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Le 24 janvier 2025, Elias, 14 ans, a été tué à coups de machette. Deux jeunes mineurs, pourtant suivis de longue date par la justice, sont suspectés de l'avoir agressé.

Dans cette interview, sa mère, Stéphanie B., se confie et souhaiterait comprendre les décisions de l'institution et s'interroge sur l'absence de mesures coercitives pour freiner la violente dérive des agresseurs de son fils.

Pourtant, sa demande de rencontrer les juges des enfants en charge du dossier s'est heurtée à un refus ferme des hauts magistrats, au nom du secret professionnel et de l'indépendance de la justice.

Une fin de non-recevoir vécue comme un profond « mépris » par la famille endeuillée, alors même qu'un récent rapport de l'Inspection générale de la justice a pointé de graves défaillances dans le suivi de ces jeunes (retards de prise en charge, interdictions de contact inapplicables, etc.).

#LePoint #Elias #FaitDivers #France #Justice #Décès #Paris #Témoignage #Interview

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Transcription
00:00Je voudrais dire que devant une machette et devant une hache,
00:05personne ne refuse de donner son téléphone.
00:08Et donc Elias donne son téléphone.
00:11Malgré ça, malgré ça, il est poignardé.
00:16Le fils de Stéphanie, Elias, a été tué en janvier 2025 alors qu'il n'avait que 14 ans.
00:22Deux jeunes mineurs sont soupçonnés de l'avoir agressé à coup de machette.
00:25Depuis, cette mère de famille demande des explications au juge des enfants
00:28sur le passé judiciaire des deux suspects. En vain.
00:31Le viol et le meurtre de Liana, ces derniers jours,
00:36a jeté une nouvelle fois la lumière sur des dysfonctionnements systémiques de la justice.
00:41Comment vous, vous avez vécu ce moment ?
00:44Ça a été une semaine très douloureuse pour nous,
00:48parce qu'encore une fois, on a vu qu'il y avait des dysfonctionnements judiciaires.
00:52Et ça nous a renvoyé au décès d'Elias, au meurtre d'Elias.
00:59Et surtout, ça nous a renvoyé au rapport de l'inspection générale de la justice
01:04qui a été rendu et au fait que neuf mois après, rien ne s'était passé.
01:09Le rapport de l'inspection générale de la justice a permis de suivre tout le parcours judiciaire
01:16de ceux qui allaient être les meurtriers d'Elias.
01:19C'est leur histoire judiciaire quand ils commencent, en 2021,
01:23à rentrer dans un collège avec un couteau.
01:26On leur fait un petit rappel à l'ordre.
01:28Et en fait, on va voir tout leur parcours avec tous les acteurs judiciaires qu'ils vont rencontrer,
01:34tous les renvois d'audience qui dépassent les délais normalement recommandés
01:41et notifier les décisions des juges qui finalement n'ont pas de sens.
01:48C'est ce qui est dit dans le rapport.
01:50Ce n'est pas moi qui me permets de le dire.
01:53Des décisions qui n'ont pas de sens puisque finalement, ils arrivent sur des temps trop tard.
01:57Donc pour des jeunes adolescents, ça ne veut rien dire.
02:01Donc en fait, toute cette chronologie, avec tous ces dysfonctionnements,
02:07montrent la montée en puissance en parallèle de leur violence.
02:13Puisque finalement, il y a une impunité qui s'installe.
02:15C'est-à-dire que c'est des mesures qui ne veulent plus rien dire,
02:18qui arrivent à des temps qui ne veulent plus rien dire.
02:22En parallèle de ça, ils continuent de commettre des vols avec violence.
02:27Ils sont vus lors d'audience pour des faits qui datent d'il y a neuf mois.
02:32En fait, ils continuent, ils continuent jusqu'à finalement arriver le 25 novembre 2024
02:40devant un juge qui va leur redire que vous avez une interdiction de rentrer en contact.
02:47Ça fait quatre ans qu'ils habitent dans la même résidence.
02:51Ça fait quatre ans qu'on leur dit que vous avez une interdiction de rentrer en contact.
02:54Le 24 janvier, ils ont besoin d'un téléphone.
02:57Ils vont décider d'aller agresser des jeunes pour avoir un téléphone.
03:03En l'occurrence, ils vont croiser mon fils et son meilleur ami,
03:07qui vont chercher leur vie libre.
03:10Deux enfants qui sont en train de s'amuser, qui sont complices.
03:14Ils vont sortir une machette et une hache.
03:17Ils vont les terrifier.
03:20Et ça, c'est terrible de savoir que son enfant meurt terrifié.
03:26Et je voudrais dire que devant une machette et devant une hache,
03:31personne ne refuse de donner son téléphone.
03:34Et donc Elias donne son téléphone.
03:38Malgré ça,
03:41malgré ça,
03:42il est poignardé.
03:45Et c'est là où on voit toute la cruauté.
03:49Et c'est là où, évidemment,
03:51la responsabilité,
03:52elle est celle des auteurs et de ces délinquants.
03:55Mais nous, on aimerait savoir
03:57pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là.
03:59Parce que nous, nous ne croyons pas
04:01à la fatalité.
04:02Elias et son meilleur ami étaient là,
04:04au bon endroit, au bon moment,
04:06en sortant de leur entraînement de football.
04:09Vous y croyez aux promesses
04:10du garde des Sceaux aujourd'hui
04:13de faire le clair
04:14sur ces dysfonctionnements
04:16et de les résoudre ?
04:22Je n'y crois pas.
04:24J'aimerais y croire.
04:26Le garde des Sceaux est quelqu'un de très sincère
04:27et d'engagé.
04:31Néanmoins, je n'y crois pas
04:32parce que j'ai vu ce qui s'est passé
04:33après le décès d'Elias
04:36et après le rapport
04:39qui a été fait par les inspecteurs
04:42de la justice
04:43qui a un rapport rigoureux.
04:48Et en fait, ce rapport a eu lieu
04:50mais après, il ne s'est rien passé.
04:53Et nous, de ce rapport,
04:55on l'avait signalé
04:56qu'on attendait un dialogue.
04:58Ça n'a pas eu lieu.
04:59Dans les recommandations,
05:01finalement, pour nous,
05:02il y en a, nous, les parents d'Elias,
05:04il n'y en a aucune qui a eu lieu.
05:05On a du mal à croire.
05:06En fait, dans la justice, encore.
05:09Concrètement, Elia s'est tuée.
05:11Une enquête est lancée.
05:14Un rapport est rendu.
05:16Et c'est tout.
05:16En ce qui nous concerne
05:18et la demande de la famille
05:19qui était de rencontrer
05:21les juges des enfants
05:22pour comprendre les décisions
05:23qui avaient été prises
05:25et par souci de réparation,
05:29de dialogue
05:30et donc de compréhension,
05:32en fait, on a demandé
05:33à ce que cette rencontre ait lieu.
05:35On a rencontré Jacques Boulard,
05:38le premier président de la Cour d'appel de Paris,
05:40et Pémane Gallet-Marsban,
05:42qui est le président du tribunal judiciaire de Paris,
05:44à deux reprises.
05:46La première fois,
05:47ils nous ont laissé entrevoir
05:48que cette rencontre aurait lieu.
05:50et la deuxième fois,
05:52ça a été un nom très ferme,
05:55très désagréable,
05:57presque humiliant,
05:58parce que je suis une mère en deuil.
06:01Je suis une mère qui a perdu son enfant,
06:04qui s'est fait tuer par un coup de machette,
06:07par deux délinquants,
06:08nous tirés sidivistes,
06:10qui n'auraient pas dû être là
06:11au vu de leurs antécédents.
06:13Et donc, nous, on aimerait savoir
06:14pourquoi ils étaient là,
06:15pourquoi les juges n'ont pas gradué leurs décisions.
06:20Et surtout, l'élément de base
06:22qui nous affecte énormément,
06:25c'est qu'ils habitent dans la même résidence.
06:29Et donc, depuis 2021,
06:31on a des délinquants multirécidivistes
06:33qui font au total plus d'une trentaine de victimes.
06:36Et victime et mourir,
06:38ce qui est le cas d'Elias,
06:39c'est l'horreur absolue,
06:41mais être victime d'une agression,
06:43c'est une horreur aussi.
06:44C'est-à-dire que c'est un traumatisme.
06:46C'est votre doudoune qui est volé,
06:48mais c'est la terreur.
06:50C'est terrifiant d'être agressé.
06:52Et donc, il y a une trentaine de victimes,
06:54d'enfants,
06:55qui ont été terrifiés par deux mineurs délinquants,
06:58à qui on a tout le temps donné la même mesure,
07:02une mesure éducative, judiciaire,
07:05qui dit, vous n'avez pas le droit de vous rencontrer,
07:08mais vous habitez dans la même résidence.
07:09La question qu'on aimerait poser, c'est,
07:12est-ce que, oui ou non,
07:14vous saviez qu'ils habitaient dans la même résidence ?
07:18Et de cette réponse, en fait,
07:21nous, ça va nous permettre de comprendre leur raisonnement,
07:24de comprendre s'ils ont réfléchi à cette notion de l'habitat.
07:32et finalement,
07:34eux vont pouvoir expliquer leurs décisions.
07:36Nous, on va les comprendre.
07:38Ça va nous apaiser.
07:39Et je pense que ça fait partie,
07:42juste,
07:44de l'échange
07:45entre des personnes
07:48civilisées. Et cette valeur du dialogue,
07:50pour nous, dans la famille d'Elia,
07:52et sûrement pour tous les Français,
07:54c'est une valeur très importante.
07:58Et ce dialogue nous a été confisqué
08:04par les hauts magistrats.
08:05On n'est pas en colère,
08:07on est révoltés.
08:10Pour nous,
08:11on est révoltés parce que la colère,
08:14en fait, ça empêche de penser.
08:16Et nous, on pense, on réfléchit.
08:18La révolte, c'est quelque chose de plus puissant.
08:23C'est une injustice supplémentaire.
08:24C'est-à-dire que notre enfant est mort.
08:28Elias était là, au bon endroit, au bon moment.
08:30Il n'y a pas de fatalité.
08:33Eux, les meurtriers, n'avaient pas à être là.
08:36On demande des explications.
08:38Et en fait, il y a une injustice supplémentaire
08:41qui nous est faite en nous refusant de ce dialogue.
08:44Il faut que l'institution judiciaire se réveille.
08:46De la même façon que le monde médical s'est réveillé en 2002
08:51et s'est dit, il faut qu'on parle aux patients,
08:54il faut qu'on parle aux familles,
08:55et puis il faut qu'on rende des comptes.
08:57Et puis, on va leur expliquer leur maladie,
08:59les traitements, les effets secondaires.
09:00Et puis, quand il y a une complication,
09:02on va leur expliquer.
09:03Et puis, s'il y a un contentieux,
09:05il y aura un contentieux.
09:06En fait, l'institution judiciaire doit se moderniser.
09:11Elle ne peut pas continuer à être en haut de sa tour,
09:16dans sa corporation.
09:18En fait, c'est décalé par rapport à toutes les révolutions
09:21qui ont eu lieu aujourd'hui.
09:24Aujourd'hui, tout le monde parle.
09:25Dans l'église, il y a eu les actrices et les producteurs.
09:30En fait, c'est fini le fait d'être cloisonné.
09:32En fait, on a l'impression qu'il n'y a plus que
09:35que des hauts magistrats qui, au prétexte de l'indépendance,
09:39de leur indépendance qui n'est qu'un prétexte,
09:41parce qu'on peut être indépendant et dialogué.
09:43Il n'y a plus qu'eux qui ne veulent pas parler avec l'autre.
09:49Peut-être parce qu'ils ont peur de nous.
09:51Peut-être parce qu'ils ont peur de voir une mère
09:54ou une famille endeuillée.
09:55Mais on ne mord pas.
09:58On contient notre douleur.
10:00Nous sommes très dignes.

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