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  • il y a 12 heures
Après Londres en 2025, les meilleurs lutteurs de sumo japonais reviennent en France pour tenter de relancer la "diplomatie du sumo". Mathieu Rocher, journaliste spécialiste du Japon pour "L'Équipe", invité sur France Inter, décrypte cet événement majeur. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-vendredi-12-juin-2026-7066735

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00:00France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9.
00:08Et votre invité ce matin, Marion Lourdes, est journaliste au journal L'Equipe.
00:12Et il y est précisément spécialiste du Japon. Bonjour Mathieu Rocher.
00:15Bonjour.
00:16Paris accueille le week-end prochain un tournoi de sumo avec les 62 meilleurs lutteurs du monde.
00:22C'est quelque chose d'extrêmement rare, c'est du jamais vu en 31 ans.
00:27C'est ça, c'est ça. Après une venue en 1995, ils viennent.
00:31Sous Jacques Chirac, on se souvient de l'amour de notre ancien président pour le sumo.
00:36Exactement, qui avait même appelé son chien sumo.
00:40Il se trouve que depuis 31 ans, ils n'étaient pas venus.
00:42Alors ce n'est pas faute d'avoir essayé.
00:44Le promoteur de l'événement de ce week-end, David Rothschild, essaye depuis 10 ans.
00:49Et finalement, c'est le cas aujourd'hui.
00:51Ça va dans une opération un peu plus globale où le sumo est venu également l'année dernière à Londres.
00:57Donc on peut y voir une sorte de tentative de petite ouverture de ce sport traditionnel et qu'on dit
01:03ancestral, sport national au Japon, d'essayer de s'ouvrir un peu au monde.
01:07Ça n'était pas arrivé depuis 10 ans, pourquoi ?
01:10Alors, le sumo ne s'est pas déplacé depuis 20 ans à l'étranger, mais ça fait 10 ans que
01:15David Rothschild essaye.
01:16Ils essayent d'organiser ce tournoi ?
01:17Pour plusieurs raisons.
01:19Alors d'une part, il y a un côté qu'on mesure mal, mais qui est, ils ont peu conscience
01:24peut-être du goût des étrangers pour le sumo.
01:30Parce qu'ils ont l'impression que c'est très, très japonais.
01:33Finalement, c'est une culture, je l'ai dit, ancestrale et qui a beaucoup de codes liés au Shinto.
01:40Donc des choses qui sont assez imperceptibles.
01:42Ils pensent à l'extérieur.
01:44Les premiers combats de sumo étaient faits pour apporter un peu de chance et espérer de bonnes récoltes.
01:51Et donc, il y a toute une histoire avec les kami, les dieux japonais.
01:56Donc, ils avaient peut-être un peu d'appréhension à exporter cette culture-là.
01:59Et notamment pour le tournoi de sumo de Paris, ils ont été très précis.
02:02Ils n'ont pas envie de faire une exhibition.
02:04Ils ont envie de faire des vrais combats, mais aussi tout le cérémonial, tous les rituels qui vont être respectés.
02:10Alors justement, parlons-en des rituels.
02:12Ça, c'est assez étonnant.
02:13Il y a par exemple quelque chose qui tourne autour du sel.
02:16Oui, alors le sel.
02:17Alors, tout est question évidemment de purifier une plateforme en terre.
02:22Donc, il y a l'endroit où ils combattent en réalité ?
02:24Voilà, c'est ça qu'on appelle dohyo, avec la prononciation japonaise.
02:28Et ce dohyo, en fait, il est l'espace de la lutte contre des esprits maléfiques.
02:36Et donc, les lutteurs qu'on appelle l'ikishi envoient une poignée de sel avant chaque entrée dans le cercle
02:44pour purifier cet espace.
02:47Et le sel, alors je vous ai dit que c'était un sport très ancestral et qui, par bien des
02:50aspects,
02:51respecte une tradition de façon assez stricte.
02:54Mais là, en l'occurrence, le sel ne vient pas du Japon.
02:58Ça fait partie des petites adaptations.
03:00Il vient de Guérande.
03:01Ils ont pris de la fleur de sel.
03:02Et pour la petite anecdote, quand j'ai appelé la compagnie qui a produit le sel à Guérande en février
03:09dernier,
03:10je leur ai appris que ce n'était pas pour manger, que c'était pour jeter.
03:14Et ils m'ont dit, mais c'est dingue parce qu'on leur a vraiment pris la meilleure qualité.
03:18Peut-être que ça va porter chance à ces combattants qui sont, je le disais,
03:22ces lutteurs 62 à venir ce week-end pour ce tournoi.
03:28Ils viennent tous du Japon, ceux-là ?
03:29Oui, alors ils viennent tous du Japon.
03:31Ils sont donc 62, dont les deux Yokozuna.
03:34Les Yokozuna, c'est le plus haut grade.
03:36Le plus haut grade dans le sumo.
03:39Des demi-dieux, en clair, presque.
03:40Voilà, voilà.
03:41Et ces deux-là, il y en a un qui s'appelle Onosato, qui est né au Japon.
03:45Et il y en a un autre qui s'appelle Oshoryu.
03:47Et Oshoryu, il est né en Mongolie.
03:49Et depuis, alors ça fait un petit moment, on se souvient peut-être dans les années 90,
03:53des lutteurs qui venaient d'Hawaï.
03:55Là, depuis une bonne dizaine d'années,
03:58les combattants venus de Mongolie sont très performants.
04:02Et depuis encore plus récemment, nous avons des combattants qui viennent d'Ukraine,
04:05qui pensent beaucoup, évidemment, à leurs frères au combat,
04:11qui s'appellent Shishi et surtout Aonishiki.
04:14Et Aonishiki, il a une particularité, c'est qu'il pourrait, lui, atteindre le grade de Yokozuna.
04:18Il avait gagné le dernier tournoi de 2025.
04:22Et donc, lui, on pourra le voir demain.
04:24Ils sont tous là, les 62.
04:26Donc, on a vraiment le plateau le plus relevé qu'on puisse imaginer.
04:31Les deux Yokozuna, ils ont quand même un statut très, très particulier.
04:35Ça implique quoi en termes d'organisation, de traitement qui leur est réservé ?
04:39Alors, vous avez employé le terme demi-dieu.
04:41Alors, on va faire une comparaison qui est hasardeuse.
04:45Mais pour venir, ils sont venus à deux avions.
04:47Parce que c'est impossible, un peu comme président et premier ministre,
04:51vous ne pouvez pas les mettre tous les deux dans le même avion.
04:53En cas d'assinant, ce serait dramatique.
04:55C'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'ils meurent tous les deux.
04:56C'est aussi un peu comme la famille royale anglaise.
04:58On ne peut pas prendre le risque de les perdre ensemble.
05:00C'est ça, une sorte de continuité.
05:02Et puis, au-delà de ça, ils ont un traitement spécial.
05:05C'est que sur les tournois, ils vont avoir leur propre entrée.
05:09Et c'est eux qui ont à charge d'inaugurer le tournoi.
05:12Donc, ce sera le cas demain et après-demain.
05:15Où ils ont une cérémonie particulière.
05:18Où c'est eux qui sont en majesté à l'ouverture de chaque journée.
05:23Ils sont présents seuls au milieu de l'arène, face au public.
05:27Et ils vont faire, vous avez sans doute vu ce geste.
05:30On lève la jambe et on la rabat très vivement sur le sol.
05:34Donc, on appelle ça chico.
05:35C'est pour enfermer les mauvais esprits dans la terre.
05:39Et le public hurle « Yoisho » qui veut dire « Allez ».
05:42Et ça, c'est eux seuls face au public avant chaque ouverture de tournoi.
05:47Donc ça, c'est pour l'aspect très statutaire de ces deux milieux.
05:51Mais tout autour de ce tournoi, il y a aussi une logistique quand même assez extraordinaire.
05:55Vous disiez deux avions, une grosse quantité de nourriture.
05:58Parce qu'ils mangent une fois et demie des portions normales, des portions habituelles.
06:04Et puis même des toilettes renforcées.
06:07C'est ça, il y a des toilettes renforcées.
06:09A cause du poids.
06:11A cause du poids, évidemment.
06:12Ils font entre 123 et 185 kilos.
06:17Il n'y a pas de catégorie du poids au sumo.
06:19Donc, tous peuvent combattre les uns contre les autres.
06:22Oui, pour les adaptations.
06:23Donc, les lits ont été testés.
06:25Les toilettes ont été testées.
06:27Et puis aussi, normalement, les likishis cuisinent eux-mêmes leur repas.
06:32Cette fois-ci, ils auront un cuisinier à l'hôtel qu'ils ont réservé.
06:36C'est étonnant ce que vous nous disiez là.
06:38Parce qu'effectivement, ils peuvent peser entre 120 et 190, 200 kilos.
06:42Mais tout le monde combat dans la même catégorie.
06:44Ce n'est pas très juste, ça ?
06:45Alors, ce n'est pas très juste.
06:47En fait, il faut parler d'inertie.
06:49Et quand vous faites 180 kilos et que vous foncez tout droit,
06:52si celui en face vous rend 60 kilos,
06:55s'il fait le bon mouvement, il peut vous éviter.
06:58Et vous allez, évidemment, on rappelle la règle,
07:01c'est soit vous sortez du cercle, soit vous tombez.
07:05Donc, voilà, il y a tout un jeu assez technique.
07:07Dans les deux cas, on a perdu.
07:08Dans les deux cas, on a perdu.
07:09Et puis, aussi, il y a quelque chose qui se joue au moment de l'impact.
07:13Où vous allez placer votre poitrine, votre corps, d'une certaine façon.
07:17C'est très stratégique, finalement.
07:18Alors, ça paraît très simple parce que la règle est simple.
07:20Et puis, on a l'impression que ce sont deux colosses qui se rentrent dedans.
07:23Mais, en fait, il y a des dizaines et des dizaines de techniques pour arriver à ces fins.
07:29Donc, c'est plutôt...
07:30Et je voudrais dire ça, c'est que nous, l'équipe, on est partenaire de cet événement.
07:35Mais, et on a fait un numéro spécial, notamment de l'équipe magazine,
07:39mais parce que c'est un vrai spectacle sportif.
07:41Et ça, c'est peut-être...
07:42Oui, ce n'est pas que des traditions, c'est aussi vraiment du sport.
07:45Non, non, non.
07:45Il y a tout, évidemment, l'aspect cérémonial, qui est très important et qui est très impliquant.
07:49Mais même si vous êtes simplement amateur de sport, vous allez voir ça.
07:53Vous allez le percevoir.
07:54Même si les combats, certains, durent 4 secondes.
07:56C'est très court.
07:57Les plus longs sont autour de 30.
08:00Et bien, on le perçoit, ça.
08:02On le perçoit et puis surtout, on voit très vite que ce ne sont pas que des armoires à glace.
08:08Ce sont des muscles incroyables qu'il faut mobiliser pour évidemment faire tomber ou repousser l'adversaire.
08:16Et ça, ça peut être une découverte de ce week-end.
08:20Pas toute la cérémonie, mais évidemment le sport au milieu de tout ça.
08:23C'est étonnant de voir l'intérêt que déclenche ce tournoi.
08:26Je l'ai dit, ça n'était pas arrivé à Paris depuis 30 ans.
08:30Il y a toute une diplomatie du sumo.
08:32Il y a aussi les réseaux sociaux qui s'y intéressent beaucoup.
08:34Une série Netflix.
08:35Merci beaucoup d'être venu nous en parler.
08:38Mathieu Rocher, journaliste à l'équipe.
08:40Merci de nous avoir répondu sur France Inter ce matin.
08:41Merci.
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