00:00Je voudrais dire que devant une machette et devant une hache,
00:05personne ne refuse de donner son téléphone.
00:08Et donc Elias donne son téléphone.
00:11Malgré ça, malgré ça, il est poignardé.
00:16Le fils de Stéphanie, Elias, a été tué en janvier 2025 alors qu'il n'avait que 14 ans.
00:22Deux jeunes mineurs sont soupçonnés de l'avoir agressé à coup de machette.
00:25Depuis, cette mère de famille demande des explications au juge des enfants
00:28sur le passé judiciaire des deux suspects. En vain.
00:31Le viol et le meurtre de Liana, ces derniers jours,
00:36a jeté une nouvelle fois la lumière sur des dysfonctionnements systémiques de la justice.
00:41Comment vous, vous avez vécu ce moment ?
00:44Ça a été une semaine très douloureuse pour nous,
00:48parce qu'encore une fois, on a vu qu'il y avait des dysfonctionnements judiciaires.
00:52Et ça nous a renvoyé au décès d'Elias, au meurtre d'Elias.
00:59Et surtout, ça nous a renvoyé au rapport de l'inspection générale de la justice
01:04qui a été rendu et au fait que neuf mois après, rien ne s'était passé.
01:09Le rapport de l'inspection générale de la justice a permis de suivre tout le parcours judiciaire
01:16de ceux qui allaient être les meurtriers d'Elias.
01:19C'est leur histoire judiciaire quand ils commencent, en 2021,
01:23à rentrer dans un collège avec un couteau.
01:26On leur fait un petit rappel à l'ordre.
01:28Et en fait, on va voir tout leur parcours avec tous les acteurs judiciaires qu'ils vont rencontrer,
01:34tous les renvois d'audience qui dépassent les délais normalement recommandés
01:41et notifier les décisions des juges qui finalement n'ont pas de sens.
01:48C'est ce qui est dit dans le rapport.
01:50Ce n'est pas moi qui me permets de le dire.
01:53Des décisions qui n'ont pas de sens puisque finalement, ils arrivent sur des temps trop tard.
01:57Donc pour des jeunes adolescents, ça ne veut rien dire.
02:01Donc en fait, toute cette chronologie, avec tous ces dysfonctionnements,
02:07montrent la montée en puissance en parallèle de leur violence.
02:13Puisque finalement, il y a une impunité qui s'installe.
02:15C'est-à-dire que c'est des mesures qui ne veulent plus rien dire,
02:18qui arrivent à des temps qui ne veulent plus rien dire.
02:22En parallèle de ça, ils continuent de commettre des vols avec violence.
02:27Ils sont vus lors d'audience pour des faits qui datent d'il y a neuf mois.
02:32En fait, ils continuent, ils continuent jusqu'à finalement arriver le 25 novembre 2024
02:40devant un juge qui va leur redire que vous avez une interdiction de rentrer en contact.
02:47Ça fait quatre ans qu'ils habitent dans la même résidence.
02:51Ça fait quatre ans qu'on leur dit que vous avez une interdiction de rentrer en contact.
02:54Le 24 janvier, ils ont besoin d'un téléphone.
02:57Ils vont décider d'aller agresser des jeunes pour avoir un téléphone.
03:03En l'occurrence, ils vont croiser mon fils et son meilleur ami,
03:07qui vont chercher leur vie libre.
03:10Deux enfants qui sont en train de s'amuser, qui sont complices.
03:14Ils vont sortir une machette et une hache.
03:17Ils vont les terrifier.
03:20Et ça, c'est terrible de savoir que son enfant meurt terrifié.
03:26Et je voudrais dire que devant une machette et devant une hache,
03:31personne ne refuse de donner son téléphone.
03:34Et donc Elias donne son téléphone.
03:38Malgré ça,
03:41malgré ça,
03:42il est poignardé.
03:45Et c'est là où on voit toute la cruauté.
03:49Et c'est là où, évidemment,
03:51la responsabilité,
03:52elle est celle des auteurs et de ces délinquants.
03:55Mais nous, on aimerait savoir
03:57pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là.
03:59Parce que nous, nous ne croyons pas
04:01à la fatalité.
04:02Elias et son meilleur ami étaient là,
04:04au bon endroit, au bon moment,
04:06en sortant de leur entraînement de football.
04:09Vous y croyez aux promesses
04:10du garde des Sceaux aujourd'hui
04:13de faire le clair
04:14sur ces dysfonctionnements
04:16et de les résoudre ?
04:22Je n'y crois pas.
04:24J'aimerais y croire.
04:26Le garde des Sceaux est quelqu'un de très sincère
04:27et d'engagé.
04:31Néanmoins, je n'y crois pas
04:32parce que j'ai vu ce qui s'est passé
04:33après le décès d'Elias
04:36et après le rapport
04:39qui a été fait par les inspecteurs
04:42de la justice
04:43qui a un rapport rigoureux.
04:48Et en fait, ce rapport a eu lieu
04:50mais après, il ne s'est rien passé.
04:53Et nous, de ce rapport,
04:55on l'avait signalé
04:56qu'on attendait un dialogue.
04:58Ça n'a pas eu lieu.
04:59Dans les recommandations,
05:01finalement, pour nous,
05:02il y en a, nous, les parents d'Elias,
05:04il n'y en a aucune qui a eu lieu.
05:05On a du mal à croire.
05:06En fait, dans la justice, encore.
05:09Concrètement, Elia s'est tuée.
05:11Une enquête est lancée.
05:14Un rapport est rendu.
05:16Et c'est tout.
05:16En ce qui nous concerne
05:18et la demande de la famille
05:19qui était de rencontrer
05:21les juges des enfants
05:22pour comprendre les décisions
05:23qui avaient été prises
05:25et par souci de réparation,
05:29de dialogue
05:30et donc de compréhension,
05:32en fait, on a demandé
05:33à ce que cette rencontre ait lieu.
05:35On a rencontré Jacques Boulard,
05:38le premier président de la Cour d'appel de Paris,
05:40et Pémane Gallet-Marsban,
05:42qui est le président du tribunal judiciaire de Paris,
05:44à deux reprises.
05:46La première fois,
05:47ils nous ont laissé entrevoir
05:48que cette rencontre aurait lieu.
05:50et la deuxième fois,
05:52ça a été un nom très ferme,
05:55très désagréable,
05:57presque humiliant,
05:58parce que je suis une mère en deuil.
06:01Je suis une mère qui a perdu son enfant,
06:04qui s'est fait tuer par un coup de machette,
06:07par deux délinquants,
06:08nous tirés sidivistes,
06:10qui n'auraient pas dû être là
06:11au vu de leurs antécédents.
06:13Et donc, nous, on aimerait savoir
06:14pourquoi ils étaient là,
06:15pourquoi les juges n'ont pas gradué leurs décisions.
06:20Et surtout, l'élément de base
06:22qui nous affecte énormément,
06:25c'est qu'ils habitent dans la même résidence.
06:29Et donc, depuis 2021,
06:31on a des délinquants multirécidivistes
06:33qui font au total plus d'une trentaine de victimes.
06:36Et victime et mourir,
06:38ce qui est le cas d'Elias,
06:39c'est l'horreur absolue,
06:41mais être victime d'une agression,
06:43c'est une horreur aussi.
06:44C'est-à-dire que c'est un traumatisme.
06:46C'est votre doudoune qui est volé,
06:48mais c'est la terreur.
06:50C'est terrifiant d'être agressé.
06:52Et donc, il y a une trentaine de victimes,
06:54d'enfants,
06:55qui ont été terrifiés par deux mineurs délinquants,
06:58à qui on a tout le temps donné la même mesure,
07:02une mesure éducative, judiciaire,
07:05qui dit, vous n'avez pas le droit de vous rencontrer,
07:08mais vous habitez dans la même résidence.
07:09La question qu'on aimerait poser, c'est,
07:12est-ce que, oui ou non,
07:14vous saviez qu'ils habitaient dans la même résidence ?
07:18Et de cette réponse, en fait,
07:21nous, ça va nous permettre de comprendre leur raisonnement,
07:24de comprendre s'ils ont réfléchi à cette notion de l'habitat.
07:32et finalement,
07:34eux vont pouvoir expliquer leurs décisions.
07:36Nous, on va les comprendre.
07:38Ça va nous apaiser.
07:39Et je pense que ça fait partie,
07:42juste,
07:44de l'échange
07:45entre des personnes
07:48civilisées. Et cette valeur du dialogue,
07:50pour nous, dans la famille d'Elia,
07:52et sûrement pour tous les Français,
07:54c'est une valeur très importante.
07:58Et ce dialogue nous a été confisqué
08:04par les hauts magistrats.
08:05On n'est pas en colère,
08:07on est révoltés.
08:10Pour nous,
08:11on est révoltés parce que la colère,
08:14en fait, ça empêche de penser.
08:16Et nous, on pense, on réfléchit.
08:18La révolte, c'est quelque chose de plus puissant.
08:23C'est une injustice supplémentaire.
08:24C'est-à-dire que notre enfant est mort.
08:28Elias était là, au bon endroit, au bon moment.
08:30Il n'y a pas de fatalité.
08:33Eux, les meurtriers, n'avaient pas à être là.
08:36On demande des explications.
08:38Et en fait, il y a une injustice supplémentaire
08:41qui nous est faite en nous refusant de ce dialogue.
08:44Il faut que l'institution judiciaire se réveille.
08:46De la même façon que le monde médical s'est réveillé en 2002
08:51et s'est dit, il faut qu'on parle aux patients,
08:54il faut qu'on parle aux familles,
08:55et puis il faut qu'on rende des comptes.
08:57Et puis, on va leur expliquer leur maladie,
08:59les traitements, les effets secondaires.
09:00Et puis, quand il y a une complication,
09:02on va leur expliquer.
09:03Et puis, s'il y a un contentieux,
09:05il y aura un contentieux.
09:06En fait, l'institution judiciaire doit se moderniser.
09:11Elle ne peut pas continuer à être en haut de sa tour,
09:16dans sa corporation.
09:18En fait, c'est décalé par rapport à toutes les révolutions
09:21qui ont eu lieu aujourd'hui.
09:24Aujourd'hui, tout le monde parle.
09:25Dans l'église, il y a eu les actrices et les producteurs.
09:30En fait, c'est fini le fait d'être cloisonné.
09:32En fait, on a l'impression qu'il n'y a plus que
09:35que des hauts magistrats qui, au prétexte de l'indépendance,
09:39de leur indépendance qui n'est qu'un prétexte,
09:41parce qu'on peut être indépendant et dialogué.
09:43Il n'y a plus qu'eux qui ne veulent pas parler avec l'autre.
09:49Peut-être parce qu'ils ont peur de nous.
09:51Peut-être parce qu'ils ont peur de voir une mère
09:54ou une famille endeuillée.
09:55Mais on ne mord pas.
09:58On contient notre douleur.
10:00Nous sommes très dignes.