Life.
00:47:15Son mari, l'écrivain Erskine Caldwell l'accompagne.
00:47:45L'un comme l'autre qu'il fallait s'y rendre vite pour capturer en mots et en images ce
00:47:50qui s'annonçait pour nous comme un tournant dans la guerre.
00:48:2222 juillet.
00:48:22Ce sont à Los Angeles au cours d'une journée ordinaire.
00:48:2625 juillet.
00:48:28L'attaque de la nuit dernière a commencé à 22h et s'est prolongée jusqu'à 4h du matin.
00:48:33Même si elle a été nettement plus faible que les précédentes, c'était loin d'être une partie de plaisir.
00:48:40Erskine est partie à la radio.
00:48:42Je suis restée seule sur le toit et je me suis mise à prendre des photos.
00:48:46J'ai été contrainte de descendre pour me réfugier en passant par la fenêtre du bureau de l'ambassadeur,
00:48:52non pas par un bruit ou une explosion, mais sous l'effet d'une sorte de compression de l'air.
00:48:56En quelques secondes à peine, qui m'ont paru durer des minutes, j'ai réussi à attraper mon appareil,
00:49:01passer par la fenêtre, poser mon appareil à l'autre bout du tapis et me jeter à plat ventre dessus.
00:49:09Toutes les vitres de l'immeuble ont volé en éclats et une pluie de bouts de verre m'a recouverte.
00:49:13La bombe était tombée sur le théâtre Vartangoff, détruisant totalement l'édifice.
00:49:20La journée d'hier a été meurtrière.
00:49:23Le comédien Vassili Kousa et plusieurs autres acteurs du théâtre Vartangoff ont été pulvérisés.
00:49:29Ils étaient de garde dans le bâtiment.
00:49:31Une bombe est tombée en plein dessus.
00:49:34Les bombardements sont quotidiens, toujours à la même heure, avec toute la ponctualité allemande.
00:49:40Une tactique qui fonctionne, car elle énerve et épuise.
00:49:45En revanche, cela donne le temps de se préparer.
00:49:49L'alerte a lieu deux fois par jour.
00:49:52Les gens se réfugient dans les abris.
00:49:55Beaucoup descendent dans le métro.
00:49:57Je n'aime ni l'un ni l'autre.
00:49:58Je préfère monter sur le toit.
00:50:01Dans le métro, j'étouffe.
00:50:03C'est désagréable.
00:50:05Et j'ai honte.
00:50:07Hier, j'ai accompagné ma famille à la gare.
00:50:10Mais je ne ressens aucun soulagement.
00:50:12Ai-je bien fait ?
00:50:14Quand nous reverrons-nous ?
00:50:15Qui sait ?
00:50:17Mon Dieu, pourvu que tout se passe bien.
00:50:20Non, non.
00:50:22C'est un instant de faiblesse.
00:50:23Il ne faut pas se laisser aller à de telles pensées.
00:50:26Non, non.
00:50:27Je ne veux pas songer au pire.
00:50:29Je crois que tout finira bien.
00:50:34Il va probablement y avoir une alerte dans quelques minutes.
00:50:37Nous allons descendre dans la tranchée.
00:50:39C'est étonnant comme la vie change.
00:50:42Nous qui sommes des intellectuels, des ingénieurs de l'âme, mondialement connus,
00:50:46nous voilà contraints de ramper tous les soirs dans une fosse boueuse,
00:50:50dans laquelle on peut à peine se tourner et se tenir debout.
00:50:54On s'allonge sur le flanc dans ce fossé humide, avant au goût de notre futur cercueil.
00:51:04Soudain, toute la fortune d'un homme se réduit à ce qu'il a pu emporter dans ses bras ou
00:51:08sur son dos.
00:51:10Des gens qui ont vécu longtemps les uns à côté des autres sans se connaître se rencontrent soudain.
00:51:16Pendant des années, ils se sont enfermés à clés chez eux,
00:51:19à grands renforts de verrous, russes et américains, de crochets et de loquets.
00:51:23Aujourd'hui, sous les bombes incendiaires, on laisse les appartements grands ouverts
00:51:29et on se réfugie dans une fosse.
00:51:32Et de 10h du soir à 4h du matin,
00:51:35les chats, jouissant des pleins pouvoirs, vont d'un logement à l'autre.
00:51:41J'étais jadis très impressionné par le personnage de Pierre Bezouroff
00:51:45et ses promenades dans un Moscou ravagé par les flammes.
00:51:49Si j'étais un petit peu plus alerte, j'irais me promener comme lui aujourd'hui.
00:51:56La défense s'est tellement renforcée qu'on ne devrait plus voir arriver que des avions isolés.
00:52:01J'ai l'impression d'être très vieux.
00:52:04C'est probablement à force de dormir dans une fosse aussi étroite qu'un cercueil.
00:52:11Les Etats-Unis ne sont pas encore entrés en guerre.
00:52:14Le président Roosevelt envoie son proche conseiller Harry Hopkins à Moscou.
00:52:2130 juillet.
00:52:23J'ai dit à M. Staline que j'étais le représentant personnel du président.
00:52:26Que le président considérait Hitler comme un ennemi de l'humanité
00:52:29et qu'il désirait donc soutenir l'Union soviétique dans son combat contre l'Allemagne.
00:52:34Je l'ai assuré de la détermination du président et de notre gouvernement
00:52:37à fournir à l'Union soviétique toute l'aide possible dans les plus brefs délais.
00:52:42Je voulais régler autant de choses que possible durant le temps très court qui m'était imparti.
00:52:47J'ai ajouté que je préférais évidemment en conférer directement avec lui.
00:52:51M. Staline m'a répondu,
00:52:53« Vous êtes notre invité, nous sommes entièrement à votre service. »
00:53:01Quand je me suis mise à genoux pour faire une prise de vue en contre-plongée, il a souri.
00:53:06Et lorsque j'ai mis son interprète à contribution pour changer les ampoules et me tenir les réflecteurs,
00:53:11il a pratiquement gloussé.
00:53:12Le reste du temps, il est resté immobile comme une pierre, un vrai bloc de granit.
00:53:24Le reste du temps, c'est un peu plus grand.
00:53:483 août. Les bombardements sont quotidiens. Je suis de garde sur le toit dans mon théâtre Rukalouchskaya.
00:53:57Les nuits sans sommeil sont épuisantes, usent la santé.
00:54:01Il faut pourtant des forces, car il est désormais clair que nous ne sommes pas prêts d'en avoir terminé.
00:54:104 août. L'alerte résonne à peine et je suis déjà là. Boulevard Pokrovski, poussé par le besoin de monter
00:54:17au grenier et de m'exposer au danger.
00:54:19Je n'ai absolument pas peur, je m'en fiche. Mais ma mère est littéralement malade à l'idée des
00:54:25risques que je prends. Elle veut absolument qu'on parte d'ici.
00:54:39Tels des éléphants ou des cochons, on aperçoit à l'horizon, à travers les arbustes, les saucisses du barrage aérien.
00:54:47Le soir, les gens font la queue devant les bouches de métro pour aller dormir à l'abri.
00:54:52Un passant mélancolique parle de ligne de vie.
00:54:57Il n'y a aucune panique à Moscou, même pendant les alertes. Il n'y en a pas non plus
00:55:03dans les abris.
00:55:13Chaque famille a son petit espace.
00:55:16Les enfants dorment pendant que les adultes s'occupent comme ils peuvent.
00:55:20Ils prennent le thé avec de la confiture, se rendent visite les uns aux autres, bavardent à voix basse, jouent
00:55:26au domino.
00:55:27Certains jouent aux échecs entourés de leurs admirateurs. Beaucoup lisent, tricotent, reprissent des bas, brossent leurs vêtements.
00:55:37Les gens se sont installés dans la durée. Les alertes aériennes se sont multipliées.
00:55:42Les habitants éteignent rapidement les bombes incendiaires.
00:55:47Un jour, j'étais de garde sur le toit avec Xiora pendant une alerte.
00:55:51Notre mission consistait à localiser rapidement les bombes incendiaires larguées par les avions et à les jeter dans la rue.
00:55:57On disposait pour cela d'un outil spécial, une sorte de pince.
00:56:01Certains n'hésitent pas à prendre ces allumes-feux avec les mains.
00:56:1212 août. Nous sommes entrés dans la troisième semaine de bombardement et Moscou a connu la nuit dernière l'une
00:56:18des pires attaques.
00:56:20Dans différents quartiers de la ville, des immeubles et des habitations ont été détruits aux alentours de minuit par des
00:56:26bombes de gros calibre.
00:56:28Et comme c'était à craindre, il y a eu des morts et des blessés.
00:56:49Dès la fin de l'alerte, les gens recommencent à parler, s'agiter, rire.
00:56:54La vie reprend ses droits.
00:56:56Les gens échangent leurs impressions à voix haute, mais avec une certaine lassitude, car personne n'a dormi.
00:57:04Sans attendre le signal de fin d'alerte, les mères sortent de l'abri avec leurs enfants et vont s
00:57:10'écrouler tout habillés sur leur lit, épuisés à même la couverture.
00:57:14Pour dormir ne serait-ce qu'une heure.
00:57:17Le matin leur apportera dans une semi-torpeur son lot de soucis, d'incendies, de destructions et de morts.
00:57:25Les autobus s'emmèneront au travail des gens piquants du nez, le cœur un peu serré, la tête en vrac
00:57:31et en quête de réponse.
00:57:34Pourquoi ne sommes-nous pas préparés ?
00:57:36Les nouvelles du front sont alarmantes.
00:57:38Comment cela se fait-il ?
00:57:40On broie du noir, on s'étonne, on s'inquiète.
00:58:09Ces derniers jours,
00:58:10J'ai pu visiter pour la première fois un poste de défense anti-aérienne de l'armée rouge.
00:58:16Après le repas, nous avons marché dans les environs et contemplé les restes d'avions allemands éparpillés sous les arbres,
00:58:22dans les fossés, dans les champs de blé.
00:58:25Il y avait des moteurs de Juncker et de Messerschmitt, et un amas d'ailes et de gouvernailles de Juncker
00:58:30et de Dornier.
00:58:33J'ai vu des gens travailler sur la rue, en faisant des bagues de l'arrivée.
00:58:37J'ai vu qu'ils font tout ce genre de travail imaginable.
00:58:40Le tout objectif semble être, pas d'avoir un travail pendant ces temps, mais d'y contribuer à quelque chose
00:58:47à la défense du pays.
00:58:49Je crois que la toute population s'est mobilisée, juste pour ce seul purpose, pour atteindre la victoire dans cette
00:58:57guerre.
00:58:5915 août. Nous sommes en répétition. Les comédiens jouent comme des pieds.
00:59:04Raid, coincé, obtu, peu habité par la psychologie pourtant primaire des personnages.
00:59:09J'ai assisté au filage des premiers tableaux, et je suis atterré.
00:59:29J'ai assisté au filage des milliers de governs de l'arrivée.
00:59:33Il faut qu'il y ait de nous et de nous mettre.
00:59:39Le contraint est en pt. 202.
00:59:44L'appréciation de l'appréciation...
00:59:47...en déjeuner, le maillard...
00:59:48...en déjeuner, le maillard, le maillard, le maillard, le maillard, le maillard...
00:59:52...le maillard.
00:59:52...le maillard, je vais vous aider, je vais vous aider.
00:59:54...le maillard.
00:59:56...le maillard.
01:00:0423 août.
01:00:05De source officielle, il y a eu à Moscou en un mois, du 22 juillet au 22 août, 24 attaques
01:00:12aériennes.
01:00:13Les alertes ont été plus nombreuses.
01:00:16Ont été touchés un hôpital, deux dispensaires, trois écoles maternelles, le théâtre Vartangoff, des immeubles d'habitation, plusieurs petites usines
01:00:26locales.
01:00:26Les bombardements sur Moscou ont fait 736 morts, 1444 blessés graves et 2069 blessés légers.
01:00:36...
01:00:39Sous-titrage MFP.
01:01:09Sous-titrage MFP.
01:02:36Sous-titrage MFP.
01:02:39Sous-titrage MFP.
01:03:08J'ai eu horriblement froid.
01:03:11J'ai les pieds mouillés, le maillot de corps trempé et le nez rouge.
01:03:17Mais je suis contente.
01:03:18Nous avons fait quelque chose d'utile pour notre pays.
01:03:21Nous avons rentré plein de bois pour l'hiver et nous l'avons empilé.
01:03:33Aujourd'hui, j'ai fait mon premier pansement.
01:03:36Et pas seulement, j'ai entièrement soigné la plaie.
01:03:39Je l'ai nettoyée, aspergée de bactéricides et bandée.
01:03:43Au début, tout paraît terriblement difficile et les gestes sont étonnamment maladroits.
01:03:5511 septembre.
01:03:57Je ne sais pas pourquoi, mais il n'y a pas eu d'alerte.
01:04:00J'ai appelé Choura et nous sommes allés ensemble au cinéma.
01:04:03Nous avons vu Anton Ivanovitch se fâche.
01:04:06Un excellent film.
01:04:2814 septembre.
01:04:30A l'université, toutes les étudiantes sont sous le choc de l'annonce de la mort de la première d
01:04:35'entre nous.
01:04:37Lia Kantorovitch, une jolie étudiante de la faculté de lettres et morte en héroïne.
01:04:43Jeune, elle n'avait que 21 ans.
01:04:46Talentueuse, la plus courageuse de nous toutes.
01:04:50Son diplôme d'infirmière en poche, elle est partie en première ligne, abandonnant l'hôpital pour le front.
01:04:56Elle était devenue responsable sanitaire de son régiment.
01:05:00On nous a dit qu'elle s'était portée volontaire lors d'une offensive aux côtés du commissaire politique.
01:05:05Et qu'elle avait été mortellement blessée.
01:05:2530 septembre.
01:05:27Je me suis rendue ce matin au bureau militaire.
01:05:30Nous avons longuement discuté avec le préposé à l'accueil d'un sujet qui interpelle.
01:05:35Mon nom de famille.
01:05:37Il a quand même fini par accepter de m'enregistrer, mais il a d'abord fallu que j'aille au
01:05:41commissariat de mon domicile.
01:05:44On m'a remis une convocation pour que j'aille chercher mon livret militaire le 6.
01:05:49Mais il est certain qu'avec mes origines familiales, on ne m'enverra pas au front.
01:06:041er octobre.
01:06:05Je suis allé voir le lac des cygnes avec Ullanova.
01:06:09C'est une danseuse étonnante.
01:06:11En la regardant, j'étais admiratif et jaloux.
01:06:15Tout est fait dans les règles, avec une grande précision d'exécution, dans un souci de l'enchaînement, de la
01:06:23préparation.
01:06:24Chez nous, chez les comédiens, tout est dans l'à peu près.
01:06:33Le 2 octobre, la Wehrmacht lance l'offensive finale sur Moscou.
01:06:506 octobre.
01:06:52La campagne d'aide hivernale a commencé, même si on ne l'appelle pas ainsi.
01:06:56L'approvisionnement de l'armée en vêtements chauds ne relève pas, bien entendu, du volontariat.
01:07:00Pourquoi ?
01:07:01Parce qu'on a besoin de beaucoup de vêtements chauds et que notre pays n'en a pas.
01:07:06Cela fait 20 ans qu'on ne trouve plus de laine sur le marché intérieur.
01:07:09On ne trouve que des chiffons, et encore, en petites quantités.
01:07:13On achète des couvertures en flanel qu'on coud ensemble pour faire des gilets sans manches.
01:07:18L'hiver suscite des défis inattendus.
01:07:238 octobre.
01:07:24La nouvelle du bulletin de ce matin, des combats particulièrement violents se déroulent du côté de Vyazma et de Bryansk.
01:07:31Vyazma est à un peu plus de 200 km de Moscou.
01:07:34Manifestement, les Allemands cherchent à nous mettre au chaos en jetant tout leur poids dans la bataille.
01:07:39Rien, pas même la boue, ne les arrête.
01:07:41La brèche est apparemment importante.
01:07:44Je lis le manuscrit de la troisième partie de la chute de Paris d'Ilia Ehrenburg.
01:07:49Cela parle, quelle coïncidence, de l'exode des Parisiens pendant l'été 1940.
01:07:5612 octobre.
01:07:57La situation n'est pas claire.
01:07:59Les journaux sont de plus en plus inquiétants.
01:08:02D'après les bulletins d'actualité, les Allemands progressent.
01:08:06Sachant que Vyazma n'est qu'à 200 km et quelques,
01:08:09et qu'une offensive généralisée peut briser notre dispositif de défense,
01:08:13on peut théoriquement s'attendre à les voir surgir à tout moment.
01:08:19En réalité, Vyazma est déjà tombé le 7 octobre.
01:08:24La voie vers Moscou est libre.
01:08:28La N'est qu'il y a déjà été déçu de l'exodeur.
01:08:35La N'est qu'il y a déjà été déçu de l'exodeur.
01:08:37La N'est qu'il y a déjà été déçu de l'exodeur.
01:08:38Les filles-applés, qui travaillent sur les 5 ménages,
01:08:40d'être un peu de 200% de l'exodeur.
01:08:44Staline dit, plus l'arrivée, plus l'arrivée, plus l'arrivée.
01:08:59Le 14 octobre. L'ennemi nous a encerclés. C'était une canonnade sans fin. Un duel d'artillerie, de mortiers
01:09:07et de mitraillettes.
01:09:08Une journée de danger et de terreur presque ininterrompue. Je ne mentionne même plus la forêt, les marécages et les
01:09:15bivouacs.
01:09:16Je n'ai plus dormi depuis le 12 et plus ouvert un journal depuis le 2 octobre.
01:09:2315 octobre. Quel cauchemar. J'ai rentitubant au milieu des cadavres et des horreurs de la guerre, sous le feu
01:09:31permanent de l'ennemi.
01:09:33Je suis à nouveau affamé et épuisé. Notre défaite est totale. L'armée est en déroute, le matériel détruit.
01:09:43Je suis en forêt et j'écris à la lumière d'un feu de camp. Ce matin, j'ai perdu
01:09:47tous les tchéquistes. Je me suis retrouvé seul au milieu d'inconnus.
01:09:51L'armée est en lambeaux.
01:09:54La journée du 15, Moscou semblait sans voix, comme Grogui. On voyait apparaître les signes d'une certaine désorganisation et
01:10:01d'un désarroi croissant.
01:10:03On disait que les troupes étaient en déroute, qu'il y avait une pénurie de munitions catastrophiques.
01:10:09Quand nous avons pris congé, Staline nous a annoncé qu'il faut évacuer la ville dès aujourd'hui.
01:10:14Comme il aurait pu dire, c'est l'heure de déjeuner.
01:10:17Il était déjà 17h. Il voulait que les trains partent dans 3 ou 4 heures.
01:10:21A 20h30, nous étions sur le quai.
01:10:25Les bâtiments gouvernementaux sont évacués. Staline reste.
01:10:3016 octobre. Tout a changé d'un seul coup.
01:10:34Les Izvestia n'ont pas paru.
01:10:37La rédaction aurait été évacuée.
01:10:39Le bureau de l'information, qui pour la première fois s'approche de la vérité,
01:10:43dit qu'à l'ouest, la situation s'est fortement détériorée, que le front a cédé au centre.
01:10:49Moscou ressemble aujourd'hui à une fourmilière.
01:10:52Dans la rue, c'est le chaos.
01:10:54Le métro est fermé, et les rumeurs les plus sinistres circulent.
01:10:58On dit qu'il va être dynamité ou inondé.
01:11:01Les Allemands devraient arriver dès ce soir.
01:11:04Il est question de déclarer Moscou ville ouverte, comme Paris.
01:11:12Manifestement, c'est la fin.
01:11:14Je suis descendu dans la rue.
01:11:16J'ai vu passer des voitures chargées à ras-bord.
01:11:19Beaucoup de gens avec des bagages.
01:11:20L'air désespéré.
01:11:23Dans les files d'attente et dans la ville, la colère des gens gronde contre l'ancien régime,
01:11:28qui les a trahis, laissés tomber, abandonnés.
01:11:32On brûle déjà les portraits des dirigeants.
01:11:35Les gens ont honte de leur pays.
01:11:39On ne peut pas encore prendre toute la mesure de l'amertume engendrée par cette nouvelle défaite immense,
01:11:45infligée non pas au système, bien sûr, mais au pays.
01:11:49Pour la énième fois, un pouvoir incapable a failli.
01:11:55Le peuple ne mérite-t-il donc pas un gouvernement digne de ce nom ?
01:12:04La situation à Moscou est absolument incompréhensible.
01:12:07Du diable si quelqu'un arrive à y comprendre quelque chose.
01:12:11Les communistes et les juifs quittent la ville.
01:12:13Et la radio continue de braire des chansons patriotiques.
01:12:17Certains affirmaient que les Allemands étaient attendus à Moscou cette nuit.
01:12:22C'est exagéré, mais tout est possible.
01:12:37Dans la nuit du 16 octobre, Moscou était prête à tomber.
01:12:41Si les Allemands avaient su ce qui se passait dans la capitale,
01:12:44ils l'auraient prise avec 500 parachutistes.
01:12:5419 octobre.
01:12:55Il règne dans la ville une atmosphère de siège.
01:12:58L'ordre est assuré par les forces du NKVD et de la police.
01:13:02Toute personne en infraction peut être abattue sur le champ.
01:13:05Les rumeurs les plus invraisemblables circulent.
01:13:09Staline aurait été tué par Molotov.
01:13:11Ou alors c'est lui qui aurait tué Voroshilov.
01:13:14Ou encore, ils ont tous pris la fuite.
01:13:24Les journaux d'hier parlent de résistance à l'intérieur même de la ville
01:13:28et font même l'éloge de cette guerre urbaine.
01:13:31C'est manifestement la forme que prend la défense militaire de Moscou.
01:13:36On en perçoit d'ailleurs déjà certains signes.
01:13:38On voit s'élever ça et là des espèces de barricades.
01:13:42En plein XXe siècle.
01:13:5331 octobre.
01:13:54Pas de changement.
01:13:57Manifestement, il y a une trêve.
01:14:00La rumeur situe les Allemands près de Golitsino,
01:14:02à une cinquantaine de kilomètres.
01:14:08La Wehrmacht n'attaque pas.
01:14:11Le Kremlin profite du répit.
01:14:164 novembre.
01:14:17Grande nouvelle.
01:14:18Nous allons filmer la réunion solennelle
01:14:21organisée à l'occasion du 24e anniversaire de la Révolution.
01:14:26Elle aura lieu dans le métro,
01:14:27à la station Mayakovsky.
01:14:29C'est épatant, au nez et à la barbe des fascistes.
01:14:33Mais le plus important,
01:14:34c'est qu'il y aura un défilé.
01:14:37Camouflet éclatant à Hitler
01:14:38et témoignage de notre force.
01:14:54On pourrait écrire un livre sur ces journées.
01:14:57Un gros livre.
01:14:58Émouvant.
01:15:00Notre caméra s'est mise à ronronner le 6 au soir,
01:15:03fixant sur la pellicule l'allocution de Staline.
01:15:06Le tournage a été réalisé par l'équipe du Kremlin.
01:15:11Il y a eu une alerte pendant la retransmission du discours.
01:15:14Celle-ci n'a été interrompue que quelques secondes,
01:15:16le temps de faire passer une annonce.
01:15:18Citoyens, alerte aérienne.
01:15:21Le tournage s'est bien passé,
01:15:23malgré des conditions difficiles.
01:15:26Le matériel avait été transporté dans une rame de métro,
01:15:29prêt à filmer.
01:15:57Sous-titrage Société Radio-Canada
01:16:00afin d'y aider à aider les gens à leur défendre la lutte contre l'hypnée.
01:16:05Et ensuite, d'y permettre à leur défendre les gens de leur pays,
01:16:10comme ils le veulent.
01:16:12Il n'y a pas d'amélioration dans lesquels d'autres gens.
01:16:17Mais afin d'associer ces objectifs,
01:16:20nous devons réduire la force de l'armée des némets.
01:20:36La population se rend aux abords de Moscou pour chercher sous la neige des carottes et des betteraves gelées.
01:20:43Il y a beaucoup de cas d'intoxication au gaz d'éclairage.
01:20:46De temps en temps, le réseau est coupé.
01:20:49Les usagers oublient alors de fermer les robinets d'arrivée.
01:20:53Et lorsque le gaz revient, il envahit les appartements.
01:20:56Surtout la nuit.
01:20:5826 novembre, les rumeurs les plus effrayantes circulent.
01:21:02Les allemands seraient à Rimki.
01:21:04En tout cas, si mes oreilles ne me trompent pas, on entend la nuit au loin des tirs d'artillerie.
01:21:10À combien ? 40 ou 50 kilomètres ?
01:21:13Ça ressemble aux prémices d'une conquête imminente et totale de Moscou.
01:21:181er décembre.
01:21:19Les alertes se succèdent.
01:21:21Les allemands sont à Srodnya, à 30 kilomètres de Moscou.
01:21:24Des réfugiés de Pozol-Neshnaïa racontent que tout brûle sur le chemin des allemands.
01:21:312 décembre.
01:21:32On dit que tous les environs de Moscou sont couverts de fortifications et de mines.
01:21:36Que l'armée est partout.
01:21:38On a le sentiment que cette fois, nous allons résister.
01:21:44Un tract de l'armée rouge.
01:21:47Ne touchez pas à Moscou.
01:21:49Soldats allemands, Hitler vous envoie vers une mort certaine.
01:21:53Personne ne prendra Moscou.
01:21:56Jamais.
01:22:053 décembre.
01:22:07La situation aux abords de Moscou est grave.
01:22:09On continue d'évacuer de la capitale tous les intellectuels de valeur,
01:22:13universitaires, artistes, médecins, etc.
01:22:16Les prix sur le marché augmentent.
01:22:18Les gens commencent à avoir faim.
01:22:21La sous-alimentation est une réalité.
01:22:24Les vivres arrivent manifestement au compte-gouttes
01:22:26et beaucoup de choses auraient déjà disparu.
01:22:354 décembre.
01:22:37On entend les canons tonner tout près.
01:22:39Il y a de nombreuses barricades.
01:22:42Aux urgences, on nous a demandé d'apporter notre propre pain pour le déjeuner.
01:22:505 décembre.
01:22:52Il fait de plus en plus froid.
01:22:54Ce matin, moins 26 degrés.
01:22:57Dans la soirée, c'était encore pire.
01:22:59Je n'ose pas imaginer les conditions sur le front par un temps pareil.
01:23:02Une blessure, même légère, devient vite mortelle.
01:23:06Mais tout cela joue plutôt en notre faveur.
01:23:09La technique a du mal à suivre.
01:23:11Les soldats allemands ont plus de problèmes que les russes.
01:23:14Nous sommes habitués à de telles conditions.
01:23:229 décembre.
01:23:24Les allemands ont commencé à reculer.
01:23:26On entend les tirs d'artillerie.
01:23:29Les bombardements se multiplient.
01:23:31Mais le fait est que l'invincible armée allemande recule.
01:23:3910 décembre.
01:23:41Nous enregistrons des succès partout.
01:23:44Yelès et Irvine ont été repris.
01:23:46Kalinin est encerclé.
01:23:48Les gens ont de nouveau le moral.
01:23:52J'ai désormais la certitude que les allemands sont sur le déclin.
01:23:56C'est ce qui ressort logiquement de l'évolution des événements de ces derniers jours.
01:24:0213 décembre.
01:24:04L'annonce de la défaite des allemands aux abords de Moscou m'est parvenue aujourd'hui par bribes.
01:24:09Au fil des rumeurs et des informations distillées par la radio et les journaux.
01:24:13Jusqu'à l'apparition de la Pravda.
01:24:18Le plus important, c'est que cette défaite devrait briser le moral des soldats allemands.
01:24:22De façon sans doute irréversible.
01:24:25Le blason de Staline est soudain redoré.
01:24:31Mais que doit faire Churchill ?
01:24:34N'est-il pas temps de sauver Hitler de Staline ?
01:24:37De choisir entre la peste et le choléra ?
01:24:4415 décembre.
01:24:46Notre train est arrivé à Moscou tard dans la soirée.
01:24:49Le commissaire du peuple aux affaires étrangères, Vyacheslav Molotov, a accueilli Anthony Eden
01:24:55et lui a immédiatement annoncé que l'armée rouge avait, le jour même, chassé les allemands de la ville de
01:25:01Kline.
01:25:02Lorsque les membres de la délégation anglaise en chapka et manteau de fourrure sont descendus des wagons
01:25:07et se sont avancés sur le quai à la rencontre des soviétiques venus les accueillir,
01:25:12dans la lumière crue et rougeoyante des lampadaires,
01:25:15lorsque les panaches de vapeur et de fumée crachés par la locomotive les ont enveloppés
01:25:19avant de se perdre sous la voûte de la gare,
01:25:22il m'a semblé l'espace d'un instant que nous n'étions plus dans la froide réalité de la
01:25:27Seconde Guerre mondiale,
01:25:29mais plutôt face à un tableau tiré d'un sinistre conte de fées.
01:25:35A l'occasion de l'une de leurs rencontres,
01:25:37Eden a demandé à Staline l'autorisation de se rendre sur le front.
01:25:41Staline a accepté et lui a recommandé d'aller dans la région de Kline
01:25:44où les combats se poursuivaient face à une armée allemande qui battait en retraite.
01:25:49Le voyage a eu lieu le 19 décembre.
01:25:52La chaussée et les bas côtés sont jonchés d'innombrables camions renversés,
01:25:57de chars éventrés, de pièces d'artillerie hors service
01:25:59et de toutes sortes d'autres débris d'armement.
01:26:03Le diable en personne s'est amusé ici avec ses jouets infernaux, me suis-je dit.
01:26:07Nous avons vu de nombreux cadavres au milieu de la route,
01:26:10dans les fossés et dans les champs couverts de neige.
01:26:14La majorité étaient allemands dans leurs uniformes bleu pétrole,
01:26:17mais il y avait aussi des soldats de l'armée rouge avec leur long manteau gris.
01:26:22Les cadavres s'étaient déjà raidis,
01:26:24parfois dans les poses les plus étranges et incompréhensibles,
01:26:27les bras grands ouverts, à quatre pattes ou enfoncés jusqu'à la ceinture dans la neige.
01:26:33Lorsque nous sommes rentrés à Moscou le soir,
01:26:35Iden s'est exclamé « J'ai vu de mes propres yeux l'armée allemande défaite,
01:26:40en retraite, en déroute. »
01:26:43Le mythe de l'invincibilité allemande est brisé.
01:27:0023 décembre.
01:27:02À Moscou, la querelle va désormais bon train entre ceux qui sont restés
01:27:06et ceux qui sont partis et revenus.
01:27:09Chaque camp tient absolument à prouver la justesse de son attitude.
01:27:14Je me demande comment cela va finir.
01:27:17En faveur de ceux qui sont restés, je pense.
01:27:20Car il fallait être héroïque pour croire en la résistance de Moscou.
01:27:24Et pour l'instant, on a du mal à voir où était l'héroïsme de ceux qui sont partis.
01:27:29Léonide Timofeyyev a dissimulé son journal dans un fauteuil en cuir.
01:27:34Personne n'en connaissait l'existence.
01:27:36Sa fille l'a trouvée après sa mort en 1984.
01:27:4129 décembre.
01:27:43Rien à signaler.
01:27:45Le front s'éloigne lentement vers l'ouest.
01:27:49Les gens font la queue pour le pain dès minuit.
01:27:52C'est aujourd'hui le 191e jour de guerre.
01:27:57Quelles que soient les réserves des Allemands,
01:27:59ils sont dans le pétrin.
01:28:02A Moscou, on démonte déjà les barricades.
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