00:00Les hommes partent du jour au lendemain, les femmes, elles, elles organisent leurs disparitions.
00:04Moi, je me suis intéressée au phénomène des disparitions volontaires de femmes
00:08en tombant d'abord sur une série d'enquêtes sur un site d'information qui s'appelle Les Jours.
00:12Les hommes et les femmes qui organisent leurs disparitions, qui sont ce qu'on appelle des évaporés.
00:18Voilà, 3 000 à 4 000 personnes majeures qui disparaissent très volontairement en France chaque année.
00:23Et ce qui m'a intéressée dans ce sujet-là, c'est que, à la fois les raisons qui motivaient
00:27ces disparitions,
00:28mais aussi le traitement médiatique et le traitement judiciaire de ces affaires n'étaient pas le même.
00:33Selon le genre, en général, un homme qui disparaît, il part pour fuir une situation d'échec.
00:39Des hommes qui sont en faillite, par exemple, qui ne peuvent pas subvenir aux besoins de leur famille,
00:44ce sont aussi parfois des hommes qui avaient une double vie.
00:46Le plus souvent, les femmes qui disparaissent, et en particulier les mères,
00:50ce sont des femmes qui ont soit fui des violences conjugales, ou une forme de coercition en tout cas,
00:55soit des femmes qui étaient victimes de ce qu'on appelle l'épuisement maternel, le burn-out maternel.
01:01Ce n'est pas très étonnant qu'il y ait moins de femmes qui disparaissent que d'hommes,
01:04parce qu'on voit bien qu'il y a davantage de conséquences.
01:07Une femme qui disparaît, c'est tout le foyer qui est désorganisé.
01:11Un homme qui disparaît, en fait, on fait avec, ou plutôt on fait sans.
01:15Disparaître, ce n'est pas nécessairement partir à l'autre bout du monde,
01:18mais on sait que 30 à 40 % des pensions alimentaires ne sont pas payées.
01:22C'est une manière de disparaître. On sait aussi que 20 % des enfants dont les parents sont séparés
01:27ne voient plus leur père au bout d'un an, ou le voient très peu.
01:33Ça aussi, c'est une manière de disparaître.
01:35J'ai vraiment l'impression qu'on ne reçoit pas du tout les histoires de disparition de la même manière
01:39quand c'est un homme et quand c'est une femme.
01:42Il y a même cette expression qu'on a créée où on dit « il est parti acheter des cigarettes
01:46».
01:46On ne dit pas que c'est bien ce qu'il fait, mais on est presque un petit peu blasé.
01:50Une femme, en particulier si c'est une mère qui disparaît,
01:53on se dit qu'elle font quelque chose de presque contre-nature.
01:56Elle n'échappe pas uniquement à sa condition de femme, elle échappe aussi à sa condition de mère.
02:01La charge mentale qui pèse sur les épaules des femmes, elle les retient dans le foyer.
02:06C'est le parent par défaut.
02:07Quand l'enfant est malade ou quand il y a quelque chose à signer,
02:09ça la retient vraiment physiquement.
02:12Cette notion de charge mentale, moi j'ai vraiment voulu l'inscrire dans le livre.
02:15Mon roman « Défi comme il faut », c'est l'histoire d'une jeune femme qui s'appelle Blanche.
02:18Elle a le sentiment de tout rater et elle retombe un jour sur une ancienne connaissance
02:24qui l'embauche pour créer un podcast consacré aux femmes disparues.
02:28Martha, c'est une prof de français, classe moyenne.
02:32En l'occurrence, Martha quitte son mari Nils et ses deux enfants,
02:36mais elle a pris soin de laisser une sorte de petit livret dans la maison
02:42qui indique comment est-ce que la maison fonctionne,
02:45dans quel petit bac il faut mettre l'assouplissant, le jour où passent les poubelles.
02:49Je ne sais pas si les mères qui disparaissent le font,
02:51mais ça ne me semblait pas totalement absurde qu'elles le fassent.
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