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Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialiste du climat, était l'invité du Face à Face, sur BFMTV et RMC.

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Transcription
00:00Vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Jean-Marc Jancovici, merci d'être à mon micro ce matin,
00:05vous êtes ingénieur spécialiste du climat, vous présidez ce Think Tank The Shift Project qui alerte depuis des années, et
00:12là on le voit ces derniers jours, record sur record, 40 degrés atteints hier, on n'est toujours pas à
00:17l'été officiellement, ça va s'arrêter où ? Ça va monter jusqu'où ?
00:21Ça va continuer à monter, il n'y a aucune surprise à avoir là-dedans, enfin je veux dire si
00:26les gens qui nous regardent sont surpris, pardonnez-moi d'être un peu taquin, c'est que vous avez mal
00:29fait votre travail jusqu'à maintenant.
00:31Pourtant je vous ai beaucoup reçu, donc vous aussi semble-t-il.
00:34Non non, c'est pas moi qui fais la programmation des médias, donc tout ce qui est en train de
00:38se passer est parfaitement en ligne avec des prévisions qui ont été faites il y a maintenant des décennies, on
00:45sait depuis deux siècles que quand on rajoute des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, le climat se
00:49réchauffe,
00:49on sait depuis un siècle à peu près de combien il se réchauffe en fonction de la quantité de CO2
00:53qu'on rajoute, donc pour le moment tout se passe comme prévu.
00:57Tout se passe comme prévu, vous n'êtes absolument pas surpris ?
01:00Non, je suis un peu, comment dire, j'aime pas ce qui se passe.
01:05Vous le subissez comme tout le monde ?
01:06Je le subis comme tout le monde, mais j'ai envie de dire tout se passe comme prévu malheureusement.
01:09Jean-Marc Jancovici, il y a évidemment des conséquences très concrètes, on va y venir dans un instant sur les
01:13questions de transport, de santé, d'école,
01:17mais au fond, quand je vous écoute et que vous dites qu'on continue à rajouter des gaz à effet
01:21de serre,
01:22je voudrais qu'on arrive à peut-être se mettre d'accord sur les chiffres et que vous m'expliquiez
01:26ce qu'il en est,
01:27parce que les chiffres montrent justement que ça a commencé à descendre et pour le coup, le long thermomètre monte.
01:34L'INSEE hier, et justement je voudrais comprendre comment vous lisez ces chiffres, ou alors s'ils sont faux.
01:39L'INSEE sur le climat a publié cette semaine l'idée que les émissions de gaz à effet de serre
01:43ont baissé de 2,1%
01:45en France pour 2026.
01:47Qu'en France, si on prend la période 2017-2026, il y a une baisse de 25% des émissions
01:55de gaz à effet de serre.
01:56On a baissé d'un quart.
01:57Oui, mais ce qui compte pour le climat en France, c'est les émissions mondiales.
02:01C'est ça que beaucoup de gens ont du mal à comprendre.
02:04Pourquoi ça ? Parce que le CO2 est un gaz chimiquement stable une fois dans l'atmosphère,
02:07donc il va y rester très longtemps une fois qu'on l'a mis,
02:10et donc à cause de la circulation atmosphérique qui brasse l'air partout sur la planète,
02:14en fait le lieu d'émission du CO2 n'a pas d'importance.
02:17Donc le réchauffement que nous sommes en train de subir en ce moment,
02:19c'est la conséquence des émissions passées en France, aux Etats-Unis, en Chine, en Mongolie, en Norvège, en Suède,
02:26en Argentine et partout ailleurs.
02:28Mais ça veut dire aussi, Jean-Marc Jancovici, que des efforts ont été faits et qu'ils ont porté leurs
02:31fruits.
02:32Alors, des efforts ont porté leurs fruits en ce qui concerne les émissions françaises,
02:36mais en ce qui concerne les émissions mondiales, elles sont en hausse depuis toujours.
02:40Mais donc ça veut dire que là on se donne du mal, mais de toute façon on est tributaire des
02:42autres.
02:42Alors, on est tributaire des autres en ce qui concerne le climat.
02:44Par contre, il y a eu un petit truc dans l'actualité récemment qui vient se rajouter à la canicule,
02:48qui s'appelle le détroit d'Hormuz, qui nous rappelle que de toute façon,
02:51nous, on va devoir faire avec de moins en moins de combustibles fossiles,
02:54parce qu'on importe tout, et que les gens qui nous fournissent vont voir les gisements de toute façon se
02:59tarir.
02:59Mais votre réponse à vous là-dessus, c'est pas forcément de se dire,
03:02allons nous fournir ailleurs, c'est apprenons à nous en passer.
03:05C'est qu'on ne va plus pouvoir se fournir ailleurs.
03:08Vous savez, extraire du pétrole, c'est vider des placards.
03:10Le pétrole met entre 40 et 400 millions d'années à se former sous terre.
03:13Le gaz, pareil. Le charbon, pareil.
03:15Et quand vous videz un placard, c'est assez facile de comprendre
03:17qu'au bout d'un moment, vous ne pouvez plus avoir en provenance de votre placard la même chose qu
03:22'avant.
03:23Le placard se vide.
03:24Le placard se vide, exactement.
03:25Et donc, l'approvisionnement ne peut pas être garanti pour l'éternité.
03:28Alors, le détroit d'Hormuz, on va voir s'il rouvre ou pas.
03:32En attendant, en effet, on entend les propos même de Donald Trump,
03:35qui, pratiquement premier mot après le début d'un accord, c'était rallumer les moteurs, faites couler le pétrole.
03:44Oui. Alors, aux États-Unis, ils peuvent, parce qu'ils sont redevenus le premier producteur mondial.
03:48Mais sur la planète, on ne peut pas.
03:50En fait, la planète a passé en 2008 le pic de production sur le pétrole qu'on appelle conventionnel.
03:54C'est-à-dire tout ce qui n'est pas pétrole de schiste américain et sable bitumineux canadien.
03:59Et en ce qui concerne l'Europe, l'Europe est en décrue subie de combustibles fossiles depuis 2007.
04:04Tout simplement parce que nous étions dépendants de la mer du Nord,
04:06qui a passé son pic en 2000 sur le pétrole, en 2005 sur le gaz.
04:10Nous étions dépendants du charbon, qui a passé son pic dans les années 80 en Europe.
04:13Donc, en fait, en Europe, on est en décrue subie de combustibles fossiles.
04:17Et même si demain matin, la commission, les dirigeants allemands, français, italiens, etc.,
04:21disaient rallumer les moteurs, on en consomme autant qu'on veut,
04:23on continuerait à consommer de moins en moins d'hydrocarbures.
04:26Tout simplement parce qu'il y en a de moins en moins qui sont accessibles aux Européens.
04:29Ça veut dire que quand Emmanuel Macron dit le soir de Versailles,
04:32c'est une bonne nouvelle parce que les prix à la pompe vont baisser,
04:35à vos yeux, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle ?
04:37Ah non. Alors, de toute façon, quelque chose qui va peut-être choquer une partie des gens qui nous écoutent,
04:41le pétrole est gratuit au regard du service qu'il nous rend.
04:44C'est-à-dire ?
04:45Le pétrole a fait le monde... Enfin, les combustibles fossiles ont fait le monde moderne.
04:49Ça a fait notre pouvoir d'achat, les retraites, les études longues, l'urbanisation,
04:53le milliard d'objets qu'on peut s'acheter, le commerce en ligne, les smartphones, etc.
04:56Tout ça, c'est des combustibles fossiles.
04:58Et donc, au regard de ce que ça nous a amené, ça ne vaut rien.
05:01C'est pinot ?
05:02C'est pinot, absolument.
05:03Mais est-ce que ça veut dire qu'il faudra renoncer à toute la liste que vous venez de faire
05:07?
05:07Alors, ça dépend. La semaine prochaine, non. À l'échelle du siècle, oui.
05:11Renoncer ?
05:11On va en avoir de moins en moins. Oui, il va falloir faire affaire avec de moins en moins.
05:14À prendre à s'en passer. Est-ce que vous êtes partisan de la décroissance ?
05:17Elle est déjà là. Quand on regarde l'économie européenne, en fait, elle est déjà en décroissance depuis une vingtaine
05:23d'années.
05:24Alors, à quoi je mesure ça ? À la quantité de marchandises qui circulent dans les camions.
05:27Cet indicateur baisse depuis vingt ans, depuis 2007.
05:30Et au mètre carré construit dans l'année, cet indicateur baisse depuis 2007 également en Europe.
05:36Donc, en fait, l'économie physique en Europe, elle est déjà en train de se contracter.
05:40Et c'est une raison pour laquelle une fraction croissante de nos concitoyens ont du mal à joindre les deux
05:44bouts,
05:45ont de plus en plus de mal à se loger, à accéder à la consommation.
05:48Quand vous recevez un distributeur ici, il vous dira qu'une large partie de la population française déconsomme déjà.
05:52Alors, pas monstrueusement, mais un peu.
05:55Et tout ça, c'est la conséquence de ce que je viens d'évoquer sur l'énergie.
05:58Et que c'est déjà amorcé, on va en venir évidemment aux conséquences,
06:01mais là, immédiatement, quand vous me dites, c'était prévu, ça va continuer à monter ?
06:07Sur les températures, oui.
06:07Ça va continuer à monter jusqu'où ? C'est-à-dire vos analyses en fonction...
06:11Alors, ça va dépendre de ce qu'on va continuer à rajouter comme CO2 dans l'atmosphère.
06:16En gros, à partir du moment où on a créé un surplus de CO2 dans l'atmosphère,
06:20comme le CO2 est très stable chimiquement,
06:22il faut attendre plus de 10 000 ans après arrêt des émissions pour que le surplus évacue.
06:27Vous êtes en train de me dire qu'il va falloir attendre 10 000 ans pour que la température baisse
06:30?
06:30Alors, il va falloir attendre 10 000 ans pour que le surplus évacue.
06:33Non, la température va baisser avant 10 000 ans.
06:35Par contre, pour que la température commence à baisser, il faut que les émissions deviennent nulles.
06:39Les émissions planétaires deviennent nulles.
06:41Nules, à zéro ?
06:41À zéro.
06:42On en est très, très loin.
06:43On en est très, très loin.
06:44Donc, tant qu'on continue à rajouter du CO2 dans l'atmosphère, la température va continuer à monter.
06:47Non, il y a une chose, vous dites nulles, mais entre nulles et rajoutées, il y a quand même une
06:51baisse.
06:51Non, non, tant que c'est nul, tant que ce n'est pas nul, une partie du CO2 qu'on
06:54émet reste dans l'atmosphère
06:56et la concentration en CO2 dans l'atmosphère augmente.
06:58Donc, Jean-Marc Jancovici, ce matin, vous nous dites que les 40 degrés qu'on a passé déjà hier...
07:02Non, non, mais vous nous constatez, l'ingénieur, le spécialiste du climat, qu'au fond, le fait qu'on passe
07:10de plus en plus tôt
07:11et de plus en plus haut des records, ça ne va que continuer pendant quoi ? Au moins 10 ans
07:16?
07:16Ça va continuer jusqu'à temps que les émissions ne soient pas nulles.
07:20Donc, pendant beaucoup plus que 10 ans.
07:23On fait quoi en attendant ?
07:24Ah ben, il faut baisser les émissions le plus vite possible.
07:27Ça, c'est très clair.
07:27Mais est-ce que c'est foutu ? Est-ce que ceux qui nous écoutent là...
07:29Alors, ce qui est foutu, entre guillemets, c'est que ce n'est pas parce qu'on va commencer à
07:34baisser les émissions
07:34que le climat va se remettre dans l'état dans lequel il était avant qu'on ait commencé à émettre.
07:38Ça, ça n'arrivera pas de votre vivant, ni du vivant de vos enfants, ni du vivant de vos petits
07:42-enfants.
07:43Donc, il va falloir apprendre à vivre avec un climat qui aura changé, de toute façon.
07:47D'ailleurs, vous parlez d'enfants et de petits-enfants, mais une grande partie de la classe politique, économique,
07:53s'effraie du fait que les Français ne font plus d'enfants.
07:56Est-ce qu'à vos yeux, c'est une bonne nouvelle que les Français ne fassent plus d'enfants ?
07:58Je n'ai pas d'avis là-dessus.
08:00Vous avez un avis, mais vous ne voulez pas le donner ?
08:02Non, non, je n'ai pas d'avis là-dessus.
08:05D'abord, avoir un enfant, c'est une décision extrêmement personnelle.
08:08Ce qu'on constate, c'est que ça ne concerne pas...
08:09Je ne vous demande pas sur le fait d'avoir d'enfants, pas à titre personnel, mais à titre collectif.
08:15C'est un long débat.
08:18D'abord, ça ne concerne pas que la France.
08:20La baisse du nombre d'enfants est quelque chose qui est mondial.
08:23C'est un phénomène mondial qui se constate absolument partout.
08:25Et sur les cinq dernières années, du reste, ça s'est même accéléré de façon très forte.
08:29Et ça a surpris beaucoup de démographes, du reste.
08:32Et donc, c'est difficile.
08:34Avant de savoir si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle, il faudrait essayer de comprendre pourquoi.
08:37Ce que je veux dire, c'est que ma question, c'est est-ce que lorsque les politiques disent
08:40il faut réarmer démographiquement le pays, il faut t'encourager, aider les familles ?
08:46Alors la seule chose que je peux vous dire, c'est que la Terre ne peut pas supporter
08:518 milliards d'individus vivant comme un Français modeste.
08:55Voilà.
08:56Ça, ce n'est pas possible.
08:57Ça veut dire quoi ? Il peut les supporter comme un Français riche ?
08:59Non, non.
09:00Non, non.
09:02Un Français modeste consomme trop pour que 8 milliards d'individus puissent consommer comme lui.
09:07Donc, il faut effectivement, en tout cas, en l'État...
09:13Donc, ça veut dire qu'effectivement, si le chiffre augmente trop, ça augmente les problèmes qu'on a à gérer.
09:19Entre-temps, Jean-Marc Jancovici, il va falloir s'adapter, effectivement, ne serait-ce que pour survivre face à cette
09:25chaleur.
09:25Et il y a ce débat, clim ou pas clim ?
09:28Ce n'est pas un problème majeur.
09:30Alors, la clim, d'abord, c'est la partie émergée de l'Eiberg.
09:34Il faut bien voir que le réchauffement climatique, certes, c'est pénible quand il y a une vague de chaleur,
09:39moi le premier.
09:40Cela étant, ce n'est pas le fait d'avoir chaud qui est la conséquence la plus dommageable de ce
09:45qui est en train de se passer.
09:46Alors, c'est quoi ?
09:47Il y a des problèmes avec les récoltes.
09:48Il y a des problèmes avec la fissuration des bâtiments.
09:50Il y a des problèmes avec la résistance des infrastructures, les trains qui roulent ou qui ne roulent pas.
09:54Il y a des problèmes avec les usines qui peuvent travailler ou pas.
09:57Il y a des problèmes avec les chantiers extérieurs qui peuvent se mener ou pas.
10:00Il y a des problèmes avec les fleuves.
10:01Et l'approvisionnement en eau, parce que quand il fait très sec et très chaud, vous avez moins d'eau
10:05disponible.
10:06Bref, il y a un milliard de problèmes dans lesquels le fait qu'on est chaud, c'est un problème
10:13parmi 50.
10:14Et ce n'est pas nécessairement le plus grave.
10:16Avec cette question, vous évoquiez les trains.
10:18On voit par exemple qu'aujourd'hui, il y a 70 trains qui vont être annulés.
10:21C'est tout le paradoxe.
10:22C'est-à-dire qu'on voudrait encourager les gens à prendre les transports en commun, mais face à ces
10:25chaleurs, ils ne fonctionnent plus.
10:26Oui, alors ces chaleurs, ce n'est quand même pas toute l'année.
10:29Donc, il ne faut pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt.
10:34Par ailleurs, il y a 70 trains qui ne fonctionnent pas.
10:36Mais enfin, il y en a quand même un certain nombre d'autres qui fonctionnent.
10:38Un grand nombre qui fonctionnent.
10:39Et c'est surtout, en l'occurrence, les trains les plus vêtus.
10:41Oui, mais par contre, pour donner l'exemple du train, on a construit nos infrastructures dans un climat donné.
10:46Tout le monde sait que quand on chauffe des corps, ça se dilate.
10:49Par exemple, les rails, ils ont été construits pour supporter une certaine élévation de température.
10:53Si l'élévation de température est trop importante, la dilatation du rail est trop importante.
10:57Et les rails se cognent les uns contre les autres et les voies se tordent.
11:01Ça, par exemple, ça peut être une conséquence du réchauffement climatique.
11:05Et vous en avez également sur l'allongement des caténaires.
11:08Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais en 2003, il y avait une ligne à haute tension.
11:11C'est pareil sur les câbles des lignes à haute tension.
11:14Quand il fait très chaud, le câble se dilate.
11:16Et il y a une ligne à haute tension entre la France et l'Italie en 2003
11:19qui s'était tellement dilatée qu'elle a touché terre et déclenché un incendie.
11:22Donc, en fait, tout a été adapté au climat qui a été stable pendant des milliers d'années.
11:27Et le fait que le climat commence à se dérégler, ça va poser des problèmes un peu partout.
11:31Va-t-il devenir stable haut ?
11:33C'est-à-dire, est-ce que ce que l'on connaît aujourd'hui devient la nouvelle stabilité ?
11:37Tant qu'on émet, non.
11:38Parce qu'il n'y a toujours pas de palier ?
11:39Tant qu'on émet, il n'y a pas de palier.
11:41Tant qu'on émet, on battra record sur record.
11:43Jean-Marc Jancovici, je reviens quand même sur ma question de clim,
11:46parce qu'hier, le patron des programmes de l'ADEME, David Marchal, a dit
11:52qu'il était défavorable à la climatisation.
11:54Il dit que si on massifiait son usage à Paris, par exemple, dans tous les logements,
11:57on aurait un impact entre 2 et 4 degrés sur la température extérieure.
12:01C'est juste ?
12:01Alors, je n'ai pas fait les calculs, mais en tout cas, la conclusion est qualitativement correcte.
12:08Qu'est-ce que c'est qu'une climatisation ?
12:09C'est un engin qui va vous retirer la chaleur de l'intérieur et la rejeter à l'extérieur.
12:13Donc effectivement, s'il fait plus frais à l'intérieur, il fait un peu plus chaud à l'extérieur.
12:18Pendant longtemps, une des raisons de critiquer la clim, c'était sa consommation électrique.
12:22Là, il se trouve que ça, ce n'est plus tellement un problème,
12:24parce qu'au moment où il fait très chaud, il y a aussi beaucoup de soleil,
12:26et au moment où il y a beaucoup de soleil, il y a beaucoup d'énergie solaire.
12:28Et comme on peut la soquer, autant l'utiliser ?
12:30Exactement. Donc là, on peut l'utiliser.
12:31Par contre, le fait qu'on rejette beaucoup de chaleur à l'extérieur, ça, c'est tout à fait adhéré.
12:35Mais pourquoi on a autorisé la clim dans les voitures ?
12:36Et pourquoi on n'imaginerait plus une voiture sans clim ?
12:39Vous savez, pourquoi est-ce qu'à un moment, on a autorisé la cigarette ?
12:41Je veux dire, de temps en temps, on fait des choses,
12:42et puis on se rend compte après coup que ce n'était pas nécessairement une bonne idée,
12:45ou qu'il y a des effets indésirables qu'on n'aime pas.
12:48Vous dites qu'il faut changer radicalement nos habitudes,
12:50et vous dites qu'il y a trois façons d'économiser l'énergie.
12:53L'efficacité, alors ça, évidemment, c'est le progrès.
12:56La sobriété, renoncer.
12:58Et la pauvreté, mais vous dites que ça, c'est la même chose que le renoncement,
13:03mais c'est subi.
13:05Oui.
13:05Est-ce que ça veut dire que finalement, dans un certain sens,
13:08le retour à une forme de pauvreté vertueuse a votre faveur ?
13:13Alors, la pauvreté, non, puisque c'est subi.
13:15Ce qui est à ma faveur, moi, c'est la sobriété,
13:17c'est-à-dire le fait qu'on fasse un choix éclairé en se disant
13:20on va accepter de changer la façon dont on se comporte,
13:24parce qu'on va y voir des bénéfices,
13:26et il va également y avoir...
13:28Un changement, c'est toujours un renoncement.
13:30Je veux dire, quand vous déménagez, vous renoncez à votre ancien domicile.
13:34Donc, il y a des cas de figure dans lesquels renoncer, c'est pas grave.
13:37Vous pouvez déménager et trouver ça sympa.
13:40Vous pouvez renoncer à des mètres carrés et trouver ça sympa.
13:42Je vais vous donner un exemple qui va peut-être vous amuser.
13:44Il y a des gens qui partent l'été en camping-car,
13:45et à ce moment, ils passent de 40 mètres carrés habitables par personne
13:48à 3 mètres carrés habitables par personne,
13:51et ils trouvent ça très bien.
13:52Donc, de temps en temps, avoir moins de quelque chose,
13:54c'est pas nécessairement un drame,
13:56si par ailleurs, on a plus d'autres choses,
13:58et qu'on trouve que l'équation est globalement une bonne affaire.
14:04Donc, c'est à ça qu'on travaille au Chief Project,
14:08c'est essayer de trouver des manières sympathiques,
14:11de proposer autre chose,
14:13de telle sorte que la part de renoncement,
14:15elle soit acceptable, voire désirée,
14:17parce qu'on se dit, finalement, c'est pas très grave.
14:19Jean-Marc Jancovici, est-ce qu'il faut supprimer la Coupe du Monde ?
14:22Laquelle ?
14:23Celle qui a lieu en ce moment,
14:24entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis.
14:26Ça dépend. Si les Français gagnent, non.
14:28Si les Français gagnent pas, peut-être.
14:29Ah voilà. Donc, si les Français gagnent, vous leur pardonnerez.
14:32Non, je vous pose cette question,
14:33parce que mes confrères du Parisien ont fait les comptes
14:35avec l'aide d'une association qui s'appelle Greenly,
14:38et ils ont calculé, par exemple,
14:39alors là, on ne prend même pas les fans ou les supporters
14:42qui viennent de partout dans le monde.
14:44Mais le patron de la FIFA,
14:46Gianni Infantino, il a assisté,
14:48rien que cette semaine,
14:50à 10 matchs dans 3 pays,
14:53donc Canada, Mexique, Etats-Unis.
14:55Il a parcouru 20 000 kilomètres en jet privé.
14:58Une heure de vol,
15:00donc, du patron de la FIFA,
15:02ça correspond à l'empreinte carbone annuelle
15:04d'un être humain moyen.
15:06Oui.
15:08Alors, il y a plusieurs choses dans ce que vous me dites.
15:10Est-ce qu'il avait besoin d'un jet privé pour se déplacer ?
15:12Ça, c'est une première question.
15:13S'il voulait assister à tous les matchs,
15:15ou alors il fallait renoncer, comme vous le dites.
15:17Mais s'il voulait assister à 10 matchs dans 3 pays,
15:20il n'y avait pas d'autre moyen, à mon avis, que celui-là.
15:22Je ne sais pas, je n'ai pas été regardé.
15:24Alors, ce qui est sûr,
15:25c'est que les grandes manifestations internationales,
15:27elles ont été permises par le pétrole.
15:29On avait fait au Chiffre Project un rapport, justement,
15:31sur ces manifestations.
15:33Et dans un monde avec beaucoup moins d'hydrocarbures,
15:35ce n'est pas sûr qu'on pourra les maintenir.
15:37Et effectivement, ça fait partie,
15:39au sein du monde sportif,
15:41de ces manifestations qui ont une empreinte carbone
15:43particulièrement élevée.
15:44Est-ce qu'il faut supprimer la Coupe du Monde ?
15:46Alors, est-ce qu'il faut supprimer la Coupe du Monde ?
15:48Pas nécessairement.
15:50Avant de la supprimer,
15:51il y a un certain nombre de choses qu'on peut faire.
15:52On peut, par exemple,
15:53essayer de motiver les gens
15:55pour qu'ils se déplacent moins
15:56et faire des fanzones
15:57dans un certain nombre d'endroits
15:58pour que les gens puissent quand même
15:59célébrer sans se déplacer.
16:01Et quelque part,
16:01c'est ce que font tous les gens
16:02qui se mettent au bistrot derrière un écran
16:05et qui regardent le match
16:06et qui sont contents d'être là,
16:08etc.
16:10Il y a également un vrai sujet
16:11sur la façon dont on organise les tournées,
16:14les pays d'accueil, etc.
16:15Parce qu'on peut faire des choses
16:16de telle sorte que ça optimise les déplacements.
16:19Et on avait regardé tout ça au Chiffre Project.
16:20Donc, on a fait un petit rapport
16:21que les gens peuvent lire
16:22si ça les intéresse
16:23sur la façon déjà de baisser les émissions
16:24sans supprimer les manifestations.
16:26Je vous poserai la même question
16:26sur les JO d'hiver
16:27qui vont avoir lieu en France en 2030.
16:30Est-ce que c'est souhaitable ?
16:31Alors ça, il y a encore un autre sujet
16:32avec les JO d'hiver.
16:33C'est que, en général,
16:35ça équipe les endroits
16:37avec des infrastructures
16:38qui sont destinées à durer.
16:40Or, il y a un petit sujet
16:41avec l'enneigement
16:42qui est en train de diminuer.
16:43Donc, la bonne question
16:44en ce qui concerne les Alpes,
16:46c'est qu'est-ce qu'il faut faire
16:47avec le tourisme hivernal
16:48qui aujourd'hui est un très gros
16:51contributeur à l'économie
16:52de ces zones
16:54et qui va progressivement
16:56être attaqué, entre guillemets.
16:58J'ai l'impression que vous voulez
16:58toujours trouver l'équilibre
16:59et je le comprends parfaitement.
17:00Jean-Marc Jancovici,
17:01vous ne voulez pas justement
17:03décourager les êtres humains
17:04qui nous écoutent.
17:05Non, mais ce n'est pas ça.
17:06C'est que c'est toujours
17:06un peu plus compliqué.
17:07Qu'est-ce que vous dites
17:08à tous les gens
17:08qui vivent du tourisme
17:09en Savoie, en Haute-Savoie, etc.
17:11Donc, vous ne pouvez pas juste dire
17:12qu'il faut supprimer
17:13de toute façon,
17:13le yaka-faucon, ça ne sert à rien.
17:15Donc, il faut un peu de nuance.
17:16Alors, je sais que la nuance,
17:17c'est compliqué
17:17quand on n'a pas beaucoup de temps,
17:18mais tous ces sujets-là
17:20sont des sujets un peu compliqués
17:21et donc, il faut regarder
17:23comment on arrive
17:23à trouver des compromis
17:24qui sont acceptables.
17:25Des compromis acceptables
17:26pour tenter d'allier
17:28efficacité et renoncement,
17:30si j'ai bien compris.
17:31Merci beaucoup,
17:31Jean-Marc Jancovici,
17:32d'avoir répondu à mes questions.
17:34Ce n'est pas forcément
17:35pour nous redonner le moral,
17:36mais au moins,
17:37on sera lucide.
17:38Jean-Marc Jancovici,
17:39ingénieur et spécialiste du climat,
17:40le think-tank que vous présidez
17:42s'appelle The Shift Project.
17:43Il est 8h46 sur AMC BFM TV.
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