00:00France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9.
00:08Et votre invité ce matin, Marion Lourdes, est journaliste au journal L'Equipe.
00:12Et il y est précisément spécialiste du Japon. Bonjour Mathieu Rocher.
00:15Bonjour.
00:16Paris accueille le week-end prochain un tournoi de sumo avec les 62 meilleurs lutteurs du monde.
00:22C'est quelque chose d'extrêmement rare, c'est du jamais vu en 31 ans.
00:27C'est ça, c'est ça. Après une venue en 1995, ils viennent.
00:31Sous Jacques Chirac, on se souvient de l'amour de notre ancien président pour le sumo.
00:36Exactement, qui avait même appelé son chien sumo.
00:40Il se trouve que depuis 31 ans, ils n'étaient pas venus.
00:42Alors ce n'est pas faute d'avoir essayé.
00:44Le promoteur de l'événement de ce week-end, David Rothschild, essaye depuis 10 ans.
00:49Et finalement, c'est le cas aujourd'hui.
00:51Ça va dans une opération un peu plus globale où le sumo est venu également l'année dernière à Londres.
00:57Donc on peut y voir une sorte de tentative de petite ouverture de ce sport traditionnel et qu'on dit
01:03ancestral, sport national au Japon, d'essayer de s'ouvrir un peu au monde.
01:07Ça n'était pas arrivé depuis 10 ans, pourquoi ?
01:10Alors, le sumo ne s'est pas déplacé depuis 20 ans à l'étranger, mais ça fait 10 ans que
01:15David Rothschild essaye.
01:16Ils essayent d'organiser ce tournoi ?
01:17Pour plusieurs raisons.
01:19Alors d'une part, il y a un côté qu'on mesure mal, mais qui est, ils ont peu conscience
01:24peut-être du goût des étrangers pour le sumo.
01:30Parce qu'ils ont l'impression que c'est très, très japonais.
01:33Finalement, c'est une culture, je l'ai dit, ancestrale et qui a beaucoup de codes liés au Shinto.
01:40Donc des choses qui sont assez imperceptibles.
01:42Ils pensent à l'extérieur.
01:44Les premiers combats de sumo étaient faits pour apporter un peu de chance et espérer de bonnes récoltes.
01:51Et donc, il y a toute une histoire avec les kami, les dieux japonais.
01:56Donc, ils avaient peut-être un peu d'appréhension à exporter cette culture-là.
01:59Et notamment pour le tournoi de sumo de Paris, ils ont été très précis.
02:02Ils n'ont pas envie de faire une exhibition.
02:04Ils ont envie de faire des vrais combats, mais aussi tout le cérémonial, tous les rituels qui vont être respectés.
02:10Alors justement, parlons-en des rituels.
02:12Ça, c'est assez étonnant.
02:13Il y a par exemple quelque chose qui tourne autour du sel.
02:16Oui, alors le sel.
02:17Alors, tout est question évidemment de purifier une plateforme en terre.
02:22Donc, il y a l'endroit où ils combattent en réalité ?
02:24Voilà, c'est ça qu'on appelle dohyo, avec la prononciation japonaise.
02:28Et ce dohyo, en fait, il est l'espace de la lutte contre des esprits maléfiques.
02:36Et donc, les lutteurs qu'on appelle l'ikishi envoient une poignée de sel avant chaque entrée dans le cercle
02:44pour purifier cet espace.
02:47Et le sel, alors je vous ai dit que c'était un sport très ancestral et qui, par bien des
02:50aspects,
02:51respecte une tradition de façon assez stricte.
02:54Mais là, en l'occurrence, le sel ne vient pas du Japon.
02:58Ça fait partie des petites adaptations.
03:00Il vient de Guérande.
03:01Ils ont pris de la fleur de sel.
03:02Et pour la petite anecdote, quand j'ai appelé la compagnie qui a produit le sel à Guérande en février
03:09dernier,
03:10je leur ai appris que ce n'était pas pour manger, que c'était pour jeter.
03:14Et ils m'ont dit, mais c'est dingue parce qu'on leur a vraiment pris la meilleure qualité.
03:18Peut-être que ça va porter chance à ces combattants qui sont, je le disais,
03:22ces lutteurs 62 à venir ce week-end pour ce tournoi.
03:28Ils viennent tous du Japon, ceux-là ?
03:29Oui, alors ils viennent tous du Japon.
03:31Ils sont donc 62, dont les deux Yokozuna.
03:34Les Yokozuna, c'est le plus haut grade.
03:36Le plus haut grade dans le sumo.
03:39Des demi-dieux, en clair, presque.
03:40Voilà, voilà.
03:41Et ces deux-là, il y en a un qui s'appelle Onosato, qui est né au Japon.
03:45Et il y en a un autre qui s'appelle Oshoryu.
03:47Et Oshoryu, il est né en Mongolie.
03:49Et depuis, alors ça fait un petit moment, on se souvient peut-être dans les années 90,
03:53des lutteurs qui venaient d'Hawaï.
03:55Là, depuis une bonne dizaine d'années,
03:58les combattants venus de Mongolie sont très performants.
04:02Et depuis encore plus récemment, nous avons des combattants qui viennent d'Ukraine,
04:05qui pensent beaucoup, évidemment, à leurs frères au combat,
04:11qui s'appellent Shishi et surtout Aonishiki.
04:14Et Aonishiki, il a une particularité, c'est qu'il pourrait, lui, atteindre le grade de Yokozuna.
04:18Il avait gagné le dernier tournoi de 2025.
04:22Et donc, lui, on pourra le voir demain.
04:24Ils sont tous là, les 62.
04:26Donc, on a vraiment le plateau le plus relevé qu'on puisse imaginer.
04:31Les deux Yokozuna, ils ont quand même un statut très, très particulier.
04:35Ça implique quoi en termes d'organisation, de traitement qui leur est réservé ?
04:39Alors, vous avez employé le terme demi-dieu.
04:41Alors, on va faire une comparaison qui est hasardeuse.
04:45Mais pour venir, ils sont venus à deux avions.
04:47Parce que c'est impossible, un peu comme président et premier ministre,
04:51vous ne pouvez pas les mettre tous les deux dans le même avion.
04:53En cas d'assinant, ce serait dramatique.
04:55C'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'ils meurent tous les deux.
04:56C'est aussi un peu comme la famille royale anglaise.
04:58On ne peut pas prendre le risque de les perdre ensemble.
05:00C'est ça, une sorte de continuité.
05:02Et puis, au-delà de ça, ils ont un traitement spécial.
05:05C'est que sur les tournois, ils vont avoir leur propre entrée.
05:09Et c'est eux qui ont à charge d'inaugurer le tournoi.
05:12Donc, ce sera le cas demain et après-demain.
05:15Où ils ont une cérémonie particulière.
05:18Où c'est eux qui sont en majesté à l'ouverture de chaque journée.
05:23Ils sont présents seuls au milieu de l'arène, face au public.
05:27Et ils vont faire, vous avez sans doute vu ce geste.
05:30On lève la jambe et on la rabat très vivement sur le sol.
05:34Donc, on appelle ça chico.
05:35C'est pour enfermer les mauvais esprits dans la terre.
05:39Et le public hurle « Yoisho » qui veut dire « Allez ».
05:42Et ça, c'est eux seuls face au public avant chaque ouverture de tournoi.
05:47Donc ça, c'est pour l'aspect très statutaire de ces deux milieux.
05:51Mais tout autour de ce tournoi, il y a aussi une logistique quand même assez extraordinaire.
05:55Vous disiez deux avions, une grosse quantité de nourriture.
05:58Parce qu'ils mangent une fois et demie des portions normales, des portions habituelles.
06:04Et puis même des toilettes renforcées.
06:07C'est ça, il y a des toilettes renforcées.
06:09A cause du poids.
06:11A cause du poids, évidemment.
06:12Ils font entre 123 et 185 kilos.
06:17Il n'y a pas de catégorie du poids au sumo.
06:19Donc, tous peuvent combattre les uns contre les autres.
06:22Oui, pour les adaptations.
06:23Donc, les lits ont été testés.
06:25Les toilettes ont été testées.
06:27Et puis aussi, normalement, les likishis cuisinent eux-mêmes leur repas.
06:32Cette fois-ci, ils auront un cuisinier à l'hôtel qu'ils ont réservé.
06:36C'est étonnant ce que vous nous disiez là.
06:38Parce qu'effectivement, ils peuvent peser entre 120 et 190, 200 kilos.
06:42Mais tout le monde combat dans la même catégorie.
06:44Ce n'est pas très juste, ça ?
06:45Alors, ce n'est pas très juste.
06:47En fait, il faut parler d'inertie.
06:49Et quand vous faites 180 kilos et que vous foncez tout droit,
06:52si celui en face vous rend 60 kilos,
06:55s'il fait le bon mouvement, il peut vous éviter.
06:58Et vous allez, évidemment, on rappelle la règle,
07:01c'est soit vous sortez du cercle, soit vous tombez.
07:05Donc, voilà, il y a tout un jeu assez technique.
07:07Dans les deux cas, on a perdu.
07:08Dans les deux cas, on a perdu.
07:09Et puis, aussi, il y a quelque chose qui se joue au moment de l'impact.
07:13Où vous allez placer votre poitrine, votre corps, d'une certaine façon.
07:17C'est très stratégique, finalement.
07:18Alors, ça paraît très simple parce que la règle est simple.
07:20Et puis, on a l'impression que ce sont deux colosses qui se rentrent dedans.
07:23Mais, en fait, il y a des dizaines et des dizaines de techniques pour arriver à ces fins.
07:29Donc, c'est plutôt...
07:30Et je voudrais dire ça, c'est que nous, l'équipe, on est partenaire de cet événement.
07:35Mais, et on a fait un numéro spécial, notamment de l'équipe magazine,
07:39mais parce que c'est un vrai spectacle sportif.
07:41Et ça, c'est peut-être...
07:42Oui, ce n'est pas que des traditions, c'est aussi vraiment du sport.
07:45Non, non, non.
07:45Il y a tout, évidemment, l'aspect cérémonial, qui est très important et qui est très impliquant.
07:49Mais même si vous êtes simplement amateur de sport, vous allez voir ça.
07:53Vous allez le percevoir.
07:54Même si les combats, certains, durent 4 secondes.
07:56C'est très court.
07:57Les plus longs sont autour de 30.
08:00Et bien, on le perçoit, ça.
08:02On le perçoit et puis surtout, on voit très vite que ce ne sont pas que des armoires à glace.
08:08Ce sont des muscles incroyables qu'il faut mobiliser pour évidemment faire tomber ou repousser l'adversaire.
08:16Et ça, ça peut être une découverte de ce week-end.
08:20Pas toute la cérémonie, mais évidemment le sport au milieu de tout ça.
08:23C'est étonnant de voir l'intérêt que déclenche ce tournoi.
08:26Je l'ai dit, ça n'était pas arrivé à Paris depuis 30 ans.
08:30Il y a toute une diplomatie du sumo.
08:32Il y a aussi les réseaux sociaux qui s'y intéressent beaucoup.
08:34Une série Netflix.
08:35Merci beaucoup d'être venu nous en parler.
08:38Mathieu Rocher, journaliste à l'équipe.
08:40Merci de nous avoir répondu sur France Inter ce matin.
08:41Merci.
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