- il y a 1 jour
L’histoire secrète des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, réside dans les dix-huit mois de négociations officieuses et clandestines qui ont précédé la signature officielle. Derrière le protocole public entre le ministre français Louis Joxe et le représentant du GPRA Krim Belkacem, la diplomatie parallèle a joué un rôle déterminant pour contourner la méfiance, les menaces de coup d'État militaire et les attentats.
Le rôle crucial de la Suisse et de la diplomatie parallèle
La Suisse comme facilitateur clandestin : Face à l’impossibilité de négocier publiquement, la diplomatie suisse a mis à disposition ses infrastructures et assuré la sécurité des émissaires dans le plus grand secret.
Les rencontres de Lucerne et des Rousses : Bien avant Évian, des émissaires secrets français (comme Claude Chayet ou Bruno de Leusse) et algériens (tels que Ahmed Boumendjel ou Saad Dahlab) se sont réunis secrètement dans des chalets et des hôtels suisses pour jeter les bases de l’accord.
Le cryptage des communications : Pour éviter les écoutes des services secrets et les sabotages de l’OAS (Organisation armée secrète), les diplomates utilisaient des canaux ultra-sécurisés et des intermédiaires neutres.
Les deux grands points d'achoppement secrets
Les négociations ont failli rompre à plusieurs reprises sur deux dossiers majeurs que la France tentait de préserver :
Le statut du Sahara : La France voulait dissocier le Sahara du reste de l'Algérie pour garder le contrôle des gisements de pétrole découverts à Hassi Messaoud et maintenir ses sites d’essais nucléaires à Reggane. Le FLN a catégoriquement refusé, exigeant l’intégrité territoriale absolue, ce que Charles de Gaulle a fini par céder.
La base militaire de Mers el-Kébir : Les négociateurs français ont négocié d’arrache-pied le maintien secret de droits d'utilisation pour la base navale stratégique de Mers el-Kébir et d’autres installations militaires pour une durée de 15 ans.
Les tensions internes étouffées
La fronde de l'armée française : À Paris, de Gaulle devait négocier en secret pour éviter d'embraser une armée française au bord de la sédition, marquée par le putsch des généraux en avril 1961.
Les fractures du côté algérien : Au sein même de la direction algérienne, des tensions majeures existaient entre le GPRA (l'aile politique qui négociait à Évian) et l'État-major général dirigé par Houari Boumédiène (l'aile militaire), qui considérait certaines concessions faites à la France comme des compromissions.
Le rôle crucial de la Suisse et de la diplomatie parallèle
La Suisse comme facilitateur clandestin : Face à l’impossibilité de négocier publiquement, la diplomatie suisse a mis à disposition ses infrastructures et assuré la sécurité des émissaires dans le plus grand secret.
Les rencontres de Lucerne et des Rousses : Bien avant Évian, des émissaires secrets français (comme Claude Chayet ou Bruno de Leusse) et algériens (tels que Ahmed Boumendjel ou Saad Dahlab) se sont réunis secrètement dans des chalets et des hôtels suisses pour jeter les bases de l’accord.
Le cryptage des communications : Pour éviter les écoutes des services secrets et les sabotages de l’OAS (Organisation armée secrète), les diplomates utilisaient des canaux ultra-sécurisés et des intermédiaires neutres.
Les deux grands points d'achoppement secrets
Les négociations ont failli rompre à plusieurs reprises sur deux dossiers majeurs que la France tentait de préserver :
Le statut du Sahara : La France voulait dissocier le Sahara du reste de l'Algérie pour garder le contrôle des gisements de pétrole découverts à Hassi Messaoud et maintenir ses sites d’essais nucléaires à Reggane. Le FLN a catégoriquement refusé, exigeant l’intégrité territoriale absolue, ce que Charles de Gaulle a fini par céder.
La base militaire de Mers el-Kébir : Les négociateurs français ont négocié d’arrache-pied le maintien secret de droits d'utilisation pour la base navale stratégique de Mers el-Kébir et d’autres installations militaires pour une durée de 15 ans.
Les tensions internes étouffées
La fronde de l'armée française : À Paris, de Gaulle devait négocier en secret pour éviter d'embraser une armée française au bord de la sédition, marquée par le putsch des généraux en avril 1961.
Les fractures du côté algérien : Au sein même de la direction algérienne, des tensions majeures existaient entre le GPRA (l'aile politique qui négociait à Évian) et l'État-major général dirigé par Houari Boumédiène (l'aile militaire), qui considérait certaines concessions faites à la France comme des compromissions.
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TVTranscription
00:00...
00:074 juin 1958, place du Forum à Alger.
00:12Le général de Gaulle est accueilli en héros par les Français d'Algérie.
00:17C'est pourtant le début de la fin d'une guerre qui dure depuis 4 longues années.
00:23...
00:28De Gaulle savait, avant même de revenir au pouvoir en 1958,
00:32que l'intégration de l'Algérie dans la France n'était pas possible, voire n'était plus souhaitable.
00:39Et si à l'époque, le général avait clairement donné ses intentions,
00:45je me crois qu'il y aurait eu une révolte.
00:51La rencontre entre le général et les Français d'Algérie restera sans doute
00:55comme l'un des malentendus les plus douloureux de l'histoire de notre pays.
01:02Je vous ai compris !
01:07Entre ce 4 juin 1958 et la fin de la guerre d'Algérie,
01:124 nouvelles années de combat et de violence.
01:16Voici l'histoire d'un processus inéluctable,
01:20d'une négociation difficile avec ses avancées, ses blocages et ses rebondissements.
01:34Je sais ce qui s'est passé ici !
01:40Les pieds-noirs ont ramené de Gaulle aux affaires pour que l'Algérie reste française.
01:46Je vois ce que vous avez voulu faire !
01:51Ce jour-là, c'est donc la joie pour le petit peuple d'Algérie.
01:58Quand on entend le général de Gaulle, on se dit « bon ben ça va,
02:00il nous a une garantie que les choses vont rester en l'état en tous les cas ».
02:04J'ai cru à de Gaulle à ce moment-là, c'est certain, et je me disais que je vous
02:09ai compris,
02:10je ne pensais pas que c'était dans les sacrifiés qu'ils nous comprenaient.
02:12Beaucoup, par exemple, ont fait des investissements.
02:15Mon propre père, d'ailleurs, a fait la même chose.
02:18C'est pour ça qu'il en veut aussi Gérard de Gaulle,
02:20puisqu'il a cru au départ à ce qu'il disait.
02:22Donc il a acheté un appartement à Oran, il a mis toutes ses économies,
02:25et puis en fait, on est parti, on a tout laissé.
02:28Le Front de Libération Nationale Algérien,
02:31le FLN a une interprétation très différente du retour de de Gaulle.
02:36Car pour lui, le général est celui qui a prononcé le discours de Brazzaville,
02:42l'homme qui, dès 1944, défendait le processus de décolonisation,
02:48un défenseur du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
02:51L'arrivée du général de Gaulle a été saluée comme un espoir.
02:56Le FLN, tout de suite, comprend que l'avènement de de Gaulle
03:01va apporter des changements importants dans la politique française.
03:08Pour le FLN, de Gaulle est bien celui qui va donner l'indépendance à l'Algérie.
03:15Il y a une réponse politique à la venue de de Gaulle.
03:19C'est la constitution, 19 septembre 1958,
03:24du gouvernement provisoire de la République algérienne.
03:28Donc, on rentre dans une nouvelle étape,
03:32celle de la consolidation des institutions du FLN.
03:37On le sait, l'histoire va donner raison aux Algériens.
03:42D'ailleurs, 15 mois après son retour au pouvoir,
03:45le général pose les bases de ce qui, désormais,
03:49va être la ligne directrice de sa politique algérienne.
03:52On peut maintenant discerner le moment
03:57où les femmes et les hommes qui habitent l'Algérie
04:01seront en mesure de décider de leur destin,
04:06une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause.
04:11Le vrai tournant du 16 septembre 1959,
04:16c'est l'idée qu'on va faire un référendum
04:18et qu'on va demander aux Algériens ce qu'ils souhaitent.
04:22C'est quand même un coup d'éclat extraordinaire.
04:27Je considère comme nécessaire
04:31que ce recours à l'autodétermination soit proclamé aujourd'hui.
04:35Et c'est à partir de là que se présente pour la première fois
04:40la possibilité concrète de négociations avec le FLN,
04:46donc avec des membres du FLN,
04:48pour essayer d'aboutir à une autre solution que l'Algérie française.
04:55Ce discours est un coup de tonnerre pour les partisans de l'Algérie française.
05:00En revanche, c'est une victoire pour ceux qui militent en faveur de l'indépendance.
05:05Louis Jox, l'homme qui va négocier les accords déviants, fait partie de cela.
05:10Son fils, Pierre, se souvient de ce moment précis.
05:14Le 16 septembre 1959, le discours de De Gaulle,
05:16je l'ai entendu au messe des officiers de la base aérienne de Colombichard,
05:19où j'étais, on était en train de se préparer à dîner.
05:23Alors on a explosé de joie, presque tous, dans le contingent.
05:28Et j'ai envoyé immédiatement un télégramme à mon père,
05:30parce que c'était son anniversaire, le 16 septembre 1959.
05:34Bon anniversaire.
05:36Et on a cru à ce moment-là, nous, des jeunes officiers ou des jeunes soldats,
05:39on a cru que la paix, c'était pour Noël.
05:45Sur le terrain pourtant, les affrontements redoublent de violences.
05:49L'armée française n'a jamais été aussi offensive.
05:53De Gaulle semble faire le contraire de ce qu'il a annoncé.
05:57Dans un premier temps, la stratégie de De Gaulle,
05:59ça a été plutôt une stratégie militaire.
06:02Porter des coups aux maquis algériens,
06:04faire en sorte que les maquis du Front de Libération Nationale plient,
06:08soient affaiblis au maximum,
06:10pour débuter, pour commencer de véritables négociations.
06:14Le FLN sur le plan militaire se faisait battre beaucoup par le plan Chal.
06:19Chal était un militaire qui avait une idée très simple.
06:24C'est vraiment le rouleau compresseur, si vous voulez.
06:27On évacuait tout le monde, on a évacué un million et demi ou deux millions de paysans,
06:31quelque chose comme ça, qu'on a mis dans des camps.
06:34Ça, c'était pas ce qu'il y avait de plus beau.
06:35Mais quand même, le FLN, militairement, en a pris un coup.
06:41L'armée française tient sa victoire militaire.
06:44De Gaulle veut profiter de la position de force pour négocier.
06:49Juin 1960, dans un secret absolu,
06:53une délégation de militaires du FLN atterrit à Paris, direction l'Elysée.
07:01C'est le 10 juin qu'ils débarquent dans l'aérodrome des services secrets français.
07:12Ils sont transportés en voiture par un officier général.
07:16Ils traversent Paris par un temps magnifique, ensoleillé.
07:21Ils sont absolument étonnés de voir Paris.
07:26Évidemment, pour eux, c'est quelque chose d'assez étonnant.
07:29On les fait venir par les jardins de l'Elysée.
07:33Et De Gaulle les reçoit dans le plus grand secret, dans son cabinet.
07:37Et là, le général apparaît en grand uniforme.
07:41De Gaulle leur dit que, de façon extraordinairement courtoise,
07:47d'après ce qu'on a compris,
07:49qu'il a bien vu ce qu'il voulait faire,
07:55qu'il rendait hommage, comme il l'avait fait en 1958,
07:59à leur courage.
08:00Et il se passe une chose tout à fait typique du général De Gaulle,
08:05c'est qu'il leur tient un discours éblouissant
08:08sur le futur de l'Algérie tel qu'il l'a moi.
08:12Il leur demande dans quelle mesure ils peuvent faire déposer les armes.
08:18Par conséquent, c'est bien cela, c'est les couteaux vestiaires.
08:22De Gaulle raccompagne ses hôtes jusqu'à la porte en disant
08:27« Je ne vous serre pas la main, je vous la servirai lorsque nous aurons signé
08:35les accords qui construisent cette Algérie dont je vous ai esquissé les grandes dignes. »
08:44Aucun membre de cette délégation algérienne ne serrera la main du général De Gaulle.
08:50Car le FLN est divisé.
08:52De retour en Algérie, ceux qui ont rencontré le président français n'ont plus la main.
08:57Le voyage à Paris n'a servi à rien.
09:00De Gaulle veut absolument trouver une solution.
09:03Il reprend l'initiative.
09:06Dans les jours qui suivent, De Gaulle lance un appel solennel au GPRA lui-même,
09:15c'est-à-dire au chef politique de la rébellion, pour avoir une négociation publique.
09:21Et à la surprise générale, le GPRA réagit très vite.
09:25Et il envoie donc deux de ses délégués pour préparer la venue de Ferhat Abbas,
09:30le président du GPRA, pour rencontrer De Gaulle à Paris.
09:34Donc à la fin juin 1960, deux représentants du président du GPRA viennent en France.
09:41Ils sont reçus à la préfecture de Melun.
09:44Cette fois, la négociation est publique.
09:47La ville est prise d'assaut par la presse.
09:50Les yeux de tous les Français sont tournés vers Melun.
09:52L'épisode fait la une des journaux.
09:55De Gaulle, l'homme du 18 juin 1940, est sûr de lui.
09:59Il pense pouvoir imposer ses conditions au FLN.
10:04Quand De Gaulle arrive au pouvoir, d'abord, il a une certitude incroyable, peut-être mégalomaniaque,
10:14sur le fait qu'on acceptera de sa part ce qu'on a refusé aux autres.
10:19Il est persuadé que le FLN, qui est dans le privé, qui traite de fouilleux,
10:31qui vont venir à quatre pattes se traîner à ses pieds.
10:36Il pensait qu'il arriverait avec les forces de la nation, enfin bien sûr,
10:41mais qu'il arriverait à faire plier le FLN.
10:46Mais les négociations de Melun sont un échec.
10:49Car De Gaulle demande un cessez-le-feu préalable à toute discussion.
10:54Pour le général, la question de l'indépendance n'est pas encore à l'ordre du jour.
10:59Le FLN, lui, ne vient en France que pour une seule raison.
11:04Toute notre politique était définie par une position tout à fait radicale.
11:09C'est-à-dire, nous luttions, nous étions partis pour aboutir à l'indépendance totale.
11:15Donc il y a malissamment malentendu au cours du mois de juin 1960.
11:21Et à partir de là, la situation ne va pas cesser d'empirer.
11:27Après l'échec de Melun, De Gaulle n'a donc pas d'autre choix que de faire un pas de
11:33plus vers les Algériens.
11:35En novembre 1960, il prononce un grand discours à la télévision.
11:39Ayant repris la tête de la France, j'ai, on le sait, décidé en son nom de suivre un chemin
11:46nouveau.
11:48Ce chemin conduit non plus au gouvernement de l'Algérie par la métropole française, mais à l'Algérie algérienne.
11:59Cela veut dire une Algérie émancipée, ou c'est aux Algériens qu'il appartienne de décider de leur destin.
12:08Dans le discours du 4 novembre 1960, De Gaulle prend pour la première fois une position beaucoup plus claire.
12:15Il reconnaît que la République algérienne, qui n'a jamais existé, existera un jour.
12:20Ça, c'est évidemment une révélation sans précédent.
12:25L'Algérie, si elle le veut, pourra avoir son gouvernement, ses institutions et ses lois.
12:33De Gaulle veut en finir.
12:35Dès lors, les négociations s'intensifient.
12:38Mandatés par l'Élysée, les hommes du général se transforment en agents secrets.
12:43Après, il rencontre les émissaires du FLN en France ou en Suisse, à l'abri des regards, façon roman d
12:49'espionnage.
12:51On m'a donné un vrai faux passeport.
12:53J'ai été signé par M. Verdier, directeur général de la Sûreté nationale.
13:00J'ai gardé comme un souvenir.
13:03Même à sa femme, on ne dit rien.
13:05Ma femme n'a jamais su où j'allais quand je partais.
13:09C'est-elle fait des idées ?
13:12C'est possible, je n'ai pas demandé.
13:14Je lui ai dit que je partais en mission.
13:17Mais que je ne pouvais pas lui dire où j'allais.
13:19On m'a envoyé à Dôle, où j'ai été accueilli par des gendarmes qui m'ont emmené dans une
13:27voiture.
13:29Je m'étais mis à l'avant, j'avais les pieds sur un tas de grenades.
13:33Je me suis dit qu'on ne sait jamais, peut-être attaquer, etc.
13:37J'ai donc pris la caravelle, je suis arrivé à Genève.
13:41J'ai trouvé un interlocuteur, ou plus exactement, cet interlocuteur m'a trouvé.
13:47Il m'a reconnu un petit détail que Michel Devray m'avait recommandé de faire,
13:51c'est-à-dire d'acheter Combat, journal que j'aimais bien d'ailleurs,
13:55de le prendre sous le bras.
13:57Et c'est en effet comme ça que mon interlocuteur a dit que vous avez l'habitude de dire Combat.
14:01J'ai dit non, jamais, mais je l'ai acheté ce matin par exception.
14:04Il m'a dit, balancez-vous que je cherche.
14:06Et tous les 2 km, 3 ou 4 km, il changeait la plaque d'immatriculation.
14:12Parce qu'il disait, on risque d'être repéré.
14:15Et il faut savoir que votre tête pourrait très bien être mise à prix.
14:21À quoi pensons-nous ?
14:22Naturellement, on pense aux affaires qu'on a traitées.
14:24Mais aussi, on pense aussi aux conséquences de ce qu'on décide.
14:28Quand on décide de se rencontrer dans 15 jours,
14:31moi je sais qu'à chaque fois, je dis, 15 jours, 15 jours,
14:34mais ça va faire encore combien de morts pendant 15 jours ?
14:36C'est absurde.
14:41Pour la conférence d'Evian,
14:43un avion a amené à Genève les membres de la délégation FLN conduite par M. Belkacem Krim
14:47et qui comprend M. Boumenjel et Ahmed Francis,
14:50qui résument à eux trois toutes les tendances du FLN.
14:53Et à sa descente d'avion...
14:55Après des mois de rencontres secrètes,
14:57de contacts informels et confidentiels,
14:59les négociations reprennent officiellement à Evian.
15:03L'Algérie veut accéder à la vie internationale,
15:08sans complexe,
15:09avec le désir sincère
15:12de coopérer avec tous les peuples
15:15et d'apporter sa modeste contribution au progrès humain.
15:21Evian, l'hôtel du Parc.
15:23La police fait toujours aussi bonne garde.
15:25M. Louis Jox, ministre d'État pour les Affaires d'Algérie,
15:28chef de la délégation française,
15:30arrive le premier.
15:31La délégation FLN pénètre à son tour à l'hôtel du Parc.
15:34Sommes-nous enfin en vue de l'aboutissement ?
15:38Mais cette conférence est sous haute tension.
15:41Le maire d'Evian, Camille Blanc,
15:43est assassiné chez lui par l'OAS.
15:46L'organisation secrète pro-Algérie française
15:49veut empêcher la tenue de ces négociations.
15:53Les activistes de l'OAS multiplient les attentats en Algérie
15:57et en métropole.
16:06Malgré cette pression,
16:08les discussions s'ouvrent à l'hôtel du Parc d'Evian.
16:11Très vite,
16:12elles coincent sur des questions géopolitiques.
16:16Le FLN considère la question du Sahara
16:19comme non négociable.
16:21Il est clair que la question du Sahara
16:23pose problème
16:25dans les négociations
16:27entre la France
16:28et le gouvernement provisant
16:30de la République algérienne, le GPRA.
16:31Le Sahara, c'est pas seulement du sable,
16:34c'est du pétrole.
16:39Depuis 1956,
16:41à peu près,
16:42la France y avait développé
16:44à la fois l'exploitation pétrolière,
16:48toute une série
16:49de bases
16:51d'expérimentations spatiales,
16:54et également
16:55avait choisi
16:57d'y faire exploser
16:59ces bombes atomiques.
17:04On se remet dans le contexte
17:05où De Gaulle
17:07a pour objectif
17:09de faire de la France
17:11une puissance nucléaire,
17:12de faire partie
17:13de la Cour des Grands.
17:14Donc, pour cette double raison énergétique
17:16avec le pétrole nucléaire,
17:19le Sahara constitue
17:21une épine, on va dire,
17:22dans les négociations
17:23entre la France
17:25et le GPRA.
17:34Moi, je m'occupais du pétrole,
17:36et donc, j'étais chargé
17:37pour présenter la thèse
17:38sur le Sahara.
17:40Les arguments
17:41étaient que
17:42le Sahara
17:43était
17:46essentiellement
17:47une conquête française,
17:49il n'y avait jamais eu
17:50dedans,
17:51l'Algérien
17:52n'avait jamais rien fait
17:54au Sahara,
17:54et que, donc,
17:56il n'avait pas le droit
17:57historique
17:57sur le Sahara.
17:58Il s'est trouvé que
17:59la France, administrativement,
18:01avait rattaché le Sahara
18:02au département d'Algérien.
18:04Nous souhaitions,
18:06finalement,
18:06pouvoir continuer
18:07à exploiter ce pétrole,
18:08au moins pour récupérer
18:10la mise.
18:11C'était l'idée du général,
18:13qui avait une conception
18:14très patrimoniale,
18:16finalement,
18:18peut-être très bourgeoise.
18:20Il faut récupérer l'argent
18:22qu'on a dépensé
18:23dans le pétrole.
18:26Le FLN refuse
18:28de plier
18:30les négociations
18:31à chope.
18:33Les Algériens
18:35craignaient
18:36de s'engager,
18:37craignaient
18:38d'être
18:39roulés
18:40dans la farine
18:41par les négociateurs
18:42français,
18:43qu'ils estimaient
18:44à leur juste valeur,
18:46c'est-à-dire
18:46des gens très habiles
18:48et très,
18:48tout à fait,
18:49remarquables.
18:49Je me souviens
18:50que Krimbel Kacem
18:52nous a dit
18:53vous avez pris
18:54la décision
18:55d'une journée,
18:56c'est nous
18:57qui avons décidé
18:57d'arrêter,
18:59vous avez décidé
19:00d'arrêter Cindy,
19:02c'est dédié,
19:03c'était Cindy,
19:04les négociations,
19:06c'est à vous
19:07de nous dire
19:07qu'on va les reprendre.
19:10A Evian,
19:11c'est donc l'impasse.
19:13Claude Chayet
19:13remonte à Paris
19:14pour rendre compte
19:15au général.
19:18De Gaulle
19:18s'emporte.
19:19Vous direz
19:21à Célaska
19:22que l'indépendance
19:24de l'Algérie
19:25est acquise.
19:26Vous m'entendez ?
19:28L'indépendance
19:29de l'Algérie
19:30est acquise.
19:31Mais qu'il faut
19:32maintenant
19:32qu'il se décide
19:34à sauter le pas.
19:38Mais les Lascars
19:39sont déterminés
19:40à obtenir
19:41l'entière souveraineté
19:42du territoire algérien.
19:44A la surprise générale,
19:46De Gaulle
19:47finit par céder.
19:48Le Sahara
19:49sera algérien.
19:52Les concessions
19:53du côté algérien
19:55n'ont pas été
19:56minces non plus
19:57puisque
19:58c'est
19:59des
20:00facilités
20:02particulières
20:03aux compagnies
20:03pétrolières
20:04françaises.
20:05C'est la possibilité
20:06de poursuivre
20:07les essais
20:08nucléaires
20:09et
20:10quand on sait
20:12quel
20:14drame
20:14c'était
20:15chaque fois
20:15qu'il y avait
20:16un essai nucléaire
20:17dans le monde
20:17et le concert
20:19de lamentations
20:19et de réclamations
20:20qu'il y avait,
20:22il faut bien dire
20:23que les Algériens
20:24ont accepté cela.
20:31A Alger,
20:32les tenants
20:33de l'Algérie française
20:34font tout
20:35pour faire échouer
20:36les négociations.
20:37en avril 1961,
20:39des militaires
20:40vont tenter
20:40le coup de force.
20:42Conduit par
20:43quatre généraux
20:43Jouot,
20:44Salan,
20:45Schall et
20:45Zeller,
20:46le Pouch d'Alger
20:47est une tentative
20:49de coup d'État
20:50pour renverser
20:50De Gaulle.
20:57La réaction
20:58du général
21:00restera
21:00dans les annales
21:01de l'histoire.
21:02Ce pouvoir
21:04a une apparence.
21:06Un carteron
21:07de généraux
21:08en retraite.
21:09Il a une réalité.
21:12Un groupe
21:13d'officiers
21:14partisans
21:15ambitieux
21:17et fanatiques.
21:20Leur entreprise
21:21ne peut conduire
21:22qu'à un désastre
21:24national.
21:27Française,
21:28Français,
21:29aidez-moi.
21:32À Alger,
21:33le Pouch dure
21:34trois jours.
21:35Le pays
21:36retient son souffle.
21:39En métropole,
21:41l'appel
21:42du général
21:42est entendu.
21:44Le peuple
21:45de Paris
21:45était appelé
21:46à tenir son rôle
21:46dans ce drame
21:47inattendu.
21:48C'est par milliers
21:49qu'ont pu compter
21:49les engagements
21:50réclamés
21:50pour seconder
21:51les forces
21:51de l'ordre.
21:52Le gouvernement
21:53avait pris
21:53ses mesures
21:54de sauvegarde
21:54et assurait
21:55la sécurité nationale.
21:58La tentative
21:59de coup d'État
21:59est rapidement condamnée
22:01car la majorité
22:02des officiers
22:03restent fidèles
22:04à De Gaulle.
22:05Le carteron
22:06de généraux
22:07est arrêté.
22:12De Gaulle
22:12garde donc
22:13la situation
22:14en main.
22:15Mais le monde
22:16entier
22:17a les yeux rivés
22:17sur cette affaire
22:18algérienne.
22:19La pression
22:20internationale
22:20est de plus en plus
22:21forte sur la France.
22:23Le FLN
22:24va en tirer profit.
22:28Sur le plan
22:29international,
22:30c'est un FLN
22:31important,
22:32un FLN
22:33souder,
22:33un FLN
22:34cohérent.
22:34Sa politique
22:36étrangère,
22:37c'est-à-dire
22:37la diplomatie
22:38du FLN
22:38qui est l'un
22:42des grandes réussites.
22:43L'une des plus grandes
22:44réussites du FLN
22:45c'est sa diplomatie
22:45qui commence
22:46à partir de 1958
22:47une diplomatie
22:49démonstrative,
22:50audacieuse.
22:54Le FLN
22:55attachait
22:55beaucoup d'importance
22:56à ce que l'opinion
22:57internationale
22:58soit de son côté.
22:59Il avait
23:00un communicant
23:01comme on dirait
23:02aujourd'hui
23:02extraordinaire
23:03à New York,
23:04à l'ONU,
23:05à Washington aussi
23:06en même temps
23:06par hasard
23:07de temps en temps
23:09qui s'appelait
23:11Yazid,
23:12qui parlait
23:12américain
23:13remarquablement,
23:14qui passait
23:14sur les télés
23:15américaines
23:15et tout ça.
23:16On a parlé
23:17aussi de l'Algérie
23:18à la commission
23:19politique de l'ONU
23:20où adversaires
23:21et partisans
23:21de la politique
23:22française
23:22se sont expliqués
23:23à une ronde
23:23d'observation
23:24avant le débat
23:25en Assemblée Générale.
23:26Le combat
23:26des Algériens
23:27grâce à cette
23:27diplomatie
23:28démonstrative
23:29devient un combat
23:30pour la liberté,
23:31un combat
23:32contre le colonialisme.
23:34On est tout de même
23:35dans une période
23:35où la décolonisation
23:39est devenue
23:40le fer de lance
23:41d'une grande partie
23:42des États
23:43de ce monde.
23:44Comment cela se fait-il
23:45que la très grande
23:46majorité
23:47des États
23:48d'Afrique
23:51obtiennent
23:51leur indépendance
23:53que ce soit
23:54par l'Angleterre
23:54ou que ce soit
23:55par la France
23:57aussi ?
23:59Comment cela se fait-il
24:00que la France
24:01se rattache
24:01à cette Algérie ?
24:02La stratégie
24:04du FLN
24:05de résonance
24:07internationale
24:08etc.
24:08Cette stratégie
24:09du faible au fort
24:10produit ses effets.
24:11Effectivement,
24:12la France va être isolée
24:13sur la scène internationale.
24:15La guerre d'Algérie
24:15fait mettre la France
24:16quand même au banc
24:17des nations
24:18à l'ONU
24:18puisqu'il y a des condamnations.
24:21Le sénateur Kennedy
24:22qui n'est pas encore président,
24:24John Kennedy
24:25qui fait des interventions
24:26à l'ONU
24:27pour condamner cette guerre
24:28menée par la France
24:29etc.
24:30Donc tout ça,
24:31De Gaulle,
24:31il le sait parfaitement.
24:32il faut arrêter
24:34à tout prix
24:34et donc voilà
24:35et tout le reste
24:37n'a pas grande importance.
24:43En métropole,
24:45la question algérienne
24:46fait débat.
24:47Le climat est électrique
24:48et les Français divisés.
24:50Parfois jusque
24:51dans leur famille,
24:53certaines se déchirent
24:54carrément
24:54sur la question algérienne.
24:56J'avais une soeur aînée
24:59qui était
25:00une passionnariat
25:02de l'Algérie française.
25:05Elle considérait que
25:09je m'étais vraiment liée
25:11avec le diable.
25:11j'ai eu une tante
25:14qui a une de ses amies présentes
25:16m'a présenté
25:17en disant
25:19c'est mon neveu
25:19qui est aux affaires étrangères
25:23et son seul souci
25:25est de brader l'Empire.
25:28Je me suis tournée
25:29vers cette amie
25:31qu'elle avait
25:32invitée à prendre le thé
25:35et qui pensait
25:36avoir des moments agréables
25:37et je lui dis
25:38madame
25:40vous qui vous étonnez
25:42comme ma tante
25:43je le dis
25:44que je brade l'Empire
25:45vous êtes naturellement prête
25:47à me donner
25:47le sang de votre fils
25:49qui a 20 ans
25:51et vous m'attente
25:52ce tableau
25:53vous me le donnez aussi
25:54parce que j'ai besoin d'argent
25:55pour faire la guerre
25:57il faut de l'or
25:57il faut de l'argent
25:59et il faut du sang
26:01donnez-moi les deux
26:02je fais la guerre.
26:05progressivement
26:06les partisans
26:06de la paix
26:07deviennent majoritaires
26:08la guerre apparaît
26:09de plus en plus inutile
26:11au seuil
26:12de la 8ème année
26:13de conflit
26:14l'indépendance
26:15semble inéluctable
26:17les français refusent
26:19de donner leur sang
26:19plus longtemps
26:20à une cause
26:21qu'ils ne partagent plus
26:25il faut bien voir
26:26qu'à la fin
26:27en 59-60
26:28il y a 500 000 garçons
26:30du contingent de l'Algérie
26:31donc ça veut dire
26:32500 000 mamans
26:33500 000 pères
26:35500 000 petites amies
26:36500 000 soeurs
26:37500 000 frères
26:37en moyenne
26:38ça fait des millions de gens
26:40qui ont quelqu'un à l'Algérie
26:41et ils ont peur pour lui
26:42c'est le guépi algérien
26:46il ne faut pas dire
26:47la phrase courante
26:47à l'époque
26:48le merdier algérien
26:49et donc
26:50il faut se tirer de là
26:52à Alger
26:53mais aussi en métropole
26:54les partisans
26:55de l'Algérie française
26:56ne s'avouent pas vaincus
26:57à Paris
26:59des parachutistes déçus
27:01et des militants
27:02d'extrême droite
27:02s'activent au sein
27:03de l'OAS Métro
27:04ils amplifient
27:06les plastiquages
27:07ce sont
27:08les nuits bleues
27:09au fond
27:10une idée est omniprésente
27:12dans la tête de ces hommes
27:13c'est tuer de Gaulle
27:14c'est la seule chose
27:15c'est le seul
27:18c'est le seul
27:19blocage réel
27:20qu'il y a
27:21car
27:23lui seul
27:23peut arriver
27:25à
27:25à continuer
27:26dans sa néfaste politique
27:27anti-française
27:29la violence est partout
27:31un pont sur scène
27:32et au petit clamar
27:33le général de Gaulle
27:34échappe
27:35deux fois
27:36à la mort
27:38c'était vraiment la guerre
27:39il fallait
27:40je pense qu'on ne s'en rende pas compte
27:42aujourd'hui
27:42à quel point
27:43cette fin
27:44les derniers mois
27:45de la guerre d'Algérie
27:46ont été extrêmement violents
27:48ça faisait la une
27:49de les journaux
27:49évidemment tous les jours
27:50attentats ici
27:52des Moulineaux
27:52attentats etc
27:53les attentats
27:54contre le général de Gaulle
27:55enfin bon
27:56c'était
27:57il y avait quand même
27:58un climat de guerre civile
28:00à quelques mois
28:01de la signature
28:02des accords déviants
28:04l'OS se déchaîne
28:07ils plastiquent
28:08un certain nombre
28:09d'appartements d'acteurs actuels
28:10ils plastiquent
28:11les journaux
28:11le monde
28:12l'express
28:12m'a plastiquée
28:13mon appartement
28:16moi j'ai eu
28:17deux policiers
28:18devant chez moi
28:19Jean Daniel
28:20est alors journaliste
28:21à l'express
28:21il est réputé
28:23pour ses opinions
28:24pro-indépendantistes
28:52mes parents
28:55il y a quelques ratés
28:56il y a quelques ratés
28:56comme ils disent
28:57c'est à dire que
28:57l'appartement de Malraux
28:58qui est plastiqué
28:59fait une victime
29:00une petite fille
29:01qui est complètement défigurée
29:02et dont le visage
29:03va apparaître
29:04à la lune des journaux
29:09la campagne du plastique continue
29:11la campagne du plastique continue
29:11la campagne du plastique continue
29:11cette offensive en visant
29:13monsieur André Malraux
29:13a fait la plus pitoyable des victimes
29:15une fillette de 5 ans
29:16qui a failli perdre la vue
29:18la liste des explosions s'allonge
29:20l'OAS comprendra-t-elle
29:22la criminelle folie
29:23de ces méthodes aveugles
29:24qui heurtent toutes les consciences
29:26je regrette beaucoup
29:28qu'il y ait une bavure
29:29parce que c'était pas elle
29:31qui était désignée
29:32c'était Malraux
29:32mais bon
29:34c'est la guerre
29:35c'est un combat qu'on menait
29:37voilà
29:38donc on monte en épingle
29:40quelque chose
29:40qui est regrettable
29:42évidemment
29:43c'est quelqu'un
29:44qui souffre dans sa chair
29:46et qui est innocent
29:46c'est regrettable de toute façon
29:48c'est sûr
29:49mais combien d'autres
29:51méritent autant
29:52et qui n'ont pas accès
29:53aux médias
29:53et n'ont pas la parole
29:54la manifestation de Sharon
29:56a été provoquée
29:57par l'attentat
29:58au plastique
29:59chez André Malraux
30:00ministre de la Culture
30:02qui avait blessé
30:03la petite Delphine Renard
30:04défigurée
30:05et c'est cette photo
30:07d'un enfant défiguré
30:08qui avait provoqué
30:11l'indignation
30:12et fait que les gens
30:13étaient descendus manifester
30:14le 8 février 1962
30:16un million de personnes
30:18se retrouvent à Paris
30:19pour protester
30:20contre la violence
30:21de l'OAS
30:22un million de personnes
30:23il n'y a de quoi faire
30:23une révolution
30:24rien
30:24les arrête
30:25un million de personnes
30:26dans les rues de Paris
30:27les gens en ont
30:29ras le bol
30:29mais le préfet de police
30:31de Paris
30:31Maurice Papon
30:32ordonne aux forces
30:34de l'ordre
30:34de charger
30:35les manifestants
30:36et là
30:36il y a eu
30:37une espèce
30:37de panique
30:38dans la foule
30:39il y avait l'entrée
30:40du métro
30:40Charonne
30:41ils sont précipités
30:43trop vite
30:44certains étaient poussés
30:45ils sont tombés
30:45les autres
30:46leur sont tombés dessus
30:47la foule s'est amassée
30:49la police est arrivée
30:50et les gestes
30:52malheureux
30:52les policiers
30:53ils ont jeté
30:54des grilles d'arbres
30:54par dessus
30:57sur les corps
30:57et il y a eu
30:58les gens sont mortes
30:59étouffés
31:02à Charonne
31:03ce jour-là
31:03neuf personnes
31:04trouvent la mort
31:05la liste
31:07des victimes
31:07de la guerre d'Algérie
31:08n'en finit pas
31:09de s'allonger
31:18désormais
31:18De Gaulle est pressé
31:19de trouver un accord
31:20les négociateurs français
31:22retrouvent les algériens
31:23dans le village des Rousses
31:25dans le Jura
31:26cette nouvelle rencontre secrète
31:28va être déterminante
31:30c'était en plein dans la neige
31:32c'était à 800 mètres
31:34quelque chose comme ça
31:34du col de la faucille
31:36mais il fallait y aller
31:37par des petits chemins
31:39etc
31:39et qu'est-ce que c'était
31:41c'était un hangar
31:42essentiellement
31:43on va chercher les
31:44on va chercher les Lascars
31:47parce que nous les appuyons
31:49entre nous comme ça
31:50nous allions les chercher
31:51de l'autre côté
31:52de la frontière
31:52ils venaient dans une voiture
31:57camouflée
31:57et ils arrivaient au Rousses
31:59entraient, montaient
32:00et puis les discussions
32:03avaient lieu
32:03l'épisode dure une semaine
32:06les négociateurs
32:08s'épuisent
32:09et reprennent
32:09tous les points de désaccord
32:11un par un
32:12à l'Elysée
32:13De Gaulle
32:14impatient
32:15appelle plusieurs fois par jour
32:17la partie la plus importante
32:19qui est inconnue
32:21de toute cette affaire
32:22un coup de téléphone
32:25du général
32:29à Louis-Jox
32:31cette affaire doit finir
32:37l'Algérie est indépendante
32:40vous m'entendez ?
32:42et bien
32:43ça c'est nécessaire
32:44la délégation française
32:47s'exécute
32:48le cessez-le-feu
32:49le Sahara
32:50les garanties apportées
32:52aux Européens d'Algérie
32:53et l'autodétermination
32:54tous ces sujets
32:56sont abordés dans le détail
32:58presque tout a été réglé
33:01au Rousse
33:02je lui ai même
33:03je lui ai même tout
33:05une fois qu'on a signé
33:06on s'est serré la main
33:07pour la première fois
33:09mais tout cela
33:10reste encore secret
33:12rendez-vous est pris
33:13un mois plus tard
33:14à Evian
33:15le 6 mars 1962
33:18les négociateurs
33:19se retrouvent
33:20pour conclure le pacte
33:22mais cette dernière phase
33:23de la négociation
33:24fut plus longue
33:25et plus difficile
33:25qu'on ne le croyait
33:26à son début
33:27il y eut même
33:28des jours d'inquiétude
33:31on sent que ça va se jouer là
33:33mais ça a été dur quand même
33:34pendant les 8 jours
33:36il discutait mot à mot
33:37mot à mot
33:38pas tellement du cessez-le-feu
33:42mais de ce qui se passerait
33:43pendant la période intermédiaire
33:45de l'installation
33:47d'un exécutif provisoire
33:49il avait été prévu
33:51qu'il y aurait
33:52un exécutif provisoire
33:54avec
33:56donc
33:57des représentants
33:58de toutes les communautés
34:02vivant en Algérie
34:04et ça
34:06comme toujours
34:07quand il s'agit
34:07de choisir des personnes
34:09il y a toujours
34:10des exclusions
34:11qui se font
34:12celui-là on ne veut pas
34:13etc
34:13c'est ça
34:15qu'ils ont discuté
34:16mais il y a également
34:17toute une série de textes
34:19qui
34:21je dirais
34:21ont pour but
34:22d'orienter
34:25les futures relations
34:26entre l'état français
34:27et l'état algérien
34:28en garantissant
34:29un certain nombre
34:30de droits
34:31aux français
34:32qui resteront en Algérie
34:34et il y a également
34:35donc toute une série
34:36de dispositions
34:36qui s'efforcent
34:38d'orienter
34:38les relations économiques
34:40les relations stratégiques
34:41enfin toutes les relations
34:42franco-algériennes futures
34:51Jusqu'au dernier moment
34:53les Algériens
34:54ont été méfiants
34:55sur ce qu'étaient
34:57les conditions
34:59de la négation
35:01les modalités
35:02des accords
35:03au point de demander
35:05la lecture intégrale
35:07des accords
35:09au dernier moment
35:10pour qu'on soit bien
35:12on convienne bien
35:14des différents termes
35:16et avec chaque page
35:19des accords déviants
35:21qui se trouvent
35:22au ministère
35:23des affaires étrangères
35:24parafaits
35:26par
35:26Krim Belkassam
35:28d'un côté
35:29les négociateurs français
35:31en particulier
35:31Louis Jux
35:32de l'autre côté
35:36Les accords déviants
35:38c'était
35:39à mon avis
35:42un très bon compromis
35:44C'est un chef-d'oeuvre
35:45juridique
35:47que ça
35:48c'était un chef-d'oeuvre
35:49parce qu'ils anticipaient
35:51tous les
35:52les risques
35:53que couraient
35:53les français d'Algérie
35:54que chacun
35:56était en envisage
35:56que tout était
35:59chiffré
36:00calculé
36:01sur les années
36:03les étapes
36:04ça permettait
36:05aux français d'Algérie
36:07de partir peut-être
36:09mais très doucement
36:10L'esprit
36:11des accords déviants
36:12c'est quoi ?
36:13C'est
36:15je vais faire un peu
36:16de l'ironie
36:18c'est que
36:18la période
36:20transitoire
36:21c'est un
36:21fleuve tranquille
36:22les français
36:23vont rester
36:24les archi
36:26vont rester
36:28le 18 mars
36:30jour de la signature
36:31des accords déviants
36:32c'est un soulagement
36:34la fin
36:35de 8 années
36:36de cauchemars
36:37De Gaulle
36:38aura mis 4 ans
36:40pour aboutir
36:40à ces accords
36:41les premiers soulagés
36:43ce sont
36:44les appelés
36:45du contingent
36:48Le 18 mars 62
36:51au soir
36:51quand on a appris
36:53la conclusion
36:54des accords déviants
36:56ça a quand même
36:56été une grosse surprise
36:57et un énorme soulagement
36:59pour nous
37:00à l'unanimité
37:02C'est la paix
37:02en Algérie
37:03la paix en Algérie
37:04après 8 ans
37:05de guerre
37:06on a mis
37:07que tout devait
37:08s'arrêter
37:08le 19 mars
37:09à 12 heures
37:11c'est quand même
37:12un moment
37:14extraordinaire
37:20Nous étions
37:22soulagés
37:22que ça se termine
37:23enfin
37:23et que nous puissions
37:25avoir
37:27un horizon
37:27très très proche
37:28maintenant
37:28de notre libération
37:30et notre retour
37:31en France
37:32L'obsession
37:33des appelés
37:34d'Algérie
37:34c'était
37:35rentrer
37:36rentrer
37:36à tout prix
37:38sortir
37:39de cette guerre
37:41etc
37:41personne n'aimait
37:42cette guerre
37:43personne
37:44L'indépendance
37:45est prévue
37:46le 5 juillet
37:471962
37:49désormais
37:49l'agenda
37:50est simple
37:51Il y aura
37:52des élections
37:54trois semaines
37:55après
37:57la proclamation
37:58de l'indépendance
37:59une assemblée
38:01constituante
38:02un nouveau régime
38:04un nouveau pouvoir
38:05en Algérie
38:05c'était ça
38:07le scénario
38:09Mais la liesse
38:10est de courte durée
38:11car le scénario
38:12n'est pas respecté
38:14On sait bien
38:14que la guerre
38:15ne s'est pas terminée
38:16le 19 mars
38:16puisqu'il y a eu
38:17peut-être
38:20derrière
38:20les trois
38:21ou quatre mois
38:21les plus violents
38:23de la guerre
38:23d'Algérie
38:23les plus affreux
38:24C'est l'OAS
38:25qui a refusé
38:27le cessez-le-feu
38:27d'abord
38:27dans un premier temps
38:29refusé
38:29et dans un deuxième temps
38:30carrément violé
38:31deux jours après
38:32A Alger
38:336 obus de mortier
38:34tirés par l'OAS
38:34tombés sur la place
38:35du gouvernement
38:36c'était le début
38:37de l'offensive de l'OAS
38:38qui devait ensuite
38:39s'attaquer aux forces
38:39de l'ordre
38:40tuant 15 soldats
38:41en blessant 70
38:42Et le 23 mars 1962
38:44à Bab-el-Oued
38:45les civils
38:46de l'OAS
38:47armés
38:48tirent sur les soldats
38:49du contingent
38:50pour récupérer leurs armes
38:51et il y a
38:52neuf morts
38:53Alger s'embrase
38:54dans un déchaînement
38:55de violence
38:56l'OAS
38:57veut reprendre la main
38:59les activistes
39:00s'attaquent
39:01directement
39:01aux musulmans
39:02et à l'armée française
39:06C'est la stratégie
39:08de vouloir
39:10montrer
39:11qu'il y a
39:14une force
39:14en Algérie
39:15qui s'oppose
39:16à ces accords déviants
39:17qu'elle est
39:18représentative
39:19d'une partie importante
39:20de la population
39:21les européens
39:22et les musulmans
39:24fidèles à la France
39:28La volonté
39:30après les accords déviants
39:31de la direction
39:32de l'OAS
39:32du général Salon
39:33et d'un certain nombre
39:34de ses adjoints
39:35c'est de dire
39:35bon
39:36il faut
39:37finalement
39:38il faut maîtriser
39:39Algérie
39:39il faut maîtriser
39:40l'Algérie
39:40il faut que ce soit
39:41à nous
39:41et comme ça
39:42les accords déviants
39:43qui prévoient
39:44une passation de pouvoir
39:45entre la France
39:47et le FLN
39:48ne pourra pas se faire
39:49puisque c'est nous
39:50qui aurons le pouvoir
39:51à Alger
39:51et à Oran
39:54la tension devient
39:56extrême
39:56parochistique
39:58on pourrait dire
39:58c'est la politique
40:00de terre brûlée
40:01les grands incendies
40:02les raffilleries
40:05cette politique
40:06totalement folle
40:07de l'OAS
40:07même d'assassiner
40:13tout Algérien
40:14parce qu'il était
40:14Algérien
40:15sans aucune
40:19raison
40:20les blessés
40:20dans les hôpitaux
40:21ça a été abominable
40:26l'OAS
40:27tente le tout
40:28pour le tout
40:30certains pieds noirs
40:30la rejoignent
40:32c'est l'escalade
40:33c'est des gens
40:38qui sont entachés
40:39un soir
40:40en disant
40:40j'ai appris
40:41qu'il y avait
40:41machin
40:41qui avait été tué
40:42par le FLN
40:43enfin par les arabes
40:46et donc
40:46à chaque fois
40:47qu'il y a un français
40:49qui va être tué
40:49moi je vais prendre
40:50mon flingue
40:50et le soir
40:51je vais aller
40:51tuer un arabe
40:52autour de moi
40:53l'OAS
40:54c'était un mythe
40:58et que tout le monde
40:59autour de moi
41:00et pas ma famille
41:02parce que mon père
41:02lui
41:04était différent
41:05de ce point de vue là
41:05mais le reste
41:06de l'univers
41:07dans lequel je vivais
41:07était quand même
41:09fasciné par l'idée
41:10que l'OAS
41:11c'était une sorte
41:12de mythe
41:12parce qu'il y a eu
41:13l'idée à un moment donné
41:14que l'OAS
41:14peut-être allait empêcher
41:16les accords déviants
41:17qu'il y avait une sorte
41:18peut-être d'état
41:19qui allait se proclamer
41:20indépendant
41:21une partie des européens
41:23d'Algérie
41:23dorénavant place
41:24leurs espoirs
41:26dans l'OAS
41:26qui sont leur dernier rempart
41:28mais une date fatidique
41:30va faire basculer les choses
41:32c'est la fusillade
41:34du 26 mars 1962
41:35ce jour-là
41:36à l'appel de l'OAS
41:38les français d'Algérie
41:39manifestent
41:40et dans la rue d'Islie
41:41à Babeloued
41:42ils se heurent
41:43à un barrage
41:44de soldats français
41:45la violence
41:46l'a encore emporté
41:47sur la paix
41:47provocation
41:48énervement
41:48des coups de feu
41:49éclatent
41:50une fusillade
41:50d'une violence
41:51inouïse déclenche
41:5249 morts
41:53150 blessés
41:55pour la première fois
41:56l'armée française
41:58tire sur les français
41:59d'Algérie
42:02quand on a vu
42:03que les troupes gaullistes
42:04tiraient sur
42:05les manifestants pacifiques
42:06là on s'est dit
42:07De Gaulle fera tout
42:09pour remettre l'Algérie
42:11aux mains du FLN
42:12le plus rapidement possible
42:13les soldats français
42:15tirent sur les français
42:16d'Algérie
42:17l'OAS
42:18plastique
42:19massacre
42:20tirent sur des soldats français
42:21donc il y a bien
42:22un côté
42:23guerre civile
42:24le 26 mars 1962
42:25les urbains d'Algérie
42:27savent
42:27dorénavant
42:28que l'armée française
42:29ne les protège plus du tout
42:32c'est
42:33à partir de cette date
42:35qu'il y a
42:35le début
42:36des départs massifs
42:39vers le territoire français
42:42un autre événement
42:44va marquer les pieds noirs
42:45le 5 juillet
42:47à Oran
42:47des centaines d'Européens
42:50sont enlevés
42:50et massacrés
42:51par les combattants algériens
42:52après le massacre d'Oran
42:55pour les pieds noirs
42:56c'est la valise
42:57ou le cercueil
43:00le drame
43:01avait figé la ville
43:03dans l'angoisse
43:05Oran
43:05était redevenu
43:06une cité coupée en deux
43:07et la ville européenne
43:08une ville morte
43:10ça crée des psychoses énormes
43:11quoi
43:12et donc
43:12finalement
43:13les gens
43:13n'ont aucune envie
43:13c'est de partir
43:14d'abandonner leur terre
43:15ils ont compris
43:15que c'était perdu
43:18pris par la panique
43:19les français d'Algérie
43:20se précipitent
43:21pour prendre le bateau
43:23près d'un million
43:24de pieds noirs
43:25embarquent pour la France
43:26ils laissent
43:27tout derrière eux
43:28leurs biens
43:29et leurs racines
43:32en France
43:33ça sera
43:34je pense
43:35dans l'histoire contemporaine
43:37la plus grande
43:38exode massive
43:40en métropole
43:41les pieds noirs
43:42vont payer
43:43130 ans
43:43de colonisation
43:45en Algérie
43:46beaucoup de français
43:47les voient
43:48comme des colons
43:49dominateurs
43:50je me souviens
43:50moi
43:50dans mon lycée
43:51d'arriver
43:52quelques pieds noirs
43:53dans ma classe
43:53et c'est tout à fait vrai
43:55que
43:56les pieds noirs
43:57étaient mal vus
43:58très mal vus
43:58on était les pieds noirs
43:59on n'était pas
44:01les gentils
44:01quoi
44:02voilà
44:02donc
44:04moi j'ai eu
44:04beaucoup de bagarres
44:06et par ailleurs
44:07j'ai eu aussi
44:07des enseignants
44:07qui n'étaient pas
44:08corrects à notre égard
44:09qui notamment
44:10quand je suis arrivé
44:11j'ai eu des enseignants
44:12qui nous ont mis
44:12au fond de la classe
44:13tout de suite
44:13parce que nous
44:14on était les petits pieds noirs
44:15et je crois qu'à tort
44:18on assimilait en bloc
44:21évidemment à tort
44:23les pieds noirs
44:25à ce qui représentait
44:26l'horreur
44:27c'était à dire l'OAS
44:27et quand on lit
44:28les comptes rendus
44:29des conseils des ministres
44:30c'est absolument
44:32fascinant
44:32j'y invite
44:33et les pieds noirs
44:33et les historiens
44:35on se demande
44:36où est-ce qu'on va
44:37parquer les pieds noirs
44:39de Gaulle
44:40s'oppose
44:41à ce qu'on les mette
44:41dans les villes du sud
44:42car c'est une mafia
44:43il ne faut pas rajouter
44:44la mafia
44:45à la mafia
44:46alors
44:47les ministres
44:48font des excès de zèle
44:49on va les mettre
44:49tel endroit
44:50à tel endroit
44:50pour ma famille
44:51c'est un traumatisme
44:53puisque
44:54dans les mois
44:55qui ont suivi
44:56la mère de ma mère
44:57est décédée
44:58deux oncles à moi
44:59sont décédés
45:00parce qu'ils n'avaient pas vécu
45:01ils n'avaient pas supporté
45:02voilà
45:03il y a eu beaucoup
45:04de décès
45:04dans les familles
45:05pieds noirs
45:05notamment chez les anciens
45:06qui n'ont pas
45:07supporté
45:09l'exode
45:10la coupure des racines
45:11leur histoire
45:13il y avait une vie quotidienne
45:15tranquille
45:16pour ces populations
45:17là
45:18en Algérie
45:18avec des rides
45:20des rendez-vous
45:20voilà
45:21et puis
45:21d'un coup
45:22ils étaient complètement
45:23déracinés
45:24dépaysés
45:25ne serait-ce que
45:26la question du temps
45:27pour tous ceux
45:27qui ont vécu
45:29dans cet hiver
45:3062-63
45:31en France
45:31où il faisait très froid
45:32c'était une rupture totale
45:33avec leur vécu
45:34voilà
45:34les pulovers
45:35on ne connaissait pas
45:35beaucoup en Algérie
45:39durant l'été 1962
45:42un autre drame
45:43va éclater
45:44la nasse se resserre
45:46sur les harkis
45:47ces soldats musulmans
45:49qui étaient du côté
45:49de l'armée française
45:50et qui faisaient partie
45:52des supplétifs
45:55les harkis
45:56sont considérés
45:57par beaucoup d'Algériens
45:59comme des traîtres
46:02les massacres commencent
46:04au lendemain
46:04de l'indépendance
46:05de l'Algérie
46:06à chaque fois
46:07on se disait
46:07tiens maintenant
46:08il va y avoir une rafle
46:09on va nous liquider
46:10et moi dans mon village
46:12à chaque fois
46:12que je voyais une voiture
46:15venir sur la piste
46:16parce que c'était une piste
46:18je me sauvais
46:19je me réfugiais
46:21dans les grottes
46:21il fallait sauver sa peau
46:22il n'y a pas que des hommes
46:24qui ont été tués
46:25moi ce que je peux vous dire
46:27c'est que dans ma famille
46:28il y avait mon père
46:29et mon oncle
46:30qui étaient supplétifs
46:32mais les personnes
46:33qu'on a massacrées
46:34elles étaient 62
46:36en août 62
46:38c'était mon grand-père
46:40qui était très âgé
46:42qui n'était pas arquis
46:44on a tué
46:45ma tante
46:46on a tué
46:47mon oncle
46:48et on a tué
46:49leur bébé
46:53les règlements de compte
46:54vont faire au moins
46:5580 000 morts
46:56sous les yeux
46:58des derniers officiers français
46:59qui ont alors
47:00des ordres très précis
47:04les officiers vous diront
47:06qu'ils ont reçu l'ordre
47:08de ne pas intervenir
47:09moi j'ai recueilli
47:10des témoignages
47:12d'officiers
47:13qui disaient que
47:14ils étaient absolument
47:16écoeurés
47:18absolument déchirés
47:19et qu'ils ne pouvaient pas bouger
47:22si des exactions
47:25étaient signalées
47:26ils n'avaient pas le droit
47:28de quitter les casernes
47:30quand ils sont partis
47:31par exemple
47:31il y avait
47:32les racontés
47:33il y avait
47:34les harkis
47:35qu'ils avaient l'ordre
47:36de laisser sur place
47:37qui couraient
47:38derrière les camions
47:38ils passaient
47:39ils tapaient un coup de crosse
47:40sur les mains
47:41qui étaient accrochés
47:42aux ridelles des camions
47:44le gouvernement français
47:45refuse de protéger
47:47les harkis
47:48les ministres
47:49Pierre Mesmer
47:50et Louis Jox
47:51donnent l'ordre officiel
47:52aux militaires
47:53de ne pas rapatrier
47:54les harkis
47:54en France
47:56nous les harkis
47:57maintenant
47:57on en veut beaucoup
47:58à la France
47:59de nous avoir
48:01abandonnés
48:01les ordres
48:02venaient du général de Gaulle
48:03à l'époque
48:04c'est lui
48:04qui a décidé
48:05il leur a dit
48:06ce magma
48:07de soldats
48:08on n'en veut pas
48:09de Gaulle l'a dit
48:10très clairement
48:11oui
48:11on pouvait parfaitement
48:13réagir
48:13on pouvait parfaitement
48:16maintenir l'ordre
48:17et faire
48:18que les massacres
48:20cessent
48:20mais c'était
48:21en quelque sorte
48:22recommencer la guerre
48:23d'Algérie
48:23reprendre les hostilités
48:25et ça
48:25ils n'en voulaient
48:26plus du tout
48:27on n'a pas
48:28appliqué
48:29les accords déviants
48:30il suffit de le dire
48:31c'est une évidence
48:32qu'ils n'ont pas été appliqués
48:34laisser les harkis
48:35à leur sort
48:35pour ne pas refaire
48:37la guerre d'Algérie
48:38De Gaulle oublie
48:39que c'est bien la France
48:40qui avait incité
48:41parfois fortement
48:42les harkis
48:43à entrer dans l'armée
48:45c'était pas un engagement
48:46volontaire
48:47dans le propre sens
48:48du terme
48:49on a été évacués
48:50de nos territoires
48:51par l'armée
48:52pour faire
48:52de nos territoires
48:53une ligne rouge
48:54et on a été regroupés
48:55dans des camps
48:57et là
48:58les cadres
48:59de l'armée
48:59ont imposé
49:01un choix
49:01à nos parents
49:02soit
49:03ils rejoignent
49:04le maquis
49:04soit ils s'engagent
49:06dans les formations
49:08supplétives
49:09je suis obligé
49:10dans le comarquis
49:12il n'y avait pas
49:12de conviction
49:13parce qu'un contractant
49:16d'engagement
49:17comarquis
49:17il se mettait
49:18à l'abri
49:19de la répression
49:20de l'armée française
49:21et des exactions
49:22des rebelles
49:24de plus
49:24il y avait un salaire
49:25c'était 240 francs
49:29240 nouveaux francs
49:31et mon père
49:32n'a jamais gagné
49:33autant
49:35c'était des gens
49:36qui étaient
49:36sacrifiés d'avance
49:38c'était ça
49:39un des aspects
49:40de la politique
49:41détestable
49:42de la droite
49:42en Algérie
49:43soutenue par
49:44Guy Mollet
49:44ensuite
49:45à savoir
49:45de vouloir
49:45compromettre
49:46des Algériens
49:47en créant
49:48des troubles
49:48de supplétifs
49:49l'histoire
49:50montre
49:50à travers l'histoire
49:52à travers le monde
49:53partout
49:53où il y a
49:54ce genre de phénomène
49:55ça se termine
49:55par des règlements
49:56de comptes
49:56sanglants
50:0850 ans après
50:10les accords déviants
50:11symbolisent bien
50:12la fin
50:12de la guerre d'Algérie
50:14mais le chef d'oeuvre
50:15juridique
50:16décrit par certains
50:17a surtout permis
50:18au général de Gaulle
50:19de dégager la France
50:21du bourbier algérien
50:22les accords déviants
50:23ont bien réussi
50:25à aboutir
50:25à l'indépendance
50:26de l'Algérie
50:27à interrompre la guerre
50:28mais on ne peut pas dire
50:28qu'ils ont conclu
50:31la paix
50:31dans des bonnes conditions
50:32c'est un leurre
50:34c'est un bout de papier
50:35qu'on peut relire
50:36et qui n'a pas de valeur
50:37en fait
50:37tout ce qui est écrit
50:38dans les accords déviants
50:39ne s'est pas réalisé
50:41car il fallait dégager
50:42donc c'est un habillage
50:58est-ce que nous avons
50:59pris toutes les précautions
51:00non
51:01on ne les prend jamais
51:02toutes
51:03jamais
51:03on a beau réfléchir
51:05et au pire
51:06car nous avions prévu
51:08des bains de sang
51:10on a beau réfléchir
51:11on ne peut pas
51:12tout prévoir
51:12sur le moment
51:14où j'étais satisfait
51:15de voir qu'on avait
51:16enfin réussi
51:16à mettre en feu
51:17à cette guerre
51:17mais quand on a vu
51:18ensuite comment ça s'est passé
51:20ça reste un
51:22un souvenir amer
51:24je pensais que
51:25on aurait pu éviter
51:28tout ça
51:28si on avait réglé
51:29les choses plus tôt
51:30ces affaires diplomatiques
51:31c'est pas toujours guère
51:32contrairement à ce qu'on croit
51:34la petite cuillère
51:35dans le thé
51:36dans la tasse de thé
51:37dont parlait Georges Pompidou
51:38en tout cas
51:39c'était pas le genre
51:39que moi j'ai connu
51:40dans tout ce genre d'affaires
51:42il n'y avait pas
51:43de tasse de thé
51:44avec une petite cuillère
51:45et des morceaux de sucre
51:48c'était plutôt
51:49la potion amère
51:50l'Algérie
51:50des accords déviants
51:52n'est pas
51:53et ne sera pas
51:54finalement
51:55donc cette Algérie
51:56du vivre ensemble
51:59n'a pas lieu
51:59à partir
52:00de septembre 62
52:03les accords déviants
52:04ont permis
52:05la naissance
52:06d'un nouveau pays
52:07mais les dirigeants
52:09algériens
52:09qui ont négocié
52:10les accords
52:11ne gouverneront jamais
52:12cette nouvelle république
52:14Krimbel Kassem
52:15et ses amis
52:16seront écartés
52:17du pouvoir
52:17l'Algérie
52:19imaginée par les négociateurs
52:21des accords déviants
52:21ne verra jamais le jour
52:24et ses amis
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