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Dans son édito du 15/06/2026, Thomas Bonnet revient sur les déclarations de Bruno Le Maire qui propose de «passer d’une Europe à 27 à une Europe à 6».

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Transcription
00:00Oui, c'est peut-être enfin la fin d'un dogme et d'une posture tenace,
00:04cette idée selon laquelle l'Europe serait de plus en plus forte à mesure qu'elle s'élargit.
00:08Cela fait des années que l'Union Européenne accueille de nouveaux membres
00:10et nous voilà coincés dans l'immobilisme.
00:13C'est ce que déclare Bruno Le Maire,
00:15gagné par la lucidité des anciens ministres libérés du poids de leurs fonctions.
00:19Il raconte comment les réunions à 27 sont devenues, je le cite,
00:23des bavardages inutiles qui ne permettent aucune prise de décision.
00:27Et c'est vrai, on l'avait constaté.
00:28La politique européenne est rattrapée par cette réalité pourtant évidente.
00:32Une organisation doit être commandée par un chef pour avancer.
00:36La collégialité des décisions, c'est l'assurance de ne rien faire ou presque.
00:40Ce constat de Bruno Le Maire est bienvenu, mais j'y oppose deux bémols.
00:43D'abord, comme trop souvent, il vient d'un homme qui a participé
00:46à cet élargissement de l'Union Européenne par ses engagements politiques
00:49et qui a donc en quelque sorte accompagné notre pays vers l'impuissance.
00:53D'autre part, Bruno Le Maire appartient encore à une famille politique
00:56qui fait de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union Européenne
01:00une pierre angulaire de son programme,
01:02une adhésion qui fragiliserait encore davantage le vieux continent.
01:05Alors, son postulat, c'est de dire que l'Europe à 6 sera plus forte
01:11parce que ressoudée et qu'une Europe à 6 pourra rivaliser face aux États-Unis
01:17et à ceux qui désormais dirigent l'économie mondiale, la Chine et Pékin.
01:22Absolument, même les plus européistes s'accordent sur le fait que l'Europe ne marche pas
01:27et donc Bruno Le Maire répond en prenant moins de pays mais plus d'Europe.
01:31En clair, son idée, c'est de se désabarrasser d'une vingtaine de pays
01:35pour créer une union autour des pays moteurs du continent.
01:38En plus de cette nouvelle organisation, Bruno Le Maire veut étendre encore davantage
01:43les domaines de coopération, qu'ils soient scientifiques, industriels ou même militaires.
01:46Si on devait résumer, ces six pays s'approcheraient d'une organisation quasi-fédérale
01:52pour tenter donc de rattraper notre retard sur les États-Unis et la Chine.
01:56Alors, ce que vous nous dites, c'est que sur le papier, ça peut paraître être une bonne idée.
01:59En pratique, vous êtes plus sceptique.
02:00Cette idée, elle part du postulat que ces six pays partageraient les mêmes intentions,
02:05poursuivraient les mêmes buts.
02:06Or, l'histoire nous enseigne l'inverse.
02:08L'actualité aussi, la mort du projet SKAF, un avion de combat censé naître d'une coopération
02:13entre la France, l'Allemagne et l'Espagne, en est la dernière illustration.
02:17L'Allemagne n'a pas forcément envie de voir la France se développer
02:20et le prétendu couple franco-allemand, c'est une fable qui est alimentée uniquement de notre côté du Rhin.
02:26Les adeptes du plus d'Europe, en fait, font fi des aspirations des peuples européens,
02:30comme les Français l'avaient exprimé en 2005, par exemple.
02:32Le projet de défense européenne se focalise sur les enjeux industriels
02:35en oubliant la question essentielle, la question civilisationnelle,
02:39qui fait qu'on est prêt à mourir pour défendre son pays,
02:42mais pas forcément pour défendre une organisation supranationale.
02:45Nous ne serons donc jamais ni les États-Unis ni la Chine.
02:48Les ressortissants européens ne parlent pas la même langue.
02:51Beaucoup n'ont pas envie de perdre leur identité nationale.
02:54Alors, pour conclure, on peut dire que Bruno Le Maire ouvre un débat salutaire,
02:57celui de l'organisation de notre continent,
02:59mais croire qu'on peut y répondre en diluant encore davantage
03:03les destins de six pays différents,
03:04à mon sens, c'est une erreur d'appréciation.
03:06La coopération économique n'implique pas nécessairement la perte de souveraineté,
03:11parce que, n'en déplaise aux européistes acharnés,
03:13un Français se sentira toujours plus proche d'un autre Français que d'un Allemand.
03:17Ça s'appelle l'identité nationale, la transmission de l'histoire.
03:20Et c'est ce qui fait que votre voisin n'est pas
03:23et ne sera jamais l'équivalent de votre frère.
03:25Sous-titrage Société Radio-Canada
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