- il y a 2 heures
Daphné Roulier reçoit l'océanographe François Sarano, ancien conseiller scientifique du Commandant Cousteau et chef d'expédition pour Jacques Perrin. François Sarano voyage le long de Côte Bleue près de Marseille, où il a réalisé ses premières plongées dans les années 1970, pour développer sa philosophie de la mer. Fondateur de l'association Longitude 181, il milite pour une cohabitation pacifique avec le vivant, loin de toute domination.
Quelques mois après l'entrée en vigueur du traité sur la haute mer (BBJN), il plaide pour donner une personnalité juridique à l'Océan et reconnaître un droit d'existence propre à chaque espèce afin de trouver notre « juste place » parmi eux.
Face à l'exploitation « déraisonnée » et « déraisonnable » des ressources, il regrette l'absence de véritables réserves intégrales, sans prélèvement. Héritier de l'esprit de Cousteau, il prône un rapport au monde sensible. S'inspirant de sa proximité avec les cachalots, il invite à « être poisson parmi les poissons » pour apprendre à aimer et donc à protéger.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
Quelques mois après l'entrée en vigueur du traité sur la haute mer (BBJN), il plaide pour donner une personnalité juridique à l'Océan et reconnaître un droit d'existence propre à chaque espèce afin de trouver notre « juste place » parmi eux.
Face à l'exploitation « déraisonnée » et « déraisonnable » des ressources, il regrette l'absence de véritables réserves intégrales, sans prélèvement. Héritier de l'esprit de Cousteau, il prône un rapport au monde sensible. S'inspirant de sa proximité avec les cachalots, il invite à « être poisson parmi les poissons » pour apprendre à aimer et donc à protéger.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
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00:22Bonjour François Sarrano et merci de me rejoindre dans ce compartiment.
00:25J'imagine qu'ici comme ailleurs, vous avez votre carte Grand Voyageur.
00:29Je voyage beaucoup en train et j'aime beaucoup le train, ça permet de s'évader.
00:33Alors vous êtes l'un des plus grands spécialistes français de l'océan, sa sentinale, et aussi l'un de
00:38ses plus fervents avocats.
00:41Un an après la conférence des Nations Unies, où en sommes-nous ? Des avancées, des reculs et des urgences
00:46?
00:47Des avancées, j'en vois pas beaucoup.
00:50On aurait dû prendre la décision de réellement faire des réserves marines sans prélèvement au cours de cette conférence qui
00:59se tenait à Nice chez nous.
01:01Là, un acte de bravoure exemplaire, mais on l'a pas fait. Zut, zut.
01:05C'est plus que zut.
01:06Mais quand même.
01:07Vous êtes poli là.
01:09Non, quand même quelque chose d'important.
01:12On a réussi à réunir des chefs d'État, des scientifiques, des ONG, de pays différents dont les gouvernements ne
01:19se parlent plus.
01:20Et quand même, là on sait parler.
01:21Maintenir le dialogue, maintenir le dialogue, à tout prix.
01:24C'est au moins le mérite de cette conférence.
01:26Les aires marines protégées sont la clé de voûte, on le sait, de la biodiversité.
01:31Les scientifiques, et vous, avez beau le répéter, sur tous les tons, on continue à chaluter dans les aires marines.
01:38Moins de 1% des eaux françaises sont sous protection stricte, très loin des 30% annoncés et avancés par
01:46Emmanuel Macron.
01:47Pourtant, notre survie en dépend.
01:51Tout est dit.
01:53Oui, mais expliquez peut-être pourquoi.
01:56C'est toujours une affaire de pression.
01:59Pression politique, pression des grands industriels, pression de ceux qui tirent profit à court terme de l'exploitation déraisonnée, déraisonnable
02:12de notre monde.
02:14Et puis les autres forces, nos associations qui...
02:17Mais il y a quelque chose que je veux dire.
02:20Ce n'est pas l'opinion de François Sarrano.
02:22Ce n'est pas l'opinion de tel ou tel parti politique.
02:25Ce n'est pas une religion.
02:25Le processus du vivant, il se fiche de ce que nous pensons.
02:30Et là, on doit se plier à ce qui permet le développement et le maintien de la vie sur la
02:37planète.
02:38Et dans ce cadre-là, il n'y a que la libre évolution dans certains espaces, donc ici les réserves
02:48marines, pour nous montrer le chemin de ce que doit, de ce que sera la vie dans quelques années sur
02:55la planète.
02:56Il n'y a pas de choix.
02:57Mais expliquez-nous en quoi c'est une nécessité, cette libre évolution.
03:01Pourquoi ? Parce que nous, les humains, nous ne savons pas prélever comme le font les prédateurs.
03:05Nous ne savons pas prélever sans détruire les grands individus âgés, sans détruire les espèces qui ont besoin de temps
03:13pour se reproduire.
03:14Par conséquent, nous détruisons une partie des individus et des populations qui sont nécessaires aux liens qui font la résilience
03:26du vivant.
03:27Dans une population en libre évolution, quel que puisse être le nombre de prédateurs, un individu qui arrive à l
03:34'âge adulte, son espérance de vie, c'est la longévité maximum de l'espèce.
03:39Et donc, il y a tous les liens qu'il tisse avec les autres individus qui existent et qui fortifient
03:44le tissu vivant.
03:46Quand nous, nous commençons à exploiter, nous éliminons ces individus.
03:50Et comme nous continuons sans cesse à exploiter, que le rythme d'exploitation est tel, que les individus qui arrivent
03:56à l'âge adulte et qui se sont à peine reproduits, n'arrivent jamais à atteindre la longévité maximum.
04:00Nous privons donc l'écosystème de l'ensemble de ces interdépendances qui le solidifient.
04:05Nous avons juvénilisé les populations et la même chose pour l'ensemble des écosystèmes, puisque nous privons les espèces habitats
04:12qui ont besoin de temps et les individus qui vivent longtemps de devenir âgés.
04:16Donc, nous remettons l'écosystème planétaire à zéro.
04:21On recommence !
04:22Eh bien, ça, ça ne favorise pas la résilience de la vie.
04:27Vous militez, François Sarano, depuis 20 ans pour une pêche durable et raisonnée.
04:32Supposons que je vous donne aujourd'hui les clés du ministère de la Mer.
04:36Que faites-vous ?
04:37Je réunis les pêcheurs, je leur dis, voilà, nous, Commission européenne, ministère de la France, citoyens français, nous vous donnons
04:49mandat de préserver notre patrimoine commun, l'océan.
04:55Et vous allez ajuster vos prélèvements, non pas à la demande, mais à ce que la mer peut offrir.
05:05Et vous allez le faire en concertation, par petits groupes.
05:08Et nous allons vous rémunérer pour cette gestion de notre patrimoine commun, commun aux humains et aussi aux êtres vivants
05:18qui peuplent la mer.
05:19Au lieu de leur donner des subventions, un travail digne et payé, on va les rémunérer.
05:25Mais ça, ça doit se faire en concertation.
05:28Un peu comme une prud'homie institutionnalisée.
05:30Exactement, une prud'homie institutionnalisée où les pêcheurs tireront leur subsistance, d'une part, de leur pêche raisonnée, et encore
05:39une fois, qui ne dépassera pas ce que la mer peut offrir.
05:43Et la rémunération pour qu'ils restent hackés quand ils ont suffisamment pêché et qu'il faut arrêter.
05:50Et autre chose, à partir du moment où cette rémunération sera adossée à la réalisation du projet,
05:57un, je respecte ce que la mer peut donner et je ne pêche pas plus.
06:01Et surtout, je travaille en concertation avec les scientifiques et avec tous les ingénieurs
06:07pour diminuer systématiquement mes dégâts collatéraux en faisant des engins de pêche beaucoup, beaucoup plus sélectifs,
06:16beaucoup moins destructeurs.
06:18Quand cet objectif sera atteint, tout le monde vivra mieux.
06:22Les pêcheurs n'auront pas besoin d'aller en mer quand la mer est tempétueuse et qu'il a tout
06:27risqué.
06:27Et le poisson, il sera là.
06:29On ne dépensera plus d'énergie incroyable, de technologie formidable pour aller chercher des poissons très, très loin,
06:34comme aujourd'hui on le fait. On a une gestion de la misère aujourd'hui.
06:38Quand on aura les réserves marines, 30% des réserves marines...
06:41Poissonneuses.
06:42Poissonneuses, oui, qui exporteront au-delà de leurs frontières dans les zones exploitées
06:46et que ces zones exploitées seront exploitées raisonnablement comme elles peuvent être exploitées en concertation par les pêcheurs.
06:53Alors, à ce moment-là, l'affaire sera beaucoup plus sereine
07:00et les pêcheurs des années 50 ne riront plus de nos rendements ridicules d'aujourd'hui.
07:07Nous aurons une gestion de la plénitude et non plus de la misère.
07:11Aujourd'hui, toute notre gestion s'arc-boute sur quelques espèces
07:16et qu'il ne faut surtout pas qu'elles s'effondrent en négligeant toutes les autres.
07:20Le saumon ?
07:21Alors, le saumon, c'est catastrophique.
07:23Ne mangez plus, pardon, ne mangez plus de saumon d'aquaculture,
07:28quel que puisse être les promotions.
07:30Oh, le saumon n'a pas cher !
07:31Parce que ces promotions de saumon n'a pas cher, de saumon d'aquaculture,
07:36elles accentuent la dette écologique de vos enfants.
07:40Pour faire du saumon d'aquaculture, on les nourrit avec de la farine de poisson sauvage.
07:45Donc, on envoie des bateaux.
07:47Aller chercher du poisson sauvage, dépenser beaucoup de feu, beaucoup d'énergie.
07:51On le transforme en farine et on va le donner aux poissons d'aquaculture.
07:54C'est comme si on élevait des lions et qu'on envoie des chasseurs chasser les gazelles
07:58pour nourrir les lions et après en manger les lions.
08:00C'est une absurdité énergétique, écologique.
08:04Et les petits poissons qu'on prend pour nourrir ces fameux saumons,
08:08c'est la base de l'ensemble de l'écosystème marin.
08:12Depuis les oiseaux, les requins, les tons, tout !
08:14Donc, on prive l'écosystème de cette base-là
08:17et on prive les petits pêcheurs qui subsistaient en pêchant peu de ces poissons
08:22et en les revendant de ce qui leur est essentiel pour vivre.
08:26Au profit de quoi ?
08:27Des actionnaires de l'industrie de pêche.
08:30Oui, oui, non, mais vraiment, soyons sérieux.
08:33Je vous vois regarder le Grand Bleu.
08:35Ben oui, je vois, parce que j'ai fait mes premières plongées, moi, par là, là.
08:39J'ai fait mes premières plongées sur la Côte Bleue dans les années 70.
08:43C'est vieux pour les jeunes qui nous regardent, mais c'était merveilleux.
08:47D'abord, c'était très peu plongée.
08:50On allait à la découverte.
08:51Et quand on plongait, tout d'un coup, on arrivait devant une falaise sur laquelle personne n'était jamais allé.
08:57Personne !
08:58Alors, partout, en Méditerranée, mais les gens ne croiraient pas aujourd'hui.
09:02Les langoustes, les homards, des mérous, des mérous, mais comme ça.
09:06Mais c'est incroyable, des congres.
09:09C'était merveilleux.
09:11D'où peut venir le salut du droit ?
09:13Alors, je pense qu'il peut veut dire d'abord de l'engagement de chacun d'entre nous, mais le
09:18droit, oui.
09:19Parce que vous revendiquez, pour protéger la nature, il faut commencer par lui accorder un statut juridique et des droits.
09:24C'est d'ailleurs tout le sens de votre plaidoyer pour l'étoile de mer.
09:27Oui. Pourquoi ?
09:29Parce qu'aujourd'hui, on ne fait attention qu'à quelques espèces que l'on considère comme de la matière
09:34à exploiter.
09:36Vous savez que les autres vivants que nous, c'est de la matière exploitable.
09:40Voilà. C'est tout.
09:40Leur statut, il se réduit à ça.
09:42Pas beaucoup d'égards.
09:44Cependant, les ministres, les organismes de gestion se soucient des espèces commerciales.
09:49Ouh là là !
09:50Si jamais nous en étions privés, on ne pourrait plus faire d'argent.
09:52Donc le thon, la dorade, etc.
09:56Et puis, heureusement qu'il y a les environnementalistes, les écologistes, on se soucie des espèces emblématiques.
10:02Le dauphin, la baleine.
10:04Mais ce n'est pas ça le milieu marin.
10:06Ce n'est pas ça le milieu marin.
10:07Le milieu marin, c'est 250 000 espèces déjà décrites et des millions qui ne sont pas décrites.
10:12Et des millions que l'on ne connaît pas.
10:14C'est ça.
10:14Et bien cela, c'est rien.
10:16Donc, il y a dans cette matière exploitée, traitée comme un rien, un sourien que l'on ne connaît pas
10:23et qui n'ira jamais sur le bureau des ministres, dont on ne parle jamais.
10:26Par conséquent, il faut leur accorder un droit d'existence à ces autres espèces.
10:31Un droit d'existence à chaque créature marine et chaque créature vivante.
10:35Pour que nous soyons forcés, les ayant reconnus, de négocier avec elles.
10:39Comme dans une colocation.
10:41Nous sommes tous colocataires de cette planète océan.
10:44E-A-U-C-E-A-N.
10:46Planète océan.
10:47Donc, on est tous colocataires.
10:48Dans une colocation, quand on va partager le frigidaire, quand on va partager la chambre, on négocie.
10:54Oui, négociation forte.
10:55Mais d'abord, on a reconnu l'existence de son colocataire.
10:59Il nous faut donc reconnaître officiellement, dans notre droit, l'existence propre de chacun de nos colocataires.
11:07Après ça, on négociera âprement, certainement.
11:10Mais on aura trouvé notre juste place parmi eux, parce que nous sommes le fil d'une coévolution qui nous
11:20lie irréductiblement à eux.
11:22Vous avez commencé avec le commandant Cousteau.
11:25Vous avez passé 13 ans sur la Calypso en tant que conseiller scientifique.
11:28Que vous a-t-il appris ?
11:31À m'émerveiller.
11:33Quand on plongeait et qu'on sortait de l'eau, il était là, il ne nous demandait jamais.
11:38Alors, qu'est-ce que vous avez filmé ? Qu'est-ce qui a été rentable ?
11:42Non, non.
11:43Il me demandait.
11:44Est-ce que vous vous êtes bien émerveillé ?
11:45Est-ce que vous vous êtes régalé ?
11:47Est-ce que vous avez bien exploré ?
11:50Et ça change tout.
11:51Et ça change tout.
11:52Et donc, on allait dans des endroits qui étaient souvent inexplorés, parfois inexploités.
11:59Il y en était face à des mondes d'une exubérance, foisonnant.
12:04C'était incroyable.
12:05Je me souviens de plonger aux îles Andaman.
12:07C'est dans l'océan Indien, sous le thal d'Irawadi.
12:10Des îles où il n'y avait pas de pêche industrielle.
12:12Il y avait juste des toutes petites pêches, rien du tout.
12:16Et les récifs étaient incroyables, foisonnants.
12:19Avec des requins en particulier qui étaient plus grands que ce qui est écrit aujourd'hui dans les livres pour
12:27leur donner leur taille maximum.
12:29Parce qu'ils avaient eu le temps de vieillir.
12:31Parce que la libre évolution leur permettait d'atteindre un âge et une taille que l'on ne connaît plus
12:38aujourd'hui.
12:38Nous avons juvénilisé les espèces.
12:41Diriez-vous néanmoins que c'est le réalisateur, producteur Jacques Perrin qui vous a pleinement remis à votre place, vivant
12:48parmi les vivants ?
12:49Merci Jacques. Vraiment. Oui.
12:52Parce qu'avec Cousteau, on était encore dans ce dualisme.
12:56Nature-culture.
12:57Oui.
12:59Et la nature parfois...
13:03La nature parfois, c'était un peu notre faire-valoir.
13:07C'était nous avec.
13:09Et on va vous protéger.
13:11Je caricature un peu.
13:12On avait le souci de la préservation.
13:15T'as vu ce que Jacques...
13:17Dis-toi.
13:18Écoute.
13:19Sois poisson parmi les poissons.
13:20Et ça change tout.
13:22Tout d'un coup, on bascule d'un savoir, d'une illusion de savoir, à la connaissance par la rencontre.
13:30Et ce qu'il y a d'extraordinaire dans l'océan, c'est qu'on peut rencontrer l'ensemble des
13:35animaux sauvages qui ne vous fuient pas.
13:37Ils n'ont pas l'habitude, comme à terre, de fuir l'âme dressée, chasseur et destructeur.
13:42Ils vous considèrent comme une espèce comme les autres.
13:44Et alors, si on est calme, silencieux, respectueux, incorespectueux, ils viennent devant de vous.
13:53Et eux aussi vous interpellent et sont curieux.
13:56On arrive à partager des moments de vie.
13:59La connaissance commence ici.
14:02Partager des moments ensemble.
14:04Fisser des liens.
14:05Se réinsérer dans le monde vivant d'où nous venons, d'où nous dépendons.
14:10Et ça, c'est formidable.
14:12C'est ce qui s'est passé sur le tournage d'Océan quand vous avez croisé la route de Lady
14:15Mystery.
14:16Ça a été une rencontre décisive.
14:18Et en fait, vous avez croisé le prédateur le plus redouté, mais absolument pas le plus redoutable.
14:26Alors, Lady Mystery, magnifique.
14:28C'est une rencontre extraordinaire.
14:30Oui, oui, c'est une rencontre extraordinaire.
14:32Une magnifique, grande femelle requin blanc, 5,50 mètres, incroyable de puissance.
14:38Et depuis quelques jours, avec toute l'équipe, on était avec des requins blancs.
14:44Mais on n'était pas venus pour faire des face à face.
14:47On était venus pour montrer qu'il était possible de se réconcilier.
14:51Qu'il pouvait y avoir une harmonie avec, justement, le plus redouté, à tort, de tous les prédateurs.
14:58Les dents de la mer, absurde.
15:00Et puis, l'avant-dernier jour, alors qu'on avait fait des tas et des tas et des tas de
15:04plongées et des tas de requins,
15:07avec David, Marie-Cherp, le caméraman, on a été emporté par un courant loin du bateau.
15:13Et elle est arrivée.
15:14Elle est arrivée là.
15:16Wow, face.
15:17Et je me suis dit, pourvu que tu ne tournes pas.
15:20Parce que, généralement, ils ne se laissent pas approcher.
15:23Et non, elle n'a pas tourné.
15:25Alors, j'ai osé m'avancer.
15:28Et elle m'a accepté.
15:31Et nous avons nagé en confiance, à quelques centimètres l'un de l'autre, en paix.
15:37La rencontre avec le grand requin blanc, c'est un moment de paix, de bonheur, de sérénité formidable.
15:45Vous savez, quand on est dans ce moment, ça ne dure pas longtemps, une minute, vingt, mais tout défile.
15:51D'abord, merci Jacques Perrin, merci Jacques Cluzot, merci les amis.
15:55Je voudrais que ce que j'aime soit avec moi, là, partager ce moment inouï.
16:00Véro, Marion, Maud, mes filles, enfin bon.
16:03Et ce moment-là, vous aimez le monde entier.
16:07Vous voulez que le monde entier partage ça.
16:09La rencontre avec un grand prédateur, elle vous fait aimer le monde, elle vous fait aimer la vie.
16:15Pourquoi ?
16:17Parce que cette rencontre-là, elle est authentique, gratuite.
16:22Il n'y a pas de marchandage.
16:24Pas de transaction.
16:25Il n'y a pas de transaction.
16:26Elle est pure, elle est originelle.
16:30Et on peut dire que merci, formidable, si nous retrouvions la gratuité des échanges,
16:37le sens du mot apprivoiser, c'est-à-dire, sans contrepartie, donner du bien à l'un et à l
16:45'autre.
16:45On est ensemble sans que l'un soit soumis, sans soumission, sans...
16:50C'est ça le truc le plus formidable.
16:53Et on est en paix.
16:55Vous vous rendez compte, le mot, aujourd'hui, un mot en paix.
16:58On n'a pas envie de ce qu'a l'autre, on n'est pas jaloux, on est en paix.
17:02Et à vos yeux, d'ailleurs, les requins sont une espèce rempart.
17:06Si nous parvenions à lui faire de la place, nous en ferions à toutes les autres.
17:10Et à tous les autres.
17:11Oui, c'est l'alien qu'on déteste, parce qu'on ne le connaît pas.
17:15Donc c'est le symbole de tous ceux qui sont différents,
17:21et pour lesquels on ne fait pas l'effort d'aller à la rencontre et d'aller écouter.
17:26C'est vraiment ça, donc, si je me dis, je peux arriver à...
17:33Non, pas tisser des liens, pas tisser des liens avec Lady Mystery,
17:36mais à cohabiter en paix, bien que nous ne nous comprenions pas.
17:40Je dois pouvoir faire ça avec tout le monde, avec tout le monde.
17:45Et avec tous ceux qui sont différents.
17:47Stop, on arrête.
17:49Bonjour, tu n'as pas la même religion, tu n'as pas la même culture.
17:52Oui, on est très très différents, mais on doit pouvoir trouver une juste place, ensemble.
17:58C'est ça qui est formidable dans le requin blanc, c'est qu'au-delà de toutes les incompréhensions,
18:02on a réussi à trouver un moment de confiance réciproque,
18:06un moment où on est en paix ensemble.
18:09Ça, c'est bien.
18:10Au fil de vos expéditions, François Rano, vous avez pu scientifiquement observer,
18:14si j'ose dire, que chaque créature est unique et irremplaçable,
18:18au fond, que le monde animal n'est en aucun cas un monde indifférencié.
18:23Alors, jusqu'à présent, et en particulier les scientifiques,
18:28jusqu'à Jane Gooden pour les primates,
18:30disaient que les animaux, ils réagissent de façon standardisée au stimulus du milieu,
18:36ils sont tous similaires, on peut les échanger les uns pour les autres,
18:41ce sont des clones.
18:44Et en particulier pour les animaux à sang froid, les requins, les raies, pas du tout.
18:49Nous, nous travaillons avec les requins, avec notre association d'Angie 1880,
18:55aussi sur les cachalots.
18:57Et depuis 15 ans d'années, nous plongeons au sein d'une famille de cachalots
19:02qui nous accueillent, du côté de l'île Maurice, et en Méditerranée maintenant.
19:08Et nous mettons en évidence, alors ce coup-ci, avec des éléments plus scientifiques,
19:14la seule impression, mais la seule impression suffisait déjà,
19:17la singularité de chaque créature vivante.
19:20Et c'est une sorte de truisme, ce que je dis, pourquoi ?
19:22Chacun d'entre nous, on a une identité génétique.
19:25Tout le monde le sait, personne ne conteste ça.
19:27Mais sur cette surface de l'identité génétique,
19:31notre personnalité, chaque seconde, va se construire.
19:35Parce que notre personnalité, c'est quoi ?
19:37Eh bien, c'est les expériences qui la construisent.
19:41Et petit à petit, elles nous changent.
19:44Chacun, par ses sens, reçoit des informations.
19:48Et ces informations reçues construisent une base
19:51qui va servir de référentiel aux informations nouvelles
19:55qui arrivent comme nous n'avons pas les mêmes expériences.
19:58Eh bien, petit à petit, notre référentiel s'identifie clairement
20:02de celui-même de mon frère jumeau ou de ma soeur jumelle.
20:07Et donc, nous donne une personnalité différente.
20:10La personnalité, c'est une construction permanente,
20:11c'est un dialogue avec son environnement.
20:14Par conséquent, chez les animaux, comme chez les humains,
20:17chez les animaux aussi, ils vivent une expérience.
20:19Chez les animaux aussi, ils...
20:21Y compris chez les blobs ?
20:23Y compris chez les blobs, absolument.
20:25Les blobs, c'est des sortes...
20:27Je ne suis pas un expert du blob, mais de champignons
20:30qui enregistrent des informations
20:33et qui réagissent par rapport à ces informations.
20:37Mais chez le cachalot, c'est saisissant.
20:40On a deux cachalots demi-frères, Tache-Blanche et Eliott,
20:44qui vivent tout le temps ensemble depuis leur naissance,
20:48depuis 2011.
20:49Ils sont tellement différents l'un de l'autre.
20:52Autant Tache-Blanche, c'est un peu le plus fort, un peu le plus gros,
20:56mais il n'a pas une personnalité spécialement exploratrice.
20:59Autant son demi-frère, Eliott, est exubérant et vient à la rencontre.
21:04En fait, je veux dire...
21:07Mais chacun d'entre vous qui avez un chat, un chien,
21:11vous vous rendez compte que chaque animal a sa personnalité.
21:16Et pour dire, si tout d'un coup, un chauffard écrase votre chat
21:20et qu'il vient vous dire, tant pis, je vous en donne un autre,
21:24vous allez dire, mais vous êtes un bandit, un escroc.
21:26C'est lui, ce n'est pas un autre.
21:29Donc chacun ressent bien que chez les animaux de compagnie,
21:33on peut ressentir...
21:35Ce ne sont pas les animaux de compagnie, c'est ceux avec qui on vit.
21:38Et avec qui, donc, on a des liens que l'on connaît.
21:42Et quand on commence à connaître les autres créatures sauvages,
21:46on découvre la même chose.
21:47Alors, on découvre, notamment chez les cachalots,
21:49que ce n'est pas un président de la République
21:52qui veille au destin de la tribu,
21:54mais la nune du quartier.
21:56Oui, oui, oui.
21:57C'est extraordinaire.
21:58Ça a été quelque chose qui nous a enthousiasmés.
22:02Donc, on étudie un clan de cachalots,
22:04c'est un groupe de femelles adultes
22:07et des juvéniles, mâles et femelles,
22:09qui vont rester avec les adultes.
22:13Et on se dit qu'au départ, il y a une matriarche,
22:15la plus grosse, la plus forte, la plus vieille,
22:18la plus expérimentée,
22:19et que c'est le personnage central du clan.
22:22Pas du tout.
22:22Le personnage central...
22:25C'est la nounou.
22:26C'est...
22:26La nourrice.
22:27La nourrice, ou plutôt celle qui garde la crèche,
22:31parce qu'elle est une nourrice allaitante,
22:32qui ne s'occupe que d'un petit,
22:33mais là, ici, elle s'occupe de toute la crèche,
22:36germine la crèche.
22:39Oui, et bien, c'est autour d'elle que tout tourne.
22:42C'est autour d'elle que s'organise complètement
22:46la solidarité du clan.
22:48Est-ce pour ça que l'étude de la personnalité des cachalots
22:50est un champ exploratoire déterminant pour nous, humains ?
22:54Par leur sens, leur structure sociale d'entraide, de solidarité ?
22:58Oui, d'entraide, de solidarité.
23:00Il y a deux volets à cette question exploratoire.
23:03Vous avez dit, parce que souvent, on croit que l'exploration,
23:05c'est d'aller découvrir de nouveaux espaces,
23:08de nouvelles espèces,
23:10l'aventure, non, non.
23:12L'exploration...
23:13Vous détestez, d'ailleurs, le mot aventure.
23:14Ah oui, moi, je ne suis pas un aventurier.
23:15Je veux bien le mot explorateur.
23:18Mais l'aventure pour l'aventure ne m'intéresse pas du tout.
23:21Si ça doit être aventureux,
23:23c'est que ça doit répondre à une question.
23:25Et une question, j'insiste aussi là-dessus,
23:28qui me semble amener un mieux pour l'humanité.
23:32Je ne fais pas de la recherche pour la recherche.
23:36Si je crois que c'est important de parler de singularité des autres vivants,
23:41c'est pour être plus en harmonie avec eux.
23:43C'est pour essayer d'apporter un peu plus de paix dans le monde dans lequel va vivre
23:47vos petits-enfants et ma petite-fille.
23:50Enfin bon, bref, il y a dans cette question de la quête scientifique quelque chose d'important.
24:02Il faut, avant même de rentrer dans cette quête,
24:05il faut se poser la question, est-ce qu'il est bon que je rentre dans cette quête
24:10et que je résolve le problème qui est posé ?
24:12Est-ce que ça amènera un mieux ?
24:14Vous savez que notre rencontre est parrainée par le magazine Terre Sauvage,
24:17que vous connaissez bien.
24:19Ah oui, depuis l'origine, j'ai le premier numéro.
24:21Il souffle ses 40 ans d'existence.
24:24Question rituelle à tous mes invités,
24:26quel est votre rapport à la Terre et au Sauvage ?
24:29Le rapport au Sauvage, c'est quelque chose qui me nourrit.
24:33Et je dirais qui nous nourrit, Véronique, Marion, Maud, Ayaté, la famille,
24:38qui nous nourrit.
24:39Et tous les matins, on prête attention aux Sauvages qui nous entourent.
24:45Oh, on n'est pas toujours avec les cachalots ou les grands arcains blancs.
24:48On est souvent avec les petits oiseaux.
24:50Mais le matin, on prête attention à eux.
24:52Ah, le chardonneray !
24:53Oula, la fauvette !
24:54Chut !
24:56La fauvette à tête noire, elle est là, tu la vois pas ?
24:59Ah, ça c'est le pinson, le pinson des arbres.
25:03On prête attention, on leur donne existence.
25:05Et tout d'un, soudain, on est riche de leur présence.
25:09Et on se sent vivant parmi les vivants.
25:13Si le matin, on ne prête pas attention, il n'existe pas.
25:19Et tout d'un coup, on est isolé, enfermé dans son illusion de relation avec l'autre,
25:26de ses portables, c'est affreux.
25:29Prêter attention à ce CE et à ce CEI qui nous entoure, c'est être riche de leur présence,
25:37de leur différence.
25:39C'est ça qui est formidable.
25:41Il n'y a pas besoin d'aller bien loin, un coin de forêt, et ensuite l'été, hop,
25:45on se déchose, on va profiter de l'herbe humide, même quand les jours très très chauds,
25:50l'herbe est toujours un peu humide.
25:52On marche là, on regarde les scarabées, les vers de terre, tout ce monde.
25:57Et après, on se pose la question, mais c'est incroyable.
25:59Regarde-moi, c'est merveilleux le vivant, le fonctionnement du vivant, mais c'est enthousiasmant.
26:07Et puis, vous partagez ça, partagez ça en famille, c'est du bonheur.
26:12C'est un bonheur de partager ça en famille.
26:15Merci François.
26:17Merci.
26:18Merci beaucoup Daphné.
26:30Merci.
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