- il y a 12 heures
Regardez l'échange entre Guillaume Daudin, scénariste de BD et journaliste au "Monde", auteur de "L'arnaque des nouveaux pères" chez Glénat, et Clémence Pernoud, petite fille de Laurence Pernoud. "J'attends un enfant et j'élève mon enfant" vient de fêter son 70e anniversaire. Elle a repris la suite de sa grand-mère. Aujourd'hui les pères sont aussi en couverture. Nouvelle édition chaque année.
Regardez C'est notre époque avec Céline Landreau du 19 juin 2026.
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00:05On est ensemble jusqu'à 9h30 et c'est notre époque donc maintenant on le disait, c'est leur fête
00:10ce dimanche et on a choisi de s'intéresser ce matin au père de 2026.
00:14Qui sont-ils ? Comment odostile ce rôle ? On en parle avec nos deux spécialistes Clémence Pernoud d'abord.
00:21Bonjour, vous avez pris la relève, on peut le dire comme ça, de votre grand-mère, célèbre grand-mère Laurence
00:27Pernoud avec deux nouvelles éditions de J'attends un enfant et J'élève mon enfant, des ouvrages qui fêtent leur
00:3470e anniversaire.
00:36Avec nous aussi Guillaume Daudin, bonjour, vous êtes journaliste au Monde et auteur de L'arnaque des nouveaux pères chez
00:43Glénat.
00:44D'abord, cette première question très basique, est-ce que la place du père a vraiment évolué ces dernières années
00:51? Clémence Pernoud.
00:53Vous le mettez en couverture de vos lignes.
00:55Je le mets en couverture, bah oui parce qu'il faut...
00:56On ne fait plus un enfant toute seule.
00:57Exactement, on ne l'a jamais fait mais pendant très très très longtemps en fait la société, le père n
01:04'existait pas tout simplement parce que la société s'est construite comme ça et donc on ne se posait même
01:08pas la question.
01:08Donc aujourd'hui, heureusement, on se pose la question, on sait même que le père est très important et que
01:14la relation père-enfant est très importante et pour le père et pour l'enfant.
01:17Mais donc, ce qui reste, on est un peu dans une période charnière, c'est-à-dire qu'on sait
01:22ça, le père est important, mais la société ne lui laisse pas encore toute la place qu'il devrait et
01:26donc ça crée des situations plutôt de souffrance, j'ai l'impression.
01:30Même si on voulait être taquin, on pourrait quand même souligner que sur votre couverture, j'élève mon enfant, le
01:36père est bien en arrière-plan et un peu flouté quand même.
01:38Alors, c'est un fait. Malheureusement, si je vous racontais l'histoire de ce shooting, parce qu'il se trouve
01:44que sur cette photo, c'est mon conjoint, ma fille et moi.
01:47Et en fait, faire un shooting photo avec un enfant de deux ans, ça crée des situations compliquées.
01:53Donc, c'est effectivement, le père est flou à l'arrière, mais ça ne...
01:56Ce n'est pas un message.
01:57Pas du tout.
01:59Ça aurait pu donner du grain à moudre peut-être à Guillaume Dodin. Je rappelle le titre de votre livre,
02:04L'arnaque des nouveaux pères, c'est déjà un programme en soi.
02:06C'est déjà un programme. On les voit plus en photo, les pères, et ils sont de fait plus présents.
02:12Ce qu'on raconte dans cette bande dessinée avec Stéphane Jourdin et Antoine Grimé, c'est qu'ils sont là,
02:17on les voit plus, mais que, comme vous le dites, on est au milieu du chemin.
02:22C'est-à-dire qu'ils participent à un certain nombre de tâches, beaucoup plus qu'avant, mais c'est
02:28souvent des tâches valorisées.
02:29On donne le biberon, on change la couche, quand même.
02:31On emmène les enfants à l'école, éventuellement, parce que c'est visible, on va au parc, on joue avec
02:35eux, on leur lit des histoires.
02:37Mais quand on est père, on ne participe pas encore autant à d'autres tâches, beaucoup plus ingrates et invisibles.
02:41Parce que c'est visible, il y a une question de représentation sociale qui est importante ?
02:45Voilà, c'est-à-dire que là où on peut investir du temps, qui est quand même du temps moindre
02:49que celui des mères, c'est du temps qui rapporte un bénéfice.
02:53C'est du temps sympa où on crée de la relation avec l'enfant, mais par contre, le temps ingrat
02:57de la lessive, de changer les couches parfois,
03:01le temps de faire des tâches domestiques où il n'y a pas de lien avec les enfants, mais qui
03:04sont indispensables aux enfants, la charge mentale par exemple,
03:08ce temps-là, il n'est pas encore autant investi que par les mères.
03:11Pour donner un exemple très concret, c'est le père qui dit bien sûr je l'emmène chez le pédiatre
03:15quand elle est malade,
03:16mais c'est la mère qui va continuer à avoir en tête le calendrier des rendez-vous à prendre suivant
03:21l'âge de l'enfant pour les différents vaccins ?
03:22Absolument, le calendrier des piqûres, et puis il y a tout ce continent invisible de la charge mentale,
03:28il y a penser à acheter des vêtements parce que l'enfant grandit, penser à prendre les rendez-vous des
03:33piqûres,
03:34penser à tout ce genre de choses, et puis il y a des statistiques très bêtes et méchantes.
03:37Il y a 17% des couples aujourd'hui qui partagent la lessive, la charge de la lessive.
03:43On sait que c'est 17% qui partagent.
03:45Ce n'est pas beaucoup 17% ?
03:46Ce n'est pas beaucoup, et on sait qu'en fait le reste des couples, c'est quand même largement
03:49pris en charge,
03:50plutôt par les femmes dans les couples hétéros, et c'est le signe qu'il y a des choses qui
03:54peut-être bougent un peu,
03:56parce que ça bouge un peu, mais qui sont encore en chemin.
03:58Est-ce que dans l'éducation, il est quand même davantage investi dans la réflexion sur qu'est-ce qu
04:05'on transmet aux enfants,
04:06quelles valeurs, tout ça ? Là, il y a une différence ou c'était déjà assez paritaire sur ce sujet
04:09?
04:09Non, je pense que ça n'était pas paritaire.
04:13Et d'ailleurs, moi, en préparant, vous disiez qu'on était à la 70e année des livres,
04:18et en préparant cette 70e édition, j'ai retrouvé des archives de ma grand-mère qui disaient dans les années
04:2380,
04:24« Le père est le grand absent, il faut absolument l'inclure ».
04:28On a réussi en partie, quand même.
04:30On est sur le chemin, encore une fois, c'est ce qu'on disait,
04:32mais en fait, il y a un cercle vertueux qu'il faut installer véritablement,
04:38et j'aime bien repartir de la science, parce que, bon voilà, moi, je travaille en plus avec des médecins,
04:42avec tout un collège de scientifiques.
04:44La science nous dit aujourd'hui, je vais aller un peu loin,
04:49mais les pères sont des mères comme les autres,
04:51dans ce sens où, en fait, il y a des tas de recherches scientifiques,
04:54de plus en plus aujourd'hui, qui s'intéressent au père,
04:56et qui s'intéressent aux changements hormonaux extraordinaires
04:59qui se passent au moment où le père, où l'enfant naît.
05:01On avait une question, justement, d'un auditeur là-dessus, de Loris,
05:04qui dit, on parle souvent de l'instinct maternel,
05:05mais est-ce qu'il y a un instinct paternel ?
05:07Alors, le mot « instinct », je le trouve très galvaudé,
05:10et souvent, il est reçu comme une injonction,
05:13et il met plutôt les gens en souffrance.
05:15En revanche, ce qui est très intéressant, c'est l'attachement.
05:18L'attachement, c'est aussi observer scientifiquement.
05:22En fait, l'attachement, c'est le lien, c'est la rencontre
05:26entre le parent et son enfant,
05:28et c'est grâce à ces liens d'attachement,
05:30qui commencent à la naissance,
05:31que l'enfant va se développer cognitivement,
05:34que tout son schéma va grandir,
05:38et c'est surtout cette rencontre-là
05:39qui crée le cercle vertueux que j'évoquais.
05:42Plus ils se rencontrent,
05:44et plus ils vont s'attacher l'un à l'autre,
05:45et plus on va entrer dans cette relation,
05:47et plus on va aller au fond,
05:48et plus on gagne du temps,
05:51et plus on va penser au vaccin, aux vêtements, tout ça.
05:53Si la relation, si la rencontre ne se fait pas,
05:56on ne peut pas demander au père ensuite de faire tout le reste.
05:58De l'importance, par exemple,
06:01d'inciter au pot à pot à la maternité
06:03entre le papa et l'enfant,
06:04comme on le faisait avant avec simplement la maman.
06:06Oui.
06:07Ce qu'on peut dire aussi,
06:08c'est qu'être père,
06:10c'est comme prendre un nouveau travail,
06:12c'est un peu triste de le dire comme ça,
06:15mais en fait, il faut se former, il faut apprendre,
06:17il faut développer des compétences,
06:18il faut lire, il faut écouter des podcasts,
06:20lire des livres,
06:21se renseigner autour de soi,
06:22on apprend des choses,
06:23et on apprend des compétences.
06:25Ce n'est pas parce qu'on va devenir père
06:27plutôt que devenir mère
06:29qu'on ne serait pas légitime à endosser ce rôle.
06:32Et ce qu'on voit aussi,
06:33il y a plein d'études qui le montrent,
06:34c'est l'importance de ce second parent
06:37qui peut être père dans un couple hétéro.
06:40Pour la vie de l'enfant,
06:41par exemple,
06:41il y a une étude au Japon
06:42qui montre que,
06:43sur 28 000 enfants,
06:44qui montre que des pères plus présents
06:47pendant les trois premières années de l'enfant,
06:48ça fait des enfants qui sont
06:49en meilleure santé physique, mentale,
06:52parce qu'en fait,
06:53avoir un deuxième parent près de soi,
06:55ça soulage la pression du premier parent,
06:57et ça permet que l'éducation
06:59se fasse dans des meilleures conditions.
07:00Donc, il y a un intérêt,
07:02c'est ça aussi le message qu'on veut,
07:04que nous, on a voulu adresser aux pères,
07:05c'est qu'il y a un intérêt pour eux,
07:07pour leur enfant, à leur investissement.
07:09Ce n'est pas une contrainte
07:11qui doit peser de manière pénible
07:13sur leurs épaules,
07:14c'est un atout qu'ils peuvent prendre en main
07:16pour leur intérêt,
07:17parce que c'est chouette
07:18de s'occuper d'un enfant,
07:19et puis pour l'intérêt de l'enfant.
07:21Je me dis que les pères qui nous écoutent
07:22se sentent peut-être un peu accusés
07:24depuis une dizaine de minutes.
07:26Est-ce que la société les laisse aussi
07:28prendre toute leur place
07:28dans l'éducation des enfants ?
07:30Est-ce qu'on facilite ça ?
07:31Non, et Guillaume parlait,
07:33c'est très révélateur,
07:34parlait de devenir parent,
07:36c'est presque comme un travail.
07:38En fait, aujourd'hui,
07:38ce que la société valorise,
07:40c'est de travailler.
07:41Et c'est un fait,
07:42et un père au foyer
07:44n'est pas du tout valorisé.
07:45L'image du père au foyer,
07:47ça n'existe pas.
07:48C'est une image
07:49qu'on ne veut pas voir, presque.
07:51Et donc, c'est pour ça
07:53qu'on est à cette période charnière.
07:54Et c'est pour ça qu'en fait,
07:55aujourd'hui, malheureusement,
07:57on demande aux pères
07:57de s'investir plus,
07:58mais ça crée plus de la souffrance
08:00qu'autre chose,
08:01parce qu'on ne lui laisse pas la place.
08:03Et on pourrait aller plus loin
08:03et dire qu'en fait,
08:04c'est un peu la même chose
08:05sur les mères.
08:06C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
08:07et je lisais hier une étude
08:09sur le périscolaire,
08:11évidemment, on en parle beaucoup,
08:12mais un simple chiffre,
08:13dans les années 2000,
08:1413% des enfants
08:15étaient accueillis en périscolaire.
08:16Aujourd'hui, c'est 70%.
08:18Ça veut dire qu'en fait,
08:19on n'invite plus les parents
08:21à s'occuper de leurs enfants.
08:22On leur demande de travailler plus.
08:24Et donc,
08:26on ne favorise pas
08:28le lien d'attachement,
08:30cette fameuse rencontre.
08:31Et en fait,
08:31on met tout le monde
08:32dans une souffrance.
08:33on ne donne pas
08:33les possibilités
08:38d'accueillir son enfant
08:39et d'être un parent présent.
08:40Pour faire écho
08:41à ce que la société offre
08:43comme place aux pères,
08:44il y a aussi ce message
08:45de Caroline
08:45qu'on a reçu
08:46au 74 900
08:47qui nous dit
08:47les pères sont plus investis
08:49qu'avant,
08:49mais quand il y a séparation
08:50dans un couple hétérosexuel,
08:52on donne toujours
08:53la garde à la maman.
08:54Est-ce que ça aussi,
08:55il faut le questionner ?
08:56Alors moi,
08:57si je peux me permettre,
08:58la garde est toujours donnée
08:59aux mamans
09:00parce qu'en fait,
09:01c'est les mamans
09:01qui la demandent
09:02et les statistiques
09:03en la matière
09:04disent que la garde
09:06se fait très largement,
09:07très majoritairement,
09:09selon l'avis conforme
09:10des parents.
09:10C'est-à-dire qu'il n'y a pas
09:12une masse de pères
09:13qui demanderaient la garde.
09:14Ce n'est pas le cas,
09:16ça c'est...
09:16C'est des cas minoritaires.
09:18Voilà,
09:18c'est complètement
09:19des cas minoritaires.
09:20Après,
09:21il y a peut-être
09:21quelque chose
09:22à questionner justement
09:23sur la propension
09:25des pères
09:26à se sentir
09:27autant investis
09:28que les mères
09:28sur l'éducation,
09:30le suivi des enfants
09:31et à leur dire
09:32qu'ils sont capables,
09:34légitimes
09:35à endosser ce rôle
09:37et ça produira
09:40plus de demandes
09:40de garde
09:41des pères
09:42et mécaniquement,
09:43ça fera des choses
09:44plus égalitaires.
09:45Mais en l'état,
09:45je crois que c'est
09:4785% à peu près
09:48des enfants
09:48qui sont,
09:50lors d'une garde
09:51alternée,
09:51gardés par leur mère.
09:53Mais ça,
09:53c'est le fruit juste
09:55de décisions parentales
09:56conjointes.
09:57Ce n'est pas
09:58une inégalité
09:59produite par la justice.
10:00Clémence Pernod ?
10:00Oui,
10:01c'est le fruit
10:02d'une décision
10:03conjointe parentale
10:04mais c'est surtout
10:04le fruit
10:07de tout ce dont on hérite
10:09et c'est la même chose
10:10que l'image
10:11du père au foyer
10:11n'est pas du tout valorisé.
10:13En fait,
10:13à un moment donné,
10:14on peut blâmer les parents.
10:15Sauf que si derrière,
10:17c'est pas,
10:18malheureusement,
10:19c'est pas juste
10:19les parents
10:20et en l'occurrence,
10:21le père,
10:22puisqu'on parle du père,
10:23qui doit lui dire
10:24moi,
10:24je veux être un père
10:25super investi.
10:26Si derrière,
10:27il n'y a rien
10:28qui est mis en place,
10:29il n'y a aucune incitation
10:30et s'il n'est pas invité
10:31et soutenu
10:32pour devenir un père
10:34modèle,
10:34enfin pour devenir
10:35un père plus investi,
10:36moderne,
10:38on ne peut pas
10:38le blâmer seul.
10:39Ce n'est pas possible.
10:41Je suis assez d'accord
10:42sur les raisons structurelles.
10:43J'ai juste un petit bémol,
10:43c'est que nous,
10:44ce qu'on voulait raconter
10:45dans notre BD,
10:45c'était un peu
10:46que c'était la fête
10:46des pères tous les jours.
10:47C'est-à-dire que...
10:48Alors là,
10:48ce sera dimanche.
10:49Ça sera dimanche,
10:50en l'espèce,
10:50mais dès qu'un père
10:52fait quelque chose,
10:52dès qu'on le voit
10:53faire quelque chose...
10:54On l'applaudit
10:54alors qu'on devrait
10:55trouver ça normal.
10:55Voilà.
10:56En tout cas,
10:56pour une femme,
10:57pour une mère,
10:58tout le monde trouve ça normal.
10:59Dès qu'un père
11:00fait quelque chose,
11:00de suite,
11:01ça devient formidable
11:02et applaudissable.
11:03Et c'est là
11:03où on se questionne
11:04un peu sur cette arnaque
11:05des nouveaux pères.
11:06Gageons que c'est peut-être
11:07juste un passage.
11:09En tout cas,
11:09on peut se questionner
11:10avec vous et vos trois livres.
11:12Je le répète,
11:13J'attends un enfant,
11:13j'élève mon enfant,
11:1570e édition
11:16de ce qu'avait développé
11:17votre grand-mère
11:18Laurence Pernou.
11:19Merci Clémence Pernou
11:20d'être venue nous voir.
11:21Et puis Guillaume Daudin,
11:22je leur donne le titre
11:23de votre BD,
11:24L'arnaque des nouveaux pères.
11:25Et dans un instant...
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