00:02Vous n'auriez pas fait un film comme ça vous ?
00:05Eh ben non, j'aurais pas fait un film comme ça parce qu'évidemment je suis contre toute forme d
00:09'inclusion !
00:09Voilà, vous êtes content Nagui ?
00:11Mais ça fait plus d'une centaine de chroniques et autant de tentatives de votre part de me mettre dans
00:14la sauce
00:15et là ça y est, je craque !
00:17Je vous vois bien Naguignot, quand on reçoit des invités pour des films sur des sujets sensibles et délicats,
00:22vous êtes tout de suite différents, sourire en coin, légèreté dans les mouvements,
00:26vous me dites même bonjour à la machine à café et vous attendez avec une hâte non dissimulée
00:30le moment de l'émission dans lequel vous m'envoyez au charbon en disant
00:32« Et vous Bruno ? Vous n'auriez pas fait comme ça un film sur ce médecin congolais
00:36qui réparait les organes génitaux de femmes violées pendant la guerre ? »
00:39C'est même pas une vanne, c'est un vrai sujet que j'ai eu à traiter.
00:42Tout comme les féminicides, les cancers, les handicaps…
00:45Bref, j'ai même fait un classement des sujets les plus durs à aborder de manière humoristique.
00:48Et je dois dire qu'un film sur un enfant atteint d'un syndrome génétique
00:51qui ralentit son développement physique et intellectuel, je le mets dans mon top 3 et il n'est pas troisième.
00:56Mais allons-y, je vais faire mon job et faire des blagues sur le sujet.
00:59Même si je suis en sueur en ce moment, on se demandait comment Nagui a tenu 12 ans d'émission
01:02quotidienne.
01:03C'est grâce aux larmes des chroniqueurs qu'il s'injecte par intraveineuse.
01:06Bref, j'arrête d'essayer de gagner du temps et je vais traiter le sujet.
01:10Mais juste avant, je vais continuer à gagner du temps et pas traiter le sujet.
01:12Vous savez comment je déduis qu'un sujet est touché ? Daniel Morin.
01:15Voilà, c'est mon thermomètre à moi.
01:17Non, c'est une image, c'est une image.
01:18Ouais, faut quoi venir, je me le mets nulle part, on va dire baromètre.
01:21Non, parce que je l'ai déjà vu en avoir rien à cirer et même avoir le smile alors qu
01:25'on parle d'un film sur le suicide assisté.
01:26Mais quand il se met à être sérieux, qu'il n'ouvre pas trop sa bouche durant l'émission
01:30et que je vois ses petits yeux humidifiés d'empathie derrière ses lunettes mal mises,
01:33c'est que le sujet est touché.
01:35Mais évidemment, cela ne m'empêche pas de faire mon travail d'humoriste.
01:37Alors allons-y d'ailleurs, votre film parle de différence et je sais ce qu'est être différent.
01:42Je suis suisse.
01:44Je ne peux pas utiliser ma nationalité suisse comme sortie facile.
01:46Bon, votre film parle de différence et je sais ce que c'est qu'être différent.
01:49Je suis jeune.
01:51Ok, votre film parle de différence.
01:53Je sais ce que c'est qu'être différent.
01:54Je suis beau, mais pas…
01:55Non, blague à part, blague à part.
01:57Comme Ulysse, même si c'était évidemment pour des difficultés incomparables.
02:01Moi aussi, j'ai dû aller chez l'orthophoniste quand j'étais petit.
02:03Moi, j'y suis allé parce que je n'arrivais pas à prononcer le son R.
02:06Et en Suisse, c'est inquiétant parce que je n'arrivais pas à prononcer les mots argent et franc-suisse.
02:11En vérité, je suis allé chez l'orthophoniste parce que je zozotais.
02:13Et ce qui est beau, c'est que ma grande sœur m'amenait à mes consultations.
02:16Et ça réveillait une passion en elle.
02:17Et aujourd'hui, ma sœur, elle zozote.
02:19Bon allez, votre film.
02:21Il parle, on l'a dit, d'un petit garçon qui a un syndrome génétique.
02:23Et on voit comment sa famille, en particulier sa mère, va galérer pour l'accompagner
02:26de spécialiste en spécialiste, de structure en structure.
02:28Et qu'il apprenne à parler, marcher, comprendre, s'intégrer.
02:31Bref, toute une odyssée pour ce petit garçon qui s'appelle donc Ulysse.
02:34D'ailleurs, comme Old Laff, quand on m'a dit qu'on allait recevoir l'équipe du film d'Ulysse,
02:37je pensais que c'était le prochain film épique de Christopher Nolan et qu'on allait recevoir
02:40Matt Damon et Zendaya.
02:41Quelle ne fut pas ma surprise en voyant arriver dans les studios Stanislas Mérard et Elodie Bouches.
02:46Mais bon, on a dit qu'on acceptait la différence, donc il n'y a aucun souci.
02:48On vous accueille avec plaisir.
02:51Bon bon bon, quel est le bilan de cette chronique pour l'instant ?
02:54Est-ce que j'ai fait une blague sur le fait que le sujet est difficile ?
02:57Oui.
02:58Une blague sur Daniel Morin ?
02:59Oui.
03:00Réciter le synopsis du film alors qu'on l'a déjà fait 14 fois dans l'émission ?
03:03Oui.
03:04Il ne me reste pas grand-chose sous le coude.
03:06Ah oui, non, je ne peux pas partir sans penser à André qui est le fils de Daisy,
03:10une amie d'enfance de ma mère qui était restée au Brésil.
03:12Alors je sais, on dirait encore une fois que j'esquive le sujet, mais pas du tout.
03:15Parce qu'il y a 27 ans, ma mère et Daisy étaient enceintes au même moment.
03:18Elle d'André, ma mère de moi, et malgré la distance qui les séparait,
03:20elles se soutenaient mutuellement pendant leur grossesse.
03:22Je suis né en bonne santé quelques semaines avant André,
03:25puis André est arrivé atteint du syndrome de Down.
03:27On a aujourd'hui le même âge avec André,
03:28et nos deux seuls points communs c'est avoir un prénom de vieux
03:30et avoir la chance d'être entouré d'une famille aimante.
03:33Et quand on grandit en voyant des gens comme votre personnage Elodie,
03:35ou comme Daisy, car oui c'est très souvent des femmes,
03:37qui se battent et qui avancent en unissant la famille dans l'amour
03:40pour donner la meilleure vie possible à des enfants certes différents,
03:42mais qui ont le même droit au bonheur,
03:44t'as pas trop envie de faire des blagues dessus.
03:46T'as envie de sourire et de les applaudir.
03:48Et c'est exactement ce qu'on fait en voyant votre film.
03:49Merci Manon !